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Samedi 3 décembre 2005
Mesdames et messieurs,
Mes chers amis et compagnons,

Pour nous, il n'y a qu'une seule façon de concevoir la France : au sommet et non dans le fossé. Et il n'y a qu'une manière d'aborder le XXIème siècle : debout et non à genoux.

Voilà l'esprit qui nous rassemble depuis ce matin.

Merci pour votre présence si nombreuse. Merci à tous les adhérents de France.9 qui nous font confiance et qui ont contribué à l'organisation de cette journée. Merci à nos invités, français et étrangers, qui nous ont fait partager leurs analyses. Merci enfin à tous mes amis parlementaires qui nous ont fait l'amitié de répondre présent.

"Debout et non à genoux, au sommet et non dans le fossé" : en usant de cette image, je ne cède pas aux réflexes de l'arrogance et du chauvinisme.

L'analyse objective et humble de la France me conduit, bien au contraire, à dire que le temps du sursaut est venu. Et ce sursaut a pour moi le visage de l'audace et de l'ouverture et non celui de la suffisance et des certitudes.

Que cela plaise ou non, que certains tentent de jouer avec les mots ou les échéances, nous sommes face à un tournant historique : d'un côté, il y a le monde occidental, vieillissant, assis sur les trésors aléatoires de son passé, de l'autre, il y a des continents en marche ; ils sont jeunes, sans complexe, bien décidés à saisir toutes leurs chances pour assurer leur prospérité, une prospérité dont ils ont été privés depuis des siècles.

Il est inutile de nous raconter des histoires et il est vain de nous draper derrière des formules vaniteuses et cocardières : ce tournant historique frappe de plein fouet le modèle français. Le diagnostic est là, sous nos yeux : notre pacte républicain est lézardé ; notre socle social est affaissé ; l'Etat vit à crédit ; nous sommes sur-endettés et l'ardoise de 2000 milliards d'euros laissée à nos enfants devient écrasante ; notre croissance oscille péniblement entre 1% et 2% depuis quinze ans ; le chômage de masse s'est installé dans notre paysage comme une fatalité ; notre influence européenne est dans le ruisseau…

Ce tableau, j'en assume une part de responsabilité car j'ai eu l'honneur d'avoir exercé de hautes fonctions. J'espère ne pas avoir démérité : partout ou je fus en charge je me suis efforcé d'engager, sans jamais céder, des réformes dont certaines eurent les allures de bras de fer. Mais ceci dit, j'assume ma part de responsabilité parce que nous n'avons pas collectivement réussi à hisser notre pays au meilleur de lui-même.

Le tableau de la situation française n'est pas reluisant mais du moins a t-il le mérite de nous placer devant un miroir. Désormais, nous n'avons pas d'autre choix que de nous poser les bonnes questions, c'est à dire les questions qui nous secouent et non celles qui nous rassurent.

Continuons-nous à esquiver les défis de la mondialisation ou acceptons-nous de les affronter en en nous réorganisant et en affûtant nos atouts ? Continuons-nous à ajuster à la marge notre organisation économique et sociale ou décidons-nous de nous attaquer aux racines de nos problèmes ? Continuons-nous à flatter l'opinion ou prenons-nous le risque de tout mettre sur la table ?

Ces questions, je souhaite les voir au cœur du rendez-vous de 2007; je veux qu'elles provoquent ce grand débat démocratique dont notre pays a instamment besoin.

Pourquoi un grand débat démocratique ?

Parce que ces questions n'ont pas pour seules réponses des mesures venant d'en haut. Elles appellent aussi une révolution des esprits car dans les profondeurs du pays, chacun doit, à sa mesure, sentir que le temps des changements individuels et collectifs est là !

Chacun doit se demander s'il est d'un peuple dont les ambitions s'assouvissent désormais dans l'individualisme, le corporatisme et le poujadisme, ou s'il est de ce peuple passionné et aventurier pour qui rien n'est impossible ! Chacun doit se demander s'il est de ces citoyens aux esprits craintifs, ces consommateurs à l'âme égoïste, ces apothicaires de nos droits acquis, ou s'il est le citoyen inventif, téméraire et fraternel qui donne à son pays autant qu'il reçoit de lui. Pour tout dire, chacun doit se demander s'il prend le parti du déclin tranquille ou celui du redressement exigeant. Voilà l'interrogation fondamentale qui, d'ici 2007, doit cheminer dans l'esprit de chaque français et se cristalliser lors d'un débat démocratique qui devra être suffisamment tranché et pédagogique pour ne pas être vain.

Il faut peu de choses pour relancer et réinventer la France, mais il faut néanmoins une chose essentielle, une chose dont chacun d'entre-nous doit être l'un des chaînons  : le courage !

Le courage de se poser les bonnes questions, le courage d'imaginer de nouvelles réponses dont certaines d'entre-elles ne peuvent que bousculer nos pratiques et de nos habitudes.

Mes chers amis,
J'ai voulu cette journée de réflexion et de mobilisation pour deux raisons majeures.

La première, parce que j'estime qu'il ne peut y avoir de véritable victoire politique - je veux dire de victoire qui ne s'apparente pas à un feu de paille - sans domination intellectuelle. Face à l'opposition, nous devrons incarner l'innovation et l'imagination. Nous devons débattre, réfléchir, proposer, confronter nos points de vue comme nous l'avons fait ce matin. Tout s'y prête : le monde change, les certitudes idéologiques sombrent, les clivages partisans s'aplanissent. Pour tout dire, les pyramides d'hier s'effondrent entraînant dans leur chute la vieille gauche mais aussi la vieille droite. Bref, le ciel se dégage ! L'heure est donc venue de penser différemment pour agir autrement.

Dans cette perspective, j'ai la conviction que France.9 doit apporter sa marque dans l'élaboration du projet qui est engagé à l'UMP. Elle doit le faire avec sa sensibilité nationale et sa singularité républicaine.

Vous le savez, la presse nous qualifie souvent de "gaullistes sociaux". J'estime le terme réducteur, mais j'en accepte la philosophie : nous voulons que la France soit au service d'un monde mieux équilibré, nous voulons que les vertus citoyennes s'imposent sur l'individualisme et les communautarismes, nous voulons que l'efficacité économique ne soit pas dissociée de la justice sociale.

"Penser différemment pour agir autrement" : ce n'est pas qu'une obligation de fond, c'est aussi une nécessité électorale.

Actuellement – nul ne doit se leurrer ! - les Français oscillent entre l'abattement et la révolte. Le gouvernement s'emploie à améliorer la situation, mais la crise est profonde et ne date pas d'aujourd'hui. Nos concitoyens perçoivent amèrement les limites de l'action publique, ils constatent que depuis vingt ans, gauche et droite confondues, patinent autour des mêmes solutions et surtout des mêmes résultats. Nous ne les convaincrons pas en 2007 en affichant béatement une continuité intellectuelle et politique. Dire cela, ce n'est pas jouer contre mon camp, c'est l'éclairer sur les défis qui sont devant lui ; c'est l'alerter sur la nécessité de se réinventer sous peine d'échec.

La seconde raison qui m'a porté à organiser notre rencontre, c'est le congrès socialiste. Son calendrier était connu, ses résultats étaient attendus. Je voulais que nous soyons au rendez-vous de l'évènement.
 
Au regard de ce qui s'est passé la semaine dernière au Mans, à la lecture de la synthèse qui inspirera le projet de nos adversaires, je vous dis, mes chers amis, que battre la gauche n'est pas seulement un objectif électoral, c'est une véritable obligation nationale !
 
Les empêcher de revenir sur la réforme des retraites comme ils l'ont annoncé, est une obligation nationale !

Les empêcher de relancer à tout va les "emplois jeunes" dont chacun sait qu'ils sont une impasse et un artefact pour masquer l'atonie de notre marché de l'emploi, est une obligation nationale !

Les empêcher de relever aveuglément les impôts, est une obligation nationale !
 
Les empêcher d'imposer systématiquement la réduction du temps de travail à toutes les petites entreprises, est une obligation nationale !

Les empêcher de poursuivre dans ce mensonge qui consiste à promettre la renationalisation d'EDF, est une obligation nationale !

Je n'ai pas de conseils à donner à mes adversaires… Mais ce qui se passe au PS nous regarde parce qu'il y a une question qui influe sur le fonctionnement de notre pays : pourquoi la France a t'elle le parti socialiste le plus conservateur d'Europe, le seul à préconiser des mesures qui sont récusées partout ailleurs ?

Comment se fait-il que notre pays soit le seul d'Europe à compter un parti socialiste qui n'a pour dessein que de démanteler ce que la majorité a fait. Entre la France ( où le PS préfère abroger avant de proposer ! ), et l'Allemagne ( ou la gauche accepte de travailler avec la droite pour réformer ), le contraste est saisissant.

C'est ainsi, nous avons le parti socialiste le plus rétrograde d'Europe et ce n'est pas une chance pour la France.

Ce n'est pas une chance parce que le débat démocratique en est appauvri. Nous n'arrivons jamais, en effet, à dégager des consensus sur des sujets fondamentaux et des mesures dont l'évidence transcende pourtant les étiquettes partisanes.

Ce n'est pas non plus une chance, parce qu'une partie de notre peuple continue d'être bercée d'illusions. Le monde entier évolue et s'adapte à pleine vitesse, mais le PS continue de dire aux Français : "le monde entier à tort".

Le parti socialiste allemand – le SPD – a radicalement modernisé ses idées en 1959. En Grande Bretagne, cela fut fait il y a 15 ans… Chez nous, on attend toujours !

Les rares réformateurs n'ont jamais cessé d'être vilipendés, injuriés, ridiculisés. Ils étaient et sont sociaux-démocrates ce qui à gauche, est, semble-t-il, une "traîtrise".

Mes chers amis, je vais vous demander un exercice très singulier, un exercice qui nous distinguera du jugement obtus de nos adversaires… Je vais vous demander de saluer par vos applaudissements ceux qui, seuls contre tous, n'ont jamais cessé de prêcher pour un autre socialisme : Michel Rocard ( l'homme qui dit la vérité ), Jacques Delors ( l'homme qui fit avec les réalités ), Jean-Marie Bockel ( l'homme qui croit en l'économie de marché ).

Parmi ces sociaux-démocrates, il en est qui ont tourné casaque et que je vous invite à ne pas gratifier : Laurent Fabius, dit "Laurent le rouge aux souliers vernis", et Dominique Strauss-Kahn, dit "le caméléon".

Le fait est là : entre la sociale-démocratie et le socialisme intégriste, le PS n'a jamais osé clairement trancher. La raison en est simple : à l'époque, il courait après le parti communiste, aujourd'hui il fait les yeux doux à l'extrême gauche !

Nous avons suffisamment combattu en notre temps le Front National, pour exiger aujourd'hui du parti socialiste une clarification politique et morale vis à vis de gens qui estiment encore que le communisme et le trotskisme sont une source de progrès.

Le congrès du Mans n'a pas réinventé le socialisme mais l'a au contraire verrouiller. C'est pourquoi nous avons le devoir de ne pas laisser les rênes de la France à un parti qui a trente ans de retard.

Battre la gauche, la battre non par défaut mais par une autre façon de faire de la politique, la battre non par aubaine mais par la force d'un projet audacieux : voilà ce que doit être notre objectif.


Mes chers amis et compagnons,

Le modèle français est épuisé et ce n’est pas par quelques ajustements qu’il sera sauvé : il faut faire preuve de lucidité et d’ambition pour le renouveler.

La lucidité, d’abord, dans le constat de la crise à laquelle il est confronté – ou plutôt des crises, car j’en vois en réalité trois  : la crise du travail, la crise de l’emploi, la crise du dialogue social.

Face à ces trois crises, je mets sur la table trois propositions pour changer la donne.

La crise du travail en premier lieu.

Deux évolutions ont été marquantes dans ce domaine : celle des 35 heures, dont nous ne finissons pas de payer les conséquences, celle ensuite, de la réduction progressive de l’écart entre les revenus du travail et ceux de l’assistance. Nous sommes parvenus  à un point insupportable - disons même immoral ! - où celui qui accepte un travail difficile, rémunéré au SMIC, éventuellement à mi-temps, s’aperçoit qu’il gagne moins que celui qui est en quête d'un emploi ou qui l'attend devant son poste de télévision. Si je résume : d'un côté on a recommandé aux français de travailler moins, de l'autre on a laissé s'étendre un mécanisme suivant lequel l'effort est moins récompensé que l'assistance… Vous pouvez en être sûr, aucune société au monde ne peut prospérer très longtemps sur de telles bases !

Aujourd’hui, je propose de revaloriser le travail par une réforme profonde de notre système de prestations.

Vous le savez, le gouvernement vient de créer un « bouclier fiscal » : l’Etat ne peut prélever plus de 60 % des revenus d’un individu.

C’est une évolution positive : on pourrait même penser qu’à terme, il serait souhaitable d’arriver, en fonction de notre croissance,  à un taux maximum de 50 %.

Mais il faut savoir qu’en bas de l’échelle de revenus, nous n’en sommes pas là. Pour une personne au RMI, qui accepte un travail, chaque euro supplémentaire de revenu salarié, conduit à un abattement d’un euro de son RMI : autrement dit, le gain est nul !

Certes il existe des dispositifs complexes, d’ailleurs récemment réformés, pour garantir un léger gain, mais ceux-ci sont temporaires : au bout d’un moment ils disparaissent et alors la personne se retrouve avec ses revenus antérieurs. Croyez-moi, il faut être vraiment stimulé pour reprendre un emploi en ayant devant soi la perspective de revenus qui diminuent progressivement !

Nous devons donc repenser totalement notre système de minimas sociaux, accumulation illogique et contradictoire de différentes prestations.

Je propose un principe simple : chaque fois que l’employeur verse deux euros de revenus supplémentaires, un euro au moins doit tomber directement dans la poche de son salarié.

Pour reprendre l’exemple du RMI, la réforme consisterait donc à ne réduire le RMI d’une personne qu’à hauteur de la moitié (et non de la totalité ) de ses revenus extérieurs. Bien entendu, des évolutions similaires seraient à engager pour l’ensemble de nos prestations sociales.

C’est de la sorte que nous revaloriserons le travail; c'est ainsi que nous donnerons plus de sens à la justice sociale.

La seconde crise que j’ai évoquée, c’est la crise de l’emploi.

Notre société est littéralement minée par la persistance du chômage. Le gouvernement commence à obtenir quelques résultats encourageants en la matière. Mais nous ne pouvons avoir qu’un objectif : le plein emploi ; et pour y parvenir, nous devons encore aller beaucoup, beaucoup plus loin.

Nous le savons, la caractéristique du chômage en France, au-delà de son niveau qui est supérieur à celui des autres Etats européens, c’est sa durée qui  se situe, selon les périodes, entre un an et un an et demi. L'an dernier en France, près de 50% des demandeurs d'emploi n'on pas pu trouver un travail en l'espace de 12 mois, tandis que le Royaume Uni affichait un taux de 21% !

Pendant ces périodes de chômage, les demandeurs d’emploi sont, certes, indemnisés pendant relativement longtemps ( 23 mois le plus souvent ). En revanche, ils sont peu ou mal accompagnés dans leur recherche d’emploi, ils sont assez peu formés, insuffisamment aidés et incités.

Tout cela débouche sur une étrange particularité française : nous consacrons plus de moyens que nos voisins au traitement du chômage mais ce traitement à des résultats moins probants que les leurs ; nous assurons une indemnisation plus longue que celle de nos voisins mais la peur du chômage et plus forte chez nous que chez eux.

Il est donc temps d'inverser les logiques sur lesquelles nous travaillons depuis des décennies. Il faut remplacer l’assurance chômage par une véritable assurance emploi.

Dans cet esprit, je propose que les demandeurs d’emploi soient, sur la base du volontariat, mieux indemnisés – à hauteur de 80 % de leur ancien salaire au lieu de 57 % – mais pendant un an au lieu de 23 mois. Durant cette année, ils bénéficieraient d’un suivi considérablement renforcé : des entretiens hebdomadaires (et non pas mensuels comme c’est aujourd’hui envisagé) ; un accompagnement par un référent unique ; des formations relativement longues, à condition que celles-ci interviennent dans des secteurs où il existe des besoins en main d’œuvre.

Je propose au surplus de donner aux demandeurs d’emploi une véritable autonomie et un véritable choix. Pour cela, ils recevraient un « chèque accompagnement » qu’ils pourraient porter à l’opérateur de leur choix (ANPE mais aussi opérateur privé ou société d’intérim, par exemple), qui leur garantirait un suivi personnalisé et une formation en tant que de besoin.

J'en conviens, ce système présente un risque : celui de perdre son indemnisation au bout d'un an, faute d’avoir trouvé un emploi.

C’est pourquoi sa réussite dépend d’une condition : avoir un taux de retour à l’emploi de pratiquement 100 % à l’issue de la période. C’est le défi que nous devons relever. Les expériences étrangères montrent que c’est possible. Et bien essayons-les en France !

Il n’y a pas d’autre solution pour sortir du piège du chômage de masse ! Il n'y a pas d'autre solution pour garantir à chacun une véritable sécurisation des parcours professionnels.

Bien entendu, ces réformes supposent une concertation avec les partenaires sociaux, qui sont notamment gestionnaires de l’assurance chômage.

Cela m’amène à la troisième crise dont j'ai parlé, celle des relations sociales.

Notre pays est l'un de ceux en Europe où les partenaires sociaux sont à la fois les plus faibles, les plus divisés et les moins disposés au compromis. C'est le résultat d'un système inadapté qui pousse à la fuite des responsabilités, à la surenchère et à la contestation mécanique. Les conflits à la SNCM, à la Régie des transports de Marseille et à la SNCF, auront été emblématiques de l'état archaïque de ce système.

Je "proteste donc je suis", " je dis non donc j'existe", "je bloque les usagers donc je pèse", voilà, grossièrement, le dialogue social dans notre pays.

Dans la France du XXIème siècle, un tel fonctionnement n'est plus possible. L'impulsion politique doit être enrichie par des consensus qui doivent se discuter et se nouer sur le terrain. Face à la société bloquée, uniforme et infantilisée, j'oppose la société participative, souple et responsabilisée.

Pour cela, il faut provoquer une nouvelle donne sociale !

La première question qu'il faut trancher, c'est celle de la place respective de la loi et de la convention collective.

Il faut trouver de nouveaux équilibres pour renforcer le rôle des acteurs sociaux et la prise de responsabilité au plus près du terrain, et éviter ainsi ces lois ( comme celle des 35 heures ) où le législateur définissait, à son grès et selon ses improvisation du moment, les conditions d’habillage et de déshabillage des salariés et des entreprises !

La seconde question est celle de la représentativité syndicale. Les règles de représentativité datent de 1945 et ont été gravées dans le marbre par un arrêté de 1966 reconnaissant un statut particulier à 5 confédérations. Cette disposition est de plus en plus contestée par des syndicats aspirant à faire partie de ce club fermé des 5. J'estime qu'il faut ouvrir le "jeu syndical" dès lors que l'on parie sur le fait que l'extension des règles de l'accord majoritaire conduira à l'émergence d'un pôle de syndicats réformistes.

Conséquence logique, une troisième question devra être abordée : celle de la généralisation du principe majoritaire, à la fois dans les branches et dans les entreprises, par majorité d’adhésion et non plus d’opposition comme c'est le cas aujourd'hui. Je propose de mettre fin au système de la double négation afin de conduire les partenaires sociaux à dire "oui" directement aux accords qui leurs sont proposés. Il y va de la légitimité pleine et entière de la négociation collective.

La quatrième question est celle du dialogue social dans les PME de plus de 50 salariés. Il faut parvenir à favoriser la mise en place d’institutions de représentation des salariés. Il pourrait s’agir d’un Conseil d’entreprise, exerçant à la fois les fonctions des délégués du personnel, du Comité classique d’entreprise et des délégués syndicaux. Il faut expérimenter une fusion des instances de consultation et des instances de négociation, qui sont une spécificité française qu’il faut, selon moi, revisiter.

Voilà les pistes pour une nouvelle donne sociale.

A ceux qui, à gauche, craignent cette évolution, je veux rappeler que le statu quo actuel, avec son dialogue social en miettes, son chômage de masse et ses comptes sociaux en déficits chroniques, est plus inquiétant encore !

A ceux qui, à droite, seraient tentés de penser que la France peut être transformée en ignorant les corps intermédiaires, je dis, attention, car les changements de fond ne se décrètent pas exclusivement du sommet. Il faut un élan partagé, il faut des relais, il faut imprimer un rythme dans le pays dont l'intensité doit s'exercer sur la durée.

Avec cette nouvelle donne, je nous invite en définitive à réconcilier les Français avec leur économie et ses mutations nécessaires.

D'un côté, je dis oui à la souplesse de l'emploi, à la flexibilité et à la valorisation du travail. De l'autre, je dis oui aux régulations et au dialogue permanent pour dégager des équilibres sociaux.

Vous le savez, la chute heureuse du communisme à une conséquence : désormais le système capitaliste se trouve face à lui-même, sans vis à vis, devant ses propres interrogations et ses propres limites. Au niveau national comme au niveau européen, nous devons définir des cadres au capitalisme. Ce n'est pas parce que la gauche dit n'importe quoi sur ce sujet, que nous devons rester muet et inactif face à certaines dérives. A cet égard, dois-je vous dire que la responsabilité n'est pas que politique…

La transparence et l'éthique doivent animer le monde économique. C'est le prix pour que le libéralisme ne soit plus la cible des critiques permanentes et souvent infondées d'une large partie de l'opinion. Je ne parle ici de tous ces chefs d'entreprises, notamment des PME, qui se battent jour et nuit pour leurs boîtes et leurs salariés. Non, je parle de certains de ces grands groupes dont les intérêts échappent parfois à toutes considérations industrielles ou sociales, ces grands groupes dont certains de ses leaders sont jugés suffisamment incompétents pour être écartés par leur conseil d'administration mais suffisamment influents pour être largement récompensés de leur départ.

Je me mets dans la peau du travailleur qui ne lésine pas sur ses efforts…

Peut-il trouver juste qu'un patron qui a échoué empoche sa "golden parachute" ( ses indemnités de départ ), ses stocks options et sa "retraite chapeau" c'est à dire une allocation de retraite versée en complément des prestations du régime général ? Peut-il trouver juste de constater que le pouvoir d'achat de certains dirigeants du CAC 40 ait bondi de 15% en moyenne ces deux dernières années, alors que son pouvoir d'achat, comme celui de tous les français, n'a cru que de 2,6% ?

Non, il ne peut trouver cela juste. L'économie de marché ne peut être solide et populaire que si la transparence et la sagesse inspirent celles et ceux qui en sont les principaux acteurs et symboles.

Mesdames et messieurs,
Mes chers amis et compagnons,

Voilà ce que je voulais vous dire aujourd'hui.
par Francois Fillon publié dans : Discours
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