Lundi 17 juillet 2006 1 17 /07 /2006 23:12

J’aime le Liban. Je m’y suis souvent rendu. Parfois dans des conditions dramatiques. En 1983 lorsque les Etats-Unis, la France et l’Italie tentaient de s’interposer entre Israël, les Palestiniens, les milices libanaises et la Syrie invisible et si présente. En 1985 lors du siège de Jezzine que j’avais pu forcer pour porter le témoignage de la solidarité des Français avec les Chrétiens encerclés. La voix de la France comptait beaucoup pour toutes les parties en présence de ce conflit meurtrier qui ravagea le seul pays démocratique dans le monde arabe durant plus de quinze ans. Le Président de l’Assemblée Nationale Libanaise de l’époque, Hussein Hosseini, ne me permis de franchir les lignes de front en me faisant escorter par son fils que parce que j’étais membre du Parti Gaulliste. Dans son bureau trônait une immense photo du Général de Gaulle et de son père prise en 1943 dans la plaine de la Bekaa.

En 1994 j’y retournais pour voir enfin la paix s’installer sous l’autorité du Premier Ministre Rafic Hariri. Ensemble nous décidâmes à l’issue d’une longue soirée de construire un IUT dans sa ville natale de Saïda. J’ai rencontré la plupart des figures de la politique Libanaise : Béchir et Amin Gemayel, Nabih Berri, Walid Joumblatt dont le palais fortifié dans la montagne du Chouf était orné d’une immense toile représentant l’entrée dans Moscou à cheval du général Joukov en 1945, Elie Hobeika qui commandait à 27 ans l’armée chrétienne et qui porte une lourde responsabilité dans les massacres de Sabra et Chatila, Michel Aoun, Michel Eddé, le patriarche maronite : le cardinal Sfeir et tant d’autres libanais pour qui la France était à la fois leur seconde patrie, leur exemple et la garantie de leur liberté.

L’assassinat de Rafic Hariri derrière lequel plane l’ombre de la Syrie a révélé l’extrême fragilité de la paix et de la démocratie dans un pays dans lequel la milice du Hezbollah contrôle une grande partie du territoire et agit en toute impunité avec le soutien de ses grands tuteurs iraniens et syriens. L’offensive déclenchée par Israël, pour compréhensible qu’elle soit après l’agression subie par l’État Hébreux, risque de ranimer les braises à peine éteintes de la guerre civile libanaises et de donner à la Syrie le prétexte d’une reprise en main militaire d’une partie du pays. L’enlisement américain en Irak dont je ne cesserai de répéter qu’il aura les conséquences les plus opposées aux espoirs des Occidentaux et de tous les démocrates rend terriblement vulnérable le pauvre Liban une nouvelle fois soumis aux conséquences d’un conflit dans lequel il ne porte aucune responsabilité. Israël doit comprendre que la démesure de sa réaction risque non seulement de lui aliéner beaucoup de sympathie dans le monde mais surtout d’éteindre la petite flamme de la démocratie et de la coexistence pacifique des chrétiens et des musulmans sur les rives de la méditerranée orientale.

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