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Dimanche 24 février 2008

L'Institut des Hautes Etudes de la Défense nationale est une véritable armée de réserve intellectuelle. Il tisse depuis 60 ans le lien entre la Nation et son armée. 

Le 21 février 2008, un de ses anciens auditeurs, devenu Premier ministre, a reçu les auditeurs de l'actuelle session.... L'occasion pour le chef du gouvernement de présenter les principaux traits de la défense nationale que la France va mettre en oeuvre, alors qu'un nouveau Livre Blanc et une nouvelle loi de programmation sont en préparation.

***

Messieurs les Parlementaires, Monsieur le Chef d’état-major des armées, Monsieur le Secrétaire général de la Défense nationale, Messieurs les officiers généraux, Mesdames et Messieurs les auditeurs,

Si j’ai tenu à vous accueillir à Matignon, ce n’est pas seulement parce que je suis "responsable de la Défense nationale" aux termes de la Constitution.

C’est surtout parce que je suis, comme vous, passionné des questions de défense et de stratégie. Et cela depuis longtemps.

A l’Assemblée nationale, j’ai eu l’honneur d’être élu très jeune président de la Commission de la Défense et des forces armées.

C’est d’ailleurs à cette époque que j’ai écrit l’un de mes premiers articles sur l’avenir de l’armée de terre. Article dont on peut dire qu’il a fait du chemin, puisqu’il réclamait la professionnalisation des armées telle que Jacques Chirac l’a mise en œuvre 15 ans plus tard !

Plus on professionnalise l’armée, plus il faut resserrer ses liens avec la nation.

Et l’IHEDN est, depuis 60 ans, l’institution majeure de ce rapprochement.

J’ai eu le plaisir d’être l’un de ses auditeurs.

Entre la 37ème et la 60ème session, que de bouleversements dans la donne géostratégique ! La bipolarisation est morte. La mondialisation s’est imposée, créant dans un mouvement paradoxal, une large interdépendance du système international et une série de fissures et de frictions. Les centres de gravité économiques et démographiques du monde se sont déplacés vers l’Asie, dont la population devrait encore doubler d’ici 2050.

De nouvelles lignes de fractures sont apparues :

-  fracture entre le Nord et le Sud. Est-il ici nécessaire de rappeler que cinq pays concentrent les deux tiers de la richesse mondiale ?
-  fracture entre les pays détenteurs de ressources naturelles et les pays industrialisés. C’est évident pour l’Union européenne, dont la moitié des besoins énergétiques sont couverts par des produits importés, et si rien n’est entrepris, ce sera les deux tiers en 2020.

Dans ce monde incertain, l’avenir, mesdames et messieurs, n’appartient pas aux nations immobiles.

Depuis neuf mois, avec le président de la République, tout le sens de notre action converge vers notre nécessaire redressement. Ce redressement s’illustre sur le plan économique et social, avec l’ardeur réformatrice qui est la nôtre dans tous les domaines. Pourquoi je parle de redressement, parce que notre pays a refusé de voir que notre monde a changé, refusé de voir qu’un milliard de Chinois et qu’un milliard d’Indiens avaient décidé de changer.

Il s’illustre avec la ratification du Traité de Lisbonne, car la France se devait de sortir l’Union de sa crise institutionnelle dans laquelle nous avions notre part de responsabilité.

Il s’illustre avec l’initiative du Président sur le rapprochement des deux rives de la Méditerranée. Il s’illustre à travers un dialogue plus équilibré avec les Etats-Unis.

Il s’illustre enfin dans notre volonté de faire progresser la politique étrangère et de défense européenne.

Dans les mois qui viennent, nous allons tirer parti de toutes les opportunités qui se présentent à nous pour prendre des initiatives. La présidence de l’Union européenne à partir du 1er juillet va nous en fournir l’occasion. Il y a la question de la sécurité de notre approvisionnement énergétique. Il y a la question de l’immigration qui exige une approche commune face aux flux migratoires. Il y a la lutte contre le changement climatique.

Et puis, il y a la relance de la défense européenne.

Bref, la France est en mouvement et, ce faisant, elle s’expose car ce n’est pas à vous que je rappelai ce principe de base du combat tactique : qui bouge se découvre.

Plus la France s’engage, plus elle offre le flanc à des ripostes ou à des actes hostiles.

Plus la France s’ouvre au commerce international, plus elle est sensible aux fluctuations de l’économie mondiale.

Plus notre production augmente, plus nous dépendons des approvisionnements énergétiques et des matières premières.

Plus nos métropoles concentrent d’activité, plus elles apparaissent comme des cibles.

Plus nous devenons une économie en réseau, plus nous sommes dépendants d’infrastructures - de transport, de communication, d’énergie - qui n’ont pas été spécialement conçues pour résister à des risques nouveaux comme le terrorisme et les cyber-attaques.

Plus notre qualité de vie et notre modèle social sont attractifs, et plus nous incarnerons l’espoir pour des millions de migrants que nous ne pourrons pas tous accueillir.

Plus nous sommes en pointe dans les secteurs stratégiques comme le spatial, le numérique ou le nucléaire, plus nous sommes en proie aux actions adverses d’intelligence économique.

Nous devons assumer tous ces risques et nous y préparer.

Mesdames et messieurs,

Il ne faut pas croire que le monde ait cessé d’être dangereux. Seulement, les dangers sont plus diffus, plus obscurs, moins identifiables que jadis. Nous n’avons plus d’ennemi « héréditaire ». Pour autant, la guerre n’a pas disparu et l’Histoire n’est pas finie.

Le président de la République a décidé de rédiger un nouveau livre blanc et une nouvelle loi de programmation qui sera votée avant l’été.

Le dernier livre blanc date de 1994. Nous étions alors juste après la disparition du pacte de Varsovie. Notre héritage conceptuel et intellectuel était encore marqué par des décennies de tensions continentales. La professionnalisation des forces commençait à peine à faire débat.

En janvier 2003, la Loi de Programmation Militaire, quant à elle, faisait entrer la professionnalisation dans les faits, mais ne se dégageait pas totalement de la fin de la guerre froide. Cette hésitation se traduisant par une double conséquence : une programmation militaire très ambitieuse au service d’un outil de défense largement conçu pour répondre à un affrontement de haute intensité, somme toute, classique.

Aujourd’hui, la donne a changé, et nous voulons en tirer les leçons.

Le livre blanc et la loi de programmation en préparation ont pour but de répondre à trois défis :

-  le défi d’une sécurité, désormais plus globale ;
-  le défi de l’interdépendance du système stratégique marqué par l’éloignement des théâtres d’opération et la durée des crises et conflits ;
-  le défi, enfin, de la réalité, notamment budgétaire.

Notre défense et notre sécurité reposent sur quatre piliers : dissuasion, projection, anticipation, protection.

Dissuasion nucléaire : elle demeurera la garantie ultime de notre sécurité et doit être sanctuarisée.

Projection : nos forces armées doivent être capables d’intervenir en tous lieux. De cette capacité dépendra directement notre influence sur la résolution des crises.

Anticipation : pour agir vite et juste, il faut savoir et prévoir. Pour cela, nous devons disposer d’un renseignement encore plus performant et plus diversifié.

Quant à la protection des populations, je veux insister sur la nécessité d’accroître notre « résilience », c’est-à-dire la capacité de notre pays de survivre aux attaques qu’il subit.

Pour cela, nous devons intégrer la prise en compte des menaces dès le stade de la conception des infrastructures. Il faut qu’elles soient plus résistantes, mais aussi plus redondantes pour éviter qu’une défaillance paralyse tout le réseau.

Il convient également de planifier nos mesures de protection et les exercices concernant ces menaces. Je pense, par exemple, au plan contre la pandémie grippale, qui nécessite la mise en place de stocks stratégiques de médicaments et de carburants. Il va de soi que c’est un dossier d’envergure européenne, tant les réseaux d’approvisionnement et de transport sont connectés.

Tout le monde sent bien que les enjeux de défense et de sécurité sont de plus en plus liés et complémentaires. Armées et forces de sécurité doivent donc, tout en conservant leurs identités propres, améliorer leur aptitude à travailler ensemble.

Dissuasion, projection, anticipation, protection : se défendre est un devoir mais prévenir les conflits est d’une autre essence : une essence politique.

La France sera toujours du côté du droit international et militera pour en renforcer les instruments. Plus que jamais, notre monde a besoin d’équilibre, et l’équilibre exige la légitimité dans la décision et la collégialité, si possible, dans l’action.

La France met prioritairement l’accent sur quatre moyens :

1) le renforcement des organisations internationales et en particulier de l’ONU. L’élargissement du conseil de sécurité souhaité par le Président de la République et l’amélioration de la capacité de l’ONU à gérer les crises trouveront toujours le soutien de notre pays ; 2) la mobilisation de l’Union européenne autour d’enjeux partagés ; 3) une participation constructive au sein de l’OTAN liée aux progrès de la défense européenne ; 4) le développement des coopérations bilatérales ou multilatérales ad hoc. C’est ce que nous sommes en train d’accomplir au Tchad pour sécuriser les camps de réfugiés du Darfour avec la mise en place de l’opération Eufor Tchad-RCA.

Les réflexions actuelles sur notre défense nationale font une large place à la dimension humaine de la Défense. Cela est plus que justifié.

Avec la mutation des conflits vers la guérilla et le terrorisme, les forces armées et de sécurité sont chaque jour exposées à de nouveaux types d’agressions.

Les hommes et les femmes qui sont engagés dans ces opérations sont exposés à des risques qui peuvent les conduire jusqu’au sacrifice ultime. Ils le font en connaissance de cause, avec un courage et une abnégation exceptionnelle.

Ils servent leur pays avec honneur. Ils ne doivent pas être oubliés parce qu’ils combattent au loin. Ils méritent notre gratitude et je tiens à leur manifester la reconnaissance de la Nation.

Le lien qui unit la nation à son armée est vital. J’en suis convaincu. Il faut une culture collective de défense et de sécurité car la protection de la Nation est l’affaire de tous. Chaque Français doit se sentir impliqué.

Cette adhésion, vous en êtes les ambassadeurs.

Avec sa session nationale et le réseau des 38 autres associations, l’IHEDN constitue une vraie "armée de réserve intellectuelle" de 10 000 personnes, basée en France et à l’étranger. Votre engagement au service de l’intérêt général mérite d’être remercié à sa juste valeur. Et votre potentiel mérite d’être encore mieux exploité.

Tout d’abord, en faisant en sorte que l’auditeur devienne un acteur, au-delà de son rôle de relais d’opinion. Et je sais que l’IHEDN y travaille.

Ensuite, par la diffusion de l’esprit de défense dans l’enseignement et la formation. Je pense ici à l’éducation nationale, aux trinômes académiques et au réseau d’intelligence économique. C’est l’objet du 4e protocole signé entre les ministères concernés et qui est entré en application à la rentrée 2007.

Enfin, en recherchant les synergies entre tous les instituts traitant de défense et de sécurité. C’est la mission que le Président de la République et moi-même avons confiée à Alain Bauer et qui aboutira dans quelques jours à préciser les spécificités des missions des instituts.

Voilà, mesdames et messieurs, les réflexions que je voulais partager avec vous.

Je l’ai fait avec le sentiment d’être, avec vous, au cœur de notre cause commune : la liberté et la grandeur de la France.

Dimanche 24 février 2008
Attention  : discours fondateur !...

Ci-joint l'intervention présentant les axes stratégiques d'une "politique du numérique" pour la France, prononcée le jeudi 21 février 2008 lors de la journée du pôle de compétitivité des contenus numériques "Cap Digital" (Paris). 

Ce fut en même temps l'occasion d'une plongée fascinante dans le numérique de demain. 

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***

Monsieur le Président, [Jean-Pierre Cottet],
Mesdames et Messieurs,

 

On a dit beaucoup de choses sur l’élection présidentielle de 2007...
Mais on n’a peu dit que la campagne présidentielle fut la première vraie webcampagne dans notre pays.
Et ce qu’on n’a pas encore dit, c’est que la nouvelle équipe qui sert la France appartient à la génération du numérique.
A mon sens, c’est la première fois que le président de la République, le Premier ministre et la totalité des ministres vivent au quotidien avec les technologies de l’information et de la communication. undefined


















En ce qui me concerne, ce n’est pas une nouveauté, car j’ai toujours été attiré par ces technologies.
Depuis mon premier ordinateur, un Toshiba T3100, je n’ai pas cessé d’être passionné.
Ministre de la recherche en 1993, puis des postes et télécommunication en 1995, je sentais que la "3ème révolution industrielle" que l’on espérait depuis les crises pétrolières viendrait d’internet et des TIC.
Je peux vous dire que ma vision n’était pas partagée par tous.

Une anecdote.
Un jour, je reçois un haut responsable des télécoms qui me parle pendant tout l’entretien du minitel. Je lui demande : "Et internet, qu’en pensez-vous ?". Et là, mon interlocuteur me répond avec aplomb : "Monsieur le ministre, l’internet est une mode, ça ne durera pas."...

On était en 1995. La France était alors en queue de peloton sur les NTIC. 140000 ordinateurs étaient raccordés au réseau contre 9 millions aux Etats-Unis...

Depuis, notre pays s’est mis à la page.

Nous savons tous que la bataille de l’intelligence et de la compétitivité nationale se joue pour partie sur les réseaux.

Sachant cela, si nous voulons bâtir une économie numérique forte et durable, il faut tous avancer dans la même direction.

 

Ce qui veut dire ne pas aborder les enjeux de manière schématique, ne pas opposer deux mondes appelés à vivre ensemble : celui de l’audiovisuel et des contenus, et celui des télécommunications.

Comme s’ils étaient irréconciliables !

Comme si la convergence numérique ne liait pas leurs destins !

Je ne prendrai que trois exemples.

Le dividende numérique.

On sait qu’on dispose d’une opportunité unique : la réutilisation des fréquences hertziennes de la bande UHF libérées par le passage à la TNT et l’arrêt de la diffusion analogique de la télévision.
Or à quoi assiste-t-on ?
A un face-à-face entre les tenants de l’audiovisuel, qui prônent le maintien dans leur giron de ces fréquences pour généraliser l’offre de télévision haute-définition, et de l’autre côté les défenseurs des télécommunications, qui mettent en avant les perspectives de développement de nouveaux usages, et de couverture du territoire, que permettrait l’utilisation de bandes de fréquences basses.

Même biais sur l’arrêt de la publicité dans l’audiovisuel public.

Certains ont commencé à opposer frontalement le secteur de l’audiovisuel à celui des communications électroniques, alors que l’objectif premier de la réforme n’est autre que de renouer avec la qualité de l’audiovisuel public.

Opposition exagérée aussi pour les conditions de la création artistique.
Le web dématérialise les supports et prive les ayant droits d’une part croissante de leurs revenus traditionnels.
Le premier réflexe est - naturellement et légitimement - défensif. Ce qui fait qu’internet est souvent vu comme une menace.
Or il est aussi une nouvelle frontière, qui diffuse la culture au plus grand nombre.
J’en ai la conviction : si tous les acteurs ont la volonté de travailler ensemble pour faire éclore les bons modèles économiques, tout le monde y gagnera. Votre pôle illustre ce dépassement de la dichotomie stérile qui voudrait opposer contenus et réseaux.

La convergence ne cesse de progresser !

La télévision est aujourd’hui reçue par 10 % des foyers via l’ADSL.
Demain, elle sera accessible sur des téléphones mobiles grâce au lancement de la TMP.
Internet est désormais le vecteur de la téléphonie, de la transmission de données, mais aussi de la télévision, des images.
La frontière entre les acteurs des deux mondes s’estompe. De nouveaux modèles économiques apparaissent ; la plupart sont encore à inventer.

Qui - à part certains visionnaires - aurait prédit, il y a quelques années, qu’Orange achèterait une part des droits de retransmission de la première division de football ?
Dans ce contexte, il est illusoire de penser que les réseaux pourront durablement se développer s’ils n’ont pas de contenus de qualité à transporter.
De la même façon, la création de contenus perdra en dynamisme si les réseaux ne sont pas en mesure de les distribuer au plus grand nombre.

Le seul combat qui vaille est donc celui qui associe l’ensemble des acteurs de la chaîne de valeur.

Ce dont nous avons besoin, ce n’est pas de défenseurs du seul audiovisuel, ce n’est pas de défenseurs des seuls réseaux : c’est de défenseurs du numérique ! Et vous pouvez compter sur moi pour être le premier d’entre eux.

Mener une "politique du numérique" : c’est l’ambition du président de la République et de mon Gouvernement.

Cela veut dire d’abord reconnaître l’importance des acteurs que vous êtes.

La diffusion des TIC et leur utilisation sont des leviers majeurs pour aller chercher le point de croissance qui manque à notre économie.

En Europe, les TIC sont la source d’un quart de la croissance.
Elles représentent 40 % des gains de productivité. Mais en France, l’influence des TIC dans la croissance du PIB est de 0,4 à 0,8 point inférieure à ce qu’elle est dans d’autres pays.

Pourquoi ce retard ?
D’abord, parce que notre effort de R&D dans les TIC n’est que de 0,3 % du PIB, alors qu’il est le double aux Etats-Unis et le triple au Japon.
La part des TIC dans l’investissement productif de nos entreprises, en France comme en Europe, est moitié moindre qu’aux Etats-Unis.

 

Pas étonnant, dès lors, que la contribution au PIB de la valeur ajoutée produite par le secteur des TIC soit quasiment deux fois plus faible en France qu’Outre-atlantique.

Pas étonnant non plus que l’écart de productivité globale entre les Etats-Unis et la France dans les secteurs potentiellement utilisateurs des TIC n’ait cessé de se dégrader de plusieurs points par an dans la dernière décennie.

Notre politique du numérique s’appuiera sur les pôles de compétitivité.
L’idée sous-jacente, c’est de créer du lien entre culture entrepreneuriale et monde de la recherche.
Ce lien, CapDigital le tisse avec talent.
Je suis admiratif des 100 premiers projets de R&D qui sont nés du bouillonnement de votre "écosystème".
Votre pôle réussit la prouesse de canaliser vos énergies, sans les dénaturer.
Je pense en particulier à deux projets, menés par des consortium de PME, qui m’ont été présentés tout à l’heure, et sur lesquels il est permis de fonder de grands espoirs.
C’est "HD3D", qui offre des outils collaboratifs pour la production cinématographique et l’animation en trois dimensions.
Et c’est le dispositif "Play All", fruit de la mise en commun des compétences de studios français de jeux vidéo pour bâtir les standards de demain.

 

En termes de projets structurants, Cap Digital est un des pôles les plus prolifiques.
L’Etat et les collectivités territoriales, ont d’ores et déjà apporté près de 46 millions d’euros pour accompagner leur réalisation, et de premiers résultats tangibles commencent à apparaître.
Dans le cadre du 5e appel à projets du Fonds Unique Interministériel, trois projets déposés par les acteurs de Cap Digital permettent de poursuivre la dynamique engagée et de répondre pleinement à l’ambition du pôle :

-  La plate-forme de production vidéo collaborative "Sebastian 2" ;

-  "Pingo", qui offre des solutions pour améliorer la réception indoor de la télévision numérique ;

-  et la plateforme d’expérimentation sur le très haut débit.
J’ai le plaisir de vous annoncer que ces trois projets figureront dans la liste des projets retenus, pour un financement global de l’ordre de 21 millions d’euros.

A l’instar de CapDigital, les 70 autres pôles labellisés de France incarnent l’ambition industrielle et territoriale de notre compétitivité.
Leur succès contribue déjà à faire évoluer les esprits et les pratiques.

Mais nous voulons aller plus loin.
Financer la R&D ne suffit pas si nous ne savons pas aussi réunir les conditions de sa transformation en richesse et en emplois.
En juin dernier, le président de la République a annoncé que le dispositif des pôles de compétitivité serait évalué, pérennisé et renforcé.
L’évaluation est en cours et doit aboutir en juin prochain.
Elle devra nous permettre de mutualiser les bonnes pratiques.
La logique de place de marché que vous promouvez dans votre pôle, et le rôle majeur que vous faites jouer aux PME du secteur, monsieur le Président, en feront certainement partie

Notre politique du numérique s’appuie, naturellement, sur notre investissement massif en faveur de l’intelligence.

En neuf mois, le Gouvernement a déjà pris des mesures structurantes inédites.
Notre but est clair : faire de notre territoire l’un des plus attractifs d’Europe pour les activités de recherche et développement.

C’est d’abord la réforme en profondeur du crédit d’impôt recherche.
Le dispositif était trop complexe, en particulier pour les PME.
Nous le remplaçons par un dispositif simple et musclé : désormais chaque euro investi dans la recherche y ouvrira droit et le crédit est porté de 10 % à 50 % la première année, 40 % la deuxième année, puis 30 % pour les trois années suivantes.
À terme, ce sont 2,7 milliards d’euros qui seront consacrés chaque année aux entreprises qui se lancent dans la recherche.
C’est trois fois plus que notre engagement financier actuel ! Et c’est deux fois plus que la moyenne des pays de l’OCDE !

Autre objectif phare : c’est le soutien au développement de business angels français.
Nous en avons 4 000 en France, alors que la Grande-Bretagne en compte 30 000 !
Ce n’est pas à vous que j’apprendrai le rôle-clé de ce type d’investisseurs dans la chaîne de financement des jeunes entreprises innovantes.

Eh bien désormais, avec la loi sur le travail, l’emploi et le pouvoir d’achat, des incitations très fortes existent pour favoriser ce type d’investissement, mais aussi pour réorienter massivement l’épargne vers le financement de l’amorçage.
Et puis nous avons décidé d’utiliser France Investissement pour investir dans les fonds de business angels, et être à leurs côtés lorsque de gros tickets d’investissement sont nécessaires.

La troisième décision importante, c’est la fusion d’OSEO Innovation et de l’Agence de l’innovation industrielle (AII).

Le but est de renforcer le soutien des projets de R&D des entreprises moyennes, les plus à même d’exporter et de devenir les champions de demain.
Un programme spécifique sera prévu au sein d’OSEO-Innovation, centré sur des projets risqués portés par des entreprises moyennes, avec une forte composante partenariale.
Cette fusion est effective depuis le 1er janvier, conformément à ce que j’avais annoncé l’été dernier. Elle s’est traduite par une nette augmentation des moyens d’OSEO Innovation : de 160 millions d’euros en 2007, sa dotation est passée à plus de 500 millions d’euros en 2008, dont 300 millions d’euros au titre de son action nouvelle au profit des entreprises moyennes.
Vraiment : je veux qu’on arrête de considérer DASSAULT SYSTEMES, BUSINESS OBJECT, ILOG, et désormais DAILYMOTION et NETVIBES comme des exceptions.

Je veux plutôt qu’on les voie comme les premiers d’une longue série, que viendront enrichir - pourquoi pas ? - ALDEBARAN-ROBOTICS, ou BARACODA dont les projets viennent de m’être présentés.

 

Enfin, dans la prochaine loi de modernisation de l’économie, nous proposerons un statut unique pour toutes les entreprises à fort potentiel de croissance. Il s’appuiera sur le statut de "jeune entreprise innovante" qui, comme vous le savez, offre des exonérations d’impôt et des allègements de charges spécifiques.

En procédant ainsi, c’est l’innovation - et pas seulement la recherche - que nous souhaitons favoriser.

 

Au-delà de ces mesures transversales, notre "politique du numérique" repose sur une stratégie spécifique déterminée.

 

Nous devons d’abord miser sur nos atouts, qu’il faut savoir reconnaître.

En matière de haut-débit, notre pays a largement rattrapé son retard en quelques années : grâce au dégroupage, les Français disposent aujourd’hui d’une offre haut-débit très riche et à des conditions tarifaires que nous envient la plupart des pays du monde.

Le paradoxe hexagonal, c’est que nous avons un taux de pénétration d’internet dans les foyers assez faible (50 %) mais qu’au sein de ces 50 %, il y a 94 % de haut débit.

Cet équipement des ménages en haut-débit affiche atteste du dynamisme du marché et du goût des Français pour les nouvelles technologies.

La France est désormais mieux équipée que les Etats-Unis !
30 % des blogs actifs dans le monde sont français. L’internet mobile est en train d’exploser grâce aux nouveaux forfaits illimités.
Une nouvelle révolution s’amorce, avec le très haut débit, porteuse de perspectives gigantesques en matière de nouveaux services.
A présent, il faut permettre un développement de la fibre optique rapide et respectueux d’une concurrence saine entre les opérateurs.

C’est la condition sine qua non pour que le marché conserve son dynamisme et réussisse cette mutation. On a déjà conduit des concertations dans le comité de pilotage très haut débit animé par Christine Lagarde et Hervé Novelli.

Et des mesures sont en cours de mise en place concernant les fourreaux issus du monopole de France Télécom. En complément, la prochaine loi de modernisation de l’économie définira le cadre juridique attendu par les opérateurs de télécommunications pour investir massivement dans la fibre optique et mutualiser leurs efforts.
Tout comme elles l’ont fait dans le haut débit, les collectivités auront un rôle clé pour faciliter ce déploiement afin d’éviter une nouvelle fracture numérique.

Définir un cadre favorable : c’est le B.A-BA d’une politique numérique.
Dans un monde où la couverture numérique des territoires est la clé de leur attractivité, cela commence par le travail sur les infrastructures que j’évoquais à l’instant.
Cela consiste aussi à permettre aux industriels, par les travaux de normalisation ou de standard, d’aborder de nouveaux marchés dans les meilleures conditions. Avoir le meilleur produit, la meilleure technologie ne sert à rien si elle ne peut rencontrer son marché.

On sait bien que le succès de la norme européenne 2G de téléphonie mobile vient en grande partie du fait que les industriels européens ont disposé d’un marché domestique suffisamment large pour être forts à l’international. Ce succès, nous voulons le reproduire en soutenant la norme DVB-H pour la TMP, en cohérence avec les positions exprimées par la Commission européenne.

Nous mettrons à profit la présidence française de l’Union européenne pour avancer avec nos partenaires sur la prochaine norme de téléphonie mobile et la RFID.
Après avoir remporté la bataille du haut débit fixe ; après être sur le point de gagner celle de l’internet mobile, nous sommes bien partis pour être les leaders de l’internet des objets.
Le cadre propice à votre développement, c’est aussi, mesdames et messieurs, plus de souplesse dans la gestion de vos équipes, qui a besoin d’être adaptée à la réactivité et à la singularité de votre secteur. Pour ça, vous disposerez bientôt d’un nouvel outil juridique qui modernisera les règles du marché de l’emploi : le contrat de mission.

Définir un cadre favorable, c’est également contribuer au développement des usages.
Dans ce domaine, le développement de l’e-administration est un levier essentiel. Le succès de la télédéclaration illustre le potentiel extraordinaire qu’elle recèle. La dématérialisation administrative, c’est à la fois un gisement de productivité pour l’économie et un source d’économies pour les contribuables : nous n’allons pas nous en priver !

Et puis parce que l’école est le lieu privilégié pour maîtriser les TIC, je veux qu’un maximum d’enfants obtiennent le brevet informatique et internet, aient accès aux environnements numériques de travail, fassent l’objet d’usages pédagogiques plus adaptés.

L’usage des TIC peut encore beaucoup progresser dans les secteurs de la santé ou du social. Je pense par exemple au maintien à domicile des personnes âgées.

Il en va de même dans les PME. Avec le passeport numérique, le plan TIC-PME 2010, nous disposons des outils pour permettre aux PME de saisir toutes les opportunités liées aux nouvelles technologies.

Tout en développant ces usages, il faudra naturellement continuer à les sécuriser, en protégeant l’enfance, en améliorant l’authentification et la sécurité, en luttant contre la cyber-criminalité.

Définir un cadre favorable, c’est enfin et surtout nous doter d’une stratégie.
Cette stratégie a trois piliers : continuité, pilotage dans la durée et... suite dans les idées.
Les idées, on n’en manque pas... Mais c’est leur mise en œuvre qui compte !
Dans le domaine du numérique, force est de reconnaître que les compétences de l’Etat sont fragmentées entre un grand nombre d’acteurs.
Cette organisation était certainement justifiée lorsqu’il s’agissait de gérer au mieux la transversalité d’un sujet encore émergent.
Elle est sans doute moins pertinente lorsqu’il s’agit d’en faire un enjeu majeur de notre compétitivité.
Cette question de la gouvernance, de la meilleure organisation de l’Etat pour le numérique, nous y travaillons avec le président de la République.

 

Voilà, Mesdames et Messieurs, le message de volonté et de soutien que je voulais vous adresser.

J’ajouterai un dernier mot : l’expression "politique du numérique" ne doit pas être mal comprise.
Mon but n’est en rien d’assujettir l’internet aux poids de nouvelles contraintes ou réglementations, déjà trop nombreuses pour un domaine pourtant si récent.

Je veux au contraire libérer les forces de la créativité !
Dé-corseter le web !

Et je veux compter sur vous, comme vous pourrez compter sur moi.



Dimanche 17 février 2008
ASTANA, KAZAKHSTAN. Pour la première visite d’un Premier ministre français, la nouvelle capitale du pays baigne dans une lueur laiteuse. Le vent glacé disperse la neige autour des immeubles futuristes, en une poussière impalpable. undefinedAu milieu de la plaine kazakhe, grande comme cinq fois la France, la ville étale le spectacle irréel de ses bâtiments flambants neufs :
- C’est le Dubaï des steppes ! s’exclame un membre de la délégation.

undefined Depuis l’unique visite d’un haut responsable français – c’était François Mitterrand, en 1993, deux ans après l’indépendance de cette ancienne république soviétique – beaucoup de choses ont changé ici. François FILLON est venu le constater. Le programme de ce 8 février est extrêmement chargé : entretiens avec le Premier ministre, M. MASSIMOV, avec le Président, M. NAZARBAÏEV, puis avec le Président du Sénat. Les contacts économiques sont au programme. Avec ses réserves immenses de pétrole et de minerais, le Kazakhstan intéresse les 17 chefs d’entreprise français qui accompagnent le chef du gouvernement. AUBERT et DUVAL signe un accord pour une ligne d’approvisionnement d’Airbus en titane représentant 850 millions d’euros sur 12 ans. La construction d’une cimenterie confiée à VICAT représente 140 millions. Tous sont impressionnés par la manière rapide dont le pays s’est ouvert aux investissements étrangers. undefinedDe son côté, le Kazakhstan, situé entre Chine et Russie, partage avec la France le souci de préserver de grands équilibres géopolitiques. Il reconnaît aussi l’expérience de la France en matière d’administration publique. L’Académie de la fonction publique a été conçue sur le modèle de l’ENA. François FILLON y répond aux questions des étudiants, manifestement intimidés, avant de recevoir un titre honorifique. Le Premier ministre revêt pour l’occasion la tunique brodée traditionnelle. Quelques minutes plus tard, il doit la troquer contre un manteau épais. Au-dehors, la température tourne autour de -18° ! undefinedAutant dire que la visite du Premier ministre est tout sauf classique. Il règne au Kazakhstan une ambiance étonnante, faite d’audace et de pragmatisme. Le pays a délibérément démantelé les arsenaux nucléaires hérités de l’URSS. Son président, Nursultan NAZABAÏEV, veut faire du pays une zone de paix et d’échanges. Il est vrai que les religions cohabitent pacifiquement au Kazakhstan, pont immense entre Europe et Asie. A l’extrémité de l’esplanade centrale, François FILLON découvre l’impressionnante « Pyramide de la Paix et de la Concorde », un bâtiment de 62 mètres de haut voué au dialogue entre les civilisations. C’est là que tout à l’heure, au soir tombé, l’orchestre de la Garde Républicaine française offrira un concert aux hôtes du chef du gouvernement. Mais avant cela, il faut se rendre à l’ambassade de France, dont François FILLON doit inaugurer les nouveaux locaux, en présence de l’ambassadeur, S.E. Monsieur Alain COUANON. undefinedSeuls onze pays de l’Union Européenne possèdent déjà une représentation sur place, la plupart dans le même immeuble. La France ne veut pas manquer son rendez-vous avec le Kazakhstan. L’heure est à l’intensification des échanges. Des échanges qui ne sont pas uniquement économiques, mais aussi diplomatiques et culturels. Le président NAZARBAÏEV sera présent à Paris pour sa septième visite en France au second semestre de 2008.
Samedi 16 février 2008
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Retrouvez le texte de l'entretien que le Premier ministre a accordé au Figaro Magazine paru aujourd'hui, ainsi que la vidéo tournée à cette occasion, dans son bureau à Matignon.



Jeudi 7 février 2008
A l'occasion de la réunion du Parlement en Congrès, à Versailles, pour le vote de la loi constitutionnelle permettant la ratification du Traité de Lisbonne, le Premier ministre a cherché les mots forts qui situent l'engagement européen de la France au niveau d'une véritable vision d'avenir. Voici le texte complet de son intervention.


"Monsieur le Président du Sénat,
Monsieur le Président de l’Assemblée nationale,
Mesdames et messieurs les députés et sénateurs,

60 millions de Français dans un monde ouvert et chaotique de plus de 6 milliards d’habitants : c’est peu de reconnaître que notre nation a sa place en Europe. Elle y a son avenir, sa vocation et ses plus grands espoirs.
La France a besoin de l’Europe pour prolonger son génie et l’Europe a besoin de la France pour approfondir sa singularité politique.

La carte du monde se couvre de défis nouveaux.
Défi, l’exceptionnelle montée en puissance des continents asiatique et indien dont les forces bousculent nos héritages.
Défi, la prédation écologique qui dérègle les équilibres naturels de la vie terrestre.
Défi, le regard d’une Afrique qui se tourne vers les richesses du Nord.
Défi, ce côtoiement des civilisations que le monde d’aujourd’hui s’ingénie, tout à la fois, à rapprocher et à opposer.

Dans ce monde fascinant et instable, la France n’est pas condamnée à se taire et à subir.
Elle ne doit pas choisir la voie du repli, sous peine d’être écartée du chemin de l’Histoire.
L’Europe lui prête sa richesse, ses Etats partenaires, ses cinq cents millions d’hommes et de femmes.
Elle grandit les ambitions de notre pays aux dimensions d’un continent.
Pour continuer de peser sur ce monde qui court sans repères, la France doit endosser sans réserve son rôle d’animateur européen.

Il y a deux ans, nous avons rejeté un texte qui donnait à l’aventure européenne un cadre constitutionnel.
Ce fut le choix des Français.
Il devait être respecté !
Mais nous ne pouvons pas ignorer que nous avons alors jeté une Europe qui espérait en nous dans l’étonnement et dans le trouble.
Il n’y avait pas de plan "B".
L’Union européenne s’est donc immobilisée et les regards étaient portés vers nous.
En votant "non" au texte constitutionnel de 2005, nous avions contracté une double responsabilité vis-à-vis de nous-mêmes, et vis-à-vis de l’Europe : celle de relancer au plus vite l’élan que nous avions brisé.

Au fond, le referendum de 2005 nous donnait un avantage pour y parvenir : il nous montrait, en négatif, quelle Europe les Français voulaient.

Ce que les Français avaient refusé, c’était d’abord la nature constitutionnelle du texte, et l’ombre d’une Europe fédérale qu’elle projetait.
Si les Français voulaient de l’Europe, ils demandaient qu’elle soit définie à son juste niveau :
Dans le respect des Parlements nationaux.
Dans le respect des différentes traditions sociales et publiques.
Dans le respect finalement du principe de subsidiarité qui a toujours été, à mes yeux, la clé de voûte de la structure européenne.

La seconde perspective que les Français redoutaient, c’était l’installation d’une Europe impotente et impuissante.
Dans la complexité du texte constitutionnel, une menace apparaissait. Celle d’une Europe incapable de mobiliser ses 27 membres autour d’un projet, paralysée par des mécanismes de décision inadaptés à son étendue nouvelle. Les Français ont craint son enlisement, et il n’est pas inconvenant de dire que le Traité de Nice les confortait dans leur défiance.
La leçon est historique.
Les Français n’ont pas peur de la réforme, pourvu qu’elle aille au cœur des choses.
Les Français n’ont pas peur de l’Europe, pourvu qu’elle soit capable d’agir.

Sur ces deux points, Nicolas Sarkozy a répondu à leur volonté de manière résolue, constante et transparente. Ses engagements de campagne ont tracé la seule voie qui permettait de transcender les clivages :

-  négocier avec tous nos partenaires européens un traité nouveau, opérant les évolutions institutionnelles indispensables ;

-  tenir compte, dans ce traité, des craintes exprimées par le "non" majoritaire ;

-  et enfin, faire adopter rapidement ce texte par le Parlement.

Personne ne peut contester la clarté de la stratégie du président de la République pour relancer l’Europe.
Personne ne peut lui reprocher d’avoir précisément fait ce qu’il avait précisément dit.
Personne, ne peut l’accuser de ne pas s’être efforcé de rassembler le camp du "oui" et celui du "non".
Et à ceux qui, pour des raisons de forme, contestent les modalités d’adoption du Traité de Lisbonne par la voie parlementaire, et à ceux qui, pour des raisons de fond, s’opposent à ce Traité, je pose une question simple : Voulez-vous réellement relancer l’Europe ou préférez-vous son enlisement ?

La stratégie du président de la République a reçu le soutien des européens, après avoir reçu celui de la majorité des français.
A son invitation, et à celle d’Angela Merkel, présidente de l’Union européenne, 27 pays sont venus inscrire dans un texte nouveau leurs espoirs de paix, de coopération et d’intégration.
Le Traité de Lisbonne satisfait à nos responsabilités vis-à-vis de l’Europe.
Il satisfait à nos devoirs vis-à-vis des Français. Au blocage, à l’opposition, il substitue la synthèse et l’initiative.

En votant la révision constitutionnelle soumise aujourd’hui au Congrès, vous permettrez à la France de devenir le quatrième pays à ratifier le Traité de Lisbonne.
Cette révision nous est commandée par la décision du Conseil constitutionnel du 20 décembre dernier, afin d’autoriser un certain nombre de transferts de compétences vers l’Union et d’élargir les pouvoirs de notre Parlement.

J’ai déjà eu l’occasion, à l’Assemblée nationale et au Sénat de vous en présenter le contenu et de décliner les dispositions du traité.
Ce traité adapte et complète les traités précédents, sans se placer au-dessus d’eux, ce n’est donc pas une constitution.
Il reconnaît, de manière explicite, le contrôle de subsidiarité dévolu aux Parlements nationaux vis-à-vis de la Commission.
Il garantit la compétence exclusive de chaque Etat dans la définition de sa sécurité nationale ; le rôle déterminant de ses autorités dans l’organisation des services publics ; la mission des partenaires sociaux de chaque pays dans la défense de ses traditions et de ses ambitions sociales.
Il préserve ainsi, partout où elles nous paraissent intangibles, nos exigences de liberté.

Mais surtout, le Traité de Lisbonne redonne corps au rêve français d’une Europe agissante et efficace.
En prévoyant l’élection d’un président du Conseil européen, il offre à cette institution une force et une stabilité qui lui faisait défaut.
A sa politique extérieure, il donne à son Haut représentant des moyens nécessaires.
A son Parlement, il confère des pouvoirs renforcés.
A ses procédures de décision, une souplesse accrue par l’extension du champ de la majorité qualifiée et une démocratie renforcée grâce à une meilleure prise en compte de la population de chaque Etat.
A ses valeurs, il institue une charte des droits fondamentaux.
A une Europe plus vaste, et plus nombreuse, il rend la capacité de se déterminer et je ne puis, en cet instant, ne pas avoir une pensée pour le Général de Gaulle qui, il y a plus de 40 ans nous invitait à penser l’Europe élargie. Et voici que celle-ci est là, réalisée dans le cadre d’une Union qui, non contente d’avoir instauré la paix sur notre continent, a contribué à faire tomber le rideau de fer et à libérer nos frères européens. 27 nations volontairement et librement unies, sans un coup de feu, sans aucune contrainte, par la seule force d’un projet et d’un idéal commun.

Mesdames et messieurs les parlementaires,
Dans l’histoire humaine aucune autre entreprise n’est comparable à celle-ci.
Mais cette entreprise ne peut pleinement prendre son sens que si elle s’inscrit dans un dessein politique. Cette conviction inspire la France depuis plus de cinquante ans.
Ni l’intégration économique, ni l’intégration financière ne suffiront à affronter le monde complexe, parcouru de ruptures soudaines où l’Europe doit aujourd’hui choisir sa place.
Ni sa richesse, ni sa population ne placeront l’Europe au-dessus de ces lignes de fractures que la démographie, la course aux matières premières, les affrontements ethniques, les tensions religieuses, les déséquilibres environnementaux referment actuellement sur le globe.
Permettez-moi de redire ici une conviction personnelle ancienne.
Plus ces fractures s’accuseront, plus la valeur d’un espace européen de stabilité, de concertation et de décision se fera sentir.

Le futur de l’Union ne dépend plus que d’une chose : de sa capacité à définir et à projeter une vision politique originale.

L’Europe, mesdames et messieurs, a déjà touché du doigt les bénéfices qu’une volonté concertée pouvait lui valoir.

Au sortir de la Deuxième guerre mondiale, elle a réussi le prodige de rompre avec mille ans de conflits armés, de mobilisation permanente, d’affrontements sanglants. Avons-nous pris toute la mesure de ce succès ? Grâce à l’Europe, nous jouissons tous les jours, depuis soixante ans, de ce qui reste, pour tant de régions du monde, une utopie encore bien lointaine.
Partout encore, des hommes et des femmes meurent en rêvant de ce qui est pour nous un acquis, une garantie, une évidence.

Dès l’origine, l’Europe a voulu se prémunir contre les crises économiques et monétaires qui avaient scandé la première moitié du siècle.
Elle a fondé sur ses politiques communes - agricole, industrielle et douanière sur une prospérité durable, largement partagée au sein de son espace continental.

Aujourd’hui, avec le Traité de Lisbonne, l’Europe retrouve ce "droit de vouloir". Elle retrouve le pouvoir de mettre sa puissance au service de ses politiques prioritaires.
Politique commune de l’énergie et de l’environnement.
Politique commune de politique étrangère et de défense.
Politique commune de justice et de sécurité.
Politique commune d’immigration et de co-développement, voilà les grands projets sur lesquels les Européens se rejoignent.
Et le Traité de Lisbonne nous offre la possibilité de les concrétiser.

Ce qui se joue, c’est notre capacité à promouvoir un modèle de société.

Une société européenne existe - qu’on peut nommer culture, héritage, ou civilisation, qu’importe ! L’essentiel à mes yeux est d’en sentir la force et le prix.
Elle donne à nos parentés européennes leur évidence.
Elle s’enracine dans un passé d’expériences et de lectures communes.
Elle se nourrit des contacts permanents de nos patrimoines artistiques, philosophiques et moraux.
Oui, moraux aussi, car il y a dans la civilisation européenne plus que l’évocation sentimentale de quelques monuments, de quelques textes et symboles partagés : il y a un répertoire de valeurs qui, aux frontières de
l’Union, signent notre différence.
L’humanisme. La tolérance. La liberté de conscience.
L’individu pris comme référence de toute justice.
L’Etat de droit, seul fondement légitime du pouvoir.
La reconnaissance du droit du travail et d’un droit au travail.
La prise en charge publique de la solidarité.
La considération accordée à la force du savoir et aux transmissions familiales et spirituelles.
La confiance placée dans la science, l’innovation industrielle et le progrès.
L’attachement au marché, cadre où se valorisent, par la libre concurrence, le capital et le talent.
Ces traits disent où commence et s’épanouit l’Europe.
Ils disent où l’expérience européenne rencontre les modèles concurrents, où elle s’en distingue.

Mesdames et messieurs,
La Présidence française de l’Union Européenne va donner à notre pays la responsabilité de conduire l’Europe.
Nous l’assumerons avec la gravité et l’enthousiasme d’une nation dont la fierté nationale se conjugue avec celle de ses partenaires.
A nous d’être les promoteurs et les ambassadeurs d’un modèle européen de développement.

Beaucoup de pays et de régions attendent de nous - de l’Europe, et en particulier de la France - qu’un partenaire, attentif, inventif, arbitre de son influence les équilibres du monde.

Le vote qui va avoir maintenant avoir lieu, Mesdames et messieurs les députés et sénateurs, n’est pas seulement un vote pour la France et pour l’Europe. C’est aussi un vote qui distingue les acteurs des spectateurs de l’Histoire."


Mercredi 6 février 2008

 

 
François Fillon a annoncé, le 5 février, une revalorisation du minimum vieillesse de 25 % en cinq ans, lors d’une réponse donnée devant l’Assemblée nationale :

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"Monsieur le président,
Mesdames et Messieurs les députés,

 

Xavier Bertrand vient de le dire, les engagements du président de la République seront intégralement tenus.
Cela veut dire que nous revaloriserons le minimum vieillesse de 25 % en cinq ans, et que nous allons commencer dès 2008. Cela veut dire ensuite que nous porterons à 60 %, d’ici la fin du quinquennat, les pensions de reversion. Cela veut dire enfin que nous veillerons à ce que la loi de 2003 soit appliquée et que les retraites suivent l’inflation. Mais il n’est pas anormal que, pour lancer ces chantiers, nous ayons le souci de discuter avec les partenaires sociaux qui ont la gestion du régime général et des régimes complémentaires.

 

Pour parler des retraites, madame Gaillard, encore faut-il avoir pris dans le passé ses responsabilités pour sauvegarder les régimes de retraite ! Vous n’avez jamais rien fait pour les retraites. En 1993, vous avez dit non à l’allongement de durée de cotisation. En 2003, vous vous êtes opposés à la loi sur les retraites alors même qu’elle faisait l’objet d’un accord des partenaires sociaux ! En 2007, vous vous êtes opposés à la réforme des régimes spéciaux de retraite. Si vous aviez été au pouvoir, aujourd’hui, les régimes de retraite seraient dans une situation intenable.

 

Alors moi, j’aime bien entendre les observations du Parti socialiste sur les retraites, mais je préfèrerais qu’il fasse des propositions et qu’il agisse !

 

Mercredi 6 février 2008

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C'est par cette phrase de Saint-Exupéry que François Fillon a conclu le colloque organisé le 31 janvier par "Les Progressistes", le nouveau mouvement créé par Eric Besson. 

La rencontre portait sur le rapport entre mondialisation et progrès, la réduction des inégalités sociales et le rôle de l'Etat ; trois thèmes emblématiques du besoin de rassemblement de toutes les bonnes volontés autour de réformes d'intérêt général.

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S'exprimant après Tony Blair, venu accorder son soutien à cette nouvelle force de gauche responsable, le Premier ministre a rappelé la philosophie qui inspire l'ouverture politique voulue par Nicolas Sarkozy, et a salué le courage de ceux qui ont osé saisir la main tendue. 

Voici le texte du discours :

 
Monsieur le Premier ministre, cher Tony Blair,
Monsieur le Secrétaire d’Etat, cher Eric,
 
En passant par le Quartier Latin, je me suis demandé : 
« Mais qu’auraient pensé les étudiants réunis en « AG » sur ces bancs, en mai 1968, si une voyante leur avait prédit que, quarante ans plus tard, des progressistes de gauche y organiseraient un colloque conclu par un chef de gouvernement issu du mouvement gaulliste ? »  
 
Je crois que la plupart de ces jeunes gens auraient dit que c’est impossible.  
 
Impossible, parce qu’ils étaient habitués à concevoir la vie politique comme un affrontement binaire, camp contre camp, droite contre gauche, conservateurs contre réformistes.
 
Impossible, car ils ne pouvaient s’imaginer que la gauche se détourne de la tentation du grand soir pour préférer infléchir concrètement  les réalités.
 
Impossible enfin parce qu’il leur était impensable qu’un gouvernement – de droite, au surplus ! - s’ouvre au-delà de son camp, pour faire appel à toutes les compétences.  
 
« L’imagination au pouvoir », scandaient-ils. Parmi les slogans de l’époque, en voici un que nous reprenons volontiers à notre compte.
N’en déplaise à l’opposition, ceux qui tentent aujourd’hui de faire autre chose et autrement, c’est vous !
Et pourquoi le faisons-nous ensemble ?
Parce que nous sentons tous que nous sommes allés au bout d’un système politique et idéologique qui ne correspond plus aux réalités et aux exigences de notre époque.
Pendant des décennies, les gouvernements de droite et de gauche se sont succédés sans réussir à rénover la France en profondeur.
On a oscillé entre une gauche dogmatique dans la forme et parfois libérale sur le fond, et une droite libérale dans la forme et finalement assez conformiste sur le fond.
Tout ceci alimentant la confusion intellectuelle, l’immobilisme politique et le zapping électoral.
Face aux grands défis lancés à la France, une nouvelle donne politique était nécessaire, et Nicolas Sarkozy l’a concrétisé à travers l’ouverture.
 
Pourquoi l’ouverture ?
Parce que la rénovation de la France ne peut être l’œuvre d’un seul parti.
Transformer la France, cela exige de mobiliser tout le corps social.
Rebâtir le « système français », cela requiert de bousculer les dogmes, de faire bouger les lignes.
Bref, il faut savoir rassembler.
Et pour rassembler, il faut avoir l’audace et le courage de franchir les frontières partisanes. Cette audace, le Président de la République l’a eue en vous tendant la main, et cela malgré les critiques qui émanaient de son propre camp. Mais le courage, c’est surtout vous qui en avez fait preuve.
 
Je parle de courage parce qu’il est souvent plus facile de taire ses convictions au nom des intérêts partisans que de les exprimer à haute voix, au nom de l’intérêt national.
Je parle de courage parce que dans notre milieu on a tendance à préférer les hommes liges aux hommes libres.
 
Vous avez saisi la main que l’on vous tendait, mais pas à n’importe quel prix. Vous l’avez fait autour d’un projet. Et vous l’avez fait avec la volonté de peser sur sa mise en œuvre.
Au gouvernement, Eric Besson m’est directement rattaché et ses compétences sont unanimement reconnues.
Sa fonction est importante puisqu’il s’agit, ni plus ni moins, d’évaluer nos politiques et de défricher les sujets les plus complexes.
Je veux te dire, cher Eric, que je suis fier et heureux de te compter dans mon équipe.
 
Comme toi, j’ai la conviction que l’ouverture politique est une réponse aux attentes du peuple français et une nécessité face aux grands enjeux de demain.
 
Croyez-vous sincèrement que, si rien n’est fait pour lutter contre le réchauffement climatique, nos petits enfants se diront : « c’est la faute de la droite ! » ?
 
Croyez-vous que si tout n’est pas mis en œuvre pour financer nos retraites, nos enfants penseront « c’est à cause de la gauche ! » ?
 
Croyez-vous que si l’aventure européenne échouait nos enfants se retourneraient contre tel ou tel parti ?
 
Bien sûr que non ! Ils se retourneraient vers nous, en nous demandant « qu’avez-vous fait ? ».
 
Eh bien ensemble, nous avons osé placer le rassemblement des compétences au cœur de notre démarche politique.
Ta présence Eric, comme celle de Jean-Marie Bockel, de Jean-Pierre Jouyet, de Fadela Amara, de Martin Hirsch n’a pas seulement pour effet d’oxygéner la démocratie française.
Elle marque aussi une nouvelle façon de réfléchir, de débattre et d’agir.
Il y a une chose dont je suis sûr, c’est que sans l’ouverture, il n’y aurait pas dans mon équipe le même climat de créativité et d’efficacité.
 
Avec vous et grâce à vous, nous pouvons réformer plus vite et plus profondément.
Quand nous construisons une flex-sécurité à la française, quand nous rénovons le dialogue social, quand nous donnons leur l’autonomie aux universités, quand nous modernisons l’aide aux demandeurs d’emploi, quand nous réformons les régimes spéciaux, quand nous réussissons le Grenelle de l’environnement, nous épousons, je le crois, votre démarche progressiste.
 
J’ai lu, cher Eric, les trois thèmes choisis pour ce colloque.
 
 « Mondialisation et progrès », avec ce premier thème, vous tordez le cou à l’idée encore répandue selon laquelle la mondialisation serait une option, et non un fait.
Vous adoptez le bon angle, celui qui consiste à regarder la réalité économique mondiale telle qu’elle est, et à rechercher comment en retirer des bénéfices pour nos emplois, pour notre économie, pour notre solidarité.
 
Ce discours où la lucidité est placée au service du volontarisme, les Français l’attendent.
Contrairement aux idées reçues, nos concitoyens n’ont pas peur de la mondialisation. Ils veulent seulement y être mieux préparés pour agir et non pas subir.
L’ouverture des marchés est la clé de la prospérité et du développement.
Mais cela n’exclut pas un langage de vérité quand les conditions de la concurrence sont faussées, quand la mondialisation engendre des dérives écologiques ou sociales, quand elle nécessite d’imposer plus de transparence et de coordination, quand il faut l’empêcher de se faire aux dépens des plus vulnérables.
 
Sur le deuxième thème, celui de « la réduction des inégalités sociales », vous contribuez là aussi à briser un certain nombre de dogmes absurdes. Des dogmes plus ou moins persistants qui amène encore – au XXIème siècle ! – une large fraction du parti socialiste à se demander si Olivier Besancenot ne serait pas un allié possible…
 
Votre conception du progrès social n’est pas celle de l’égalitarisme mou, cet égalitarisme de façade qui étouffe la dignité et la responsabilité humaine.  
 
« Donner sa chance à chacun », faire de la politique sociale un tremplin avant d’être un filet de sécurité, rechercher une « égalité des possibles » : ces idées qui vous sont chères se retrouvent dans le revenu de solidarité active, dans la promotion du travail et du mérite, dans le plan espoir banlieues. 
 
Quant au troisième thème du jour, celui du « rôle de l’Etat », il est symbolique de votre volonté de faire bouger les lignes du passé.
La réforme de l’Etat n’est ni de droite, ni de gauche, elle est tout simplement nécessaire à la France et à l’Etat lui même.
Cette réforme, tous les gouvernements depuis 20 ans l’ont voulue, et toutes les oppositions depuis 20 ans l’ont critiquée.
L’assainissement des dépenses publiques n’est ni libéral, ni social. Il est tout simplement incontournable sur le plan économique, et moralement non négociable vis-à-vis des générations futures.
Sur tous ces sujets, l’urgence comme l’intérêt national commandent de cesser avec les postures
 
Ensemble, nous allons, mesdames et messieurs, continuer de réformer.
Nous savons que nos différences constituent notre force.
 
 
 « Si tu diffères de moi, loin de me léser, tu m’enrichis » écrivait Saint-Exupéry.
 
Restez vous-mêmes.
Vous avez une histoire et des valeurs. Elles contribuent à faire la France.
En assumant ensemble les héritages pluriels de la nation, en fédérant le meilleur de ce que nous croyons et de ce que nous voulons, nous pouvons saisir l’avenir et donc servir au mieux notre pays.