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Mardi 15 novembre 2005
Discours de François Fillon
Sénateur de la Sarthe – Conseiller politique de l'UMP

Mes chers amis et compagnons, vous savez pourquoi nous sommes là !

C'est d'abord pour souhaiter courtoisement la bienvenue à François Hollande et à tous ses "fidèles" et "loyaux" amis… C'est aussi parce que l'UMP saisit l'occasion du congrès socialiste pour ouvrir les portes de toutes ses permanences afin d'afficher ses propres convictions.

Notre rencontre est symbolique parce que c'est chez nous, au Mans, que les choses se passent.

Durant deux jours, mille roses truffées d'épines vont fleurir près du parc des expositions !

Durant deux jours, 102 propositions au moins vont se disputer entre elles afin d'entraîner la France vingt ans en arrière !

Durant deux jours, une "tonne" de critiques caricaturales va être déversée sur la majorité pour mieux dissimuler les "petits meurtres entre amis socialistes".

Je n'ai pas de conseils à donner à mes adversaires… Mais ce qui se passe au PS nous regarde parce qu'il y a une question qui influe sur le fonctionnement de notre pays : pourquoi la France a t'elle le parti socialiste le plus conservateur d'Europe, le seul à préconiser des mesures qui sont récusées partout ailleurs ?

Comment se fait-il que nous ayons le seul parti socialiste à avoir imposé les 35 heures, ce qui a entraîné un affaiblissement de notre productivité et un gel des salaires ?

Au même moment, les partis socialistes, britannique et allemand, invitaient les entreprises et les salariés à augmenter la compétitivité afin de financer leur pacte social et riposter aux défis de la mondialisation. Parmi les cinq motions du congrès socialiste, l'une propose le passage aux 32H… Celles de François Hollande et celle de Laurent Fabius, proposent, pour leur part, d'imposer définitivement les 35H à toutes les petites entreprises qui aujourd'hui ont la possibilité d'y déroger.

Comment se fait-il que notre pays soit le seul d'Europe à compter un parti socialiste qui estime encore, au XXIème siècle, que l'économie de marché est un "problème" alors que c'est ce système qui a le mieux démontré dans l'Histoire sa capacité à créer des richesses et des emplois ?

Dans sa motion, Laurent Fabius ( l'"ex-libéral" de la gauche ), écrit qu'il voudrait que le PS, je cite, "soit résolument contre le libéralisme" !

J'invite Laurent Fabius à aller voir les leaders socialistes - Blair, Zappatero, Schroeder, Romano Prodi - qui estiment tous que le "socialisme et le libéralisme doivent marcher ensemble".

Comment se fait-il que notre pays soit le seul d'Europe à compter un parti socialiste qui n'a que pour projet de démanteler tout ce que la majorité a fait. Il "faut abroger – disent les motions Montebourg et Fabius – les lois Fillon sur l'Ecole, mais surtout celle sur les retraites". Chacun sait que ces lois sont nécessaires et raisonnables, mais qu'importe : au PS on préfère abroger avant de proposer ! Au même moment, la droite et la gauche allemande travaillent ensemble pour réformer les retraites et élever le taux d'activité à 67 ans afin de sauver leur système de la faillite.

Mesdames et messieurs, nous avons le parti socialiste le plus rétrograde d'Europe et ce n'est pas une chance pour la France.

Ce n'est pas une chance parce que le débat démocratique en est appauvri. Nous n'arrivons jamais, en effet, à trouver des consensus politiques sur des sujets fondamentaux et des mesures évidentes qui dépassent les clivages partisans.

Ce n'est pas une chance, parce qu'une partie de notre peuple continue d'être bercée d'illusions. Le monde entier évolue et s'adapte, mais le PS continue de dire : "le monde entier à tort, ne changeons rien en France".

Le parti socialiste allemand – le SPD – a radicalement modernisé ses idées en 1959, lors du congrès de Bad Godesberg. En Grande Bretagne, cela fut fait il y a 15 ans… En France, on attend toujours ! Les rares réformateurs du parti socialiste, comme Michel Rocard, furent vilipendés par leur propre camp. Regardez le score obtenu par la motion de Jean-Marie Bockel, la seule qui soit adaptée à notre époque… Et bien elle a fait 0,6% ! Ce score ridicule symbolise le retard de la gauche française.

Entre le socialisme intégriste et la sociale-démocratie : le PS n'a jamais osé clairement trancher. La raison en est simple : à l'époque, le PS courait après le parti communiste, aujourd'hui il fait les yeux doux à l'extrême gauche ! 

Voilà la situation, et le congrès du Mans n'y changera rien parce que son objectif n'est pas de réinventer le socialisme mais de le verrouiller !

A l'évidence, l'avenir se construit ailleurs qu'au parti socialiste ! Et c'est pourquoi l'UMP ouvre ses portes à tous ceux qui croient en l'action politique et qui veulent moderniser la France.

Au sein de notre fédération nous avons 1545 adhérents à jour, dont 233 nous ont rejoint ces derniers mois. Je leur adresse chaleureusement la bienvenue. Au niveau national, ce sont 60 000 nouveaux adhérents qui nous ont rejoint depuis 10 mois. Vis à vis d'eux, nous avons un devoir de réussite.

Notre objectif central avec Nicolas Sarkozy, est de faire de l'UMP la première force politique de France. Avec bientôt 200.000 adhérents, cet objectif est dès à présent atteint.

Mais cela n'est qu'une étape. Face à l'abstention, face au vote protestataire et à la désillusion civique, nous devons aller à la conquête de tous ces français qui n'y croient plus, faute de voir dans le système politique l'élan sincère et décapant qu'ils recherchent.

Pour atteindre cet objectif, trois mots me viennent à l'esprit. Le mot clarté, le mot créativité et le mot audace.

Par le mot clarté, je veux dire que nous devons assumer nos convictions afin que chacun soit fier d'appartenir à un mouvement qui dit ce qu'il est et ce qu'il veut.

Nous sommes des patriotes éclairés, c'est à dire que nous croyons à une France conquérante qui ne se réfugie pas derrière une inutile et absurde ligne Maginot.

Nous sommes pour la responsabilité individuelle, parce qu'un pays où chacun se défausse sur l'autre et jalouse l'autre, est un pays corporatiste et égoïste.

Nous sommes pour l'autorité parce qu'une société qui vit sans repères n'est pas une société libre mais une société dominée par la loi du plus fort et du plus filou. Ce qui se passe dans les banlieues est le reflet de vingt années de démission de l'Etat, vingt années de complaisance et d'impunité face à la culture de la violence, vingt années d'abaissement des valeurs républicaines et nationales. Dans les cités difficiles comme dans l'ensemble du pays, notre majorité a décidé de restaurer l'Etat de droit. La paix publique est le préalable de toute action déterminée en faveur de l'emploi, de la justice et de l'intégration.

Il est temps de parler clair : pour nous, un jeune qui brûle des voitures et caillasse des policiers ou des pompiers n'est pas "un adolescent qui s'interroge sur son avenir" ; le voleur à la tire qui bouscule et détrousse une personne âgée n'est pas un "cas social" !

Face à la violence, nous avons affirmé qu'il n'y avait ni tolérance, ni excuse, ni concession. Nous ne le cachons pas : nous incarnons une certaine idée de l'autorité républicaine et de la responsablité citoyenne.

Nous sommes aussi pour la valeur du travail et l'efficacité économique parce que tout démontre que la dignité humaine comme la solidarité collective ne reposent pas sur l'Etat providence et la pratique de la chaise longue, aussi plaisante soit-elle.

Dans le monde compétitif qui nous environne, il n'y aura pas de solidarité nationale sans efforts et sans production de richesses supérieure à celle que nous connaissons aujourd'hui. Peut-être que je ne flatte pas l'opinion en disant cela, mais du moins ai-je la conviction d'être plus social que les socialistes, eux qui laissent entendre que la solidarité peut être assurée sans efforts et sans devoirs par le seul fait de l'impôt.

Dire ce que nous sommes sans faux-semblants, ça n'est pas, mes chers amis, renoncer à parler à tous les Français, ni renoncer à les convaincre au-delà de leurs sensibilités…

Bien au contraire. Moi, j'estime que l'électeur du front national que nous avons perdu en chemin, comme d'ailleurs celui du parti communiste que n'avons pas réussi à convaincre, peuvent trouver avec nous un avenir. Contrairement à la gauche, nous ne segmentons ni notre pensée, ni nos propositions, ni les Français. Simplement, nous jouons cartes sur tables parce que l'on ne rassemble jamais sur une ambiguïté !

J'ai dit aussi que le mot créativité devait être la signature de l'UMP.

Pour être un grand parti moderne, l'UMP doit sentir le pays, tester de nouvelles idées, placer le débat au cœur de son fonctionnement.

J'ai la conviction qu'il n'y aura pas de victoire politique sans originalité intellectuelle, pas plus qu'il ne peut y avoir de victoire qui ne soit pas qu'un feu de paille, sans un projet longuement réfléchi, mûri et affûté.

Emploi, immigration, fiscalité, Europe, solidarité, logement, environnement : tous ces sujets sont sur la table et aucune proposition n'est taboue.

Faire de l’avenir une promesse, rendre l’espoir aux Français en leur donnant le sentiment que la vie – leur vie ! – peut être un combat qui mérite le coup d'être mené avec passion, courage et optimisme, voilà quel devra être le sens de notre projet politique !

Dans tout ce que nous faisons ensemble, je vous invite à l'audace car on ne relancera pas la France en utilisant des idées anciennes et des méthodes classiques.

Après le 21 avril 2002 et le 29 mai 2005, la France oscille entre la protestation et l'espoir. C'est pourquoi nous devrons, en 2007, incarner le changement et non une continuité tranquille et satisfaite.

Vous le savez, notre histoire nationale est faite de rebonds et d'accélérations. Nous sommes dans une de ces périodes charnières. Il faut nous réinventer parce que notre époque appelle un souffle nouveau.

Voilà mes chers amis, ce qu'est l'UMP ! Voilà sa feuille route. Le parti socialiste est en congrès et recense ses vieilles idées… Il nous appartient, à nous, d'être, plus que jamais, clair, créatif et audacieux.
par Francois Fillon publié dans : Discours

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