La publication des caricatures du prophète Mahomet a déclenché une réaction en chaîne d’une ampleur et d’une violence aussi inouïe qu’imprévisible !
Ma première réaction a été pour défendre la liberté de la presse et en particulier cette liberté, qui s’est révélée si précieuse à travers l’histoire, de pouvoir rire de tout.
Mais la défense de la liberté d’expression pour juste qu’elle soit ne clôt pas le débat !
En effet comment refuser de prendre en compte un tel mouvement de protestation et surtout comment l’expliquer ?
Le Coran n’interdit pas totalement les représentations du Prophète qui étaient monnaie courante avant le 13° siècle et même jusqu’au 19° siècle en Iran.
La beauté de certaines de ces représentations est saisissante et témoigne de l’extrême raffinement des civilisations qui les ont inspirées.
Alors pourquoi en est on arrivé là ?
Pourquoi l’image de l’Islam se mêle t elle de plus en plus à celle des révoltes politiques et sociales du Moyen Orient, de l’Afrique et de l’Asie ?
Est-ce l’Islam et son évolution moderne qui sont la cause principale de ces révoltes ou bien la religion n’est elle qu’un vecteur conjoncturel d’une rébellion généralisée, globalisée contre le modèle de civilisation que l’occident volontairement ou involontairement tente d’imposer au monde ?
Cet évènement semble donner raison à l’auteur du « choc des civilisations » Samuel Huntington.
Nous sommes, en effet, profondément démunis pour réagir à cette vague de colère. Nous défendons la liberté d’expression, la démocratie comme s’il s’agissait de valeurs universelles alors qu’elles ne sont perçues par beaucoup de ceux qui brûlent les drapeaux du pauvre Danemark que comme des valeurs occidentales sans signification pour eux-mêmes.
Lorsque
Le chaos qui s’installe en Irak malgré tous les efforts de la première puissance mondiale, la victoire du Hamas aux élections libres organisées en Palestine, la persistance en Iran d’un régime fondamentalement hostile à l’occident et à ses valeurs, les progrès continus des fondamentalistes en Egypte, le soutien à peine dissimulé de plusieurs Etats du Golfe aux mouvements terroristes qui se réclament du « Djihad » et cette vague de fond déclenchée par quelques malheureuses caricatures publiées dans l’un des pays les plus tolérants du monde ne sont elles que les différentes facettes d’une même révolte qui menace de tout emporter sur son passage et qui risque de plonger le monde dans une obscurité comparable à celle de la seconde guerre mondiale.
Comment aborder ce danger ?
La tentation est grande de chercher d’abord à nous protéger ! Mais aucune force militaire, aucune organisation internationale, aucune législation ne nous protégeront réellement contre cette lame de fond.
Il faut donc, tout en assurant le mieux possible notre sécurité, engager un travail sur le nouvel ordre mondial auquel aspirent inconsciemment la très grande majorité de ceux qui crient leur haine à chaque occasion.
La France s’est faite, parfois avec maladresse, la championne d’un ordre multi polaire qui s’appuie sur la diversité culturelle pour tenter d’organiser le dialogue des civilisations. Ce n’est pas le moindre des mérites du Président de la République que de s’être constamment battu pour cette recherche d’un nouvel équilibre à la fois respectueux des différences des peuples et pourtant tourné vers la paix, la coopération et le développement.
Les Etats-Unis sont profondément hostiles à cette vision de l’avenir parce qu’ils pensent qu’elle est génératrice de conflits. Ils lisent notre modèle multi polaire comme un retour aux doctrines qui ont été à l’origine des guerres européennes modernes. Un monde multi polaire est pour eux un monde dangereux. Ils lui préfèrent donc un monde qui aurait adhéré, de gré ou de force, aux valeurs occidentales. On peut les comprendre mais on ne peut pas les suivre car cette recherche d’un consensus autour de nos valeurs est justement l’un des moteurs de la révolte dont l’Islam se fait porte parole.
Entre le rêve sincère et respectable des américains pour une planète démocratique et respectueuse des droits de la personne et le réalisme cynique de ceux qui pensent que tous les peuples ne sont pas mûrs pour la démocratie, il y a une voie que la France peut aider à construire.


