François Fillon, Premier ministre, fait le point avec la presse de sa visite en Irak le jeudi 2 juillet 09.
Mesdames et Messieurs,
Je voudrais avant tout remercier le Premier ministre AL-MALIKI, pour la qualité et la chaleur de son accueil. La visite du président de la République française à Bagdad, en février, a initié
une intensification des relations entre la France et l'Irak qui s'est traduite notamment par la venue à Paris de monsieur AL-MALIKI en mai ; par de nombreuses visites de représentants du
gouvernement irakien. Et je veux dire combien nous attendons avec joie la venue du Président Talabani pour une visite d'Etat en France en novembre prochain.
Alors que l'Irak entre dans une nouvelle phase, la France veut se tourner vers l'avenir, et la France souhaite être aux côtés de l'Irak pour le soutenir avec la plus grande détermination mais
sans ingérence.
Nous n'avons jamais oublié, comme vous venez de le rappeler, monsieur le Premier ministre, le peuple irakien. Nous avons ces dernières années toujours maintenu notre ambassade, notre centre
culturel situé dans le centre-ville de Bagdad. Nous avons annulé près de 4,8 milliards de dettes - je crois que c'est la plus importante annulation parmi les pays occidentaux.
Je veux aujourd'hui saluer les efforts du gouvernement irakien pour se réapproprier l'indépendance de l'Irak, pour assurer la réconciliation nationale, et pour restaurer l'autorité de l'Etat
et affermir l'ancrage démocratique du pays.
La France a, vous le savez, toujours soutenu ces objectifs depuis 2003. Nous nous félicitons donc des évolutions récentes, et c'est dans cet esprit que nous sommes convenus, à la suite du
président de la République, de reprendre toutes nos coopérations.
Dans le domaine militaire, nous avons tracé les grandes orientations de notre future coopération dans une lettre d'intention ; un attaché de défense prendra ses fonctions à l'ambassade dans
les prochaines semaines et des officiers irakiens viendront bientôt se former en France.
La France est également disposée à aider l'Irak en matière de sécurité intérieure. Nous voulons dire que personne ne doit craindre le relèvement de l'Irak. Un Irak en paix, un Irak réconcilié
avec lui-même, un Irak fort, c'est un gage d'équilibre pour toute la région, alors qu'au contraire, la faiblesse de l'Irak est une source de tensions. Nous sommes soucieux que l'Irak retrouve
le plus vite possible sa place au sein de la communauté internationale.
Je veux dire à ce sujet que des rapports de confiance avec tous les pays voisins et le règlement des difficultés issues de la guerre du Golfe qui peuvent subsister favoriseront cette
normalisation complète du statut de l'Irak que nous appelons de nos vœux et pour laquelle nous travaillons, en particulier au sein des Nations unies.
Mais le temps est venu maintenant de regarder l'avenir, et le temps est venu pour les acteurs de l'économie française d'emboîter le pas à l'Etat, de se réinvestir en Irak. Et c'est la raison
pour laquelle je suis venu ici avec une importante délégation de chefs d'entreprise.
Les entreprises que représentent ceux qui m'accompagnent comptent parmi les plus grandes entreprises françaises. Elles possèdent des compétences de très haut niveau, dans de très nombreux
domaines, qui sont en lien avec la reconstruction de l'Irak - comme le traitement de l'eau, comme les infrastructures, les moyens de transport, ou encore l'électricité. Elles sont prêtes à
participer au rebond économique de l'Irak, et d'ailleurs, pour certaines elles s'y emploient d'ores et déjà.
Je veux citer l'entreprise Degrémont qui remet actuellement en activité les installations de traitement de l'eau à Badgad ; je veux citer Aéroports de Paris International qui prépare les
études pour le futur aéroport du Moyen Euphrate, entre Nadjaf et Karbala. Je veux citer Lafarge qui investit dans l'une des plus grosses unités de production de ciment dans la région. Je veux
également citer CGA-CGM qui n'a jamais cessé avec ses navires de relier l'Irak au monde. Je veux évoquer également Communication et systèmes, qui travaillent à renforcer les moyens de
contrôle modernes de vos frontières.
Pour continuer à développer ces échanges et pour amplifier les échanges entre nos deux économies, nous venons, avec monsieur le Premier ministre de signer une déclaration commune qui définit
une feuille de route en matière de coopération économique. Et je veux simplement citer les principaux aspects.
Nous sommes d'abord convenus de signer très prochainement un accord de protection des investissements. Notre commission mixte économique va reprendre sur une base annuelle après celle qui
s'est tenue à Paris en mars. La mission économique française à Bagdad qui a été rouverte le 1er mai va s'étoffer à partir du mois de septembre. Nous allons mettre en place un bureau de
soutien aux entreprises françaises, notamment aux PME françaises, qui sera installé en ville et qui complétera son action auprès des opérateurs économiques irakiens.
Les mécanismes d'assurance crédit vont être appliqués d'une manière beaucoup plus souple. Les formalités de visa, pour les hommes d'affaires dans les deux sens vont être facilitées. Au titre
du Fonds d'aide et d'étude au secteur privé, des formations spécifiques vont être dispensées. Dans l'immédiat, ce sera dans le secteur de l'eau, dans celui des routes, et bientôt dans le
secteur ferroviaire. Enfin, avant la visite d'Etat en France du président Talabani, nous allons organiser différentes manifestations à Paris, et notamment un forum des entreprises françaises
et irakiennes, et la France participera à la Foire de Bagdad.
Nous avons enfin consacré la naissance du Conseil des chefs d'entreprise franco-irakiens, dont monsieur de Margerie, le représentant de Total, a reçu la présidence pour la partie française.
L'idée de ce conseil, c'est que les représentants des secteurs privés, français et irakiens, se rencontrent le plus régulièrement possible afin de faire des propositions aux autorités de leur
pays en matière de promotion de l'investissement et de commerce bilatéral.
Voilà, mesdames et messieurs, j'attends de cette visite, des accords que nous avons passés et des orientations que nous avons définies, qu'ils aient un effet d'entraînement pour conduire les
entreprises françaises à réinvestir en Irak pour qu'elles apportent leur pierre à la reconstruction de l'Irak, pour qu'elles participent au relèvement de ce pays avec lequel la France a
toujours entretenu une relation régulière et que nous voulons aujourd'hui reprendre avec une grande satisfaction. Et je suis convaincu qu'en m'exprimant de cette manière, je m'exprime
naturellement au nom du Gouvernement français, mais aussi au nom du peuple français tout entier.
******
Question traduite d'un journaliste : Monsieur Fillon, avant-hier, les forces irakiennes ont pris en charge la responsabilité de la sécurité dans les villes et les forces américaines et
coalisées sont sorties. Comment évaluez-vous cette mesure ?
François FILLON : Il s’agit là d'une étape très, très importante, que nous souhaitions, que nous appelions de nos vœux, et qui est la prise en main de la sécurité dans l'ensemble des
villes d'Irak par les forces nationales. Je note que ce transfert est intervenu conformément au calendrier établi par l'accord de retrait qui a été signé avec les Etats-Unis. Et donc, il
s'agit incontestablement d'un succès du processus d'établissement d'un Irak souverain et démocratique et c'est pour tout le monde une très bonne nouvelle. Il n'y a pas d'autre voie que celle
de la souveraineté de l'Irak. Les peuples ont le droit de se diriger et de se gouverner par eux-mêmes. Le processus que vous avez engagé après les élections, est un processus qui montre que
la réconciliation nationale est en marche et que l'effort pour assurer la sécurité de l'Irak porte ses fruits.
Monsieur Jeudy, du journal Le Figaro : Ma question s'adresse tant à monsieur Al-Maliki qu'à monsieur Fillon. Pensez-vous que les entreprises françaises qui occupaient jusque dans les
années 80 une place privilégiée, place de partenaire commercial privilégié en Irak, peuvent retrouver cette place de premier plan ?
François FILLON : La composition de la délégation qui m'accompagne est une réponse suffisante à la question que vous posez, monsieur Jeudy. Madame Parisot n'est pas très souvent
présente dans les délégations que le Premier ministre conduit à travers le monde. C'est dire l'importance que le Medef accorde à cette visite. Les entreprises qui m'accompagnent sont toutes
venues avec la ferme intention de développer leurs activités en Irak. Naturellement, il faut que la situation en termes de sécurité continue de s'améliorer. Nous voyons que nous sommes sur la
bonne voie et nous pensons qu'il n'y a aucune raison pour que nous ne retrouvions pas la qualité de la relation économique qui était la nôtre dans le passé.
Question traduite d'un journaliste : Monsieur Fillon, quel est le rôle que la France va jouer au Conseil de sécurité concernant la question des dédommagements et la sortie de l'Irak du
chapitre 7 ? Est-ce que la France pense qu'il est juste - ou qu'il est justifié - que l'Irak paye ces dommages ?
François FILLON : La France souhaite que l'Irak retrouve le plus vite possible sa position au sein de la communauté internationale, comme le prévoie d'ailleurs la résolution 18.59 du
Conseil de sécurité. Naturellement, il y a des problèmes à résoudre. Il faut progresser sur la question sensible des disparus pendant la guerre du Golfe, sur celle des biens, sur celle des
archives d'Etat, mais aussi sur la question des frontières. Le rôle de la France dans cette affaire ce sera, en parlant à l'ensemble des acteurs de cette situation, de faciliter
l'établissement d'une solution qui doit être rapide et qui, naturellement, doit amener chacun à faire des compromis, à aller l'un vers l'autre. D'une façon plus générale, vous avez pu
constater que depuis plusieurs mois, la France est très présente dans la région, parce que la France a décidé de parler à l'ensemble des pays de la région, quelles que soient par ailleurs les
difficultés, l'appréciation que nous pouvons avoir des politiques qui sont conduites ou parfois même les contentieux. Mais nous pensons que la France, si elle veut être efficace, si elle veut
être conforme à ses traditions, si elle veut être conforme à son souci de développer le multilatéralisme, à sa philosophie au fond, à ce qui l'a toujours conduit dans ses relations
internationales ou presque toujours, eh bien la France doit être l'interlocuteur de l'ensemble des pays de la région. Et c'est ce que nous faisons avec, naturellement, le souci d'aboutir à
des résultats rapides aux Nations unies, s'agissant de la situation de l'Irak. L'Irak ne pourra retrouver pleinement sa place dans la région, l'Irak ne pourra se développer et accueillir les
entreprises qui souhaitent participer à sa reconstruction qu'au fur et à mesure que son statut se normalisera.
Question traduite d'un journaliste : Monsieur Fillon, la France va-t-elle profiter de ses bonnes relations avec les pays arabes voisins de l'Irak pour les convaincre de ce nouvel Irak,
cet Irak démocratique, ouvert et les convaincre que l'Irak d'aujourd'hui n'est pas comme l'Irak d'hier, qui utilisait les moyens militaires et qui faisait pression sur les pays voisins ?
Est-ce que la France va également contribuer à améliorer l'image de l'Irak auprès de ces pays ?
François FILLON : C'est exactement ce que nous faisons depuis maintenant plusieurs mois et en particulier depuis la venue du président de la République française en Irak. Ce déplacement
était destiné à engager cette normalisation des rapports. Et je puis vous indiquer que depuis cette date, la diplomatie française œuvre pour travailler à l'amélioration de l'image de l'Irak,
pour montrer les efforts qui sont aujourd'hui faits en matière de réconciliation nationale, en matière de retour de la souveraineté nationale. Nous allons poursuivre cet effort avec
l'ensemble des pays arabes de la région. Et ma visite, naturellement, avec autant de chefs d'entreprise, aujourd'hui, est en soi le signe de la confiance très grande que la France met dans le
retour d'une situation normale en Irak.
Commentaires