Le moment que vous allez vivre, tout au long de ces deux jours, est un moment exceptionnel.
En France, il est exceptionnel qu’à l’issue d’un travail national intense, une communauté professionnelle réunie dans sa diversité fasse un point aussi approfondi sur son avenir, sur son organisation, sur ses missions.
Ce qui va aboutir ici, –vous me permettrez l’expression- c’est une véritable dialectique de la recherche. Car vous allez répondre à une double question : que doit la recherche à la nation ? Et en retour, que doit la nation à sa recherche ? C’est dans ce va-et-vient, dans ce mouvement dialectique, que s’invente la relance de la recherche française que nous appelons tous de nos vœux.
C’est un moment exceptionnel parce que la recherche relève de l’intérêt public supérieur : c’est une question nationale.
Un projet pour la recherche, c’ est un projet de société.
La recherche, c’est la fierté d’une nation, c’est surtout l’un de nos atouts pour l’avenir. C’est aussi une part de rêve, en particulier pour les plus jeunes. C’est, pour toutes les générations, un facteur d’espoir.
La science est un espace de liberté et d’autonomie, mais la science est dans la société. Elle participe à une économie toujours plus mondialisée. Elle est à la fois l’un des moteurs de la mondialisation et l’un des facteurs qui nous permet de maîtriser cette mondialisation.
Notre recherche publique et privée ne manque à l’évidence pas de secteurs d’excellence. Elle est désormais directement exposée aux exigences de la compétition mondiale à laquelle on ne peut répondre que par la montée en puissance d’une économie et d’une société fondées sur le savoir et sur la connaissance.
Les prix Nobel 2004 viennent d’être attribués. Vous en conviendrez avec moi : ce n’est sans doute pas le plus mauvais indicateur lorsqu’il s’agit de juger l’excellence globale d’un système de recherche. Cette année, en physique, en chimie et en médecine : 6 américains, 2 israéliens.
Aucun européen en science.
Pour ce qui concerne la France, notre dernier Nobel en physique remonte à 7 ans, en chimie à 17 ans et en médecine à près de 25 ans !
Cette situation est absurde. Je suis convaincu pour ma part que l’intelligence est là, mais que c’est l’inadaptation de notre organisation qui la bride.
Ce n’est pas qu’une question de prestige et de reconnaissance internationale. Favoriser le développement de la recherche, l’adapter sans cesse aux exigences des temps nouveaux, c’est aussi préparer la croissance des années futures : une croissance plus forte, plus durable, une croissance plus riche en emplois de qualité.
On ne le répètera jamais assez : la France et l’Europe n’ont pas d’autre choix que de fonder leur croissance sur la recherche et l’innovation.
La croissance par la recherche, c’est non seulement plus de richesses, mais une vie meilleure, plus longue, en meilleure santé, dans un environnement plus sûr, pour tous les Français. C’est aussi la possibilité pour notre pays, qui s’est toujours illustré dans le domaine de la science et dans celui des idées, de continuer à faire entendre sa voix dans la quête mondiale du savoir.
La recherche, c’est donc un défi permanent. Le relever, c’est toujours aller au-delà des mots par une politique alliant deux éléments à mon sens indissociables : l’effort budgétaire et l’adaptation de l’outil.
Aucune politique n’a plus besoin de continuité. Continuité financière, bien sûr mais aussi adaptation constante de l’organisation pour favoriser la quête de l’excellence.
Le défi de cette double continuité est à mes yeux le plus important que nous ayons à relever. Si nous réussissons, ensemble, à ce qu’il n’y ait plus désormais telle « réforme » de la recherche succédant à telle « crise » de la recherche, mais une évolution permanent du monde de la recherche, accompagnée d’un engagement pérenne de la puissance publique, nous aurons fait l’essentiel.
Pour y parvenir, l’Europe s’est collectivement engagée, avec la stratégie de Lisbonne, à consacrer d'ici à 2010 trois pour cent de sa richesse à l'effort de recherche. Il s’agit de faire de l’économie du savoir le socle de notre développement, en plaçant l’innovation au cœur de nos politiques de croissance, de compétitivité et de bien-être.
Dès ma prise de fonctions, ma première priorité à été de m’assurer que la France retrouve le chemin d’une croissance de son effort public de recherche en cohérence avec l’objectif de Lisbonne. En quelques mois, j’ai pris des engagements clairs et concrets parce que j’étais convaincu que ce signal était une des conditions de la réforme.
Vous savez que nous avons créé 1000 postes de professeurs, de maîtres de conférences, de personnel administratif et de service et d’ATER. L’effort budgétaire en faveur de la recherche croîtra en 2005 de 10 % : aucun gouvernement ne l’avait fait depuis vingt ans.
On peut certes toujours contester la manière dont cet effort est financé ou distribué. Mais nul ne peut nier mon engagement en faveur de la recherche publique française.
Le Ministre de l’économie, que vous avez eu l’excellente idée d’inviter demain, ne vous tiendra pas un autre discours.
Une politique de la recherche ne se limite pas à la question des moyens : les moyens pour les moyens n’ont jamais fait une politique.
Il faut placer notre recherche dans une nouvelle dynamique, en identifiant puis en faisant sauter les principaux verrous qui -vous dites vous-mêmes- brident vos initiatives.
C’est tout l’objet de ces Etats généraux.
Vous allez en débattre pendant deux jours et le Comité d’initiative et de proposition me remettra son rapport début novembre.
Mais je souhaite aujourd'hui vous dire mes principales convictions. Ce sont les lignes de force, sinon de consensus, qui doivent à mon sens être au cœur de la loi d’orientation et de programmation de la recherche.
Une première exigence s’impose : nous ne disposons pas, en nombre suffisant, de structures d’enseignement supérieur et de recherche dotées d’une masse critique internationale.
Cette exigence est imposée par la compétition mondiale de la science, elle pleinement cohérente avec notre politique de l’enseignement supérieur. La mise en place du LMD et la montée en puissance des écoles doctorales que je viens d’engager ne se conçoivent pas sans repenser notre politique de sites dans le domaine de la recherche.
C’est la structure même de notre potentiel de recherche national qui doit être adaptée à la dimension européenne et internationale. Il faut offrir aux établissements d’enseignement supérieur et de recherche implantés sur une même zone géographique un nouvelle organisation. Cette organisation leur permettra de coordonner leurs efforts et de mutualiser leurs moyens de manière beaucoup plus efficace qu’aujourd'hui.
Qu’on l’appelle Pôle ou campus de recherche, cet instrument doit être fondé sur l’excellence. Il doit assurer à nos étudiants en thèse une formation à la recherche et par la recherche au meilleur niveau mondial. Il doit nouer des partenariats innovants avec les entreprises. Il doit être reconnu à l’échelle européenne, voire mondiale. L’important, en ce domaine, n’est pas la taille mais d'abord la qualité de la recherche.
Sur la question du statut et du périmètre de ce nouveau mode d’organisation, je pense qu’il faut être pragmatique : tout dépendra du site et du projet scientifique. Pour y parvenir, nous éviterons d’empiler de nouvelles structures, ou pire encore de nouvelles superstructures, sur les anciennes. La loi devra poser un cadre dans lequel la volonté des acteurs concernés se cristallisera dans une organisation originale et efficace.
La nécessaire restructuration en pôles de la recherche nationale est pour moi indissociable de la question des carrières des chercheurs.
Sur ce sujet, comme sur tous les autres, je ne compte pas ce matin me contenter de pétitions de principe. Il faut rendre plus lisible la politique de recrutement dans les universités et les organismes de recherche, et donner aux acteurs de la recherche plus de visibilité sur le recrutement et le déroulement des carrières.
C’est pourquoi je considère qu’il est nécessaire de mettre en place un plan pluriannuel de l’emploi scientifique.
Nous sommes très en retard en ce qui concerne la mobilité.
Prenons l’exemple des ingénieurs de recherche qui ont un rôle de soutien essentiel dans les laboratoires. Est-il concevable que notre organisation administrative les prive dans la pratique de toute mobilité ? Et je pourrais multiplier les exemples, qu’il s’agisse des maîtres de conférence qui devraient bénéficier de détachements plus nombreux dans les organismes ou des conditions de mobilité et de retour entre recherche publique et recherche privée.
La loi devra décloisonner et en finir avec des rigidités d’un autre âge.
Puisque je parle des carrières, j’en viens évidemment à l’évaluation.
Ce qui me frappe, c’est ce paradoxe : alors qu’en France le secteur de la recherche est l’un des plus constamment évalués, notre système d’évaluation manque de lisibilité et de transparence. Lorsque je demande que l’on me décrive clairement le système, personne n’a été jusque là capable de le faire en moins de 50 pages. Déjà peu compréhensible par les Français, cette organisation est illisible sur le plan international.
J’ai abordé ce sujet lors de la pose de la première pierre de l’université Paris VII, à Tolbiac : ici encore, la loi devra nous faire changer de dimension.
Nous allons unifier les méthodes pour leur rendre plus de cohérence et diffuser réellement les bonnes pratiques de l’évaluation. Je pense que la réforme de l’évaluation ne passe pas par un bouleversement des structures. Ce dont nous avons besoin, c’est d’une culture commune de l’évaluation.
Je sais que vous réfléchissez à une formule permettant de délivrer une accréditation nationale aux différentes commissions d’évaluation.
A condition que cette accréditation soit indépendante et bénéficie d’une reconnaissance internationale, c’est effectivement la voie à suivre. C’est ainsi que nous parviendrons à des normes appliquées par tous et partout, en réussissant l’internationalisation de notre évaluation, le rééquilibrage des membres élus et nommés dans les instances, la fréquence et la transparence des évaluations.
Il est un autre sujet qui, je le sais, vous préoccupe : c’est celui des priorités assignées à la recherche.
J’avoue n’avoir jamais compris l’opposition dont certains parlent entre la liberté de la recherche et les choix que l’Etat est amené à faire dans les priorités de la recherche publique.
C’est pour moi un débat artificiel.
En démocratie, il n’y a pas de recherche sans liberté de penser et personne ne remet en cause ce principe. Mais nous savons tous que les pays où la recherche est la plus performante sont aussi les pays où l’Etat joue un rôle essentiel d’impulsion et d’orientation. En France pas moins qu’ailleurs, la nation doit fixer des priorités claires et légitimes à la recherche, pour répondre à la demande de savoir, à la demande sociale, à la demande économique et plus généralement pour tenir notre rang.
Je pense très fermement aujourd’hui que cette responsabilité incombe au plus haut niveau de l’Etat. J’ai vu que vous rejoignez mon point de vue en proposant la création d’un haut conseil de la science.
Dans mon esprit, il ne saurait être placé ailleurs qu’auprès du président de la République.
Mesdames et messieurs,
Je ne voudrais pas terminer ce tour d’horizon sans vous faire part d’une dernière conviction – plus qu’une conviction, une certitude : pour préparer l’avenir, nous miserons d'abord sur ceux qui le feront.
Nos doctorants et post-doctorants, nos jeunes maîtres de conférences et chargés de recherche ont choisi une carrière exigeante. Nous devons avoir l’ambition de tracer un véritable parcours de réussite pour ceux qui se sentent la vocation de la recherche et qui y excellent.
L’ attractivité des carrières passe par le financement des thèses via les allocations et les bourses, ainsi que par le nombre de ces allocations.
Dans votre rapport d’étape, j’ai noté avec intérêt votre proposition de créer un nouveau statut de « chercheur associé ». Il permettrait aux post-doctorants d’avoir accès à un contrat de trois ans à un moment décisif de leur carrière. J’y suis, pour ma part, favorable.
Le parcours de réussite de nos jeunes chercheurs se construit aussi et surtout en amont. Les étudiants sont responsables de leurs études, mais les universités ont aussi des responsabilités vis-à-vis des étudiants qu’elles forment. Dans le cadre de la politique contractuelle, chaque université devra mette en place un suivi des formations qu’elle propose et du parcours ultérieur de ses étudiants, singulièrement de ses docteurs. Ils doivent pouvoir trouver un emploi conforme à leur qualification – et, dans notre pays, c’est encore loin d’être la règle.
Enfin, vous conviendrez qu’il est anormal que si peu de docteurs trouvent en France le chemin de l’entreprise. Il faut combattre ce qui ressemble à une méconnaissance mutuelle et diversifier les carrières de nos jeunes chercheurs. J’ai eu l’impression, en lisant votre rapport d’étape, que vous étiez bien peu prolixes sur ce sujet. Certains de nos interlocuteurs proposent par exemple la création de doctorats mention entreprise. J’aimerais avoir votre avis car la loi ne saurait se désintéresser de cette question.
Mesdames et messieurs,
Je vous le disais en commençant : un projet pour la recherche, c’est un projet de société.
A l’heure où nous entrons véritablement dans la société du savoir, avec les profondes transformations qu’elle entraîne dans les destins toujours plus imbriqués de nos pays développés, notre ambition est de conclure un nouveau pacte entre la recherche et la Nation, entre les chercheurs et la société.
Au vu de vos travaux et plus généralement de l’esprit et de la qualité du débat national de ces derniers mois, je suis maintenant convaincu que je pourrai porter ce pacte devant le Parlement au printemps prochain.
Me rendre parmi vous, à Blois, aux « rendez-vous de l’histoire », ce n’est pas seulement célébrer, par un geste officiel, une manifestation remarquable… Il ne s’agit pas non plus, uniquement, de saluer l’engagement des enseignants et chercheurs de notre pays, qui transmettent avec ferveur les savoirs de l’Histoire.
Non ; venir ici, c’est d’abord pour moi un acte de foi.
Je crois en la vitalité, la sagesse et la modernité de l’histoire ; je crois dans ses vertus éducatives. J’ai l’intime conviction que nos enfants ne peuvent s’épanouir, grandir et vivre ensemble sans racines communes.
J’entends parfois dire de l’histoire qu’elle est une discipline lointaine, et, disons-le, accessoire, car tournée vers les « vestiges » du passé.
La passion que j’ai pour elle me parle un autre langage ; un langage que le succès de cette manifestation souligne : l’histoire est présente, elle est vivante ! Elle est notre matrice. A ces « rendez-vous de l’histoire », c'est bien en citoyens du XXIe siècle que nous avons rendez-vous avec nous-mêmes.
Dans notre univers contemporain, complexe et mouvant, se développe une « soif des origines » à laquelle l’historien répond, en retissant les fils rompus. L’histoire nous resitue dans un pays, un milieu, une filiation. Elle éclaire notre culture, nos origines. En nous réconciliant avec nos racines, elle nous offre une identité, et bien souvent, une dignité.
Qu’on ne voit là aucun passéisme !
De plus en plus d’entreprises, par exemple, commandent aux chercheurs une étude de leur propre histoire. Elles ne le font pas seulement par attachement patrimonial. Elles cherchent à y discerner la logique de leur développement. Elles y lisent leurs erreurs et leurs succès. A la lumière de ces travaux, elles font le tri entre l’essentiel et le conjoncturel, entre continuités utiles et héritages obsolètes.
La recherche historique se présente, de ce point de vue, comme essentiellement dynamique. Elle nous tend le miroir d’hier pour mieux nous connaître aujourd’hui.
Je ne verserai pas dans l’excès qui consiste à y voir la clé de tout savoir. L’histoire ne se répète pas mécaniquement. Sa connaissance peut nous inspirer ; elle ne nous permet pas de prophétiser. L’homme innove, improvise et parfois se fait surprendre. Du moins l’histoire lui permet-elle de ne pas avancer en aveugle, dans un monde certes inconnu, mais pas si dissemblable de celui d’hier.
C’est pourquoi je mise sur l’histoire, autant que sur l’imagination, pour préparer la France aux défis du XXIe siècle.
On nous dit, par exemple, qu’un choc des civilisations se prépare. Certains découvrent avec une angoisse soudaine ce scénario qui, à mon sens, n’est fort heureusement pas écrit d’avance. L’historien, lui, se rappelle croisades, grandes invasions, colonisations et décolonisations - pour ne parler que des phases les plus saillantes…
Un choc des civilisations ? Mais n’est-ce pas là, sous d’autres formes, la matière même de notre passé, y compris de notre passé pacifique, démographique, commercial ou culturel ? L’histoire ne nous fournit pas de politique clé en main face aux scénarios les plus sombres. Du moins nous arme-t-elle pour y réfléchir et pour les dissuader.
A mon sens, l’Histoire est moins une science de l’action, qu’une philosophie pour l’action.
Nous vivons dans un monde plus rapide. Le flux de l’information grossit continuellement et impose son rythme haché. La tentation est grande de se contenter d’analyses superficielles, de raccourcis, de réflexes commodes. C’est l’histoire qui nous en délivre.
Le recul historique, c’est l’atout de notre modernité.
Il y a quelques mois, le secrétaire d’Etat américain Donald Rumsfeld évoquait dans une formule fameuse la « vieille Europe ». Il ne se cachait pas d’une intention sarcastique. Prenons-le au mot : oui, nous sommes la vieille Europe, tissée de culture et pétrie d’histoire. C’est notre force et notre fierté. C'est notre expérience et notre conscience.
Dans l’univers chahuté qui est le nôtre, un danger, mesdames et messieurs, persiste. Il n’est pas né d’aujourd’hui même si son visage est changeant : c’est celui de la barbarie.
A travers le monde se produisent encore des conflits frontaliers, des guerres civiles, parfois des génocides. L’histoire nous a, pour un temps, immunisés contre de tels soubresauts, et nous qualifions les massacres qui se produisent « d’anachroniques ». Prenons le mot au sérieux : ces massacres sont le fait de peuples souvent coupés de leur histoire.
Ici où là, des pouvoirs brutaux n’ont pas seulement martyrisé les populations. Ils ont tracé droit au travers des bibliothèques, des temples, des palais. Ils ont rompu des filiations culturelles millénaires. Ils ont jeté les peuples ainsi déracinés dans de nouveaux égarements ethniques ou religieux - perpétuant l’horreur première. Ces blessures sont lentes à cicatriser. Cette barbarie ressurgira partout où nous ferons fi de l’histoire.
Mais une autre forme de « barbarie » existe. Elle n’est - fort heureusement - pas sanguinaire, mais elle est insidieuse et, je le crois, porteuse de périls : c’est celle de notre propre matérialisme.
Une chose est de brutaliser l’histoire, une autre est de la croire dépassée.
Parce que nous sommes en paix, nous nous plaçons au-dessus de ses leçons - en gestionnaires froids, pressés et parfois cyniques, de notre sort. Il y a dans nos sociétés occidentales une sorte d’indifférence spirituelle, une forme d’assèchement culturel, auxquels nous devons prendre garde. Par delà les mouvements saccadés de notre époque sachons conserver le sentiment du temps long. Respectons la mémoire des siècles.
On dit parfois que les peuples heureux n’ont pas d’histoire. Je crois plutôt que les peuples sans histoire sont des peuples malheureux.
Mesdames et messieurs,
Grandes oubliées de notre histoire, les femmes, qui sont l’objet de ces 7e rendez-vous, doivent y reprendre leur place.
A l’évidence, elles ont bien longtemps fait l’objet d’un traitement injuste. Nous savons pourtant l’intensité de leur rôle. Il ne se limite pas à quelques figures imposantes, que sais-je ? la Grande Catherine, ou la reine Victoria - cas isolés qui servent en fait de paravent. Il s’étend à des personnalités remarquables, dont beaucoup restent à découvrir. Il relève parfois de populations entières, que leur féminité distingue : de larges études ont déjà brossé le portrait de l’ouvrière. D’autres restent à faire, celui de la femme résistante, de la femme journaliste, de la femme enseignante...
Longtemps, l’Education nationale a donné de ces femmes une image biaisée. Par conformisme, par facilité, elle leur réservait une sorte de niche, au sein d’une histoire faite par d’autres, c'est à dire par les hommes. La « grande femme » était l’exception : Madame de Sévigné, seule femme de lettres, Vigée-Lebrun, seule femme peintre.
Parfois celle-ci gagnait leur reconnaissance en se faisant plus masculine que les hommes. Quelle féminité l’imagerie populaire accordait-elle à une Jeanne d’Arc en armure ? A une Marie Curie sous sa blouse noire ? Demeurée féminine, elle n’était, dans la mouvance du grand homme, qu’une ombre délicate et un peu secondaire : c’est Madame du Deffand dans la suite de Diderot, Madame du Châtelet dans celle de Voltaire. Parfois elle était épouse, comme Madame Berthelot, inséparable de son mari jusqu’aux caveaux du Panthéon. Parfois, elle était égérie, maîtresse ou favorite. Mais qu’elle sorte de ces rôles stéréotypés pour s’approcher du pouvoir, et on la qualifiait alors d’intrigante.
Bref, en se conformant à l’emprise de l’homme sur la société, l'instruction plaçait de fait les femmes hors histoire.
Depuis quelques années, l’Education nationale a, sur ces sujets, engagé sa métamorphose, même si elle n’a pas encore totalement achevé sa mutation.
L'enjeu est considérable car l’école fixe les représentations de toute la société.
Chaque jour dans nos établissements scolaires, les enfants, les adolescents font à l’école l’apprentissage délicat de la mixité. L’école de la République est une. Ne posant aucune différence entre garçons et filles, elle invite à une cohabitation harmonieuse et enrichissante.
Cet objectif suppose de rompre avec les clichés qui nourrissent encore trop souvent les comportements à l’endroit des femmes. Il ne fait aucun doute que le respect plein et entier de la femme passe notamment par une reconnaissance de sa place dans notre passé national.
Il ne s’agit pas, bien entendu, de féminiser l’histoire. Il s’agit de lui rendre, en y rétablissant la part des femmes, son intégrité.
Sans doute ces Rendez-vous de Blois contribueront-ils à cette nécessaire évolution. La qualité de leur programme autorise cet espoir. Leur cadre même y invite. En 1617, Louis XIII fit, en effet, enfermer ici Marie de Médicis. L’activité incessante de sa mère portait ombrage au roi. La mise à l’écart des femmes dans l’histoire n’a pas de meilleure illustration. Pour autant, l'affaire ne fut pas close, puisque Marie de Médicis se libéra d’elle-même. Pour bien d’autres reléguées de l’histoire, illustres ou modestes, il est temps, je le crois, de sortir aussi de l’ombre !
Mesdames et messieurs,
Sans doute l’aurez-vous compris : pour moi, les sciences humaines, et tout particulièrement l’histoire, constituent un enjeu de société. A l'aube d'un nouveau siècle, ces disciplines éclairent le chemin des questions fondamentales qui font l'honneur de la condition humaine
Notre devoir est d’instruire et de souder la communauté nationale. L’instruire, c’est lui rappeler comment elle s’est constituée. La souder, c’est expliquer aux jeunes qu’ils en seront demain, collectivement, les acteurs. L’appartenance nationale, c'est la conscience d’une destinée partagée. On a un peu moqué l’école de la Troisième République, qui parlait sans distinction de « nos ancêtres les Gaulois »... La formule prête, en effet, à sourire, mais elle pointait du doigt une vérité essentielle : l’histoire est notre ciment.
Elle nous éclaire, nous interpelle, nous oblige, nous rassemble. A cet égard, l'histoire est bien au cœur de l'enjeu humaniste et républicain de la France.
Mesdames et messieurs, chers amis et compagnons,
Durant les prochains mois, une nouvelle page va s’écrire.
A la tête de l’UMP, les équipes et les objectifs vont être redessinés. Ce changement ne peut se résumer à une simple réorganisation interne ou à une étroite aventure personnelle. Et ceci pour trois raisons majeures.
La première, c’est que le sort de l’UMP est en jeu. C’est maintenant ou jamais que se décide le sursaut nécessaire.
Certains diront que le terme de «sursaut» est excessif...
Qu’importe les nuances ! J’utilise les mêmes mots que les
militants ! Ils pensent que la machine est grippée et qu'elle manque d'une force d'âme. Voilà ce qui se dit dans nos permanences. Voilà ce que vous dites !
La deuxième raison, c’est que ce changement intervient à mi mandat de l’action gouvernementale. C’est maintenant que doit s’enclencher ce second souffle qui permettra à notre majorité de conclure son contrat avec efficacité et panache.
Il ne peut y avoir un gouvernement audacieux sans un parti performant. La vitalité de l’un, dépend de la force de l’autre.
Enfin, la troisième raison est que la gauche commence à sortir la tête de l’eau. Nous avons subi deux échecs électoraux… Le redressement de l’opposition doit être pris au sérieux.
Alors bien sûr, il y a ses divisions et le vide abyssal de son projet.
Bien sûr, il y a François Hollande qui ambitionne de «réhabiliter l’impôt en France», comme d’autres ambitionnent de courir le 100 mètres à plat ventre.
Bien sûr, il y a Laurent Fabius qui, sur le tard, découvre, avec stupéfaction, le divorce entre les classes populaires et cette gauche libérale qu’il incarne à la perfection.
Malgré tout cela, il faut être vigilant, car depuis 20 ans, à chaque élection, le zapping électoral nous a fait mal !.
Chacune des étapes qui nous mène vers les prochaines échéances doit donc être abordée avec responsabilité, car, nous le savons, la gauche mise moins sur sa valeur que sur nos erreurs.
Au regard de ces trois raisons, ce n’est pas te faire injure Nicolas, que de dire que les enjeux qui entourent la présidence de l’UMP dépassent ta seule personne…
Ils dépassent ta personne, mais, à l’évidence, ils collent à ta personnalité !
Le challenge est difficile. Tu les aime ainsi !
Les obstacles sont nombreux. Ils sont, comme tu le sais, faits pour être franchis !
Les défis sont considérables. Mieux vaut, à l'image de ton tempérament, les affronter plutôt que de les subir.
En un mot, tu as décidé de relever le gant.
Et bien, je le relève avec toi et avec vous !
Mesdames et messieurs,
Avec Sarkozy, nous sommes distincts, nous nous sommes même parfois heurtés sans indulgence.
Pour tout dire : lui c'est Nicolas et moi c'est François.
Il est rassurant de voir que le futur Président de l'UMP ne s'entoure pas de sosie.
Malgré nos différences, je n’ai jamais confondu l’essentiel de l’accessoire.
Il y a six mois, j’avais indiqué que la stratégie du T.S.S («Tout sauf Sarkozy») était absurde. J’estimais suicidaire de nous quereller entre nous, alors que l'adversaire nous court aux "basques".
Sous l’impulsion du Président de la République, le bon sens l’a heureusement emporté.
Désormais, chacun s’accorde à dire ce qui devait être dit : Nicolas Sarkozy n’est pas un problème pour la droite, il est surtout un gros souci pour la gauche !
L’heure est donc venue de lancer un autre T.S.S, un TSS plus judicieux et dont je vous livre la clé : «tout sauf les socialistes !».
Pour cela, nous allons devoir nous remobiliser.



