Extraits :
" Avec la session extraordinaire de juillet, nous avons donné le ton de ce que sera le quinquennat de Nicolas Sarkozy, c’est-à-dire une course de vitesse pour replacer la
France au premier rang des pays européens pour la croissance, pour l’emploi, pour les libertés, pour la justice sociale. Et je veux vous dire que le mois de juillet, que vous avez peut-être vécu
comme un mois particulièrement intense, ce n’était qu’un échauffement. Durant cet échauffement, vous avez engagé la libération du travail, à travers le texte sur les heures supplémentaires, dont
je vous proposerai tout à l’heure, d’ailleurs, de franchir une nouvelle étape. Vous avez réformé l’université bloquée depuis vingt-cinq ans, vous avez ramené la fiscalité sur le revenu dans la
moyenne européenne, vous avez durci les peines encourues par les multirécidivistes et vous avez favorisé l’accession à la propriété de nos concitoyens. Voilà ce que vous avez fait en quelques
semaines, voilà ce que nous avons fait en quatre mois.
(...)
Je ne vous propose pas un chemin de roses, je vous propose de la sueur et des séances de nuit, mais je veux simplement vous dire qu’à la fin de l’année, ma seule ambition, ma seule volonté c’est
que vous soyez fiers de votre Gouvernement et de votre majorité, que la France ait réellement été remise en mouvement, et que vous puissiez aller à l’approche des élections municipales, au devant
des Français en les regardant dans les yeux, et en leur disant : nous, nous ne vous avons pas trahis".
- La professionnalisation des armées ? Je me souviens de l’avoir préconisée il y a vingt ans de ça, rappelle-t-il. Notre monde est instable et violent. Les menaces sont diffuses. Nous devons être à tout moment en mesure d’aller là où les événements appellent la France.
Au quartier Fayolle, en plein cœur de la ville, il est l’hôte du 1er RIMA, un régiment d’infanterie de marine. Les « marsouins » ont participé à l’opération Licorne en Côte-d’Ivoire en 2006. Pour leur visiteur, ils scénarisent quelques situations de terrain, représentant leurs missions et leurs capacités : assistance aux populations civiles ; franchissement et établissement de postes de contrôle ; combat de haute intensité. La façade d’un des bâtiments devient celle d’une gare, devant laquelle un colis suspect a été repéré. Un peu plus loin, de jeunes militaires adoptent pour l'occasion l’armement hétéroclites et le comportement erratique des troupes irrégulières affrontées dans les situations de guérilla. A chaque atelier, un sous-officier expose la problématique au Premier ministre,attentif. Pour terminer les démonstrations, un escadron en alerte « Guépard » à 72 heures et plusieurs équipements représentant une partie de l’avenir stratégique français lui sont présentés : en 2008, le Véhicule Blindé de Combat d’Infanterie, doté de 8 roues et d'une tourelle, succèdera à l’AMX10P à chenilles, vieux de 30 ans :

- Votre
formation poussée et votre équipement sophistiqués font de vous des spécialistes, rappelle le Premier ministre. Il vous faut pouvoir compter sur les meilleures technologies.Mais pour l’instant, c’est dans un AMX10RC, à canon de 105mm qu’on lui propose de monter. François Fillon, accompagné du ministre de la Défense, Hervé Morin, revêt la tenue camouflée et le casque réglementaire : assis au poste de pilotage, il devra rester en contact radio avec la tourelle. L’instruction est rapide :
- C’est un très bon pilote auto, et puis un char, c’est très simple à conduire, plaisante le général Cuche, chef d’État-major de l’armée de terre.
François Fillon exécute quelques manœuvres. A sa sortie, les photographes se précipitent pour saisir cette image insolite : le Premier ministre, casqué, reste concentré, mais son plaisir est visible. C’est l’heure d’un repas froid pris à « l’ordinaire », la cantine du marsouin, en compagnie de soldats de tous grades et des personnels civils qui composent le régiment. Debout, les soldats entonnent l’Hymne des troupes de marine, puis un chant nostalgique qui appartient à la tradition du 1er RIMA, « Marie Dominique », sur des paroles du romancier et marin Pierre MacOrlan.
C’est avec les épouses de militaires envoyés en opérations extérieures que le Premier ministre partage le café. François Fillon a été touché par les obsèques de deux jeunes sous-officiers tués en juillet. Il se dit très soucieux du soutien apporté aux familles :
- Votre métier n’est pas comme les autres. Il reste un métier de chair et de sang. Parfois, la mort est au bout de la mission.
Détail révélateur de la proximité qui lie à cet instant le Premier ministre aux hommes du 1er RIMA : pour écouter son allocution, les hommes du régiment quittent l’ordre serré et se massent au pied du mat des couleurs, autour de la tribune :
- Vous êtes allés au bout de vous-mêmes, au bout de la passion de servir et d’agir.
Le Premier ministre reprend à son compte une phrase de l’Hymne des troupes de marines :
- Pour faire un soldat de marine, il faut avoir dans la poitrine le cœur d’un matelot et celui d’un soldat. Je garde cette formule en tête. Elle peut m’être utile pour guider la France.
L’attention des hommes est entière. Leur émotion est forte. Conformément à la tradition militaire, il n’y a pas d’applaudissements.
Situé dans les Yvelines, à 20 kilomètres à l’ouest de Versailles, ce décor champêtre abrite depuis près de deux siècles le meilleur de la recherche française en agronomie. En 1826, le roi Charles X y créait l’Institution Royale Agronomique. Aujourd’hui, c’est AgroParisTech, fusion de trois grandes écoles françaises en agronomie et génie rural, qui occupe le site. L’école constitue un pôle majeur de l’ingénierie européenne dans le domaine du vivant.
Accueilli par Madame Marion Guillou, présidente de l’INRA, le Premier ministre visite d’abord une serre. Dans les centaines de pots qui s’alignent, les premières feuilles vert tendre d’une génération nouvelle de végétaux se déploient. Parmi elles, peut-être de nouveaux blés exigeant moins de pesticides, des riz et des maïs plus productifs qui aideront à résoudre le problème persistant de l’alimentation mondiale :
- Comment ne pas y voir une question stratégique, quand on connaît les problèmes mondiaux d’accès aux denrées ? quand on sait que chaque jour, il y a 200 000 bouches à nourrir de plus ? quand les occidentaux se rendent brutalement compte qu’ils sont peut-être à la merci d’un choc céréalier ? demandera François Fillon quelques minutes plus tard.
Sous le toit vitré, l’atmosphère est idéale pour la croissance des jeunes plantes – moins pour les journalistes qui s’entassent dans l’espace étroit. Leurs objectifs se couvrent de buée. Le cortège ressort. Au bâtiment EGER, on présente au Premier ministre les nombreux enseignants, les chercheurs, leurs étudiants et leurs programmes. Une centaine d’étudiants sont assis sur un talus. François Fillon leur adresse un discours optimiste :
- Il faut faire du développement durable une chance et non une contrainte. L’économie de l’environnement, au niveau mondial, c’est déjà près de 35 milliards d’euros. C’est une croissance supérieure à celle du PIB. C’est 10 000 emplois nouveaux chaque année. Bref, c’est une nouvelle donne économique et éthique. La France doit y faire valoir ses atouts.
Les moyens ? Une augmentation d’1,8 milliards d’euros pour le budget de l’enseignement supérieur et de la recherche en 2008 ; l’autonomie des universités, déjà votée ; et la réforme radicale du crédit impôt recherche, bientôt porté à 30% des investissements. Mais c’est peut-être quand il improvise que le Premier ministre est le plus applaudi :
- Il faut aussi faciliter la vie quotidienne du chercheur, lance François Fillon. C’est tout de même un gaspillage incroyable de vous donner une telle formation, pour vous cantonner ensuite dans des tâches administratives !
Les étudiants approuvent. Le chef du gouvernement remonte en voiture pour gagner, à 30 kilomètres de là, les locaux de VEOLIA, le leader mondial des services à l’environnement. Gestion de l’eau, des déchets, de l’énergie : l’entreprise développe et industrialise des procédés de traitements respectueux, adaptés au développement durable. Sur l’esplanade, le Premier ministre enfile la chasuble et le casque de sécurité jaune vif indispensable à la visite des locaux techniques : d’abord, des chaudières à combustibles spéciaux, puis des bacs où les déchets de retraitement se transforment en compost. François Fillon manipule une poignée de cet engrais naturel :
- Je l’ai dit tout à l’heure, notre industrie lourde doit anticiper les nouvelles contraintes environnementales pour rester compétitive. Les grands groupes industriels, en particulier, auront la responsabilité d’accompagner et de fédérer les 8 000 PME françaises qui travaillent pour l’environnement. La France doit s’engager à fond dans ce que je veux appeler la « croissance verte ».
Extrait :
"L’Allemagne va mieux. Elle tire aujourd’hui profit de courageuses réformes menées depuis 2000, notamment celle du marché du travail. Sa croissance est bonne, son chômage baisse, ses déficits se résorbent. Ces résultats créent un vrai défi pour la France. Pourquoi ne ferions-nous pas aussi bien ?
Avec Nicolas Sarkozy, notre objectif est clair : faire preuve d’efficacité réformatrice. Le gouvernement a déjà adopté un train de mesures d’une densité inégalée. Nous avons libéré le travail au-delà des 35 heures. Redonné la priorité à l’investissement. Enclenché la réforme de l’université et accordé un soutien exceptionnel à la recherche privée. Nous réfléchissons à une réforme profonde de l’État et de nos prélèvements obligatoires. Nous allons améliorer le fonctionnement du marché du travail, en concertation avec les partenaires sociaux. Nous préparons une loi de modernisation de l’économie. Nous allons développer la concurrence et valoriser le goût d’entreprendre, pour libérer la croissance.
L’enjeu dépasse le court terme. Comme l’a fait l’Allemagne ces dernières années, nous devons voir plus loin, viser plus haut. Il ne s’agit pas du résultat conjoncturel à la fin de l’année 2007. Il s’agit de la situation structurelle du pays, à l’issue des réformes de fond que nous aurons menées pendant cinq ans et que nous ne faisons qu’entamer. Il faut le faire sans dégrader nos finances publiques et en respectant nos engagements européens. Ce n’est pas un objectif étroitement comptable mais une nécessité vitale pour notre prospérité et l’avenir de nos enfants".

Installé dans un bâtiment contemporain élégamment profilé en aile d’avion, le lycée Monge possède un pôle de formation aux métiers de l’automobile. Le choix de l’établissement fait sourire le Premier ministre, passionné de course et de mécanique :
- On va croire que je me fais plaisir !
Très vite, pourtant, l’intérêt du projet d’établissement et la diversité des contacts noués convainquent le visiteur.
Guidé par le proviseur, Monsieur Alain Connant, le Premier ministre visite l’atelier de peinture : derrière la vitre, en combinaison,
l’élève qui tient le pistolet effectue des passes croisées, régulières… Sous l’œil attentif de François Fillon, l’aile avant gauche d’une voiture se couvre d’une teinte turquoise tout à fait
électrique ! Dans le hall, dans l’atelier de carrosserie, dans l’atelier moteurs, les élèves quittent leur poste pour se faire photographier aux côtés du Premier ministre.
A chaque fois, François Fillon interroge les élèves sur
leurs perspectives d’insertion. De telles formations débouchent-elles bien sur des embauches ?- Au fond, commente le Premier ministre, c’est là que réside la cohérence du projet gouvernemental : que la société de la connaissance soutienne le développement de la croissance.
François Fillon constate que l’activité du lycée Gaspard-Monge dépasse largement ses murs : comme tous les « lycées des métiers », l’établissement fonde sa performance sur un réseau de liens avec le monde de l’entreprise. Le Premier ministre échange quelques idées avec des représentants de PSA, de Renault et de plusieurs autres grandes entreprises industrielles. Puis il s’entretient avec les partenaires universitaires du lycée : à Evry, à Jussieu, des licences professionnelles accueillent les étudiants des BTS de Savigny. Réunissant des compétences larges et une équipe très motivée autour d’une thématique professionnelle bien identifiée, le « lycée des métiers » permet aux élèves d’atteindre un niveau d’expertise utile. Aux yeux du Premier ministre, la formule fait ses preuves :
- Et il faut que de plus en plus de lycées professionnels en France évoluent dans ce sens, ajoute François Fillon, qui saisit l’occasion pour annoncer une véritable rénovation de l’enseignement professionnel.
Ses axes ?

- Rénover les diplômes, pour qu’un minimum d’étudiants quitte le système sans qualification;
- fluidifier les parcours, en multipliant notamment les passerelles avec l’apprentissage ;
- créer un bac professionnel en trois ans ;
- labelliser un nombre accru d’établissements – il n’existe aujourd’hui que 331 « lycées des métiers »;
- rendre plus lisible la carte des formations offertes.
Sur tous ces points, le ministre de l’Éducation nationale, Xavier Darcos, fera des annonces précises dès jeudi, à Reims. Au terme de la visite, le Premier ministre semble conforté dans ses convictions :
- L’enseignement professionnel est une filière essentielle, rappelle-t-il avec force. Il n’y a pas de filières principales et de filières secondaires !
François Fillon n’est pas le seul à avoir apprécié la matinée. Pour l’occasion, tout le lycée a contribué à mettre les locaux en ordre, au grand plaisir de l’intendante, qui sourit :
- Des visites comme ça, il en faudrait une tous les ans !



