Mardi 31 janvier 2006 2 31 /01 /Jan /2006 13:01

Rentré hier soir d’Israël.

 

Je ne m’y étais pas rendu depuis 1995. Impression de développement, de modernité mais surtout de cohésion et de sérénité même si ces deux qualificatifs doivent être replacés dans le contexte passionnel qui caractérise le moyen orient.

Pour la première fois depuis que je visite Israël, la politique française n’a pas été vilipendée, en tout cas pas devant moi.

Pour la première fois tous mes interlocuteurs, qu’ils soient politiques, universitaires ou hommes d’affaires ont tenu des propos assez proches. L’esprit de Kadima, le nouveau parti de Sharon semble souffler sur Israël. Je ne veux pas dire qu’il n’y a plus de débat politique en Israël ! Personne ne pourrait le croire tant ce pays aime la démocratie parfois jusqu’à sa caricature. Comme la France d’ailleurs.

 

La droite a renoncé à son rêve impossible et illégitime de « grand Israël ». La gauche sait que la paix passe par une politique renforcée de sécurité. Dan Méridor, Nathan Sharansky, Shaoul Mofaz l’actuel ministre de la défense, Ephraïm Sneh, député travailliste ou l’ancien ministre des affaires étrangères, numéro 2 du Likoud, Sylvan Shalom ne nous ont pas dit autre chose. Les retraits opérés des territoires occupés ne sont plus vraiment contestés sauf par les extrêmes. Le processus de paix, la « feuille de route » est acceptée par tout le monde.

 

Plus intéressant encore, la victoire du Hamas aux élections de mercredi dernier, si elle inquiète les Israéliens, n’est pas tout à fait le tremblement de terre que décrivent la plupart des médias. Bien sur les Israéliens auraient préféré voir le président de l’autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, confirmé et soutenu par une majorité au parlement palestinien. Mais je n’ai pas senti chez mes interlocuteurs une inquiétude réelle quand à la menace « vitale » que le Hamas pourrait faire peser sur Israël. La crainte de la recrudescence des attentats est réelle mais les Israéliens savent qu’aucune campagne d’attentats, aussi meurtriers soient-ils n’affaiblira leur détermination et ne menacera l’existence de leur nation ! En réalité leur vraie crainte est ailleurs. Elle est dans les propos du président Iranien, Mahmoud Ahmadinedjad, qui répète tranquillement depuis plusieurs mois qu’il va rayer Israël de la carte et qui s’en donne les moyens en poursuivant la mise au point d’armes nucléaires de longue portée.

Bien sûr, il est impossible de déconnecter complètement les deux sujets : La menace Iranienne et l’élection du Hamas puisque les liens entre l’Iran et ce mouvement sont établis et qu’ils poursuivent les mêmes objectifs politiques et religieux. Mais Israël se sent suffisamment fort pour contenir le Hamas. Les responsables politiques et militaires Israéliens connaissent d’ailleurs beaucoup mieux qu’ils ne veulent bien le dire ce mouvement puisqu’ils l’ont longtemps soutenu contre le Fatah de Yasser Arafat avant d’engager sous la pression américaine des négociations avec ce dernier.

 

La grande question est donc celle de la « bombe » iranienne.

Je partage l’inquiétude des responsables israéliens sur ce sujet. La prolifération est un danger réel. La possession d’armes nucléaires et de missiles à longue portée par un régime totalitaire dirigé par un homme qui n’hésite pas à nier l’Holocauste et à planifier l’éradication d’Israël est une menace très sérieuse qui ne concerne pas que les pays de la région mais toute la communauté internationale. L’implication de l’Iran dans le terrorisme international, le souvenir des petits martyrs qu’on envoyait à la mort une clé du paradis autour du cou pour "nettoyer" les champs de mines pendant la guerre entre l’Iran et l’Irak ne permettent pas de prendre ce sujet à la légère.

J’ai ressenti une extrême tension des Israéliens sur cette question et une totale unité de vue.
Ephraïm Sneh, député travailliste, a regretté devant moi l’absence de Sharon qui, selon lui était le seul à avoir le courage nécessaire pour décider d’une action militaire contre le projet nucléaire iranien. Shaoul Mofaz, le ministre de la défense m’a très clairement laissé entendre qu’Israël ne resterait pas immobile face à la montée de ce péril si la communauté internationale n’assumait pas ses responsabilités.

Le monde traverse une période très dangereuse qu’on pourrait comparer à  celle qui a vu la chute de l’Union Soviétique et la réunification de l’Allemagne,  qui aurait pu conduire à une dictature militaire en Russie et à une nouvelle guerre. L’issue n’en sera heureuse que si les Etats-Unis, l’Europe et la Russie parviennent à trouver un langage et une stratégie commune suffisamment crédible pour faire reculer l’Iran. La décision de porter l’affaire devant le conseil de sécurité des Nations Unies est un premier pas. Si elle ne suffit pas à faire réfléchir le régime de Téhéran,  alors il faudra chercher la meilleure riposte à une attitude qui constitue un danger inacceptable pour la paix.

 

L’importance de cette menace éclipse donc dans l’esprit des responsables Israéliens les conséquences de la victoire électorale du Hamas. Ce n’est pas le cas pour les dirigeants du Fatah que j’ai rencontré à Ramallah !

La visite que j’ai faite samedi dernier dans la capitale palestinienne a été un moment très fort de ce voyage.

Bien sur nous n’avons rencontré que les responsables de l’autorité palestinienne, c'est-à-dire ceux qui venaient de perdre. Mais cette visite nous a permis de prendre conscience des conditions dans lesquelles vivent les palestiniens et de leur dépendance totale d’Israël qui explique pour une  part le résultat des élections.

 

Nos interlocuteurs illustraient assez bien les divisions considérables au sein du Fatah et de l’autorité palestinienne.

Le ministre des affaires étrangères, Nassir Al Kidwa, universitaire brillant, a rejeté l’essentiel de la responsabilité de la défaite du Fatah sur les occidentaux et Israël : « L’Amérique vote contre le Hamas, l’Europe vote contre le Hamas, Israël vote contre le Hamas. Donc les palestiniens votent pour le Hamas ! ».  Pas d’examen de conscience, pas de sentiment de culpabilité : « De la corruption, il y en a partout ».

Abbas Zaki, membre fondateur du Fatah fait porter la responsabilité de la défaite sur la nouvelle génération de dirigeants palestiniens qui a perdu de vue les principes qui ont présidé à la création du mouvement. Sa dialectique est très « marxiste ». L’empreinte de l’Union Soviétique aujourd’hui disparue est encore présente chez cet homme âgé qui semble regretter le temps où le monde était plus simple à comprendre !

L’ancien ministre des finances Salam Fayed dont la rumeur prétendait qu’il avait été pressenti par le Hamas pour prendre la tête du nouveau gouvernement, ce qu’il a démenti devant nous, n’hésite pas, lui, à pointer les erreurs du Fatah et la corruption qui est sans doute la principale raison du vote des palestiniens.

Chez tous ces hommes le désarroi de la défaite était d’autant plus perceptible que l’arrivée au pouvoir du Hamas fait sans doute peser sur eux une menace physique qui montre d’ailleurs que l’organisation d’élections libres ne suffit pas à établir une démocratie n’en déplaise à l’administration américaine.

 

Quel va être le sort des femmes palestiniennes ? Quelle éducation vont recevoir les enfants palestiniens? Le Hamas est-il un mouvement nationaliste palestinien ou bien une ramification d’un mouvement islamiste pan arabique ? La confrontation avec le pouvoir transformera-t-elle un mouvement terroriste en force politique démocratique ou du moins en interlocuteur acceptable pour Israël et la communauté internationale ?

Toutes ces questions sont pour le moment sans réponse. La position de la France et de l’Union Européenne, ferme sur les principes et ouverte aux évolutions du nouveau gouvernement palestinien, est sage. Elle doit être exprimée avec force !

Ecrire un commentaire - Voir les 12 commentaires - Publié dans : POINTS DE VUE & TEMOIGNAGES
Retour à l'accueil

le "vidéowall"

Recherche

Syndication

  • Flux RSS des articles

Commentaires

Calendrier

Février 2012
L M M J V S D
    1 2 3 4 5
6 7 8 9 10 11 12
13 14 15 16 17 18 19
20 21 22 23 24 25 26
27 28 29        
<< < > >>

Recommander

Contact - C.G.U. - Signaler un abus - Articles les plus commentés