Extrait de son intervention :
« Certains se plaignent de ma discrétion. J’avance de façon méthodique et maîtrisée avec l’obsession de tenir nos engagements et de servir mon pays, bref, de faire mon devoir, et cela en dirigeant une équipe gouvernementale que je veux cohérente et efficace. Une équipe dont je suis fier et qui affiche déjà un bilan solide en matière de réformes. Cette façon d’être et d’agir m’oblige - du moins est-ce comme cela que je le ressens - à une certaine distance avec les médias et avec le rythme chaotique de l’actualité. Je veux juste que vous sachiez que cette apparente distance n’est pas de l’indifférence.
Et pour vous le prouver, j’ai décidé de transformer cette cérémonie de vœux en conférence de presse ! Mais comme je comprends que vous n’avez pas eu le temps de ciseler vos questions, eh bien je vais me les poser moi-même.
Monsieur le Premier ministre, comment jugez vous le climat politique de ce début d’année ?
Eh bien c’est l’impatience qui domine. Les Français n’ont pas peur des réformes, je crois qu’ils l’ont montré ces dernières semaines, ils sont tout simplement impatients d’en voir les résultats. Et ils sont d’autant plus impatients d’en voir les résultats qu’on les a si souvent trompés. Ils nous disent qu’ils sont inquiets pour l’avenir de leurs enfants. Et comment ne serait-on pas inquiet pour l’avenir de nos enfants quand ils voient les handicaps avec lesquels la France aborde la mondialisation ? Le plus faible temps de travail des pays développés. Une fiscalité et un endettement record. Eh bien dans ce contexte, je considère que les sondages sont encourageants, qu’ils sont meilleurs que la plupart de ceux de nos prédécesseurs mais surtout qu’ils ont peu d’importance puisque, finalement, ce qui comptera à l’heure de vérité, c’est l’ampleur des changements que nous aurons réalisés.
Le président de la République a proposé aux Français une politique de civilisation, qu’est-ce que c’est, monsieur le Premier Ministre, qu’une politique de civilisation ?
Il y a la définition qu’en propose Edgar Morin, il y a celle de François Hollande - "La civilisation, ça rapporte combien ?", qui en dit assez long sur la qualité du débat idéologique au sein du Parti socialiste -, et puis il y a la mienne : la politique de civilisation, c’est l’idée de lier le progrès d’une civilisation, sa construction, son rayonnement et le bien être des individus qui composent la société.
Le progrès pour chacun résulte non seulement de ses talents, de son dynamisme de son esprit d’entreprendre mais aussi d’une construction sociale et de valeurs qui le portent et qui lui donnent la force de bâtir sa vie. Au fond, la politique, c’est la question de la condition humaine. Et permettez-moi, après Edgar Morin de citer André Malraux, qui disait : "On peut construire des voitures, on peut construire des fusées mais la question reste toujours la même : quel type d’homme va-t-on mettre on dedans ?".
Monsieur le Premier ministre, la politique de civilisation, c’est un peu conceptuel ; est-ce que ce n’est pas une manière d’échapper à l’évaluation des résultats sur laquelle vous vous êtes engagés ?
Pour évaluer les résultats, il faut d’abord se fixer des objectifs précis, concrets et chiffrés. Quels sont les nôtres ? Nous voulons, à la fin du quinquennat, nous trouver dans les trois premiers pays européens pour la croissance. Nous voulons un taux de chômage de 5 %. Nous voulons diminuer d’un tiers la grande pauvreté. Nous voulons que dix universités françaises figurent dans les cents premières mondiales - il n’y en a aujourd’hui que deux. Nous voulons avoir atteint l’équilibre des comptes publics et nous voulons avoir entrepris la réalisation des objectifs du Grenelle de l’environnement.
Est-ce que les premiers résultats du Gouvernement rendent crédibles ces objectifs ?
Je crois que nous avons remis la France en mouvement. Nous voyons déjà des résultats s’esquisser. Notre croissance résiste mieux que prévu aux vents contraires de la conjoncture internationale. Après une panne de croissance au deuxième trimestre, le troisième a été bon et tout laisse penser que le quatrième le sera aussi et que nous serons, en 2007, très proche des 2 % de croissance. C’est le signe que nous avons des marges de résistance et de progression et que nos objectifs d’une croissance entre 2 et 2,25 pour 2008 sont atteignables.
Notre taux de chômage ne cesse de baisser, il est historiquement bas à 7,9 %.
Il y a des bonnes nouvelles dans l’actualité économique ; peut-être que j’anticipe un peu, mais Air France pourrait être demain la première compagnie aérienne mondiale, si le mariage avec Alitalia se fait.
Le nucléaire français s’exporte sur tous les continents. Le TGV aussi, et demain, Dominique Bussereau assistera à la signature à Buenos Aires, de l’accord pour la construction de la première ligne à grande vitesse sur le continent américain.
Les chiffres de la délinquance continuent de baisser, avec un recul de 3,6 % en 2007. La France est de nouveau au centre du jeu européen et elle a repris une place éminente dans la conduite des affaires du monde.
Vous êtes bien optimiste, monsieur le Premier ministre !
Bien sûr, il y a encore beaucoup de zones d’ombre. Et comment pourrait-il en être autrement ? La hausse du prix du pétrole et des matières premières, conjuguée à l’insuffisante compétitivité internationale des entreprises françaises sont responsables d’un déficit du commerce extérieur qui n’est pas acceptable. La croissance américaine s’essouffle, la crise des subprimes commence à faire sentir ses effets ; outre-Atlantique, certains parlent de risque de récession.
Les tensions géopolitiques obscurcissent les perspectives d’une croissance mondiale dont le sort semble plus que jamais entre les mains de la Chine. Eh bien cette situation ne fait que nous renforcer dans notre volonté de réforme, parce que nous pensons que toute la croissance que nous allons arracher par notre effort de modernisation de notre économie sera acquise quelle que soit la conjoncture.
Mais alors vous ne parlez pas du pouvoir d’achat ?
La question du pouvoir d’achat est au cœur des préoccupations du Gouvernement et du président de la République, dont je vous rappelle d’ailleurs qu’il a été le premier à l’évoquer durant la campagne électorale. Pourquoi est-ce qu’il y a un problème de pouvoir d’achat dans notre pays ? "Parce que les salaires sont trop bas", aurait dit monsieur de La Palice ! Pourquoi les salaires sont trop bas ? Parce qu’ils ont été écrasés depuis plusieurs années par la diminution du temps de travail, par le choix qui a été fait de diminuer le temps de travail, parce que le chômage est trop élevé, et que quand on est sur un marché de l’emploi où il y a trop de chômage, naturellement, il y a une pression qui s’exerce sur les salaires.
Et enfin, parce que la fiscalité et les charges dans notre pays sont trop importantes. Quand un Britannique ou un Espagnol touche son salaire, pour le même niveau de salaire payé par l’entreprise, il en garde plus pour sa consommation.
Ensuite parce que les prix sont trop élevés, et les prix sont trop élevés parce qu’il n’y a pas assez de concurrence dans certains secteurs protégés, parce que les matières premières ont augmenté. Malheureusement, ça, il va falloir vivre avec.
Comment est-ce qu’on peut remédier à cette situation ? On ne peut y remédier qu’avec des réformes structurelles.
Les socialistes nous disent d’augmenter le Smic, tout en expliquant eux-mêmes d’ailleurs, qu’ils ne sont pas sûrs que ce soit une bonne méthode.
J’ai été le ministre du Travail qui a le plus augmenté, sous le Gouvernement de Jean-Pierre Raffarin le SMIC, 17 %. Je n’ai pas le sentiment que cette augmentation du Smic ait eu les résultats que nous en attendions. Elle a surtout eu pour résultat d’augmenter considérablement le nombre de Français qui sont aujourd’hui payés au salaire minimum.
Notre politique à nous vise à répondre à toutes les questions en même temps :
Pour augmente le pouvoir d’achat, il faut réduire le chômage d’abord, Parce que moins de chômage, c’est plus d’heures travaillées, c’est plus de croissance et c’est donc plus de salaires distribués et moins d’aides sociales. C’est pour cela que nous avons engagé la fusion de l’ANPE et de l’UNEDIC, la réforme du contrat de travail, celle de la formation initiale et de la formation professionnelle.
La deuxième priorité, c’est l’augmentation des salaires Mais nous, nous voulons augmenter les salaires en augmentant le temps de travail. C’est la décision qui a été prise sur les heures supplémentaires. Je voudrais vous dire que 40% des entreprises françaises ont déjà bénéficié de ces dispositions qui représentent les deux tiers de l’effort fiscal décidé en juillet 2007. On va augmenter la participation et l’intéressement, notamment dans les petites entreprises et on va conditionner des allègements de charges à une politique salariale dynamique et moderne.
La troisième priorité, c’est la baisse des prix grâce à la concurrence. Nous avons engagé la réforme qu’on appelle du "triple net". On va sans doute aller plus loin au cours de cette année 2008 sur la négociabilité des tarifs. Nous avons engagé une réflexion sur les professions réglementées. Je suis un républicain, je crois aux vertus de la concurrence et chacun peut constater dans les domaines où cette concurrence joue à plein - je pense aux télécommunications, je pense aux transports aériens -, les résultats extrêmement positifs qu’elle a eu sur les prix et donc sur le pouvoir d’achat des Français.
Et puis enfin, la quatrième priorité, si l’on veut augmenter le pouvoir d’achat, c’est la réforme de l’Etat et de la protection sociale, qui seule permettra de payer moins d’impôt et moins de charges
Vous avez parlé de faillite de l’Etat ! Comment comptez-vous atteindre l’objectif d’équilibre des comptes publics ?
Je veux vous dire que c’est ma première priorité ! Pourquoi ? Parce que je suis convaincu qu’il n’y a aucune chance d’atteindre le plein emploi, de bénéficier d’une forte croissance durable sans une augmentation des investissements publics et une diminution des prélèvements obligatoires.
Le poids de la dette dans notre pays réduit comme peau de chagrin nos capacités d’investissement et a conduit, au fil des années à une augmentation incessante des prélèvements obligatoires.
Le retour à l’équilibre budgétaire n’est donc pas une question d’orthodoxie, ce n’est pas une question de principe, c’est une nécessité pour atteindre notre objectif d’augmentation du pouvoir d’achat des Français.
Comment est-ce qu’on va y parvenir ?
D’abord en gelant les dépenses publiques, y compris les concours aux collectivités locales pour les cinq ans qui viennent. Ensuite, en révisant toute les politiques publiques, les unes après les autres. Je sais que vous attendez avec beaucoup d’impatience les décisions qui seront prises à la suite de cette révision des politiques publiques ; je voudrais en citer quelques unes qui sont déjà dans les tuyaux :
l’automatisation des contrôles de passeports aux frontières
Le divorce par consentement mutuel devant notaire.
La fusion DGI et de la comptabilité publique
La fusion des services de renseignement
La fusion d’OSEO et AII.
La reconfiguration
des administrations centrales autour de 15 grands pôles ministériels.
la concentration des administrations territoriales autour de l’autorité du
préfet de région
La carte judiciaire
Le non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux.
Je veux vous dire qu’il ne s’agit pas d’une politique de rigueur, il s’agit simplement d’une politique sérieuse.
Est-ce que vous êtes satisfait de l’accord des partenaires sociaux sur le contrat de travail ?
Oui ! C’est une décision capitale. Et c’est une décision qui valide toute notre stratégie de modernisation du dialogue social.
Je vous demande simplement de réfléchir un instant à la situation qui était la nôtre il y a un an et demi, en pleine crise du CPE. Est-ce qu’on aurait pu imaginer les partenaires sociaux se mettre d’accord sur une rupture conventionnelle du contrat de travail, sur une augmentation de la durée de la période d’essai, ou encore sur la création d’un contrat à durée déterminée, ce fameux contrat de mission qui m’avait valu tellement de critiques lorsque, avec Michel de Virville, nous l’avions proposé en 2004.
Mais cette réforme proposée par les partenaires sociaux - vous pourriez me posez la question -, ce n’est pas le contrat unique que vous aviez promis ?
C’est une étape sur la route qui mène à la simplification des contrats de travail. Et c’est un pas considérable vers la « flex sécurité » à la française. Mais c’est surtout pour moi le signe d’une évolution des partenaires sociaux qui montrent qu’ils ont pris conscience des enjeux de la mondialisation de l’économie et de l’impérieuse nécessité de réformer le droit du travail.
Je veux vous dire que la traduction législative de cet accord sera proposée au Parlement avant l’été.
Est-ce que le dialogue social aura-t-il toute sa place dans la réforme des ports que vous venez de lancer ?
Oui ! La réforme des ports est urgente.
La situation des ports français n’est pas satisfaisante. Ils continuent de perdre des parts de marché au bénéfice de tous les ports d’Europe du Nord. Il y a déjà eu des efforts de modernisation ; on va aller plus loin. Dès aujourd’hui, s’est ouverte une concertation sous l’autorité de Dominique Bussereau sur un plan de relance avec deux objectifs précis : tripler le volume des conteneurs qui transite par les ports français d’ici 2015 et créer 30.000 emplois nouveaux.
Est-ce qu’il faut un plan Banlieue et quand sera-t-il présenté ?
La réduction du chômage, la réforme de l’école primaire, la lutte contre l’immigration clandestine, la politique de la ville, sont évidemment des éléments essentiels d’une politique d’intégration des quartiers. Mais il n’en reste pas moins qu’une politique spécifique aux quartiers les plus défavorisés est absolument nécessaire.
Cette politique s’articulera autour de trois idées principales :
Un accompagnement personnalisé des jeunes sans emplois auxquels nous voulons proposer de manière
systématique une formation longue débouchant sur un métier.
Un plan de désenclavement des quartiers,
Et
enfin, un renforcement des moyens de lutte contre l’échec scolaire. Ce plan sera présenté en février.
Est-ce que l’expérimentation que propose Michèle Alliot-Marie en matière de sécurité en Seine-Saint-Denis ne serait pas un retour à la police de proximité ?
Je veux vous dire qu’il n’est pas question de refaire les erreurs du passé. La police de monsieur Vaillant correspond aux chiffres de la délinquance les plus élevés qu’ait connu notre pays. Depuis monsieur Vaillant, la délinquance a reculé de plus de 10 % alors qu’elle n’avait cessé d’augmenter dans les années précédentes. L’erreur de monsieur Vaillant ne résidait pas dans la proximité mais dans la nature même des missions des forces de police affectées aux quartiers. La police a une mission de maintien de l’ordre qui n’est pas soluble dans l’animation de quartier. La future loi d’orientation et de programmation sur la sécurité intérieure, qui sera débattue au Parlement cette année, répond à la demande du président de la République d’adapter l’organisation de la police pour mieux lutter contre la délinquance et la violence urbaine. Nous commençons ces jours-ci les réunions interministérielles de préparation de cette LOPSI II. Les deux innovations principales que nous proposerons au Parlement résident dans la mutualisation des moyens de police dans les agglomérations et dans la fidélisation des policiers les plus expérimentés dans les quartiers les plus sensibles.
Vous le voyez, tout cela n’a rien à voir avec la conception du policier-copain-animateur-assistante social qui, de notre point de vue, que source de confusion et d’inefficacité.
Monsieur le Premier ministre, vous avez décidé de noter les ministres ? Que deviendront ceux qui auront de mauvaises notes ?
Je crois depuis longtemps que la crise de confiance politique que notre pays a traversé est liée au non respect des engagements. Il est donc absolument indispensable de nous doter des instruments qui nous permettent de mesurer, mois après mois, Que nous tenons les engagements que nous avons pris. Ce ne sont donc pas les hommes ou les femmes qui seront évalués, mais les politiques, ministère par ministère. Et si ces politiques seront évaluées, ce n’est pas pour sanctionner, ce n’est pas pour contrôler c’est au contraire pour soutenir et pour aider. La règle dans le passé, c’était le renoncement et la dénaturation des engagements. Eh bien il faut changer de méthodes. L’évaluation est un outil.
Les Français d’ailleurs, ont montré qu’ils y étaient sont massivement favorables. Et ce n’est pas étonnant qu’ils y soient massivement favorables.
Pourquoi ?
Parce que eux sont évalués en permanence. Les ouvriers, dans les usines, ils sont évalués en permanence. Et ils en ont par-dessus la tête d’entendre sans arrêt ceux qui leur parlent de la compétitivité de leur pays, qui ne sont, eux, jamais évalués sur leurs résultats.
Mais pourquoi est-ce que vous avez fait appel à cabinet privé ?
Parce que nous avions besoin d’une expertise extérieure pour définir des méthodes d’évaluation à laquelle l’administration n’était pas habituée. Mais je veux vous dire que l’évaluation ne sera pas conduite par un cabinet privé, elle sera conduite par les services du Premier ministre, avec le concours d’Eric Besson dont c’est justement la responsabilité.
Quel objectif vous fixez-vous pour les municipales ?
De les remporter !
Est-ce que l’ouverture va se poursuivre ?
Oui !
Comment fonctionne le couple exécutif ?
Très bien !
Êtes-vous un Premier ministre heureux ?
Oui, quand je suis avec vous ! ».



