
François Fillon s’est rendu en Suède vendredi dernier. Il y a rencontré le premier ministre suédois, Fredrik Reinfeldt et a évoqué avec lui, outre des questions de coopération bilatérale, les priorités de la prochaine présidence française de l’Union européenne : lutte contre le réchauffement climatique, question des flux migratoires, politique européenne de sécurité et de défense. A l’issue de l’entretien et du déjeuner qui a suivi, les deux premiers ministres ont tenu une conférence de presse conjointe.

Palais des Congrès, Hall 4.
Le cortège officiel s’arrête. En dépit des grèves et des bouchons qu’elles provoquent, le Premier ministre est à l’heure pour conclure par son discours le congrès du 100e anniversaire de l’Association des
Maires de France, où la quasi-totalité des 36 000 communes du pays est représentée. La ponctualité importe : avant de prendre la parole, le Premier ministre tient à entendre André LAIGNEL,
secrétaire général de l’Association, qui va donner lecture de la résolution générale concluant trois jours de débats.Le président Jacques PELISSARD accueille le Premier ministre et dit « l’immense plaisir que [les maires] ont a le voir ici ». Puis la salle, drapée de bleu, fait silence. Sur les milliers de fauteuils rouges, les maires et les présidents de collectivités, assis dans la pénombre, prennent connaissance du résultat de leurs travaux. Le texte est méthodique et exigeant. Il insiste sur les difficultés pour les élus d’affronter une fiscalité obscure, des normes réglementaires toujours plus complexes. Trois écrans gigantesques garnissent le fond de scène qu’éclairent des projecteurs tricolores. Jean-Marie BOCKEL, Michèle ALLIOT-MARIE, Jean-Louis BORLOO, Christine LAGARDE écoutent. Les mains se lèvent. La résolution est adoptée à l’unanimité.
Quand le Premier ministre prend la parole, il paraît particulièrement à son aise. Ni l’exercice, ni les thèmes ne sont nouveaux pour lui, qui a été maire de Sablé pendant 18 ans.
« J’ai partagé vos inquiétudes, vos revendications, mais aussi les moments d’enthousiasme d’une charge passionnante où le poids des responsabilités n’est jamais sans contreparties.
Oui, les maires de France abordent en force le XXIe ! Oui, la fierté est au cœur de leur mandat ! Etre maire, c’est revêtir la confiance de ses concitoyens,
c’est accepter d’être celui qu’on consulte, même quand l’astreinte est lourde, celui qui tranche, même quand la responsabilité est grande. » lance François FILLON, qui remarque aussitôt après
:« Au-delà de nos engagements politiques respectifs, nous sentons tous que la France est à l’heure de vérité. L’exceptionnelle participation aux dernières élections présidentielles et leur résultat signifient une chose simple : les Français veulent que ça change ! »
Premiers applaudissements. Ils seront plus nourris encore quand le Premier ministre fera allusion, en improvisant, à la situation sociale :
« Combien de Français ont déployé des efforts extraordinaires pour aller travailler malgré les grèves ! Il y a une France qui veut travailler, qui mérite le respect et qui mérite l’estime. »
Voilà pourquoi, conclut François FILLON, nous devons apprendre à mener un dialogue social sans crise et sans blocage, comme savent le faire tous nos voisins européens.
Le discours du chef du gouvernement aborde ensuite les rapports entre les maires et l’État : « Le destin des collectivités et celui de l’Etat sont communs, tout simplement parce que l’intérêt général ne se divise pas. Il n’y a pas, d’un côté, l’Etat et de l’autre les collectivités. Il n’y a qu’une seule nation française que nous contribuons tous à servir à notre place. Nous servons tous le même citoyen. C'est pourquoi il faut renoncer à ces réflexes qui consistent, du côté des communes, à rejeter sur l'Etat tout ce qui ne va pas, à assumer tout ce qui va bien; et du côté de l'Etat, à décentraliser d'une main, à centraliser de l'autre. A accorder la compétence, mais pas la confiance.»
Le Premier ministre annonce une clarification des politiques fiscales. Elle permettra d’assurer l’autonomie durable des communes, tandis qu’elles partageront l’effort de redressement budgétaire de l’État. Leurs compétences seront stabilisées. Une commission examinera à l’avance tous les textes réglementaires susceptibles de toucher les communes, pour évaluer leur impact en termes de dépenses et de responsabilités nouvelles.
« Je le dis très nettement: le Gouvernement ne prépare pas un « Acte III » de la décentralisation. Le Président de la République l’a demandé ici même : nous devons d’abord examiner ce qui marche et ce qui ne marche pas dans les lois trop nombreuses et trop rapprochées sur la décentralisation, et y remettre de l’ordre. »
Agir est indispensable. Le Premier ministre prend la salle à témoin :
« Comment ne pas voir le décalage entre les sommes que la Nation
consacre aujourd’hui au fonctionnement de l’Etat et la perception qu’ont nos concitoyens de ses services ? Comment ne pas voir le décalage entre le poids de la fonction publique dans le budget de
l’Etat et le mal-être des fonctionnaires qui ont le sentiment d’être insuffisamment valorisés par la société ? Si nous ne faisons rien, ces décalages finiront par devenir des fractures ! »La fin du discours ramène les maires de France aux principes fondamentaux de l’aménagement du territoire. Le Premier ministre l’affirme, il faut cesser de s’accrocher à des guichets publics « qui fonctionnent en sous-régime » pour dynamiser les véritables facteurs d’attrait d’un territoire communal : les emplois, les écoles, les médecins, l’Internet, et bien entendu, les critères environnementaux mis en lumière par le Grenelle de l’environnement. Il y a là un départ à ne pas manquer pour les maires de la France rurale, dont les territoires naturels riches et préservés sont autant d’atouts :
« Ce qui se joue pour chacun de vous, c’est la possibilité de définir, à l’échelle de la commune, les nouveaux critères d’attraction environnementaux pour les entreprises et pour les ménages. »
François FILLON salue les maires qui affronteront en mars les nouvelles élections législatives, remercie ceux qui ont choisi de ne pas se représenter. Le congrès se termine. Plusieurs milliers d’élus ont entendu ce soir un discours de confiance et d’audace.
Texte intégral de l'intervention à l'Assemblée :
"Demain, des millions de Français risquent d’être privés d’une liberté fondamentale : celle de se déplacer et parfois même celle de travailler. Comme chacun d’entre vous, je respecte le droit de grève mais ma pensée va d’abord à ceux qui risquent de vivre, demain, une journée de galère.
Depuis deux mois, le Gouvernement négocie avec les organisations syndicales. Depuis deux mois, le Gouvernement a montré qu’il respectait les cheminots, qu’il respectait les employés de la RATP, qu’il respectait les employés des entreprises de transports publics, les électriciens et les gaziers. Mais c’est justement parce qu’il les respecte qu’il leur dit, une nouvelle fois aujourd’hui, qu’il faut faire la réforme des régimes spéciaux.
En 1993, devant l’allongement de la durée de la vie et la démographie, il a été décidé de porter à 40 annuités la durée de cotisation de tous les salariés du secteur privé. C’était en 1993. Depuis 1993, plusieurs majorités se sont succédé. Aucune n’a jamais remis en cause ce principe de l’allongement de la durée de cotisation. Dix ans plus tard, en 2003, nous avons porté la durée de cotisation des régimes des fonctions publiques pour 5 millions de fonctionnaires à 40 annuités. Et, aujourd’hui, il reste 500.000 personnes ressortissantes des régimes spéciaux qui sont à 37,5 annuités. Il n’y a aucune justification à cette situation. Il n’y a aucune justification d’autant que le déficit de ces régimes est de plus de 5 milliards d’euros, qui sont partagés par tous les Français.
Xavier Bertrand a écouté les demandes qui étaient celles des organisations syndicales. Il a proposé des assouplissements des conditions d’application de cette réforme. Il a proposé des assouplissements de la mise en oeuvre de la décote. Il a pris l’engagement qu’à condition de travailler 2 années et demi de plus, aucun salarié de ces régimes spéciaux ne pourrait voir sa pension diminuer. Il a ouvert le cadre des négociations dans les entreprises. Sur les salaires pour les fins de carrière, sur la mise en place d’un régime additionnel pour prendre en compte les primes qui ne sont pas prises en compte dans le calcul des retraites, sur l’utilisation du compte épargne temps, sur la pénibilité, sur les aménagements des postes pour les fins de carrière, la négociation est ouverte dans les entreprises. Mais mesdames et messieurs les députés, le Gouvernement ne renoncera pas à mettre en œuvre les principes de cette réforme. Il ne le fera pas parce qu’il n’en a pas le droit. Il n’en a pas le droit vis-à-vis des Français devant lesquels il est engagé. Il n’en a pas le droit vis-à-vis des Français qui financent les déficits de ces régimes spéciaux. Il n’en a pas le droit vis-à-vis des salariés eux-mêmes des entreprises concernées, car aucun Gouvernement ne peut prétendre leur maintenir leurs pensions, sans réforme de leur régime de retraite.
Alors, maintenant, chacun doit prendre ses responsabilités. Mon Gouvernement prendra les siennes. Il ne transigera pas sur les principes. La porte du dialogue restera en permanence ouverte. Il veillera à la sécurité des infrastructures de transport et à la liberté du travail. Il veillera à ce que les usagers soient informés et aidés pour surmonter cette épreuve. Mesdames et messieurs les députés, avec votre soutien, le Gouvernement fera tout simplement son devoir."
Extrait :
"Faire des réformes en France c'est difficile. Mais en même temps, je sais qu'une majorité de Français souhaitent que la France soit modernisée. Ils ont choisi Nicolas Sarkozy et cette majorité pour accomplir ce travail. Personne ne peut prétendre ne pas savoir ce que nous avions l'intention de faire. Nous avons annoncé la couleur de la manière la plus claire qui soit. Ce que l'on veut, avec le président de la République, c'est que la France soit en 2012 parmi les quatre meilleurs pays européens en ce qui concerne la croissance, que le chômage soit inférieur à 5%, que les Finances publiques soient à l'équilibre et que la pauvreté soit réduite d'un tiers. Cela suppose que nous allions de l'avant".
A l'occasion des questions d'actualité à l'Assemblé
nationale, mardi, François Fillon a résumé le bilan exceptionnellement dense des six premiers mois de l'action du gouvernement et présenté les principales réformes à venir.
Extrait :
"Nous avons engagé la libération des heures supplémentaires pour mieux valoriser le travail et pour réduire un peu les effets négatifs des textes qui avaient été votés par la majorité précédente,
s’agissant de la réduction du temps de travail.
Nous avons facilité l’accès à la propriété pour tous les Français, avec la déduction des intérêts d’emprunts.
Nous avons instauré un service minimum dans les transports publics qui sera effectif au 1er janvier prochain.
Nous avons donné aux universités les moyens de leur autonomie après 25 ans d’hésitation et d’immobilisme.
Nous avons triplé le crédit impôt-recherche.
Nous avons augmenté d’1,8 milliard les crédits de la Recherche et de l’Enseignement supérieur.
Nous avons engagé la fusion de l’ANPE et de l’Unedic, qui est une étape indispensable à la sécurisation des parcours professionnels.
Nous avons engagé la réforme de l’Etat avec la fusion de la Direction générale des impôts et de la comptabilité publique, celle d’OSEO et de l’Agence de l’innovation industrielle, ou encore celle
de la carte judiciaire.
Nous avons durci les sanctions contre les multirécidivistes.
Nous avons renforcé les moyens de contrôle pour une immigration choisie et les outils d’une intégration réussie.
Nous avons sorti l’Europe de l’impasse institutionnelle avec le Traité simplifié, que nous nous apprêtons à être les premiers à ratifier en Europe.
Nous avons engagé, avec le "Grenelle de l’environnement", un processus pour faire de la France un pays exemplaire en matière écologique, tout en respectant nos objectifs de développement et de
croissance.
Nous avons engagé l’expérimentation du Revenu de Solidarité Active dans une vingtaine de départements, avant de le généraliser en 2009 si l’expérience est positive.
Nous avons engagé la réforme des régimes spéciaux de retraites, parce qu’il faut continuer l’effort pour sécuriser, pour consolider la retraite par répartition, menacée par l’allongement de
la durée de la vie et par la démographie".
Le Premier ministre a ensuite présenté les principales réformes à venir :
"Les six prochains mois ne seront pas moins chargés. Nous allons engager la réforme de nos institutions, afin de rééquilibrer les pouvoirs du Parlement.
Nous allons engager la loi de modernisation économique qui va s’inspirer largement des travaux de la commission Attali.
Nous allons réformer le marché du travail, en reprenant, je l’espère, les conclusions de la négociation sociale qui est en cours.
Nous allons engager un plan "respect et égalité des chances" pour les quartiers défavorisés de notre pays.
Nous allons vous proposer une loi pénitentiaire, une loi sur les délinquants dangereux, une loi d’orientation pour la sécurité intérieure, et une loi de programmation militaire".
François Fillon a conclu ainsi :
" Il y a encore beaucoup à faire pour rattraper les retards accumulés par notre pays, et pour s’inscrire dans le rythme des pays développés les plus performants en matière de croissance, d’emploi
et de justice sociale ! (...) Le Gouvernement est à l’action, il écoute les Français, il n’ignore rien de leurs attentes et de leurs difficultés. Il tiendra tous les engagements
pris".
Eh oui, un Premier ministre, ça peut aussi avoir un peu d’humour, et parler de façon décontractée avec un journaliste, en sortant d’un studio de radio où il a parlé de sujets sérieux. Que personne ne s’inquiète : je serai présent sur tous les sujets de l’action du gouvernement. Prochain rendez-vous demain : je serai en Savoie, à Modane, pour parler développement durable et notamment du tunnel du Lyon-Turin, et ensuite à Aix-les-Bains pour m’intéresser à l’énergie solaire.



