Lundi 23 janvier 2006 1 23 /01 /Jan /2006 11:18

La semaine dernière à l’Ile Longue, le Président de la République a précisé la doctrine nucléaire de la France. C’était nécessaire puisqu’il ne l’avait pas fait depuis le début du quinquennat !

L’efficacité de la dissuasion repose sur la crédibilité de ses armes mais aussi sur le consensus national qui entoure la doctrine de leur emploi.

Ce consensus ne peut être basé sur l’ignorance et l’absence de débat.

Il est donc très positif que le président ait décidé de s’exprimer sur la question.

On peut cependant s’interroger sur ce long silence et plus encore sur le désintérêt des français pour les questions de défense et de sécurité.

Nous y consacrons pourtant un budget très significatif même s’il a été fortement réduit depuis la fin de la guerre froide.

Nous sommes, avec les Britanniques, les seuls en Europe, à détenir des armes nucléaires.

Nous possédons la plus grande capacité européenne de projection de forces et sommes, de ce fait, présents sur un grand nombre de théâtres d’opérations, le plus souvent à la demande des Nations Unies.

Cette spécificité dont nous supportons seuls le coût sert donc à la communauté internationale et singulièrement à nos voisins européens dont nous contribuons largement à la sécurité.

Le maintien du consensus national qui s’est forgé à la fin des années soixante dix sur notre doctrine de défense est essentiel. Il passe par une plus grande implication du parlement dans le contrôle de la mise en œuvre de la politique de défense mais aussi par un débat national plus intense.

La définition de nos intérêts vitaux, le développement d’un concept de défense européenne, le partage des tâches et des charges par les européens, la place de la dissuasion nucléaire dans cette coopération constituent autant de questions qui méritent un débat national dont il ne faut pas redouter les conséquences.

Là encore notre système politique apparaît bien peu démocratique.
La modernisation de nos institutions est une nécessité si nous ne voulons pas voir un jour se briser brutalement le consensus sur la politique de défense qui a contribué à renforcer l’indépendance de la France et l’émergence trop lente d’une expression européenne sur les questions de sécurité.

 

Ecrire un commentaire - Voir les 6 commentaires - Publié dans : POINTS DE VUE & TEMOIGNAGES
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Commentaires

Il existe trois types de puissances principalement:
- la puissance politique
- la puissance militaire
- la puissance économique.
La France a choisi la première, un peu la seconde, mais pas la troisième.
Je préfère troquer les deux premières contre la puissance économique, quitte à choisir.
Les politiques ont oublié que sans cette dernière, les deux premières ne tiennent jamais bien longtemps.
Commentaire n°1 posté par Joe le 23/01/2006 à 19h19
Vous avez raison de rappelez qu'une puissance politique et militaire sans puissance économique est condamnée au déclin.
C'est bien la puissance économique que nous devons rechercher pour assurer à nos concitoyens les conditions de vie et la liberté auxquelles ils aspirent.
La puissance politique et la puissance militaire doivent être au service de nos intérêts, de notre indépendance et de notre idéal.
Réponse de Francois Fillon le 24/01/2006 à 16h46
La défense de notre pays repose, vous le rappelez, sur deux piliers :
- une force de projection destinée à nous protéger indirectement en aidant à éteindre des conflits là où ils prennent de l'ampleur dans le monde;
- une force de dissuasion destinée à sanctuariser notre pays grâce à une menace insupportable pour tout ennemi potentiel.

Chacune de ces composantes est d'usage subtil puisqu'il ne s'agit pas de se défendre contre une attaque, mais soit de prévenir sans s'engluer, soit de montrer sa force sans avoir à l'utiliser.

Les propos du Président Chirac sont surprenants et imposent un éclaircissement sur au moins deux plans :
- il semble, dans ses propos sur la lutte contre le terrorisme international, mélanger l'action de prévention et la menace nucléaire; c'est une doctrine nouvelle pour la France, voire même pour l'ensemble des détenteurs de l'arme nucléaire (en particulier les Etats-Unis qui quoi qu'on dise ne l'on pas invoquée depuis 2001, la Russie qui n'en parle plus depuis la dissolution du pacte de Varsovie, Israël);
- il semble d'autre part offrir le parapluie nucléaire à nos partenaires européens qui n'ont rien demandé; c'est encore une stratégie nouvelle pour la France de vouloir sanctuariser toute l'Europe (Les Etats-Unis l'avaient fait du temps de la guerre froide, mais dans le cadre négocié de l'OTAN).

Cette banalisation de l'utilisation du feu nucléaire, tant dans ses menaces que dans sa zone de protection me paraît impensable sans discussion, et en France comme vous le réclamez, et avec nos alliés européens.
Commentaire n°2 posté par mistral le 24/01/2006 à 11h17
Même si j'analyse les déclarations du Président de la République comme un retour dans le rang Occidental (cf. mon trackback ci-dessous), il n'en reste pas moins que je regrette que la redéfinition de la politique nucléaire française s'établisse sans concertation avec nos partenaires européens.

Il est vrai que la politique militaire n'intéresse plus aujourd'hui les citoyens. Et c'est normal, en temps de pénurie budgétaire. On se demande aussi quel est le sens de maintenir une armée professionnelle franco-française à grands frais alors qu'il serait tellement plus économique, efficace et intelligent de travailler à une CED qui, tel un phénix, renaîtrait de ses cendres 50 ans après avoir été poignardée dans le dos par les parlementaires français et qui serait une illustration non de la division des démocraties libérales occidentales mais bien au contraire de leur union sacrée autour des valeurs démocratiques et humanistes proclamées héritage commun dans le Projet de constitution pour l'Europe...

Jacques Chirac a fait un petit pas en avant à l'Île Longue. Certes. Mais un petit pas en avant bien timide et bien décevant. Comme tout ce qu'il a entrepris de valable (c.-à-d. pas grand-chose) ces 10 dernières années !
Commentaire n°3 posté par BodPa le 26/01/2006 à 12h39
Le discours de Chirac sur l'île longue a été peu commenté dans la presse. Sans doute est ce mieux ainsi. Il est en effet assez choquant d’entendre le chef autoproclamé du « camp de la paix» s’arroger le droit d’agresser nucléairement ceux qui s’en prennent aux « intérêts stratégiques » (sous entendu pétroliers) de la France. En tout cas, les millions de français qui ont applaudi Villepin à l’ONU et qui ont manifesté en criant « no blood for oil », n’ont pas du apprécier le virage stratégique de Chirac. Entre la posture de défense des droits de l’homme et la real politik, il faut choisir. Il semble que Chirac visait l’Iran. Mais je ne vois pas ce qui nous autorise à tuer des millions d’Iraniens, dont le seul crime est d’avoir voté pour un fanatique plutôt que pour un corrompu.
Sur le fond, si l’arme atomique est une dissuasion efficace du faible au fort (France-URSS) ou du fort au fort (USA-URSS voire mais, c’est interdit de le dire ou de le penser, Iran-Irak), elle semble bien mal adaptée à une dissuasion du fort au faible (guerre asymétrique : Israel Palestine), ou pire du fort au fou (terrorisme Al Qaida). Menacer d’utiliser la bombe face au terrorisme fanatique, c’est donner au fou suicidaire le fol espoir de provoquer à lui seul un cataclysme nucléaire. C’est, en somme, multiplier par 1000 sa capacité de nuisance. Quant au tyran cynique (Saddam), qui utilise sa population comme otage, il sait que la bombe ne sera pas utilisé contre lui. Par contre, il craint le tribunal international qui l’empêchera de passer une retraite dorée dans un paradis fiscal. Bref, l’arme atomique est utile, mais c’est un marteau pilon bien mal adapté à écraser la mouche.
Commentaire n°4 posté par Michel GROSS le 27/01/2006 à 23h27
Le discours de Chirac sur l'île longue a été peu commenté dans la presse. Sans doute est ce mieux ainsi. Il est en effet assez choquant d’entendre le chef autoproclamé du « camp de la paix» s’arroger le droit d’agresser nucléairement ceux qui s’en prennent aux « intérêts stratégiques » (sous entendu pétroliers) de la France. En tout cas, les millions de français qui ont applaudi Villepin à l’ONU et qui ont manifesté en criant « no blood for oil », n’ont pas du apprécier le virage stratégique de Chirac. Entre la posture de défense des droits de l’homme et la real politik, il faut choisir. Il semble que Chirac visait l’Iran. Mais je ne vois pas ce qui nous autorise à tuer des millions d’Iraniens, dont le seul crime est d’avoir voté pour un fanatique plutôt que pour un corrompu.
Sur le fond, si l’arme atomique est une dissuasion efficace du faible au fort (France-URSS) ou du fort au fort (USA-URSS voire mais, c’est interdit de le dire ou de le penser, Iran-Irak), elle semble bien mal adaptée à une dissuasion du fort au faible (guerre asymétrique : Israel Palestine), ou pire du fort au fou (terrorisme Al Qaida). Menacer d’utiliser la bombe face au terrorisme fanatique, c’est donner au fou suicidaire le fol espoir de provoquer à lui seul un cataclysme nucléaire. C’est, en somme, multiplier par 1000 sa capacité de nuisance. Quant au tyran cynique (Saddam), qui utilise sa population comme otage, il sait que la bombe ne sera pas utilisé contre lui. Par contre, il craint le tribunal international qui l’empêchera de passer une retraite dorée dans un paradis fiscal. Bref, l’arme atomique est utile, mais c’est un marteau pilon bien mal adapté à écraser la mouche.
Commentaire n°5 posté par Michel le 27/01/2006 à 23h31
Bonsoir
Cher Francois Fillon.
En réaction aux déclarations de notre président a l’île longue j’ai trouve des réactions ironiques dans la presse Française, et rageuses dans la presse Allemande.

Alors pour y voir plus clair relisons ce discours sur le site : http://www.elysee.fr/
(Chapitre Interventions)

Pour restituer les choses au niveau stratégique historique, il faut rappeler que les deux perdants de 45, Allemagne et le japon sont encore bel et bien des pays sous la tutelle militaire des USA. L’Armée US a des bases actives avec des têtes nucléaires tactiques pour les protéger. Moyennant quoi ces messieurs sont pries d’acheter des avions Américains F16 et autres avec seulement la moitie de la panoplie de tir et tout cela au prix fort.

Bien entendu, les mouvements pacifistes ce des pays se déchaînent régulièrement dans les médias contre la France car ils envient rageusement notre situation avec une Défense indépendante qui tient la route. Imaginons la France dans la situation allemande et fini les emplois chez Dassault et autres fournisseurs.

L’Allemagne et le japon sont par ailleurs régulièrement soumis à un énorme excédent commercial avec les USA. Excèdent qu’ils doivent combler en achetant des bons du trésor US donc des dollars. Ils sont pries en permanence de soutenir le cours du dollar, en attendant la prochaine dévaluation du dollar qui fait partir à chaque fois un pourcentage du pactole de leurs dettes … c’est encore une façon pour eux de payer pour leur sécurité 60 ans après leur coup de folie.

Pour caricaturer imaginons le shérif du village avec de gros pistolets à la ceinture en train de manger dans la taverne allemande ou japonaise. Au moment de payer, il déclare mettez ça sur ma note je vais payer un de ces jours ! Dans tous les westerns, le shérif mange toujours gratos tant qu’il tient les pistolets.

Le fabuleux déficit du commerce extérieur des USA restera impayé car les USA assurent la sécurité des leurs débiteurs (16 portes avions et 100 SNLE ) et la bonne vielle tactique de Roosevelt qui consiste à maîtriser la route du pétrole est toujours en application.

Alors totalement d’accord avec ce site qui analyse la situation quand il écrit :

http://www.dedefensa.org/article.php?art_id=2350

La rage de la presse Allemande, qui en appelle aussitôt à l’irrépressible tendance pacifiste de la pensée politique allemande d’après-guerre….Cette rage impuissante rappelle celle du négociateur allemand, le maréchal Keitel, arrivant à la table de négociation pour signer la capitulation allemande le 7 mai 1945 et constatant la présence des Français.)

Alors, oui bien sur il faut faire une Europe de la défense et la France en est naturellement la pièce maitresse ! Car la puissance économique n’est pas grand chose sans la puissance militaire … voir l’exemple Allemand ou japonais.


Références :


http://www.dedefensa.org/article.php?art_id=2350

http://www.netmarine.net/bat/listes/flot2003.htm

Cordialement
Commentaire n°6 posté par Leclercq le 29/01/2006 à 00h12

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