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Jeudi 26 juin 2008
En présence de plusieurs chefs d'Etat et de gouvernement, le Premier ministre François FILLON a conclu le sommet de l'International Democrat Union (IDU) qui se tenait à Paris les 25 et 26 juin 2008.

L'Internation Democrat Union, créée en 1983, rassemble aujourd'hui 70 partis de droite et de centre-droit dans 56 pays.

***

Monsieur le Président,
Mesdames et Messieurs,
Mes chers amis,

Qu’est ce qui nous rassemble aujourd’hui dans l’International Democrat Union (IDU) ?
Près de 20 ans après la chute du Mur de Berlin, qu’est-ce qui pousse 70 partis de droite et de centre-droit de 56 pays à se retrouver dans une union internationale, alors que le mur de Berlin s’est effondré et que la démocratie libérale et l’économie de marché ne cessent de se déployer partout dans le monde ?

Les débats de ces deux jours ont fourni une réponse sans ambiguïté à cette question : les idéaux qui nous ont unis, il y a 25 ans, sont toujours d’actualité.

La liberté, la responsabilité, l’Etat de droit, la libre entreprise, le libre échange : toutes ces valeurs restent les plus justes moralement et les plus efficaces économiquement.


Il suffit d’ailleurs de voir le nombre de gouvernements de gauche les reprendre secrètement à leur compte – à l’exception de la gauche Française ! – pour mesurer la victoire de ces valeurs.
 
Ces valeurs, elles doivent être constamment protégées car l’histoire de l’humanité n’est jamais totalement débarrassée de ses penchants liberticides.
Elles sont adaptées aux nouveaux défis que le monde doit relever aujourd’hui.

Il y a vingt ans, certains on cru, avec Fukuyama, à la thèse de la « fin de l’Histoire Â». Aujourd’hui, faut-il croire, avec les nouveaux auteurs à la mode au « retour de l’Histoire Â» ? Faut-il penser que « la fin de la fin Â» de l’Histoire signifie « la fin des rêves Â» ?

Je ne le crois pas.
Mais ce dont je suis persuadé, c’est que le totalitarisme et la négation de la liberté ne sont pas des « accidents Â» du 20ème siècle : ce sont des basculement récurrents de l’humanité, des tentations dont les formes se transforment au cours des âges, mais qui puisent en permanence dans les mêmes racines intellectuelles.

C’est la grande leçon de Karl Popper, ce penseur qui a inspiré le combat intellectuel contre le communisme.
Que dit-il ?
Que, depuis toujours, certains veulent asservir l’homme pour les motifs les plus louables, faire son bonheur contre son gré, créer par la coercition un « homme nouveau Â» plus conformes à leurs utopies qui s’avèrent souvent illusoires quant elles ne sont pas folles.

Ces « ennemis Â» de la « société ouverte Â», pour reprendre le titre de son ouvrage célèbre, sont fondamentalement hostiles à la démocratie libérale et à l’économie de marché.
Aujourd’hui, bien sûr, ils sont loin de triompher. Mais notre responsabilité est de ne pas les laisser s’emparer des nouveaux sujets du XXIème siècle pour imposer leur vision.

Environnement, organisation de l’économie et de la finance mondialisée, développement des pays pauvres, maîtrise des énergies, flux de migrations internationales : tous ces défis actuels sont sérieux et posent de graves problèmes à notre monde.
Nous devons être capables de leur apporter des réponses communes, cohérentes, fidèles aux principes qui nous réunissent.
Si nous ne le faisons pas, d’autres le ferons, dans un sens qui sera ou caricatural ou régressif.

Aujourd’hui, Mesdames et Messieurs, nous devons résister à une tentation.
Une tentation naturelle quand on voit que ses idées ont triomphé ou bien quand on n’a plus confiance dans l’avenir : la tentation du confort intellectuel, du conservatisme.
Je ne parle pas de la dénomination de tel ou tel parti politique. Certains d’entre nous s’appellent « conservateurs Â» sans que cela ne fasse d’eux des conservateurs au sens politique.
Je parle de ce système de pensée qui consiste à vouloir conserver les choses par principe, par peur d’essayer, de tenter d’autres solutions. Par peur aussi de remettre en cause nos propres certitudes.

Un exemple : à l’évidence, le capitalisme s’est montré plus efficace, plus prometteur que le communisme. En un mot, nous avons gagné la bataille idéologique.
Pour autant – maintenant que le communisme a disparu – faut il renoncer à s’interroger sur les manquements ou les dérives du capitalisme ?
Je ne le crois pas. Et c’est précisément à nous de réinventer des équilibres nouveaux entre les forces du marché et les forces sociales.
C’est à nous d’empiéter sur les habituels terrains de la gauche pour reformuler et résoudre la question des inégalités sociales.
C’est à nous de définir les équilibres entre le développement économique et le développement durable.

L’Histoire n’est pas finie, elle continue, sous nos yeux, à nous bousculer.  Et je crois que notre atout – nous qui ne sommes pas freinés par des préjugés idéologiques – c’est d’être plus imaginatifs, plus audacieux que nos adversaires politiques.
Nous devons être ceux qui participent au changement pour ne pas le subir.

J’ai en mémoire la grille d’analyse de Friedrich Hayek.
Je ne suis pas d’accord avec toutes ses préconisations économiques, mais sa pensée fut et reste stimulante.

« Pourquoi je ne suis pas un conservateur Â» : c’était le titre de son texte désormais classique qui offre une typologie utile.
Ce texte distingue trois attitudes philosophiques en politique : le socialisme, le conservatisme et le libéralisme.
Je l’avoue, aucun de ces vieux mots qui finissent en « isme Â» ne me convient. Il en est un, en revanche, que je vous propose de reprendre à notre compte, c’est celui de réformiste.
Le réformiste, est celui qui se « fiche Â» de savoir si une bonne idée vient de la droite ou de la gauche, pourvue qu’elle soit utile au bien commun.
Le réformiste est celui qui agit pour l’intérêt général et le long terme plutôt que pour les sondages et les corporatismes dont la somme des réclamations forme un immense statu quo.
Le réformiste est la fois libéral et social.
Le réformiste part de la réalité pour dire la vérité, et utilise la vérité pour moderniser.
 
Mes chers amis,

Depuis un an, sous l’impulsion du Président de la République, la France est en train d’accomplir une mutation culturelle.
On l’avait dit repliée sur elle-même, réticente à s’ouvrir et à se lancer dans le nouveau siècle. C’est du passé !
Aujourd’hui, la France repart à la conquête d’une prospérité nouvelle, en se débarrassant de ses préjugés périmés.

Permettez- moi de vous en convaincre.

Hier, la question de l’emploi se résumait au partage du travail et aux RTT. Aujourd’hui, c’est à qui fera des heures supplémentaires !

Hier, la question de la solidarité, se résumait à plus où moins d’assistanat. Aujourd’hui, nous débattons de l’extension du Revenu de Solidarité Active dont la philosophie nous est chère : c’est celle de la dignité par le travail !

Hier, sur la délinquance et la violence, le coupable était une victime. Désormais l’impunité s’efface devant les principes de fermeté et de responsabilité !

Hier, les usagers des transports publics devaient faire avec les grèves, et nul n’osait s’en offusquer, si ce n’est les Français eux mêmes ! Maintenant, avec le service minimum, c’est le service public qui doit se mettre au service des usagers et non le contraire.

Hier, à l’université, les spécialistes du statu quo nous disaient « ne touchez à rien ! ». Avec la réforme sur l’autonomie des universités nous avons mis un terme à cet immobilisme qui était contraire à l’excellence et à la justice sociale.

Hier, sur la question de l’immigration, les partisans de l’immigration zéro et ceux de l’immigration sans freins, se disputaient le sujet. Nous y avons mis un terme: l’immigration choisie entre dans les faits ! Et désormais, la France est en mesure de choisir qui elle veut accueillir et dans quelles conditions ! Et cette position est en train d’être partagée pas tous les Etats de l’Union européenne.

Hier, la question des régimes spéciaux de retraites faisait trembler tous les  gouvernements. Ils sont désormais réformés et le principe d’équité s’est imposé.

Travail, mérite, autorité, responsabilité, équité sociale : tous ces principes sont derrière ces réformes que nous avons engagé.
En élisant Nicolas Sarkozy, les Français ont choisi d’en finir avec la tyrannie du statu quo, l’absence de réforme et le repli face à la mondialisation.

Nous sommes en train de sortir des 35 heures, cette erreur économique et sociale qui a consterné nos amis européens et réjouis nos concurrents.
Nous réhabilitons le travail, l’entreprenariat, l’effort et la prise de risque comme moteurs de la création de richesse et comme sources d’épanouissement personnel.
Nous concentrons tous nos efforts budgétaires sur la recherche, la science, l’innovation, la formation, les conquêtes de l’intelligence.
Nous réformons l’Etat pour le rendre plus efficace, moins dépensier, plus respectueux des forces créatives de notre société. 
Nous réformons le dialogue social, pour que les syndicats soient plus représentatifs et plus constructifs, et pour que le droit social s’élabore davantage au niveau même des entreprises.
Nous réconcilions l’écologie et l’économie, avec le « Grenelle de l’environnement Â».

Quand je parle de mutations culturelles, je n’exagère pas.
Nous sortons du relativisme culturel et moral que la gauche française des années 1980 avait diffusé dans le pays.
Nous réintroduisons dans la culture française des vertus qui avaient été négligées, parfois même ridiculisées : la réussite, le mérite, le respect, le civisme.
Nous avons aussi réhabilité l’idée « d’identité Â».
Notre conception du patriotisme n’est pas nationaliste. Le nationalisme, c’est le réflexe des nations faibles, humiliées, celles qui opposent l’identité à l’universalité.   
Je suis, depuis longtemps, favorable à un patriotisme éclairé. Aimer son pays pour mieux s’ouvrir au monde, pour se projeter vers ce monde : c’est, selon moi, une nécessité charnelle.
Quand je parle d’identité, je ne parle pas que de l’identité nationale. L’Europe a, elle aussi, besoin de susciter une passion commune, elle a besoin de se créer une âme autour de laquelle la fierté des peuples se rassemble.

Quant à l’idée même de progrès, elle avait été oubliée chez nous.
Toutes ces décennies de malthusianisme économique, de chômage de masse, ont épuisé les ressorts de la nation, ont désespéré les classes moyennes qui ont toujours été le ferment du progrès.
Il est vrai que la gauche a une certaine responsabilité dans cet étiolement de la croyance dans le progrès.
Pour elle, le progrès ne pouvait, ne peut, que prendre le visage d’un refus.
Refus du libéralisme.
Refus de la compétition.
Refus de la mondialisation.
Quant on refuse la réalité, on est, au bout du compte, renversé par la réalité !

Cette réalité, il faut l’accepter pour la maîtriser et l’utiliser à son profit.
Voilà la différence entre les socialistes et les réformistes que nous sommes.

Mesdames et messieurs,

D’une certaine façon, c’est l’idéal des Lumières que nous sommes en train de retrouver, c’est l’humanisme adapté au monde moderne : la confiance en l’avenir, la lucidité sur la condition humaine, le choix de la raison, de la culture et de l’ambition.

Cette entreprise de renouveau, il nous faut le mener tous ensemble au niveau mondial.
Les enjeux sont globaux. Les réponses à apporter doivent l’être aussi.
Celles de nos adversaires le sont de plus en plus.
La tentation naturelle de ces derniers est de transposer au niveau international les vieilles recettes qui n’ont pas fonctionné au niveau national.

C’est un combat d’idées.
Un beau combat que nous pouvons nourrir de nos différences.
C’est un combat qu’il ne faut pas prendre à la légère car une partie de l’avenir en dépend !
Jeudi 26 juin 2008

Présentation du Livre blanc sur la Défense
Assemblée nationale
Jeudi 26 juin 2007
Discours de François FILLON

***


Monsieur le Président,
Messieurs les Présidents des commissions des affaires étrangères et de la défense,
Mesdames et Messieurs les députés,

Nous avons en partage une responsabilité sacrée : protéger la France et les Français de toute agression.
Nous avons aussi un devoir : contribuer à la sécurité de nos alliés et au respect des règles internationales et des droits de l’homme.
Pour tout cela, la France déploie une diplomatie active, constructive, destinée à apaiser les tensions du monde.
Elle est dotée d’un outil de défense dont les concepts et l’organisation doivent être adaptés en permanence.

En juillet 2007, le Président de la République a confié à une commission réunissant parlementaires, militaires, représentants de l’administration, et personnalités qualifiées la rédaction d’un Livre blanc sur la Défense et la sécurité nationale.
Le 17 juin, il en a dévoilé les conclusions.

Penser les engagements de notre pays pour les quinze prochaines années, dans un contexte international fluctuant, était une tâche délicate. La Commission placée sous la présidence de Jean-Claude MALLET l’a conduite avec discernement.

Pourquoi l’entreprendre ?
Parce que la France doit demeurer une puissance politique et militaire.
Parce que vingt ans après la fin de la guerre froide, la paix demeure un bien fragile et précieux.
Parce que depuis 1994 et le dernier Livre blanc, le monde a changé.
Au rythme de la mondialisation, les données de la sécurité nationale et internationale ont évolué. La hiérarchie des puissances, elle-même, s’est modifiée. La révolution imposée à notre appareil de défense par l’effondrement de la bipolarité n’est pas achevée.



Dans la perspective de la loi de programmation militaire qui vous sera présentée par Hervé Morin, il était nécessaire de retracer les lignes de force du paysage stratégique et de notre sécurité.

Le monde est-il devenu plus dangereux ? Pas nécessairement.
Mais il est devenu moins stable, moins prévisible, plus complexe.


Délitement de certains Etats, affrontements ethniques et culturels, fanatisme religieux, crises sanitaires, catastrophes naturelles, attaques informatiques, internationalisation des mafias, prolifération des armes de destruction massive et de leurs vecteurs, vulnérabilité des approvisionnements Ã©nergétiques et alimentaires : tout ceci dessine un  large spectre de menaces, en évolutions constante.

Cet élargissement du « cône des possibles Â» se traduit par une dissémination accrue des armements. D’ici 2025, le territoire européen sera à portée des missiles stratégiques développés par de nouvelles puissances.
Il s’illustre aussi par la menace terroriste - devenue d’autant plus redoutable qu’elle joue à son profit des nouvelles technologie de l’information, et qu’elle pourrait un jour prochain s’emparer d’armes nucléaires, radiologiques, bactériologiques ou chimiques.
Hier ponctuelle et contingente, cette menace est devenue - le Livre blanc le constate - une « menace structurelle Â».

La France est à présent placée devant un large arc de crise : une zone allant de l’Atlantique à l’Océan Indien, où ses intérêts stratégiques se concentrent. 
Comme la plupart des pays européens, elle est aujourd’hui plus vulnérable qu’elle ne l’était dans les années 1990. Elle l’est, car à l’époque, l’équilibre de la terreur couvrait et dissuadait la plupart des scénarios conflictuels.

Dorénavant, le spectre des menaces est élargi ; les conflits à venir se déclencheront de manière moins prévisible qu’autrefois.
Ils prendront des formes imprévues.
Le risque extrême prend aujourd’hui la forme de la « surprise stratégique Â».

Une alliance qui se renverse, des comportements diplomatiques qui changent, un mode d’agression qui se réinvente, un groupe de fanatiques qui échappe aux règles de l’affrontement classique, et la surprise stratégique survient, comme la France en a déjà fait la cruelle expérience, dans des périodes d’impréparation, de déni stratégique.

Le 11 septembre 2001, la surprise stratégique plongeait les Etats-Unis dans la stupeur.
La surprise stratégique, c’est le défi que nos sociétés sont le moins capables de prévoir, et c’est justement celui qu’elles doivent dorénavant se préparer à affronter.
Pour cela, il faut intégrer dans notre raisonnement des risques, des attaques, des dangers qui ne relèvent plus exclusivement de l’action militaire traditionnelle.
L’élargissement de notre horizon stratégique et la multiplicité des menaces ont plusieurs conséquences.

La première, c’est que nous devons assurer au pays les garanties les plus larges.
Face aux scénarios extrêmes, la dissuasion doit demeurer la garantie ultime de la sécurité et de l’indépendance de la France.
Elle a pour seule fonction d’empêcher une agression d’origine étatique contre les intérêts vitaux du pays, d’où qu’elle vienne et quelle qu’en soit la forme. Les deux composantes, sous-marine et aérienne, sont maintenues.

Face aux scénarios de conflits extérieurs, notre stratégie de projection doit être musclée. Si nous pouvons être menacé de loin, nous devons être capables de frapper loin.
Le passage à la professionnalisation des forces a été réussi. Il reste maintenant à le compléter et à l’affûter en termes d’organisation et d’équipements.
Avec le Ministre de la Défense, nos objectifs sont clairs : être capable de projeter 30.000 hommes, 70 avions de combats, 1 groupe aéronaval et 2 groupes maritimes.

Face aux scénarios de crise intérieure, dont le terrorisme de masse constitue l’un des points saillants, nous avons décidé d’inscrire nos choix dans le cadre global d’une « stratégie nationale de sécurité Â», associant étroitement sécurité et défense.
Au regard du 11 septembre 2001, nous avons intégré les enjeux du « front intérieur Â».
Dorénavant, dans leurs missions de protection, les forces armées, les forces de police, de gendarmerie, de sécurité civile se verront assigner des objectifs opérationnels conjoints.

Cette stratégie nationale de sécurité exige une réorganisation des pouvoirs publics.
L’ordonnance du 7 janvier 1959 résulte d’un contexte historique et stratégique radicalement différent du nôtre.
Sa révision est  nécessaire.
Un Conseil de Défense et de Sécurité nationale sera créé.

Il sera présidé par le Président de la République. Il dotera l’État, au plus haut niveau, d’une enceinte où des sujets tels que la programmation militaire, la programmation de sécurité intérieure, la politique de dissuasion, la lutte contre le terrorisme ou la planification des réponses aux crises majeures pourront être abordés.
Le Conseil national du renseignement en sera une des formations.
Au Premier ministre, reviendra la charge de diriger l’application de l’ensemble des décisions qui y seront prises.
 
La deuxième conséquence, c’est que nous devons disposer d’un préavis, en prenant la menace en compte le plus en amont possible.
Dans un monde rapide, le temps gagné décide de tout.
La fonction « connaissance – anticipation Â» nouvellement identifiée par le Livre blanc vise à nous donner le préavis nécessaire à l’action.
Cette fonction repose en grande partie sur le renseignement spatial qui fera l’objet d’un effort conséquent.
Elle repose aussi sur le renseignement humain. Nos services doivent être plus efficaces, mieux coordonnés. Pour cela, nous avons décidé le regroupement des services de renseignement du ministère de l’intérieur au sein de la nouvelle direction centrale du renseignement intérieur.
Nous avons également décidé de créer le poste de coordonnateur du renseignement, placé auprès du Président de la République. Il sera chargé d’animer et de coordonner les travaux des différents services de renseignement.

La troisième conséquence, c’est que nous devons conserver notre aptitude à monter en puissance et à nous réadapter si la situation l’exige.
L’imprévisibilité de la menace nous impose un dispositif de veille technologique poussé.
Elle suppose, dans le domaine industriel, le maintien des bureaux d’études et la réalisation de démonstrateurs précurseurs d’une série de matériels qui pourraient être lancés en fonction des besoins.
Dans tous les domaines – prévention, intervention, protection – nous devons demeurer à un niveau de crédibilité, qui garantisse notre capacité de réaction.

La quatrième conséquence, c’est la notion de résilience.
Elle est au centre de l’analyse du livre blanc.
Elle désigne la capacité du pays à maintenir ou rétablir au plus vite son fonctionnement normal, en cas de crise majeure.
Accroître cette résilience implique de développer nos moyens de surveillance des espaces français ; de renforcer la capacité de réaction des pouvoirs publics ; de mettre les dispositifs de communication et d’alerte massive au centre de la gestion des crises ; d’assurer la protection des populations.


Mesdames et messieurs les députés,

Avec une dissuasion qui garantit la préservation de l’essentiel ; des moyens de renseignement qui nous permettent d’anticiper; des capacités de projection qui nous permettent d’agir plus vite et plus fort ; des outils qui assurent le fonctionnement optimal des pouvoirs publics et la protection des citoyens, notre dispositif peut être considéré comme complet.
Mais il serait insuffisant sans l’adhésion de la nation.
Le Livre blanc suggère plusieurs pistes.

L’une d’entre elle, c’est bien entendu l’intervention du Parlement.
Si le projet de loi constitutionnel est adopté, votre rôle sera renforcé.
Vous serez systématiquement informé de l’envoi de militaires français en opération, et systématiquement consulté par un vote, dès lors que la question de leur maintien dans des opérations extérieures au-delà de quatre mois se posera.
Le Parlement sera par ailleurs informé  des accords liant la France à des partenaires étrangers, dès lors que ceux-ci pourront conduire à engager les moyens de défense du pays au bénéfice d’autres États.

La sécurité, mesdames et messieurs les députés, est une affaire collective.
Nous partageons plus que nos valeurs avec l’Union européenne et avec les pays de l’Alliance Atlantique.

Le renforcement des liens que nous entretenons avec eux est indispensable.

L’Europe est une puissance, mais qu’est ce qu’une puissance sans réels moyens militaires ?
L’Union européenne doit prendre ses responsabilités en matière de sécurité et de défense !
Des progrès ont été réalisés depuis 10 ans, notamment depuis le sommet franco-britannique de Saint Malo. L’Union à des instruments, des procédures, une expérience en commun dans 17 opérations de plus ou moins grande ampleur.

Le Livre blanc énumère des domaines d’intervention prioritaires, qui concernent avant tout la protection des citoyens européens :
renforcement de la coopération contre le terrorisme et le crime organisé ;
mise en place de capacités européennes de protection civile ;
coordination de la défense contre les attaques informatiques ;
sécurisation des approvisionnements en énergie et matières premières stratégiques.

Tout cela est utile, mais reste insuffisant.

Pour être efficace, l’Europe doit prendre l’initiative, et s’employer à prévenir les menaces avant qu’elles ne surviennent, là où elles prennent naissance, c’est-à-dire parfois hors de son territoire.
Je crois que pour être pleinement respectée, l’Europe doit comprendre qu’avec un effort cumulé de recherche six fois inférieur à celui des Américains et inférieur de moitié en matière de défense, elle ne peut être que l’ombre d’elle-même. 
Faire de l’Union européenne un véritable acteur de la sécurité internationale et de la gestion des crises ; susciter la rédaction d’un Livre blanc européen de la Défense et de la sécurité ; multiplier les synergies industrielles : tout ceci fait partie de nos objectifs.

La présidence française de l’Union européenne doit constituer une étape importante pour relancer la défense européenne.
Nous allons proposer à nos partenaires des priorités.

D’abord, nous voulons une actualisation et une concrétisation des missions militaires que les européens se sont assignées : c’est la capacité à déployer 60.000 hommes en 60 jours.
Nous voulons ensuite avancer concrètement avec les pays qui veulent s’engager. Il s’agit de renforcer nos moyens par des coopérations pilotes et des mutualisations entre Etats membres : c’est la projection de force avec les britanniques (hélicoptère, groupe aéronaval ) ; c’est le transport aérien avec, notamment, l’Espagne, l’Allemagne la Belgique ; c’est l’espace avec les Italiens et les Allemands.

Nous voulons enfin que l’Union européenne soit véritablement en mesure de conduire des opérations civiles et militaires.
Fondé sur cinq états-majors nationaux que l’on doit réorganiser à la hâte à chaque opération, le système actuel atteint vite ses limites.
L’Europe doit disposer d’une capacité de planification et de commandement permanente et crédible.

Quant à l’Alliance atlantique, il faut aborder le sujet avec rigueur et pragmatisme.
Le Livre Blanc le rappelle : l’Alliance est aujourd’hui seule en mesure de conduire des opérations militaires de grande envergure et d’assurer la sécurité de l’espace euro-atlantique.
Sur les 27 membres de l’Union Européenne, six seulement ne font pas partie de l’Alliance.
Voilà les faits avec lesquels nous devons faire !
Le Président de la République a eu l’occasion d’exprimer la démarche française.
Au regard des avancées de l’Europe de la défense, la France se montre ouverte, sous certaines conditions, à retrouver sa place dans le dispositif militaire de l’Alliance Atlantique, à l’exclusion des questions nucléaires. Par ailleurs, comme l’a affirmé le Président de la république :
la France garderait en toutes circonstances une liberté d’appréciation totale sur l’envoi de ses troupes en opération ;
elle ne placerait aucun contingent militaire sous commandement de l’OTAN en temps de paix ;
 
Pour nous, une Europe de la défense renforcée va de pair avec une OTAN rénovée, c'est-à-dire plus souple, plus flexible, dont les moyens militaires puissent être mobilisés par l’Union européenne.
Dans cet esprit, nous contribuerons à la rédaction d’un concept stratégique qui sera débattu lors du prochain sommet de l’OTAN, organisé conjointement par la France et l’Allemagne à Strasbourg et à Kehl.
La France insiste aussi, avec son partenaire allemand, sur la nécessité de respecter la Russie.
Cette grande nation européenne, sortie de 70 années de dictature communiste, s’est engagée, pas à pas, sur le chemin de la démocratie et contribue de façon constructive aux équilibres du monde. 


Mesdames et messieurs les députés,

La contrainte budgétaire pèse sur les choix à venir, comme elle a pesé sur la réalisation du modèle d’armée 2015.

Il aura manqué 24 milliards d’euros de crédits d’équipements sur la période 1997-2007 pour réaliser acquisitions et entretien, conformément aux prévisions initiales des programmations.
Dans le même temps, les effectifs du ministère n’évoluaient pas à la baisse, alors même que des efforts financiers d’amélioration de la condition militaire accompagnaient la professionnalisation.
Les conséquences du déséquilibre résultant, nous les connaissons tous : retards dans le renouvellement des matériels, allongement des phases de conception, de développement et de fabrication.
Des matériels anciens, parfois à bout de souffle, restent en service, générant à leur tour un surcoût de maintenance.
Nos avions ravitailleurs accusent leurs 45 ans ; nos blindés légers et nos hélicoptères Puma approchent les 30 ans d’âge.
Leur remplacement simultané dépasse nos possibilités – et pour cause.
 
L’urgence, aujourd’hui, c’est aussi de respecter notre objectif d’équilibre budgétaire à l’horizon 2012.
Celui-ci demande que la progression des dépenses de l’ensemble des administrations publiques soit plafonnée à 1,1% par an.
Compte tenu de l’augmentation tendancielle des pensions et de la dette, cela signifie une stabilisation en valeur de toutes les autres dépenses de l’État, sans compensation de l’inflation.
1,1% par an, c’est un effort considérable que nous nous imposons !

Le ministère de la Défense y contribuera naturellement, par le biais de réductions d’effectifs marquées.
Les réformes à venir – y compris celles qu’induira la RGPP – se traduiront par une baisse de 54 000 hommes.
D’ici 6 à 7 ans, le format global des forces armées, civils et militaires compris, sera de 225 000 hommes. L’armée de Terre en comptera 131 000, l’armée de l’Air 50 000, la Marine 44 000.

Nous ne sacrifierons pas notre outil militaire à des impératifs financiers.

Nous n’hypothéquerons pas notre sécurité de long terme à seule fin de franchir un cap budgétaire.
Le Livre blanc ne consacre pas une politique de renoncement.
Il pose au contraire les bases de la seule politique durable, c’est-à-dire d’une politique de double réalisme, militaire et économique.
Ainsi, la France consacrera à sa Défense un effort financier majeur, et cohérent avec les choix retenus pour ses capacités.

La Loi de programmation militaire 2009-2014 qui vous sera prochainement soumise attestera cette volonté de donner à la France l’outil militaire rénové qui répond à ses besoins.

Les crédits de défense ne baisseront pas.
Dans un premier temps, jusqu’en 2012, ils augmenteront à hauteur de l’inflation.
Dans un second temps, à partir de 2012, le budget de la Défense progressera de 1% en volume par an ; c’est-à-dire 1% au-dessus de l’inflation.
D’ici 2020, l’effort total consenti pour financer la priorité donnée à la Défense atteindra les 377 milliards d’euros.

Cet effort sera rendu possible au premier chef par les marges de manœuvre budgétaires que la réduction des effectifs doit nous assurer.
Aujourd’hui, administration et soutiens accaparent 60% de nos moyens en personnels, contre 40% pour les forces opérationnelles.
Notre objectif est d’inverser le ratio, comme en Grande-Bretagne.
D’autres marges naîtront de la restructuration de nos capacités de soutien.
Aujourd’hui, ces capacités sont éclatées, dispersées.
La nouvelle organisation reposera sur 90 « bases de défense Â», réparties dans 400 communes, et qui pourront mutualiser leurs moyens de soutien au profit de 2 800 personnes par base en moyenne.
Cette réorganisation se traduira par un certain nombre de fermetures ou de transferts d’unités militaires. Ces mesures seront complétées par un large dispositif d’accompagnement :
- accompagnement social au profit des personnels militaires et civils de la défense impactés par ces transferts ;
- accompagnement territorial ayant pour objectif principal la création de nouveaux emplois. Les communes les plus touchées feront l’objet d’un accompagnement personnalisé. Des contrats de site ou des conventions d’aménagement seront proposés. Un dispositif de soutien au financement des communes dont le budget sera forrtement déséquilibré est également prévu. 320 M€ de subventions d’investissements y seront consacrés.
Les marges ainsi dégagées seront intégralement réinvesties au profit de la condition du personnel, et surtout du budget d’équipement, qui passera de 15,5 milliards d’euros en 2008 à 18 milliards d’euros par an en moyenne pour la période 2009-2020.

La trajectoire financière retenue maintiendra la France dans le peloton de tête des pays européens, avec le Royaume-Uni.


Monsieur le Président,
Mesdames et messieurs les députés,

Il faut peu de temps pour réviser une stratégie.
Il faut une ou deux décennies pour concevoir et fabriquer un armement.
Mais la qualité morale et professionnelle de nos forces armées vient de loin, de très loin.
Il faut des siècles d’Histoire et de traditions pour créer un état d’esprit, une cohésion, une abnégation aussi remarquables que ceux dont nos armées font preuve.
Celles-ci font partie des meilleures au monde.

Je tiens ici, devant vous et avec vous, à rendre hommage au courage de ces hommes et de ces femmes qui frôlent quotidiennement la mort, loin de leurs familles et de leurs foyers.
Leur engagement est porté par des valeurs et des idéaux.
Nous avons des devoirs vis-à-vis d’eux.
La France ne baisse pas sa garde car la paix n’est jamais acquise, elle n’est pas une donnée permanente de l’histoire.
Notre indépendance n’est pas négociable, et la liberté n’est pas dissociable du fil de l’épée.
Notre sécurité exige notre vigilance.
Ce livre blanc éclaire notre responsabilité.




Mercredi 18 juin 2008
Au lendemain du discours du président de la République sur la nouvelle politique de défense et de sécurité de notre pays, et en ce jour de commémoration de l’appel du 18 juin 1940, il faut relire quelques passages des écrits du Général de Gaulle sur la réforme de l’armée.


La clairvoyance des analyses du Fil de l’épée (1932), de Vers l’armée de métier (1934) et de La France et son armée (1938) est toujours frappante. Comme le colonel de Gaulle dans les années 1930, nous sommes appelés à cet effort de lucidité et d’adaptation permanente qu’imposent la complexité du monde et les mouvements du paysage stratégique. D’où l’utilité de lire et de relire des textes désormais classiques, comme l’extrait suivant. Il ouvre le chapitre "Emploi" de Vers l’armée de métier.

"Devant l’inconnu de l’avenir, l’esprit humain cherche un recours et croit le trouver, d’ordinaire, dans ce qui s’est déjà passé. Comme le politique consulte les précédents ou le juriste la coutume, ainsi le soldat s’efforce de tirer des faits naguère accomplis les règles propres à se guider dans les actes du lendemain. Si l’occasion ne lui fut pas donnée de se battre lui-même, il interroge l’Histoire. S’il a fait la guerre, il se reporte à ses souvenirs. On a vu l’élite militaire des premières années de ce siècle bâtir sa philosophie sur l’étude des campagnes de la Révolution et de l’Empire. On voit l’armée d’aujourd’hui construire ses doctrines, thèmes et règlements d’après les errements du dernier conflit.


Un tel souci de s’appuyer sur le passé pour imaginer l’avenir présente assurément des avantages. Outre qu’il est naturel et conforme à l’instinct, il répond au sentiment, par ailleurs fort justifié, de la continuité des affaires humaines et de leur perpétuel retour. Au surplus, les diverses sortes d’artistes, et notamment les militaires, trouvent grand profit pour leur formation à étudier les maîtres et chefs-d’œuvre, car il y a dans la grandeur quelque chose de contagieux. Encore faut-il que ce conformisme ne devienne pas exclusif, ni cette imitation servile. Nul ne peut croire qu’un futur conflit doive ressembler, même de loin, à celui que nous avons vu.

Aussi, quand on raisonne de l’emploi d’une armée d’élite, rapide, puissante et protégée, doit-on, par principe, et quoi qu’il en puisse coûter aux commodités de l’esprit, renoncer à se servir des conceptions qui furent, lors de la lutte récente, appliquée aux efforts de masse". 
Mercredi 18 juin 2008

Le projet pilote de Soultz-sous-Forêts, en Alsace, est un symbole des efforts français pour aller au devant de la crise de l'énergie.

Sur ce site, de l'eau est injectée à cinq kilomètres de profondeur dans les fractures de la roche où elle se réchauffe brutalement, avant de remonter et de permettre une production d'électricité.

Le Premier ministre a saisi l'occasion de son inauguration pour s'exprimer sur la question de l'énergie, et notamment sur la hausse de prix pétroliers, mais aussi sur les modes de production renouvelables.

***


Monsieur le représentant des autorités allemandes,
Monsieur le ministre d’État,
Madame la secrétaire d’État,
Messieurs les présidents du Conseil régional et du Conseil général,
Messieurs et mesdames les députés, sénateurs, élus locaux
Messieurs les présidents,
Mesdames et messieurs,

C’est très symbolique que Jean-Louis Borloo, Nathalie Kosciusko-Morizet et moi-même, nous soyons aujourd’hui ici, au moment même où le débat énergétique a pris cette importance si grande dans notre pays comme dans le monde entier. Depuis plusieurs mois, notre mobilisation en faveur du développement durable, combinée à la forte hausse du pétrole, a tourné les projecteurs vers les solutions novatrices en matière d’énergie.

A Soultz-sous-Forêts, la France et l’Allemagne font aujourd’hui un nouveau pas vers ce que l’on peut maintenant appeler l’après-pétrole.

A travers l’électricité d’origine géothermique, elles développent ensemble une énergie qui est une énergie sûre, qui est une énergie propre et qui est une énergie durable.

La station de Soultz est la plus avancée au monde dans sa filière. Les suites industrielles seront-elles à la hauteur de ces promesses ? Les professionnels, les ingénieurs et les scientifiques nous le diront. Le projet de Soultz est un projet pilote. C’est un projet qui ouvre sur un programme d’essais de deux ans, qui est destiné à préciser la faisabilité économique du procédé.

Mais l’essentiel à ce jour, c’est que nous entretenons, avec nos partenaires allemands, une même détermination à progresser vers plus d’indépendance, plus d’innovation et vers plus d’énergies renouvelables.

Avec 114 millions d’euros investis, l’installation de Soultz est importante par l’effort local, par l’effort national et par l’effort européen qu’elle concrétise ; elle est surtout très importante par le message qu’elle envoie.

Ce message, c’est justement celui du Grenelle de l’environnement, c’est celui que le prix actuel du pétrole dicte à tous les pays développés. Notre avenir énergétique reste à inventer. Eh bien, je crois qu’on peut dire qu’il se prépare ici, aujourd’hui. Et je suis heureux "d’envoyer" symboliquement, comme nous l’avons fait il y a un instant, le premier KW/h produit par le pilote de Soultz dans le réseau d’Électricité de Strasbourg ; et je le suis d’autant plus que sa production repose sur des bases qui sont très encourageantes.


La première, c’est l’excellence scientifique nationale. La France maîtrise la géothermie de haute et de basse énergie. Elle maîtrise son utilisation pour le chauffage comme pour la production électrique -puisque la centrale de Bouillante, en Guadeloupe, fonctionne depuis 1985. Sur son sol, la production annuelle des réseaux de chaleur géothermique couvre 150.000 logements, et avec Soultz, nous prenons une longueur d’avance au niveau mondial dans la technique qu’on appelle celle des "roches fracturées".

Depuis des années, nous défendons l’importance de lier chaque expérimentation technique à une recherche scientifique et universitaire de haut niveau. A Soultz, c’est le cas puisque 15 laboratoires de recherches ont accompagné les centaines d’entreprises sous-traitantes. 430 publications scientifiques ont paru, dont 34 thèses de doctorat ! Le CNRS, le BRGM et l’ADEME ont apporté un soutien majeur à cette aventure, et je veux saluer leur engagement dans lequel la responsabilité de la puissance publique se trouve confirmée. C’est la deuxième clé de ce succès. La troisième, c’est la qualité du partenariat mis en place avec les équipes allemandes. Une collaboration méthodique a organisé le dialogue de nos entreprises respectives, de nos ministères, de nos agences publiques de recherche. Je sais que le projet, amorcé dès 1987, a paru long à nos amis allemands. Son aboutissement confirme du moins qu’il a été bien mené, dans un souci de rigueur et de fidélité à nos engagements réciproques. Ce projet a été conduit par étapes, et il a été de façon périodique soumis à des évaluations indépendantes. Je veux en saluer tous les acteurs, comme je veux en saluer l’esprit

Je pense qu’il faut tirer de la longueur du projet un enseignement positif. Si vingt ans de recherches ont été nécessaires, cela signifie d’abord que nous avons bien fait de commencer tôt. Cela signifie que les intuitions de 1987 étaient bonnes, et que nous avons eu raison d’engager leur mise à l’épreuve. Cela signifie, plus largement, que l’évolution de la ressource énergétique d’un pays est un phénomène de moyen ou de long terme.

Je sais qu’au regard de la production française, la production électrique de Soultz représente un chiffre minime, mais ses enjeux à long terme n’en sont pas moins immenses.

Et je crois qu’il faut prendre le temps d’apprécier, avec reconnaissance, le petit « phénomène Â» que les décideurs de 1987 placent aujourd’hui entre nos mains. D’abord, une technologie entièrement indépendante des hydrocarbures et des variations climatiques. Ensuite, une énergie à peu près inépuisable, dont on sait - et on l’a vérifié en Toscane, en Irlande, ou encore en Indonésie - que l’industrialisation diminue considérablement les coûts. Une énergie locale, aisément disponible sur le lieu de sa production. Enfin, une énergie propre, sans impact sur l’environnement. Cette performance ouvre des perspectives considérables. Aujourd’hui, la production de Soultz est certes marginale, mais la hausse des prix des produits pétroliers braque sur elle une loupe énorme !

Si j’ai choisi d’assister, avec Jean-Louis BORLOO et avec Nathalie KOSCIUSKO-MORIZET, à l’inauguration de ce site pilote, c’est parce que le défi énergétique exige des réponses structurelles et que, d’une certaine façon, nous les illustrons en venant ici soutenir les efforts que vous avez entrepris.

La hausse des prix pétroliers, il faut le rappeler à chaque instant, ce n’est pas un phénomène transitoire. Il n’y aura pas, comme les fois précédentes, de contrechoc. Avec un baril passant de 20 à 140 dollars en six ans, nous atteignons aujourd’hui des niveaux supérieurs aux niveaux historiques de 1979. La situation appelle un discours clair de la part de l’État, et c’est la raison pour laquelle je crois nécessaire d’afficher certaines convictions.

La première, c’est que cette hausse du pétrole risque de se poursuivre.
Les raisons en sont simples - j’ai envie de dire quelles sont incontournables - : parmi les pays producteurs, plusieurs sont dans une situation politique incertaine ; d’autres ne disposent pas de marges réelles pour augmenter leur production, souvent à cause d’investissements insuffisants - on le sait, plus les gisements connus s’épuisent, plus les nouveaux sont coûteux et difficiles à exploiter. Tous les producteurs, enfin, sont - et on le comprend bien, c’est naturel - enclins à ménager sur le long terme une ressource qui fonde leur prospérité, et qui constitue leur patrimoine.

Face à cette offre qui restera donc restreinte, la demande des pays émergents, elle ; va continuer d’augmenter. Une forte spéculation financière liée à la faiblesse du dollar s’y ajoute, et en attendant qu’on réduise les excès de cette spéculation, elle accroît l’effet sur les marchés du déséquilibre entre l’offre et la demande.

Les pays développés comme la France n’ont peu ou pas de prise sur le prix du pétrole. Il n’y a, pour eux, qu’une issue durable : elle consiste à devenir moins dépendants de cette énergie.

Mesdames et messieurs,
La hausse drastique du pétrole comme l’augmentation alarmante du réchauffement climatique nous lancent finalement le même défi, celui de gérer la transition énergétique. En Europe, nos économies développées, nos laboratoires, nos sociétés sont en mesure d’opérer cette conversion et la hausse du pétrole doit tous nous mobiliser et tous nous responsabiliser.

Au fond, la hausse du pétrole, c’est un appel à réinventer notre système énergétique, à façonner la société de demain qui ne sera pas semblable à celle d’hier. C’est un appel à réfléchir, dans notre quotidien, aux meilleures manières de faire mieux et de faire autrement.


Ma deuxième conviction, c’est que derrière cette épreuve il y a un nouvel horizon que nous pouvons, ensemble, tracer.

Souvenons-nous des années 1980, et de nos efforts pour économiser l’énergie.
Nous avons alors investi dans ce sens, nous nous sommes mobilisés et nous avons obtenu des résultats rapides.
Et puis les années 1990 sont arrivées, le pétrole a baissé, nos efforts se sont relâchés et nos performances ont déçu...
A cette époque, on a même fermé des installations géothermiques !
Aujourd’hui, un pétrole cher rentabilise à nouveau les investissements alternatifs ; il valorise les conduites responsables et il encourage l’innovation.
Nous devons apprendre à voir ces avantages pour ce qu’ils sont, et à les saisir.

Le tout, c’est d’y parvenir sans fragiliser encore les plus faibles.

Je sais bien les difficultés que rencontrent nos concitoyens, et, notamment, ceux d’entre eux qui ne peuvent absolument pas se passer de leur voiture pour aller travailler ; les professionnels, les transporteurs, les marins, les pêcheurs, les artisans taxi qui ne peuvent pas répercuter, en tout cas pas rapidement, sur leurs clients, l’intégralité de la hausse des carburants.
Il y a en France des budgets que la hausse du pétrole étrangle, et il est du devoir de l’Etat de se porter rapidement au secours de ceux-là.

Mais tous les jours, j’entends les mêmes demandes, j’entends les mêmes questions.
Pourquoi est-ce que vous ne baissez pas les prix de l’essence ?
Pourquoi est-ce que vous ne cherchez pas à rendre l’essence plus accessible ?
Ces questions méritent une réponse franche et nette : encourager la consommation d’hydrocarbures, ce serait commettre un contresens historique.
Ce serait prolonger une illusion, en attendant la hausse suivante et je refuse d’entrer, avec le Gouvernement, dans cette logique de courte vue.
L’État n’est pas là pour donner un faux répit, L’Etat est là pour aider à franchir un cap. Et ce cap, mesdames et messieurs, nous ne pourrons le passer qu’avec une vraie politique de transition.

Qu’est-ce qu’il faut faire pour aborder un monde où le pétrole sera de plus en plus rare ?

  • D’abord, maîtriser sérieusement notre consommation d’hydrocarbures : c’est ce qui est à la fois le plus rapide et le plus rentable. Nous en connaissons les recettes. Nous savons aussi que les marges existantes sont considérables. D’ici 2020, l’amélioration du rendement des moteurs ou l’isolation de l’habitat, peuvent alléger notre facture dans des proportions plus qu’importantes.
  • Mais cela ne nous dispense surtout pas de réviser progressivement nos habitudes de vie, et d’introduire dans nos sociétés de nouveaux modes d’organisation. Je pense naturellement à toute démarche susceptible de minimiser les trajets, de réduire les transports inutiles, de lutter contre les gaspillages d’énergie. La campagne qui a été lancée par l’ADEME et le ministère de l’Ecologie, "Faisons vite, ça chauffe !" est une campagne qui est vouée à s’intensifier. Il faut que, tous ensemble, chacun à notre place, nous relancions une la chasse au gaspillage.

Enfin, il faut donner à l’avenir de nouveaux outils, en créant dès à présent les instruments de capture et de stockage d’énergie, les moteurs hybrides, les véhicules électriques grand public qui nous font encore défaut. Dans dix ans, la voiture du XXIème siècle, celle de l’après pétrole, doit être développée et popularisée. La France et l’Europe, avec leurs grands constructeurs automobiles, avec leurs technologies, avec leurs chercheurs de renom, ont tout le potentiel et j’ai envie de dire, ont le devoir de répondre les premiers à cette exigence !

Je veux le répéter, le Gouvernement n’empêchera pas la crise pétrolière, il n’en a pas les moyens, mais il fait tout le nécessaire pour que la France sorte par le haut de cette crise.

  • Parmi les solutions pour diminuer le coût du transport, plusieurs sont prometteuses : le renforcement du bonus/malus sur les voitures neuves, par exemple ; ou bien encore une expérimentation de grande ampleur sur les véhicules électriques en libre service. Le bonus/malus a déjà fait passer la part des véhicules faiblement polluants de 32 à 42% des achats ; et l’intérêt d’une mesure comme celle-ci, c’est qu’elle aide vraiment à une répartition équitable de la charge. Quand les véhicules qui consomment beaucoup aident à financer les plus économes, chacun supporte la hausse du pétrole à la mesure de ses moyens réels !
  • Les ménages les plus démunis, pour leur part, verront le tarif social de l’électricité maintenu, le tarif social du gaz instauré, et la prime à la cuve augmentée de 150 à 200 euros. J’ai aussi indiqué, hier, que j’entendais donner enfin une réalité au chèque transport, qui jusqu’à maintenant, n’a jamais fonctionné. Je vais solliciter rapidement les partenaires sociaux, pour qu’avec l’aide de l’Etat, la feuille de paye porte ce chèque transport. C’est, de mon point de vue, la seule manière de le faire vraiment, concrètement. L’objectif c’est que les salariés puissent accéder ainsi à une aide pour aller à leur travail, prioritairement en utilisant les transports publics, et subsidiairement, c’est-à-dire lorsqu’il n’y a pas d’autre solution, par la route. Naturellement, un accord des partenaires sociaux doit précéder la mise en Å“uvre de ce dispositif et doit pouvoir ensuite être décliné entreprise par entreprise.
  • Quant aux professionnels, il est certain qu’il faut permettre une répartition plus équitable des hausses qu’ils subissent sur l’ensemble de la chaîne de valeur. Ce serait, sans doute, le dispositif le plus vertueux.

Mesdames et messieurs,
La France et l’Allemagne disposent d’une recherche avancée, d’un tissu industriel complet, d’une volonté politique. La France et l’Allemagne sont donc en situation de force pour développer toute la panoplie des technologies de demain.

En Alsace, la géothermie s’est imposée, parce que la nature du sous-sol s’y prêtait ; ailleurs, on exploite directement la présence de nappes d’eaux chaudes ; ici, l’eau est injectée dans les fractures de la roche, à 5 kilomètres sous nos pieds, avant d’être récupérée et d’alimenter les turbines.
Je sais que d’autres projets analogues se mettent en place dans le département, je pense à celui de l’usine Roquette à Beinheim, qui a besoin de grandes quantités de vapeur pour transformer des céréales.
Je sais aussi que l’aide de la région, monsieur le président, a été d’un poids déterminant dans ce développement.
La région Alsace a joué de tous les instruments mis à sa disposition en faveur des énergies renouvelables : le Plan Soleil en 2000, le programme Energivie soutenu par l’Union Européenne en 2004, la convention signée dès 2005 avec le Gouvernement pour faire de l’Alsace une région pilote en termes d’efficacité énergétique, et enfin le contrat de projet État-Région pour la période 2007-2013...

Cet effort a été très largement soutenu et accompagné par le Conseil général du Bas-Rhin, qui s’est lui aussi engagé de longue date dans ce mouvement. Eh bien, je veux ici avec Jean-Louis Borloo et Nathalie Kosciusko-Morizet, profiter de l’occasion qui m’est donnée pour rendre hommage aux élus alsaciens qui ont su anticiper au service du développement durable.

A terme, grâce à l’exemple de Soultz, des suites prometteuses semblent ouvertes à la géothermie française. Dans cet esprit, une convention va maintenant être signée entre Madame Jouanno, qui préside l’ADEME, et Monsieur Vesseron, le président du Bureau de recherches géologiques et minières.

Ailleurs, ce sont d’autres solutions techniques qui primeront, je pense à la biomasse, au sujet de laquelle nous avons lancé un appel d’offre qui a remporté un grand succès. La filière est en train de se structurer, et nous allons retenir dans les prochains jours des projets totalisant une puissance électrique de 300 MW, avant de relancer un nouvel appel d’offre pour entretenir cette dynamique. Je pense à l’éolien, et notamment à l’éolien en pleine mer dont nous alors aménager le cadre réglementaire.
Je pense au solaire, j’ai découvert en novembre dernier à l’Institut national de l’énergie solaire, en Savoie, un projet de production de silicium pour les panneaux solaires. Nous allons aider ce projet. Dans la continuité de la réflexion du Grenelle de l’Environnement, nous allons encourager l’intégration des produits nouveaux à l’habitat pour arriver au résultat que nous nous sommes fixé en matière de réduction de consommation d’énergie.
Je pense enfin au bois, et je sais que depuis le début du programme, ce sont 210 chaudières collectives au bois qui ont été installées en Alsace.

Dans ces différents domaines, nous avons d’ores et déjà mis en place au sein de l’ADEME un fonds destiné à financer les démonstrateurs technologiques. Nous mettrons tout en œuvre pour que le pourcentage des énergies renouvelables, dans notre consommation d’énergie finale atteigne les 23 % d’ici 2020.
C’est l’objectif que nous a fixé l’Union européenne, c’est l’objectif que nous voulons atteindre pour devenir, au sein de l’Union européenne, justement, un leader.

Il faut en tenir compte dans nos exercices de programmation énergétique. Je souhaite ainsi que les programmations pluriannuelles des investissements dans le secteur de l’électricité, du gaz, et de la chaleur soient actualisées et soient présentées au Parlement avant la fin de cette année.

Le projet de loi de programme de mise en œuvre du Grenelle de l’Environnement, que Jean-Louis Borloo a présenté cette semaine au Conseil des ministres, prévoit, entre autres, de consacrer 1 milliard d’euros à la recherche en matière de développement durable d’ici 2012. Avec le Grenelle de l’Environnement, que le Gouvernement mettra en œuvre dans sa totalité, c’est un engagement que je renouvelle devant vous, la France veut prendre 10 ans d’avance sur ce terrain. Elle s’engage à ne plus attendre que les circonstances lui forcent la main.

Elle veut prendre les devants partout où l’effort d’adaptation pourra devenir source de croissance, source de compétitivité, source d’emploi. Respecter nos engagements en matière d’énergies renouvelables, cela signifie aussi des conduites plus responsables, plus restrictives, mais cela signifie aussi plus de création d’emplois ; certains les évaluent à plus de 220 000 d’ici 2020.

Aujourd’hui, les efforts que la logique du Grenelle nous demande sont coûteux, mais, à terme, comme nos efforts pour échapper à la dépendance pétrolière, ils profiteront au pouvoir d’achat des Français.

Mesdames et Messieurs,

Dès l’automne, deux projets de loi mettant en Å“uvre les conclusions du Grenelle seront présentés au Parlement pour le décliner concrètement dans les différents secteurs concernés : le bâtiment, l’urbanisme, les transports, la santé, l’environnement, la biodiversité. Avec ces textes, qui sont portés par Jean-Louis Borloo et par Nathalie Kosciusko-Morizet avec beaucoup de passion et beaucoup d’énergie, je crois que la France du développement durable va réellement entrer dans sa phase opérationnelle.

Je voulais enfin, pour conclure, vous dire que dans quelques jours, la France aura l’honneur et la lourde responsabilité de prendre la présidence de l’Union européenne pour 6 mois. Au cÅ“ur de la présidence française, il y a le sujet de la lutte contre le réchauffement climatique et le sujet de la sécurité et de l’indépendance énergétique de l’Europe. Nous allons faire, notamment avec nos amis allemands, tous les efforts nécessaires pour que l’Europe reste en tête des régions du monde dans son engagement contre le réchauffement climatique, et qu’en même temps, l’Europe se dote des outils énergétiques qui assureront son indépendance et qui permettront son développement, sa croissance, et le bien-être de ses populations ; c’est au fond un peu tout ça qu’ici, symboliquement, nous allons voulu illustrer avec cette visite.

Mardi 17 juin 2008
Jeudi 12 juin 2008, le Premier ministre était l'invité de l'émission "A Vous de juger", présentée par Arlette Chabot sur France 2. Il a décrit les grands axes de la politique de réformes du gouvernement (version intégrale ici) et est  revenu sur des questions de fond de notre époque, comme la hausse du prix du pétrole (extrait suivant).

Extrait :

BÉATRICE MADELINE
"(…) le prix du pétrole ce n’est pas un élément intrinsèque à l’économie française mais les Français subissent de plein fouet la hausse des prix à la pompe. On le voit aujourd’hui, le prix des carburants vient devant l’alimentation par exemple dans le budget des ménages. Alors qu’est-ce qu’on fait pour aider les Français aujourd’hui qui ont du mal à remplir leur réservoir et à aller travailler pour certains ? Aujourd’hui, le coût du trajet domicile/travail peut annuler l’intérêt de l’emploi…    

FRANÇOIS FILLON
Absolument. D’abord il faut dire qu’on n’est pas devant une crise conjoncturelle qu’on pourrait espérer passagère, on est devant une situation qui va durer avec peut-être des hauts et des bas. Il y a une demande très, très forte qui est liée à la mondialisation, qui est liée à l’émergence de nouvelles économies, et puis il y a une offre de pétrole qui, elle, est stagnante et dont on connaît à peu près la fin.

BÉATRICE MADELINE
Oui, on dit qu’en 2050 il n’y aura plus de pétrole… 

FRANÇOIS FILLON
On dit grosso modo qu’il y a 45 ans de réserves avec en tous cas les moyens techniques actuels, il y en a peut-être un peu plus. Mais je voudrais vous faire remarquer une chose c’est que c’est la première fois que des générations qui sont vivantes sont confrontées à la question de la fin du pétrole. C’est-à-dire que j’ai un fils de sept ans, il est certain qu’il verra un monde sans pétrole, ce qui est une grande nouveauté. Donc la première chose qu’il faut faire c’est refuser la démagogie, je pense que la responsabilité d’un homme d’Etat c’est de préparer son pays à cette situation. Ca veut dire premièrement le Grenelle de l’environnement, les économies d’énergie massives, ça veut dire le développement des énergies renouvelables, on s’est fixé un objectif de 20% en 2020, et ça veut dire, et je voudrais insister là-dessus ce soir, le développement de l’énergie nucléaire.    

BÉATRICE MADELINE
Donc concrètement on fait quoi ?

FRANÇOIS FILLON
Donc ça veut dire que concrètement nous allons, nous avons déjà décidé de la construction d’un premier EPR, c’est-à-dire un réacteur nucléaire de nouvelle génération qui est en cours de construction, on est en train de réfléchir avec le président de la République et avec le ministre de l’Industrie au lancement de la construction d’un deuxième EPR. Nous voulons que l’énergie nucléaire soit une des réponses principales à la crise du pétrole que l’on connaît. Ca c’est pour les réponses structurelles…

BÉATRICE MADELINE
A long terme… 

FRANÇOIS FILLON
Ca prend du temps…

BÉATRICE MADELINE
Dans l’immédiat, pour les Français…  

FRANÇOIS FILLON
Pour les réponses conjoncturelles, on a pris plusieurs initiatives, d’abord une initiative européenne. La gauche réclame à corps et à cri ce qu’on appelle la TIPP flottante. C’est une mauvaise idée.  

ARLETTE CHABOT
François HOLLANDE va sûrement vous en parler tout à l’heure…    

FRANÇOIS FILLON
Sûrement, c’est une très mauvaise idée, je luis dis à l’avance. C’est une très mauvaise idée parce que la TIPP flottante ça n’a jamais marché, ça avait coûté à l’époque trois milliards d’euros quand ils l’avaient mis en place les socialistes, ça avait baissé le prix de l’ordre de trois centimes au litre. Et surtout la TIPP étant une taxe sur les volumes de pétrole consommé, comme les volumes diminuent avec l’augmentation des prix c’est une taxe qui baisse, c’est une recette qui baisse. Ce que nous voulons avec le président de la République c’est de pouvoir moduler la TVA qui, elle, augmente au fur et à mesure de l’augmentation du prix du pétrole au-dessus d’un certain niveau. Et nous avons demandé aux Européens puisqu’il faut un accord des Européens d’examiner cette question.     

ARLETTE CHABOT
Mais pour l’instant ils vous ont dit non, ils ont dit non dans un premier temps.   

FRANÇOIS FILLON
Oui mais c’est toujours comme ça en Europe, c’est-à-dire que la pensée unique c’est toujours non d’abord puis après on discute. Donc on a commencé à discuter, on a eu une longue conversation avec madame MERKEL lundi sur cette question, le président de la République a eu monsieur ZAPATERO aujourd’hui longuement, et nous allons faire ensemble une demande officielle à la Commission pour qu’elle examine…

ARLETTE CHABOT
Quand ?

FRANÇOIS FILLON
Au prochain Conseil qui a lieu dans quelques jours pour qu’elle examine cette question. C’est quand même assez…

ARLETTE CHABOT
Et ça peut aboutir cette fois ?

FRANÇOIS FILLON
Bien sûr que ça peut aboutir, ça consisterait à donner aux Etats la possibilité au-dessus d’un certain niveau de prix du baril de moduler la TVA. C’est quand même assez simple, je pense, de comprendre même quand on est haut fonctionnaire à Bruxelles que ce n’est pas pareil d’exiger 20% de TVA sur un baril à 40 dollars et sur un baril à 200 dollars, ça n’a pas les mêmes conséquences.

BÉATRICE MADELINE
La modulation pourrait être de combien avec quel impact sur les prix à la pompe ?      

FRANÇOIS FILLON
Ca c’est une discussion qu’il faut qu’on ait avec l’ensemble des Européens, qu’on se mette d’accord sur le seuil de déclenchement de cette modulation, et surtout qu’on laisse ensuite aux Etats la possibilité peut-être d’adapter la modulation en fonction de leur propre situation. Alors maintenant ça encore c’est une réponse, c’est du court, moyen terme.

BÉATRICE MADELINE
C’est une réponse…

ARLETTE CHABOT
Pardonnez-moi, précisément, même s’il y a un accord européen ça s’appliquera quand à peu près ?  

FRANÇOIS FILLON     
Ca peut s‘appliquer dans plusieurs mois.

ARLETTE CHABOT
Oui, c’est-à-dire genre 2009, 2008 ou 2009 ?

FRANÇOIS FILLON
Ah ça peut s’appliquer s’il y avait un accord européen ça peut s’appliquer très vite mais il faudra quand même plusieurs mois. Et c’est pour ça que nous avons prévu aussi des réponses nationales immédiates, d’abord l’augmentation de l’aide à la cuve pour les personnes…

BÉATRICE MADELINE
Alors la prime à la cuve c’est combien, c’est 150 euros ?       

FRANÇOIS FILLON
Elle va être à 200 euros, elle va être portée de 150 à 200 euros, et c’est une prime à la cuve qui est pour environ
700.000 ménages…

BÉATRICE MADELINE
700.000 Français, c’est assez peu… 

FRANÇOIS FILLON
C’est assez peu…

BÉATRICE MADELINE
Par rapport au nombre de gens qui sont pénalisés aujourd’hui par rapport au prix de l’essence… 

FRANÇOIS FILLON
C’est assez peu et en même temps c’est beaucoup, et il n’y a pas de miracle sur ces sujets-là, on ne pourra pas baisser le prix du carburant au moment où le pétrole s’envole. Deuxièmement, on a mis en place un tarif social du gaz qui va entrer en vigueur dans les tout prochains jours et qui…

BÉATRICE MADELINE
Alors là aussi c’est combien, ça concerne combien de personnes ?  

ARLETTE CHABOT
Qui ?

FRANÇOIS FILLON
Ca concerne donc les personnes qui sont à la CMU, donc environ à peu près le même nombre de personnes, et ça pourra…

BÉATRICE MADELINE
700.000.

FRANÇOIS FILLON
Et ça pourra monter jusqu’à environ une centaine d’euros. Il y a un tarif social de l’électricité qui a été mis en place. Puis il y a un débat sur le problème des trajets domicile/travail. Il y avait un système qui avait été imaginé par le gouvernement précédent de chèque transport qui ne fonctionne pas…

BÉATRICE MADELINE
Que vous avez abandonné en novembre dernier, auquel vous avez renoncé…  

FRANÇOIS FILLON
Non, on ne l’a pas abandonné mais il ne fonctionne pas, il n’y en a jamais eu.

BÉATRICE MADELINE
Il n’a jamais fonctionné… 

FRANÇOIS FILLON
Il n’y en a même jamais eu d’imprimé, donc ça veut dire que ça n’a pas été un succès. Alors j’ai regardé pourquoi ça n’a pas été un succès, ça n’a pas été un succès parce que c’était trop compliqué. Donc j’ai décidé qu’on allait remplacer ce chèque transport par une aide directe qui sera sur la feuille de paie du salarié et comme ce sont les entreprises qui financent avec l’aide de l’Eta ce dispositif je demande aux partenaires sociaux ce soir, et je vais leur écrire demain, de se réunir pour décider ensemble puisque c’est leur responsabilité des conditions d’application de cette nouvelle aide et l’Etat naturellement, comme il le faisait ou comme il l’aurait fait pour le chèque transport, apportera sa contribution sous forme d’une aide fiscale.

ARLETTE CHABOT
Donc ça va se discuter dans chaque entreprise pour qu’on comprenne bien ?  

FRANÇOIS FILLON
Non…mon idée c’est ce que ça se discute d’abord entre les partenaires sociaux au plan national, qu’ils se mettent d’accord sur un dispositif, qui y a droit, dans quelles conditions, et puis ensuite nous mettrons en place le dispositif. Ce qu’il faut simplement c’est que ce dispositif soit conforme à nos intérêts sur le plan écologique, donc ça veut dire qu’il encourage l’utilisation des transports en commun et que ce ne soit une aide au plein d’essence que lorsqu’il n’y a pas d’autre solution".
Mardi 17 juin 2008
Alice, jeune militante UMP, a eu la gentillesse de m’adresser un long témoignage sur son expérience de l’engagement, et m’a autorisé à en citer de larges extraits sur mon blog.
Je la remercie d’avoir rédigé ce texte où s’expriment son énergie et son exigence : l’énergie qu’on met au service des autres, quand on décide de se « donner » à la politique ; et l’exigence qu’on brandit, quand on veut que les choses bougent !
« Faire de la politique, dit Alice, c’est croire au changement.»
C’est une réaction devant les faillites et les désordres du monde.
Mais c’est aussi une formidable occasion d’en apprendre plus sur soi, sur ses talents, sur ses limites.
C’est se laisser transformer par l’étincelle de l’audace, de l’initiative.
Militer, c’est enfin une manière de partager avec d’autres ses convictions et de vérifier, dans l’action, que des personnes extraordinairement différentes peuvent apporter leurs forces au même combat.
Tout cela, Alice le raconte à sa manière.
Elle vit la politique « entre raison et passion ».
J’ai choisi de présenter les passages dans lesquels elle expose ce double attachement.

    François FILLON


***


Faire de la politique, c’est croire au changement.

Lassée d’être toujours passive et spectatrice d’un monde qui chaque jour est le théâtre de nombreux conflits, j’ai décidé de tenter de comprendre comment l’action politique parvenait à résoudre un certain nombre de problèmes quotidiens.
J’y ai été encouragée par l’apparent désintérêt de nombreux électeurs français.
Comment l’électorat - celui d’une commune par exemple - peut-il rester indifférent aux affaires publiques alors que le maire, assisté du conseil municipal et ayant en charge la gestion de dossiers tels la lutte contre le chômage ou l’exclusion agit en son nom et défend au mieux l’ intérêt général?
J’ai décidé de remettre en cause un certain nombre de lieux communs sur ce monde particulier assez sulfureux et qui a plutôt mauvaise réputation.
Qu’un individu comme moi choisisse d’écrire à son sujet n’a rien d’étonnant. La politique est une de mes passions. Pour m’aider à décoder les rouages institutionnels de notre société, j’ai étudié le droit pendant trois années et j’ai intégré l’Institut d’études politiques de Bordeaux. Ma formation universitaire m’a convaincu de la nécessité d’enquêter sur les personnes qui au quotidien vivent avec et pour la politique.
La Politique. Je voudrais qu’on reconnaisse mieux ses vertus et son caractère indispensable à la vie en société. De manière presque invisible, elle sert de lien unissant les citoyens, indifféremment de leur origine sociale, ethnique, de leur capital économique ou encore culturel. De plus, elle favorise le brassage des idées et apprend la tolérance. L’individu se découvre de nombreuses aptitudes – pas toujours évaluées par le système scolaire ! L’engagement politique incite à prendre la parole en public et développe la confiance en soi et la persuasion. Mais aussi et surtout, il permet de devenir un acteur qui a des responsabilités. Le refus de s’engager fait malheureusement le plus souvent défaut dans notre époque individualiste.

Enfin, grâce à la politique, chacun éprouve des émotions et des sentiments d’une grande intensité qui contribuent à son épanouissement. Pouvoir vibrer à la fois individuellement et collectivement représente un cadeau précieux.

(…)

Si je manifeste de l’intérêt pour la politique, c’est parce que je reconnais qu’au quotidien, j’ai besoin d’elle. Elle m’aide à me sentir utile et à exister en dehors de ce statut d’étudiante, étiquette impersonnelle qui marque un statut de dépendance mais aussi une promesse d’espoir.
Je fais partie de ces rêveurs qui s’entêtent à construire un avenir différent parce que le présent me révolte. Je suis gagnée par la colère et l’envie de changements. Mais ce mouvement au caractère révolutionnaire ne peut pas être accompli par n’importe qui, et de n’importe quelle manière !

Mon adhésion au groupe des Jeunes populaires se justifie tout d’abord par la pertinence des idées qui sont au cœur de notre parti politique.
Le militantisme au sein des Jeunes populaires repose ainsi sur la reconnaissance des valeurs incarnées par le parti.
Piétiné et régulièrement perçu comme une contrainte, le concept de travail a besoin de retrouver la place essentielle qu’il a toujours occupée au sein de toutes les sociétés. En devenant un individu actif, chacun s’assure un revenu et décide de contribuer au bon fonctionnement de notre pays en s’affirmant comme le maillon d’une chaîne intergénérationnelle de personnes solidaires et généreuses.
A travers l’UMP, l’esprit d’entreprendre, la prise de risque et le libéralisme sont valorisés. Il est plus facile qu’autrefois de parler de réussite sociale sans en avoir honte.
Être jeune et de droite peut signifier que l’on croit aux vertus du libéralisme tout en veillant au respect des valeurs sociales traditionnelles. Le parti est attaché aux valeurs fondamentales de la famille et de la solidarité entre les générations. En outre, s’engager au coté des Jeunes populaires veut dire que l’on croit à l’ouverture d’esprit, au brassage des idées et à la nécessité d’être européen.

(…)

Par curiosité, j’ai souhaité tester l’intérêt d’aller débattre avec les socialistes. Je voulais découvrir toute seule de quelle manière le camp opposé au notre donne la parole à ses militants et son approche de la politique. J’ai tenté là une expérience assez périlleuse et qui m’a donné l’occasion de me mettre en colère. En effet, j’ai voulu évaluer si j’étais capable de prendre la parole dans une assemblée hostile à mes idées et observer de quelle manière j’étais traitée.
C’est dans cet état d’esprit, un peu fébrile mais motivée par l’envie de découvrir comment se déroulait une réunion politique chez les socialistes, que j’ai décidé de contacter l’animateur du groupe. Je ne porterai pas de jugement personnel sur le caractère des individus que j’ai rencontrés à deux reprises dans ce lieu
En revanche, il est important de souligner les efforts que j’ai dû fournir pour m’imprégner au maximum de l’ambiance et de cette façon de faire de la politique.
Je ne me faisais pas d’illusion car tôt ou tard, je ne pourrais plus cacher le fonds de ma pensée. Il est certain que je me situais en profond désaccord avec les idées émises lors du débat. Mais je prenais sur moi pour me taire et écouter sagement ce qui se disait. Je me souviens notamment de la présentation angélique des bienfaits de la loi sur les 35 heures faite par un militant.
Une fois son exposé fait, il n’y a eu presque aucun commentaire qui aurait pu tempérer les louanges de cette mesure. Cela m’a choqué car même si des personnes étaient en désaccord - ce qui est logique dans une assemblée - personne n’osa souligner le problème du coût de cette disposition ou ses effets sur la croissance.
Décidément, ce soir là, je me disais que j’avais bien fait de me forcer à venir. En effet, j’étais consternée par l’apathie générale des militants. Aucun débat, aucune prise de position susceptible de réveiller les esprits. Cette absence de participation critique et constructive a suscité toute mon attention. Mes interventions provoquèrent cependant des réactions assez vives car j’étais en opposition avec les propos qui étaient tenus.
Ce qui me choqua, c’est la détermination farouche de certains qui, mécontents de mes idées, tenaient à me faire taire à tout prix.
Mon souhait de m’exprimer relevait du combat permanent et la position de minorité dans laquelle je me trouvais était plutot inconfortable. Il est vrai que je n’ai pas pu rester longtemps observatrice car j’étais révoltée par ce qui se disait mais aussi par la manière de procéder. Mon habit d’espionne se révéla bien vite trop étroit et ce comportement inadapté à mon caractère. J’avais si souvent entendu dire que les socialistes avaient du mal à discuter entre eux et à laisser émerger des idées différentes. J’avais l’occasion de vérifier par moi-même cette opinion très répandue.

(…)

Chaque personne s’intègre dans la société en créant de multiples liens, tissés au fil de son existence. Et au fur et à mesure du développement de chacun, une toile se forme à partir des membres de la famille, des amis et des relations. Ce qu’il y a d’intéressant, c’est précisément la pluralité des rôles qu’un individu peut être amené à jouer. Pour s’intégrer à part entière dans la société, l’individu travaille et est dit « actif ». Ce rôle de salarié est complété par celui de parent qui s’affirme comme une norme évidente. La société actuelle nous prépare à revêtir un jour ces habits depuis que nous sommes petits, afin de remplir au mieux ces rôles.
Or, il m’a semblé qu’à l’inverse la société décourageait les individus qui veulent faire de la politique Une fois passés les jugements ironiques de certains, j’ai réalisé qu’il n’y avait aucun discours motivant provenant ni des médias, ni de mon entourage. C’était peut-être là une manière de me mettre en garde contre un univers que l’on dit plus féroce qu’ailleurs.
Vouloir s’engager en politique suppose donc que l’on se démarque du schéma traditionnel, tracé à l’avance. Le militant peut exprimer une forte envie de changement, hors des sentiers battus et des figures imposées.

C’est en ce sens que faire de la politique permet d’exister autrement. A chacun de construire ses relations et de les entretenir. Ce qui est difficile pour la plupart des gens, c’est justement qu’il n’y a pas de mode d’emploi, pas de prêt à penser. L’intérêt de cette aventure humaine repose sur la prise de risque et sur la responsabilité personnelle. Il me semble impossible de ne pas croire fermement dans les valeurs du parti, à partir du moment ou l’on décide de s’engager.

Par ailleurs, contrairement à l’insertion dans le monde professionnel qui est vécue par la personne comme un moment heureux et valorisant, adhérer à un parti politique entraîne des réactions quelquefois négatives. Il ne viendrait à personne l’idée de féliciter l’individu pour sa décision alors que ce denier franchit une étape essentielle dans sa vie.

Au contraire, ce sont bien trop souvent les sarcasmes et des réactions désagréables qui accompagnent le nouvel arrivant dans cet univers inconnu. Pour ma part, mes proches n’ont pas fait beaucoup de commentaires en apprenant mon adhésion au groupe des Jeunes populaires. Me connaissant assez bien, ils savent qu’il ne servirait pas à grand-chose de tenter de me dissuader de faire ce que j’ai décidé de faire, parce que je tiens en général à avoir ma propre opinion

La particularité de l’engagement politique repose également sur le fait que c’est une activité bénévole (terme qui signifie : je veux bien). La liberté et l’envie de donner de son temps guident le militant. Les apports de son engagement ne s’évaluent pas en terme financier. Il s’agit au contraire d’un travail invisible de longue haleine qui enrichit l’individu au niveau humain.
Les avantages immatériels procurés par le militantisme sont nombreux et la passion pour ce milieu éprouvée par le militant se lit sur son visage. Décider de s’engager entraîne des répercussions certaines sur la vie et le comportement de la personne. Mais cette activité non lucrative est discrète et prend son temps pour agir sur chacun d’entre nous.

L’existence du militant prend un peu plus de saveur et son entourage évolue dans la mesure où il va désormais porter un regard différent sur lui. D’un naturel timide et discret, je considère qu’il est préférable de parler avec modération de mes idées politiques en dehors du groupe. En effet, ceux qui n’y appartiennent pas pourraient me considérer comme une femme qui frime et qui a rejoint les rangs de l’UMP parce que « c’est dans l’air du temps » ou que « cela fait bien ».
En outre, je tiens à préserver le mystère et la part de rêve de chacun sur la politique. Il m’arrive de solliciter la curiosité de mon interlocuteur, en dévoilant les thèmes que nous abordons dans nos réunions, mais uniquement quand je m’adresse à une oreille attentive, à une personne susceptible de venir un jour travailler avec nous. Je tiens à ce que les propos que nous échangeons entre nous restent les nôtres. L’utilisation du terme de famille politique est révélatrice des enjeux et de l’intensité qui existent au sein de ce clan.
Je crois que si je n’ai pas voulu m’engager plus précocement, c’est en grande partie en raison de la mauvaise réputation de cette activité et des désastres qu’elle peut causer. J’ai toujours été fortement émue et scandalisée par la manière dont la majorité des médias s’autorisent le droit de révéler des détails intimes sur un acteur public pour salir sa personne et le déstabiliser… et j’ai souvent eu la conviction que la violence des attaques était proportionnelle au talent de la personne !
Les humiliations et les critiques personnelles peuvent expliquer le peu d’empressement des individus pour exercer des responsabilités politiques, alors qu’elles en ont les compétences. Voir sa vie privée jetée en pâture invite à la prudence et en décourage plus d’un. C’est pour cela que je parle de vocation lorsque je constate avec admiration que des personnes acceptent, malgré tout les règles du jeu.

J’ai beau savoir que j’ai mis les pieds dans un espace qui, dit-on, est semé d’embûches, cela ne me gêne pas ; car je vois dans la politique une sorte de remède soignant plusieurs maux actuels.

L’action politique sert à modifier des situations injustes et nécessite du courage et de la persévérance. Le pessimisme est un élément omniprésent dans la plupart des idées contemporaines. Or, pour réussir un projet, il est essentiel qu’il soit mené dans un esprit positif et combatif. Sinon, le moindre incident peut décourager une personne d’oser entreprendre et mener des projets.
Vouloir faire de la politique peut se définir comme le désir de voir l’existence du bon coté. L’engagement suppose que dans son for intérieur, le militant a hâte de changer le cours des évènements et croit que cela est possible. Cela exige de sa part un effort pour penser l’avenir de façon optimiste, même s’il sait qu’il faudra se battre pour tout et que rien n’est acquis définitivement.
Alors, c’est évident qu’il affronte les railleries de ceux qui ont renoncé et rendu les armes , en jugeant que cela ne servait à rien d’aller voter et que tous les hommes politiques étaient corrompus. J’ai souvent entendu une expression que je déteste : «  il faut bien que jeunesse se passe ». C’est ridicule de croire qu’en grandissant une personne doive perdre ses idéaux et ne pas conserver une part de rêve, une part d’idéal au fond d’elle.

(…)

L’engagement politique relève de la volonté d’afficher son attachement à certaines valeurs mises en avant par le groupe des militants. Mon adhésion au groupe des Jeunes populaires s’explique par mon attachement pour les idées gaullistes de ce parti. Mais il existe également des motifs liés à la rencontre avec des personnes dont la personnalité m’a plue. En effet, j’ai eu l’occasion de nouer des relations amicales et sincères avec certains militants. Ils ont su attirer mon attention par leur aptitude à donner sans retenue.

Pour mieux comprendre la singularité de l’activité politique, il peut être utile d’expliquer au lecteur que c’est un univers complexe, dont l’esprit mêle la compétition et la solidarité entre ses membres.

Ce que j’ai pu apprécier cette année, c’est la pugnacité et la profonde motivation de certains militants dans leur façon de défendre des projets de loi.
Je crois que j’ai en outre compris que participer à un groupe politique et militer se distingue des autres activités. Cela n’a rien d’un loisir ou d’un passe-temps classique. Les personnes que j’ai rencontrées ressemblent à des individus ordinaires dans la mesure où elles suivent une formation à la faculté ou dans une grande école, ont une famille et des amis. Néanmoins, à l’occasion de certains moments de leur vie, elles vont apparaître comme des êtres doués de certaines qualités révélées lors de leur engagement.

Je me suis souvent demandé s’il existait un profil type d’individus susceptibles de réussir en politique Les médias nous renvoient très souvent le portrait de personnes qui se sont distinguées par leur intelligence scolaire et qui ont donc suivi le parcours de l’homme politique type : la scolarité dans les grandes écoles, l’appartenance à des réseaux fermés et un goût affirmé pour le pouvoir. Cependant, ces clichés m’ont semblé en décalage avec mon expérience et avec ce que j’ai pu observer au sein du groupe. Il existe naturellement une formation spécifique des élites politiques mais la vision qu’on en a est assez réductrice.

J’ai eu la chance de pouvoir discuter avec quelques militants sur leur manière de concevoir le pouvoir. Et, le plus étonnant, c’est qu’il n’y a pas une manière unique d’aborder la politique. Tous s’accordent en revanche sur le rôle important qu’elle occupe dans leur vie. Je partage ce sentiment car j’avoue m’être très vite sentie dépendante d’une certaine ambiance crée au fil des conversations. En effet, les péripéties vécues par les membres du groupe donnent l’occasion de se surpasser.

De plus, certains obstacles obligent à dépenser une grande énergie et c’est toujours le même sentiment qui domine : l’envie de faire du bon travail. Comme dans toute bataille, le hasard a sa part de responsabilité dans une victoire politique. Mais quoi qu’il arrive, les individus sont déterminés à aller jusqu’au bout en utilisant les armes de la démocratie. Cet état d’esprit ressemble à un ciment qui fédère les militants.

(…)

L’inconstance et l’infidélité semblent être une caractéristique de la nature humaine. Qui n’a jamais cherché à profiter de l’éclat et de l’ingéniosité d’une personne pour vivre des moments de plaisir, même si c’est une existence par procuration ? Pourtant, la tentation de laisser tomber cette personne peut être très forte, une fois qu’elle a cessé de briller et de porter les espoirs du groupe.
Ai-je tort de penser que c’est dans ces moments de solitude et de remise en questions de soi que l’on peut réellement tester la force de convictions d’un individu ? L’envie de persévérer motive la personne à se redresser dans le combat politique parce qu’elle sait que ses idées sont meilleures que les autres. De plus, la défaite peut-être due à un concours de circonstances car s’il est un univers ou l’imprévisible est roi, c’est bien l’espace politique.

En effet, la précarité est une composante fondamentale de l’espace politique. Avoir du pouvoir, est-ce simplement le fait d’avoir plus de notoriété que la majorité des citoyens et de posséder un carnet d’adresses bien rempli ? Au-delà du rideau des flashs et des interviews se cache en réalité une vie laborieuse, où la solitude et les doutes accompagnent le responsable politique Choisir de consacrer sa vie pour défendre ses idéaux représente sûrement une décision insolite et courageuse. Plus rien n’est comme avant une fois que l’on devient un acteur public.
Vu de l’extérieur, chacun sent une distance entre ceux qui nous gouvernent et nous. Les élus sont comme parés d’or et de lumière, attirants du fait de leur inaccessibilité. Ils appartiennent à une caste élitiste sur laquelle chacun projète ses fantasmes et ses élucubrations.
Mais au risque de briser un mythe, j’ai pu constater que la magie n’occupait que peu de place dans leur vie. Le labeur y est omniprésent. Et la solitude aussi. On dit que la société est un panier de crabes. La politique ne déroge pas à cette règle. S’engager en politique ressemble à une aventure que l’on entreprend à plusieurs ; mais chacun ignore quand il sera reconnu personnellement.

En outre, militer ne rapporte pas d’argent et il n’existe aucun statut pour celui qui consacre du temps pour faire vivre ses convictions politiques. A la différence du monde professionnel, basé dans la majorité des cas sur la relation contractuelle, aucune règle écrite ne vient protéger et reconnaître les droits et devoirs du militant. La relation repose sur la confiance, l’échange d’idées et la bonne volonté de chacun.
En dépit du caractère précaire et peu tranquille de cette activité, chaque citoyen devrait se faire entendre. En ne militant pas, il laisse les autres décider éternellement pour lui. Or, rendre les armes démocratiques et s’abstenir d’aller voter, c’est agrandir l’espace des partis extrémistes et faire taire la voix de la cohérence politique.
Selon moi, l’optimisme et la foi dans la vie restent un socle essentiel pour avancer au quotidien.


Jeudi 12 juin 2008
A l'occasion de la Convention sociale de l'UMP, le 12 juin 2008, le Premier ministre a prononcé le discours suivant.

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Mon cher Patrick,
Mes chers amis,

En organisant cette convention, l’UMP marque sa volonté d’être toujours un carrefour intellectuel où se dessine l’avenir.
Le but de notre formation politique, n’est pas seulement de soutenir l’action gouvernementale, il est aussi de sentir les vibrations du pays et d’anticiper l’avenir.
En consacrant vos travaux à la justice sociale, vous rejoignez l’une de mes convictions : il n’y a pas d’ambition nationale sans solidarité nationale !
On ne bâtit pas une économie forte sur un pacte social faible. Opposer la concurrence à la justice, l’efficacité à la dignité, c’est le plus sûr moyen de n’avoir ni l’une, ni l’autre.

La question sociale est au cœur du mouvement populaire que nous sommes. Et notre singularité est de l’aborder avec un regard neuf, et surtout de la traiter avec des actes.
Ceux qui depuis 15 ans s’emploient à sauver le régime de retraite par répartition, c’est nous !
Ceux qui créent le RSA, c’est nous !
Ceux qui réforment la santé et réorganisent l’hôpital pour éviter leur naufrage, c’est nous !
Ceux qui luttent fermement contre cette délinquance qui mine la vie de nos concitoyens les plus exposés, c’est nous !
Tout cela, c’est de la justice sociale. 

Vous le savez, la question sociale a longtemps été dominée par des idées et des valeurs fausses, et la gauche y a une large part de responsabilité.
On a longtemps fait croire aux Français que la prospérité et la croissance étaient des données quasi-mécaniques. Alors qu’elles constituent un combat qui réclame plus d’efforts, plus d’innovation, plus d’audace.
On leur a fait croire que la mondialisation était une option, alors qu’elle est une révolution incontournable qui bouscule  les anciennes puissances industrielles et les certitudes de l’«Etat providence».
On leur a fait croire que le partage du temps de travail donnait du travail à tous, quant on ne leur a pas dit qu’en travaillant moins on pouvait gagner tout autant.
On leur a fait croire que le marché et l’entreprise étaient les adversaires «naturels» du salarié… Que les retraites pouvaient être financées en l’état malgré les évolutions démographiques… Que la santé n’avait pas de prix... Que l’éducation était un dû et non une exigence partagée… Que les déficits pouvaient éternellement financer notre relatif confort…

Pour tout dire, on leur a fait croire que l’élargissement des droits sociaux n’exigeait pas en retour un renforcement des devoirs et des réformes.

J’arrête ici la liste des idées fausses qui ont eu pour résultats d’asphyxier la croissance, d’entretenir le chômage de masse, et, à fortiori,  d’essouffler notre modèle social.
Il est bon de remettre les choses en ordre : pour assurer la solidarité il faut d’abord créer des richesses, et pour créer des richesses il n’y a pas d’autres moyens que de produire plus.
Tout autre discours est mensonger !
Ceux qui prétendent qu’on peut sauver notre modèle social sans remise en cause, sans efforts, en augmentant encore les impôts, en taxant encore plus les fortunes, en creusant encore plus les déficits, sont dans la posture, pas dans l’efficacité sociale. 

Il faut dire la vérité, car elle est au cœur de la justice.
Et la vérité, c’est qu’on ne peut avoir la meilleure santÃ