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Mardi 17 juin 2008
Jeudi 12 juin 2008, le Premier ministre était l'invité de l'émission "A Vous de juger", présentée par Arlette Chabot sur France 2. Il a décrit les grands axes de la politique de réformes du gouvernement (version intégrale ici) et est  revenu sur des questions de fond de notre époque, comme la hausse du prix du pétrole (extrait suivant).

Extrait :

BÉATRICE MADELINE
"(…) le prix du pétrole ce n’est pas un élément intrinsèque à l’économie française mais les Français subissent de plein fouet la hausse des prix à la pompe. On le voit aujourd’hui, le prix des carburants vient devant l’alimentation par exemple dans le budget des ménages. Alors qu’est-ce qu’on fait pour aider les Français aujourd’hui qui ont du mal à remplir leur réservoir et à aller travailler pour certains ? Aujourd’hui, le coût du trajet domicile/travail peut annuler l’intérêt de l’emploi…    

FRANÇOIS FILLON
Absolument. D’abord il faut dire qu’on n’est pas devant une crise conjoncturelle qu’on pourrait espérer passagère, on est devant une situation qui va durer avec peut-être des hauts et des bas. Il y a une demande très, très forte qui est liée à la mondialisation, qui est liée à l’émergence de nouvelles économies, et puis il y a une offre de pétrole qui, elle, est stagnante et dont on connaît à peu près la fin.

BÉATRICE MADELINE
Oui, on dit qu’en 2050 il n’y aura plus de pétrole… 

FRANÇOIS FILLON
On dit grosso modo qu’il y a 45 ans de réserves avec en tous cas les moyens techniques actuels, il y en a peut-être un peu plus. Mais je voudrais vous faire remarquer une chose c’est que c’est la première fois que des générations qui sont vivantes sont confrontées à la question de la fin du pétrole. C’est-à-dire que j’ai un fils de sept ans, il est certain qu’il verra un monde sans pétrole, ce qui est une grande nouveauté. Donc la première chose qu’il faut faire c’est refuser la démagogie, je pense que la responsabilité d’un homme d’Etat c’est de préparer son pays à cette situation. Ca veut dire premièrement le Grenelle de l’environnement, les économies d’énergie massives, ça veut dire le développement des énergies renouvelables, on s’est fixé un objectif de 20% en 2020, et ça veut dire, et je voudrais insister là-dessus ce soir, le développement de l’énergie nucléaire.    

BÉATRICE MADELINE
Donc concrètement on fait quoi ?

FRANÇOIS FILLON
Donc ça veut dire que concrètement nous allons, nous avons déjà décidé de la construction d’un premier EPR, c’est-à-dire un réacteur nucléaire de nouvelle génération qui est en cours de construction, on est en train de réfléchir avec le président de la République et avec le ministre de l’Industrie au lancement de la construction d’un deuxième EPR. Nous voulons que l’énergie nucléaire soit une des réponses principales à la crise du pétrole que l’on connaît. Ca c’est pour les réponses structurelles…

BÉATRICE MADELINE
A long terme… 

FRANÇOIS FILLON
Ca prend du temps…

BÉATRICE MADELINE
Dans l’immédiat, pour les Français…  

FRANÇOIS FILLON
Pour les réponses conjoncturelles, on a pris plusieurs initiatives, d’abord une initiative européenne. La gauche réclame à corps et à cri ce qu’on appelle la TIPP flottante. C’est une mauvaise idée.  

ARLETTE CHABOT
François HOLLANDE va sûrement vous en parler tout à l’heure…    

FRANÇOIS FILLON
Sûrement, c’est une très mauvaise idée, je luis dis à l’avance. C’est une très mauvaise idée parce que la TIPP flottante ça n’a jamais marché, ça avait coûté à l’époque trois milliards d’euros quand ils l’avaient mis en place les socialistes, ça avait baissé le prix de l’ordre de trois centimes au litre. Et surtout la TIPP étant une taxe sur les volumes de pétrole consommé, comme les volumes diminuent avec l’augmentation des prix c’est une taxe qui baisse, c’est une recette qui baisse. Ce que nous voulons avec le président de la République c’est de pouvoir moduler la TVA qui, elle, augmente au fur et à mesure de l’augmentation du prix du pétrole au-dessus d’un certain niveau. Et nous avons demandé aux Européens puisqu’il faut un accord des Européens d’examiner cette question.     

ARLETTE CHABOT
Mais pour l’instant ils vous ont dit non, ils ont dit non dans un premier temps.   

FRANÇOIS FILLON
Oui mais c’est toujours comme ça en Europe, c’est-à-dire que la pensée unique c’est toujours non d’abord puis après on discute. Donc on a commencé à discuter, on a eu une longue conversation avec madame MERKEL lundi sur cette question, le président de la République a eu monsieur ZAPATERO aujourd’hui longuement, et nous allons faire ensemble une demande officielle à la Commission pour qu’elle examine…

ARLETTE CHABOT
Quand ?

FRANÇOIS FILLON
Au prochain Conseil qui a lieu dans quelques jours pour qu’elle examine cette question. C’est quand même assez…

ARLETTE CHABOT
Et ça peut aboutir cette fois ?

FRANÇOIS FILLON
Bien sûr que ça peut aboutir, ça consisterait à donner aux Etats la possibilité au-dessus d’un certain niveau de prix du baril de moduler la TVA. C’est quand même assez simple, je pense, de comprendre même quand on est haut fonctionnaire à Bruxelles que ce n’est pas pareil d’exiger 20% de TVA sur un baril à 40 dollars et sur un baril à 200 dollars, ça n’a pas les mêmes conséquences.

BÉATRICE MADELINE
La modulation pourrait être de combien avec quel impact sur les prix à la pompe ?      

FRANÇOIS FILLON
Ca c’est une discussion qu’il faut qu’on ait avec l’ensemble des Européens, qu’on se mette d’accord sur le seuil de déclenchement de cette modulation, et surtout qu’on laisse ensuite aux Etats la possibilité peut-être d’adapter la modulation en fonction de leur propre situation. Alors maintenant ça encore c’est une réponse, c’est du court, moyen terme.

BÉATRICE MADELINE
C’est une réponse…

ARLETTE CHABOT
Pardonnez-moi, précisément, même s’il y a un accord européen ça s’appliquera quand à peu près ?  

FRANÇOIS FILLON     
Ca peut s‘appliquer dans plusieurs mois.

ARLETTE CHABOT
Oui, c’est-à-dire genre 2009, 2008 ou 2009 ?

FRANÇOIS FILLON
Ah ça peut s’appliquer s’il y avait un accord européen ça peut s’appliquer très vite mais il faudra quand même plusieurs mois. Et c’est pour ça que nous avons prévu aussi des réponses nationales immédiates, d’abord l’augmentation de l’aide à la cuve pour les personnes…

BÉATRICE MADELINE
Alors la prime à la cuve c’est combien, c’est 150 euros ?       

FRANÇOIS FILLON
Elle va être à 200 euros, elle va être portée de 150 à 200 euros, et c’est une prime à la cuve qui est pour environ
700.000 ménages…

BÉATRICE MADELINE
700.000 Français, c’est assez peu… 

FRANÇOIS FILLON
C’est assez peu…

BÉATRICE MADELINE
Par rapport au nombre de gens qui sont pénalisés aujourd’hui par rapport au prix de l’essence… 

FRANÇOIS FILLON
C’est assez peu et en même temps c’est beaucoup, et il n’y a pas de miracle sur ces sujets-là, on ne pourra pas baisser le prix du carburant au moment où le pétrole s’envole. Deuxièmement, on a mis en place un tarif social du gaz qui va entrer en vigueur dans les tout prochains jours et qui…

BÉATRICE MADELINE
Alors là aussi c’est combien, ça concerne combien de personnes ?  

ARLETTE CHABOT
Qui ?

FRANÇOIS FILLON
Ca concerne donc les personnes qui sont à la CMU, donc environ à peu près le même nombre de personnes, et ça pourra…

BÉATRICE MADELINE
700.000.

FRANÇOIS FILLON
Et ça pourra monter jusqu’à environ une centaine d’euros. Il y a un tarif social de l’électricité qui a été mis en place. Puis il y a un débat sur le problème des trajets domicile/travail. Il y avait un système qui avait été imaginé par le gouvernement précédent de chèque transport qui ne fonctionne pas…

BÉATRICE MADELINE
Que vous avez abandonné en novembre dernier, auquel vous avez renoncé…  

FRANÇOIS FILLON
Non, on ne l’a pas abandonné mais il ne fonctionne pas, il n’y en a jamais eu.

BÉATRICE MADELINE
Il n’a jamais fonctionné… 

FRANÇOIS FILLON
Il n’y en a même jamais eu d’imprimé, donc ça veut dire que ça n’a pas été un succès. Alors j’ai regardé pourquoi ça n’a pas été un succès, ça n’a pas été un succès parce que c’était trop compliqué. Donc j’ai décidé qu’on allait remplacer ce chèque transport par une aide directe qui sera sur la feuille de paie du salarié et comme ce sont les entreprises qui financent avec l’aide de l’Eta ce dispositif je demande aux partenaires sociaux ce soir, et je vais leur écrire demain, de se réunir pour décider ensemble puisque c’est leur responsabilité des conditions d’application de cette nouvelle aide et l’Etat naturellement, comme il le faisait ou comme il l’aurait fait pour le chèque transport, apportera sa contribution sous forme d’une aide fiscale.

ARLETTE CHABOT
Donc ça va se discuter dans chaque entreprise pour qu’on comprenne bien ?  

FRANÇOIS FILLON
Non…mon idée c’est ce que ça se discute d’abord entre les partenaires sociaux au plan national, qu’ils se mettent d’accord sur un dispositif, qui y a droit, dans quelles conditions, et puis ensuite nous mettrons en place le dispositif. Ce qu’il faut simplement c’est que ce dispositif soit conforme à nos intérêts sur le plan écologique, donc ça veut dire qu’il encourage l’utilisation des transports en commun et que ce ne soit une aide au plein d’essence que lorsqu’il n’y a pas d’autre solution".
Mardi 17 juin 2008
Alice, jeune militante UMP, a eu la gentillesse de m’adresser un long témoignage sur son expérience de l’engagement, et m’a autorisé à en citer de larges extraits sur mon blog.
Je la remercie d’avoir rédigé ce texte où s’expriment son énergie et son exigence : l’énergie qu’on met au service des autres, quand on décide de se « donner » à la politique ; et l’exigence qu’on brandit, quand on veut que les choses bougent !
« Faire de la politique, dit Alice, c’est croire au changement.»
C’est une réaction devant les faillites et les désordres du monde.
Mais c’est aussi une formidable occasion d’en apprendre plus sur soi, sur ses talents, sur ses limites.
C’est se laisser transformer par l’étincelle de l’audace, de l’initiative.
Militer, c’est enfin une manière de partager avec d’autres ses convictions et de vérifier, dans l’action, que des personnes extraordinairement différentes peuvent apporter leurs forces au même combat.
Tout cela, Alice le raconte à sa manière.
Elle vit la politique « entre raison et passion ».
J’ai choisi de présenter les passages dans lesquels elle expose ce double attachement.

    François FILLON


***


Faire de la politique, c’est croire au changement.

Lassée d’être toujours passive et spectatrice d’un monde qui chaque jour est le théâtre de nombreux conflits, j’ai décidé de tenter de comprendre comment l’action politique parvenait à résoudre un certain nombre de problèmes quotidiens.
J’y ai été encouragée par l’apparent désintérêt de nombreux électeurs français.
Comment l’électorat - celui d’une commune par exemple - peut-il rester indifférent aux affaires publiques alors que le maire, assisté du conseil municipal et ayant en charge la gestion de dossiers tels la lutte contre le chômage ou l’exclusion agit en son nom et défend au mieux l’ intérêt général?
J’ai décidé de remettre en cause un certain nombre de lieux communs sur ce monde particulier assez sulfureux et qui a plutôt mauvaise réputation.
Qu’un individu comme moi choisisse d’écrire à son sujet n’a rien d’étonnant. La politique est une de mes passions. Pour m’aider à décoder les rouages institutionnels de notre société, j’ai étudié le droit pendant trois années et j’ai intégré l’Institut d’études politiques de Bordeaux. Ma formation universitaire m’a convaincu de la nécessité d’enquêter sur les personnes qui au quotidien vivent avec et pour la politique.
La Politique. Je voudrais qu’on reconnaisse mieux ses vertus et son caractère indispensable à la vie en société. De manière presque invisible, elle sert de lien unissant les citoyens, indifféremment de leur origine sociale, ethnique, de leur capital économique ou encore culturel. De plus, elle favorise le brassage des idées et apprend la tolérance. L’individu se découvre de nombreuses aptitudes – pas toujours évaluées par le système scolaire ! L’engagement politique incite à prendre la parole en public et développe la confiance en soi et la persuasion. Mais aussi et surtout, il permet de devenir un acteur qui a des responsabilités. Le refus de s’engager fait malheureusement le plus souvent défaut dans notre époque individualiste.

Enfin, grâce à la politique, chacun éprouve des émotions et des sentiments d’une grande intensité qui contribuent à son épanouissement. Pouvoir vibrer à la fois individuellement et collectivement représente un cadeau précieux.

(…)

Si je manifeste de l’intérêt pour la politique, c’est parce que je reconnais qu’au quotidien, j’ai besoin d’elle. Elle m’aide à me sentir utile et à exister en dehors de ce statut d’étudiante, étiquette impersonnelle qui marque un statut de dépendance mais aussi une promesse d’espoir.
Je fais partie de ces rêveurs qui s’entêtent à construire un avenir différent parce que le présent me révolte. Je suis gagnée par la colère et l’envie de changements. Mais ce mouvement au caractère révolutionnaire ne peut pas être accompli par n’importe qui, et de n’importe quelle manière !

Mon adhésion au groupe des Jeunes populaires se justifie tout d’abord par la pertinence des idées qui sont au cœur de notre parti politique.
Le militantisme au sein des Jeunes populaires repose ainsi sur la reconnaissance des valeurs incarnées par le parti.
Piétiné et régulièrement perçu comme une contrainte, le concept de travail a besoin de retrouver la place essentielle qu’il a toujours occupée au sein de toutes les sociétés. En devenant un individu actif, chacun s’assure un revenu et décide de contribuer au bon fonctionnement de notre pays en s’affirmant comme le maillon d’une chaîne intergénérationnelle de personnes solidaires et généreuses.
A travers l’UMP, l’esprit d’entreprendre, la prise de risque et le libéralisme sont valorisés. Il est plus facile qu’autrefois de parler de réussite sociale sans en avoir honte.
Être jeune et de droite peut signifier que l’on croit aux vertus du libéralisme tout en veillant au respect des valeurs sociales traditionnelles. Le parti est attaché aux valeurs fondamentales de la famille et de la solidarité entre les générations. En outre, s’engager au coté des Jeunes populaires veut dire que l’on croit à l’ouverture d’esprit, au brassage des idées et à la nécessité d’être européen.

(…)

Par curiosité, j’ai souhaité tester l’intérêt d’aller débattre avec les socialistes. Je voulais découvrir toute seule de quelle manière le camp opposé au notre donne la parole à ses militants et son approche de la politique. J’ai tenté là une expérience assez périlleuse et qui m’a donné l’occasion de me mettre en colère. En effet, j’ai voulu évaluer si j’étais capable de prendre la parole dans une assemblée hostile à mes idées et observer de quelle manière j’étais traitée.
C’est dans cet état d’esprit, un peu fébrile mais motivée par l’envie de découvrir comment se déroulait une réunion politique chez les socialistes, que j’ai décidé de contacter l’animateur du groupe. Je ne porterai pas de jugement personnel sur le caractère des individus que j’ai rencontrés à deux reprises dans ce lieu
En revanche, il est important de souligner les efforts que j’ai dû fournir pour m’imprégner au maximum de l’ambiance et de cette façon de faire de la politique.
Je ne me faisais pas d’illusion car tôt ou tard, je ne pourrais plus cacher le fonds de ma pensée. Il est certain que je me situais en profond désaccord avec les idées émises lors du débat. Mais je prenais sur moi pour me taire et écouter sagement ce qui se disait. Je me souviens notamment de la présentation angélique des bienfaits de la loi sur les 35 heures faite par un militant.
Une fois son exposé fait, il n’y a eu presque aucun commentaire qui aurait pu tempérer les louanges de cette mesure. Cela m’a choqué car même si des personnes étaient en désaccord - ce qui est logique dans une assemblée - personne n’osa souligner le problème du coût de cette disposition ou ses effets sur la croissance.
Décidément, ce soir là, je me disais que j’avais bien fait de me forcer à venir. En effet, j’étais consternée par l’apathie générale des militants. Aucun débat, aucune prise de position susceptible de réveiller les esprits. Cette absence de participation critique et constructive a suscité toute mon attention. Mes interventions provoquèrent cependant des réactions assez vives car j’étais en opposition avec les propos qui étaient tenus.
Ce qui me choqua, c’est la détermination farouche de certains qui, mécontents de mes idées, tenaient à me faire taire à tout prix.
Mon souhait de m’exprimer relevait du combat permanent et la position de minorité dans laquelle je me trouvais était plutot inconfortable. Il est vrai que je n’ai pas pu rester longtemps observatrice car j’étais révoltée par ce qui se disait mais aussi par la manière de procéder. Mon habit d’espionne se révéla bien vite trop étroit et ce comportement inadapté à mon caractère. J’avais si souvent entendu dire que les socialistes avaient du mal à discuter entre eux et à laisser émerger des idées différentes. J’avais l’occasion de vérifier par moi-même cette opinion très répandue.

(…)

Chaque personne s’intègre dans la société en créant de multiples liens, tissés au fil de son existence. Et au fur et à mesure du développement de chacun, une toile se forme à partir des membres de la famille, des amis et des relations. Ce qu’il y a d’intéressant, c’est précisément la pluralité des rôles qu’un individu peut être amené à jouer. Pour s’intégrer à part entière dans la société, l’individu travaille et est dit « actif ». Ce rôle de salarié est complété par celui de parent qui s’affirme comme une norme évidente. La société actuelle nous prépare à revêtir un jour ces habits depuis que nous sommes petits, afin de remplir au mieux ces rôles.
Or, il m’a semblé qu’à l’inverse la société décourageait les individus qui veulent faire de la politique Une fois passés les jugements ironiques de certains, j’ai réalisé qu’il n’y avait aucun discours motivant provenant ni des médias, ni de mon entourage. C’était peut-être là une manière de me mettre en garde contre un univers que l’on dit plus féroce qu’ailleurs.
Vouloir s’engager en politique suppose donc que l’on se démarque du schéma traditionnel, tracé à l’avance. Le militant peut exprimer une forte envie de changement, hors des sentiers battus et des figures imposées.

C’est en ce sens que faire de la politique permet d’exister autrement. A chacun de construire ses relations et de les entretenir. Ce qui est difficile pour la plupart des gens, c’est justement qu’il n’y a pas de mode d’emploi, pas de prêt à penser. L’intérêt de cette aventure humaine repose sur la prise de risque et sur la responsabilité personnelle. Il me semble impossible de ne pas croire fermement dans les valeurs du parti, à partir du moment ou l’on décide de s’engager.

Par ailleurs, contrairement à l’insertion dans le monde professionnel qui est vécue par la personne comme un moment heureux et valorisant, adhérer à un parti politique entraîne des réactions quelquefois négatives. Il ne viendrait à personne l’idée de féliciter l’individu pour sa décision alors que ce denier franchit une étape essentielle dans sa vie.

Au contraire, ce sont bien trop souvent les sarcasmes et des réactions désagréables qui accompagnent le nouvel arrivant dans cet univers inconnu. Pour ma part, mes proches n’ont pas fait beaucoup de commentaires en apprenant mon adhésion au groupe des Jeunes populaires. Me connaissant assez bien, ils savent qu’il ne servirait pas à grand-chose de tenter de me dissuader de faire ce que j’ai décidé de faire, parce que je tiens en général à avoir ma propre opinion

La particularité de l’engagement politique repose également sur le fait que c’est une activité bénévole (terme qui signifie : je veux bien). La liberté et l’envie de donner de son temps guident le militant. Les apports de son engagement ne s’évaluent pas en terme financier. Il s’agit au contraire d’un travail invisible de longue haleine qui enrichit l’individu au niveau humain.
Les avantages immatériels procurés par le militantisme sont nombreux et la passion pour ce milieu éprouvée par le militant se lit sur son visage. Décider de s’engager entraîne des répercussions certaines sur la vie et le comportement de la personne. Mais cette activité non lucrative est discrète et prend son temps pour agir sur chacun d’entre nous.

L’existence du militant prend un peu plus de saveur et son entourage évolue dans la mesure où il va désormais porter un regard différent sur lui. D’un naturel timide et discret, je considère qu’il est préférable de parler avec modération de mes idées politiques en dehors du groupe. En effet, ceux qui n’y appartiennent pas pourraient me considérer comme une femme qui frime et qui a rejoint les rangs de l’UMP parce que « c’est dans l’air du temps » ou que « cela fait bien ».
En outre, je tiens à préserver le mystère et la part de rêve de chacun sur la politique. Il m’arrive de solliciter la curiosité de mon interlocuteur, en dévoilant les thèmes que nous abordons dans nos réunions, mais uniquement quand je m’adresse à une oreille attentive, à une personne susceptible de venir un jour travailler avec nous. Je tiens à ce que les propos que nous échangeons entre nous restent les nôtres. L’utilisation du terme de famille politique est révélatrice des enjeux et de l’intensité qui existent au sein de ce clan.
Je crois que si je n’ai pas voulu m’engager plus précocement, c’est en grande partie en raison de la mauvaise réputation de cette activité et des désastres qu’elle peut causer. J’ai toujours été fortement émue et scandalisée par la manière dont la majorité des médias s’autorisent le droit de révéler des détails intimes sur un acteur public pour salir sa personne et le déstabiliser… et j’ai souvent eu la conviction que la violence des attaques était proportionnelle au talent de la personne !
Les humiliations et les critiques personnelles peuvent expliquer le peu d’empressement des individus pour exercer des responsabilités politiques, alors qu’elles en ont les compétences. Voir sa vie privée jetée en pâture invite à la prudence et en décourage plus d’un. C’est pour cela que je parle de vocation lorsque je constate avec admiration que des personnes acceptent, malgré tout les règles du jeu.

J’ai beau savoir que j’ai mis les pieds dans un espace qui, dit-on, est semé d’embûches, cela ne me gêne pas ; car je vois dans la politique une sorte de remède soignant plusieurs maux actuels.

L’action politique sert à modifier des situations injustes et nécessite du courage et de la persévérance. Le pessimisme est un élément omniprésent dans la plupart des idées contemporaines. Or, pour réussir un projet, il est essentiel qu’il soit mené dans un esprit positif et combatif. Sinon, le moindre incident peut décourager une personne d’oser entreprendre et mener des projets.
Vouloir faire de la politique peut se définir comme le désir de voir l’existence du bon coté. L’engagement suppose que dans son for intérieur, le militant a hâte de changer le cours des évènements et croit que cela est possible. Cela exige de sa part un effort pour penser l’avenir de façon optimiste, même s’il sait qu’il faudra se battre pour tout et que rien n’est acquis définitivement.
Alors, c’est évident qu’il affronte les railleries de ceux qui ont renoncé et rendu les armes , en jugeant que cela ne servait à rien d’aller voter et que tous les hommes politiques étaient corrompus. J’ai souvent entendu une expression que je déteste : «  il faut bien que jeunesse se passe ». C’est ridicule de croire qu’en grandissant une personne doive perdre ses idéaux et ne pas conserver une part de rêve, une part d’idéal au fond d’elle.

(…)

L’engagement politique relève de la volonté d’afficher son attachement à certaines valeurs mises en avant par le groupe des militants. Mon adhésion au groupe des Jeunes populaires s’explique par mon attachement pour les idées gaullistes de ce parti. Mais il existe également des motifs liés à la rencontre avec des personnes dont la personnalité m’a plue. En effet, j’ai eu l’occasion de nouer des relations amicales et sincères avec certains militants. Ils ont su attirer mon attention par leur aptitude à donner sans retenue.

Pour mieux comprendre la singularité de l’activité politique, il peut être utile d’expliquer au lecteur que c’est un univers complexe, dont l’esprit mêle la compétition et la solidarité entre ses membres.

Ce que j’ai pu apprécier cette année, c’est la pugnacité et la profonde motivation de certains militants dans leur façon de défendre des projets de loi.
Je crois que j’ai en outre compris que participer à un groupe politique et militer se distingue des autres activités. Cela n’a rien d’un loisir ou d’un passe-temps classique. Les personnes que j’ai rencontrées ressemblent à des individus ordinaires dans la mesure où elles suivent une formation à la faculté ou dans une grande école, ont une famille et des amis. Néanmoins, à l’occasion de certains moments de leur vie, elles vont apparaître comme des êtres doués de certaines qualités révélées lors de leur engagement.

Je me suis souvent demandé s’il existait un profil type d’individus susceptibles de réussir en politique Les médias nous renvoient très souvent le portrait de personnes qui se sont distinguées par leur intelligence scolaire et qui ont donc suivi le parcours de l’homme politique type : la scolarité dans les grandes écoles, l’appartenance à des réseaux fermés et un goût affirmé pour le pouvoir. Cependant, ces clichés m’ont semblé en décalage avec mon expérience et avec ce que j’ai pu observer au sein du groupe. Il existe naturellement une formation spécifique des élites politiques mais la vision qu’on en a est assez réductrice.

J’ai eu la chance de pouvoir discuter avec quelques militants sur leur manière de concevoir le pouvoir. Et, le plus étonnant, c’est qu’il n’y a pas une manière unique d’aborder la politique. Tous s’accordent en revanche sur le rôle important qu’elle occupe dans leur vie. Je partage ce sentiment car j’avoue m’être très vite sentie dépendante d’une certaine ambiance crée au fil des conversations. En effet, les péripéties vécues par les membres du groupe donnent l’occasion de se surpasser.

De plus, certains obstacles obligent à dépenser une grande énergie et c’est toujours le même sentiment qui domine : l’envie de faire du bon travail. Comme dans toute bataille, le hasard a sa part de responsabilité dans une victoire politique. Mais quoi qu’il arrive, les individus sont déterminés à aller jusqu’au bout en utilisant les armes de la démocratie. Cet état d’esprit ressemble à un ciment qui fédère les militants.

(…)

L’inconstance et l’infidélité semblent être une caractéristique de la nature humaine. Qui n’a jamais cherché à profiter de l’éclat et de l’ingéniosité d’une personne pour vivre des moments de plaisir, même si c’est une existence par procuration ? Pourtant, la tentation de laisser tomber cette personne peut être très forte, une fois qu’elle a cessé de briller et de porter les espoirs du groupe.
Ai-je tort de penser que c’est dans ces moments de solitude et de remise en questions de soi que l’on peut réellement tester la force de convictions d’un individu ? L’envie de persévérer motive la personne à se redresser dans le combat politique parce qu’elle sait que ses idées sont meilleures que les autres. De plus, la défaite peut-être due à un concours de circonstances car s’il est un univers ou l’imprévisible est roi, c’est bien l’espace politique.

En effet, la précarité est une composante fondamentale de l’espace politique. Avoir du pouvoir, est-ce simplement le fait d’avoir plus de notoriété que la majorité des citoyens et de posséder un carnet d’adresses bien rempli ? Au-delà du rideau des flashs et des interviews se cache en réalité une vie laborieuse, où la solitude et les doutes accompagnent le responsable politique Choisir de consacrer sa vie pour défendre ses idéaux représente sûrement une décision insolite et courageuse. Plus rien n’est comme avant une fois que l’on devient un acteur public.
Vu de l’extérieur, chacun sent une distance entre ceux qui nous gouvernent et nous. Les élus sont comme parés d’or et de lumière, attirants du fait de leur inaccessibilité. Ils appartiennent à une caste élitiste sur laquelle chacun projète ses fantasmes et ses élucubrations.
Mais au risque de briser un mythe, j’ai pu constater que la magie n’occupait que peu de place dans leur vie. Le labeur y est omniprésent. Et la solitude aussi. On dit que la société est un panier de crabes. La politique ne déroge pas à cette règle. S’engager en politique ressemble à une aventure que l’on entreprend à plusieurs ; mais chacun ignore quand il sera reconnu personnellement.

En outre, militer ne rapporte pas d’argent et il n’existe aucun statut pour celui qui consacre du temps pour faire vivre ses convictions politiques. A la différence du monde professionnel, basé dans la majorité des cas sur la relation contractuelle, aucune règle écrite ne vient protéger et reconnaître les droits et devoirs du militant. La relation repose sur la confiance, l’échange d’idées et la bonne volonté de chacun.
En dépit du caractère précaire et peu tranquille de cette activité, chaque citoyen devrait se faire entendre. En ne militant pas, il laisse les autres décider éternellement pour lui. Or, rendre les armes démocratiques et s’abstenir d’aller voter, c’est agrandir l’espace des partis extrémistes et faire taire la voix de la cohérence politique.
Selon moi, l’optimisme et la foi dans la vie restent un socle essentiel pour avancer au quotidien.


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