Mercredi 16 avril 2008
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Depuis 1807, les consistoires israélites organisent la vie de la communauté juive en France. Leur bicentenaire est l’occasion d’un événement exceptionnel. Pour la
première fois, ce mardi 15 avril, un chef de gouvernement français va prendre la parole dans la grande synagogue de la rue de la Victoire. (Lien vers le discours complet).
François FILLON est accueilli par les principaux représentants de la communauté, et revêt la kippa. Puis il traverse la foule pour gagner les bancs où sont déjà assis les
représentants des églises chrétiennes, Dalil BOUBAKER, recteur de la Grande Mosquée de Paris, l’ambassadeur d’Israël, ainsi que les ministres Xavier DARCOS et Roger KAROUTCHI.
Après une allocution du président du Consistoire de Paris, Monsieur Joël MERGUI, on annonce Monsieur Jean KAHN, président du Consistoire central. Le silence se fait.
Jean KAHN, victime d’un accident de santé, se déplace dans un fauteuil roulant et s’exprime d’une voix sourde.
Mais son autorité morale est intacte. Il rattache la Déclaration des Droits de l’Homme de 1948 aux Dix Commandements, « code moral de l’humanité ».
Il évoque aussi le long processus par lequel la communauté nationale s’est ouverte aux Juifs.
- Par le vote historique de 1791, rappelle à son tour François FILLON, les Juifs français devenaient des citoyens de plein droit, des Français à part entière, sans dépouiller leur immense
héritage spirituel.
La conciliation de la foi avec les devoirs du citoyen se réalise en 1808 dans la création des consistoires par Napoléon Ier :
- Cette décision structure les communautés. Elle donne son unité à la communauté juive sans nier sa diversité régionale.
Les résultats sont là : le consistoire est aujourd’hui la plus vieille institution représentative juive, la communauté juive française la plus nombreuse d’Europe, avec 600 000
personnes. Le Premier ministre en mentionne les grandes figures : entre autres celles d’Adolphe CREMIEUX, de Léon BLUM, d’Emile DURKHEIM, du Grand Rabbin Jacob KAPLAN. Au sujet de ce
dernier, François FILLON souligne le patriotisme inébranlable de la communauté juive :
- Il s’est éprouvé sur les champs de bataille de 14-18, quand tant de soldats et d’officiers juifs sont tombés pour la France. Il n’a jamais fléchi, malgré les préjugés, et malgré les
vexations qu’une partie de la société française lui opposa. Je rends hommage à ces hommes de courage et de foi qui n’ont jamais douté de la République. Je vous rends hommage, à vous qui n’oubliez
pas que la République a restauré les Juifs dans leur pleine dignité de citoyens, et qui continuez à vous reconnaître en elle, dans la confiance et dans l’honneur, malgré les pages les plus
sombres de son histoire !
Le Premier ministre se félicite ensuite du rôle joué par le Consistoire comme représentant de cette communauté et interlocuteur de l’Etat :
- Comment vivre pleinement votre foi – une foi exigeante à bien des égards – dans le respect des lois de la République ? La réponse de la République, hier comme aujourd’hui, tient dans
la laïcité Je vous sais profondément attachés à cette laïcité, dans laquelle vous reconnaissez d’abord un principe protecteur.
Séparation et liberté de culte se répondent dans cette laïcité. Elles supposent le respect et l’écoute mutuelle, poursuit François FILLON, qui cite alors Léon BLUM :
- La Paix n’est pas une œuvre de force mais une œuvre de justice.
A l’égard de la communauté juive, cette justice demande une lutte intransigeante contre tout antisémitisme. Le Premier ministre constate la réduction et la meilleure répression des
délits concernés. Elle passe aussi par une série de questions pratiques : abattage rituel, organisation des examens les jours de fête religieuse, ouverture de carrés confessionnels dans les
cimetières :
- Ces difficultés sont très largement aplanies. Le dialogue entre nous est fructueux, se réjouit François FILLON. Je veux dire aux Juifs de France
qu’ils ont raison d’aimer la République, et de voir en elle le rempart de leurs droits.
Les applaudissements - rares en un tel lieu - éclatent. Ils concluront aussi la prière solennelle pour la France (« Qu’elle conserve son rang glorieux au sein des nations ! Que
l’Eternel éclaire ceux qui président aux destinées de l’Etat ! ») ; le discours souriant du Grand Rabbin de Paris, Monsieur David MESSAS, qui compare les rapports de la France et
de la communauté juive à un mariage heureux ; et l’allocution très écoutée du Grand Rabbin de France, Joseph SITRUK :
- Il est trop facile, avertit ce dernier, de ne compter que sur les institutions ! Il faut se demander aussi, de temps en temps : Et moi ?
Qu’est-ce que je fais pour la France ?
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