Mercredi 2 août 2006

Plusieurs commentaires de mon post sur le Liban mettent en doute la capacité de l’Europe d’intervenir un jour avec efficacité dans les conflits régionaux qui la concernent. Je comprends qu’on puisse être perplexe au regard de l’impuissance actuelle de l’organisation politique de notre continent. Faut-il pour autant renoncer à donner à l’Europe les instruments de la puissance politique et militaire qui permettraient d’équilibrer la puissance américaine aujourd’hui et les puissances émergentes de demain ? Je ne le crois pas. La fin de la crise au Liban passe par l’envoi d’une force internationale suffisamment forte pour aider le gouvernement libanais à restaurer son autorité sur l’ensemble de son territoire et mettre au pas les milices du Hezbollah qui n’ont aucune légitimité pour exercer un quelconque pouvoir sur le sud du pays. Cette force ne peut voir le jour, aujourd’hui, qu’avec l’accord et la participation des Etats-Unis et de la Grande Bretagne qui ne la souhaitent pas !

La France, en raison de la multiplicité de ses engagements extérieurs ne peut assumer seule une charge militaire aussi lourde. L’Allemagne en est incapable et les autres pays européens ne peuvent guère que fournir des moyens d’appoint. Telle est la réalité de la situation stratégique. L’élargissement a rendu improbable la mise en œuvre d’une force européenne de défense crédible. Il faut donc chercher une autre voie. J’ai la conviction qu’elle réside dans la constitution d’un noyau dur constitué, pour l’essentiel des Pays fondateurs de l’Union. Nous avons bien réalisé une Europe monétaire à douze, une Europe spatiale à dix sept ou un « eurocorps » à cinq !

Cette manœuvre complexe ne se fera pas toute seule. Elle exigera une relance du couple « franco-allemand » et un compromis historique avec la Grande-Bretagne.

La difficulté de l’exercice ne doit pourtant pas nous décourager. Nous avons besoin de faire entednre une voix européenne dans le monde et de la défendre.

Refonder le projet européen pour le mettre à l’heure du vingt et unième siècle, voilà l’objectif que nous devons nous fixer. Voilà la grande cause qui doit mobiliser nos intelligences et nos énergies. Voilà le futur que nous devons proposer aux générations montantes au lieu de nous complaire dans un long et tranquille déclin.

 

 

Ecrire un commentaire - Voir les 4 commentaires - Publié dans : POINTS DE VUE & TEMOIGNAGES
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Commentaires

Si vous réussissez tant mieux mais vous comprendrez que les conditions sont loin d'être réunies.


De toutes façons défendre le Liban ne m'attire guère : un pays ou s'est développé une telle milice armée ne fait pas partie de mes amis.


Imaginez le Front National s'armant et tirant des roquettes sur Baden Baden ?


Non Le gouvernement Libanais n'est pas crédible même si vous y avez des amis.


 


 


 


 


 


Et puis je me sens beaucoup plus proche d'Israel  ...et des Etats Unis.

Commentaire n° 1 posté par Jean Pierre Chevrier le 02/08/2006 à 15h35

Le volontarisme politique, c\\\'est très bien mais qui nous suivra en Europe ? Je ne vois pas trop de partenaires européens pr^^ets à envoyer leurs "boys" se faire tirer dessus ou sauter sur les mines du Hezbollah ! Quant au "compromis historique" avec nos amis anglais, au vu de la vitesse d\\\'évolution de leur mentalité "européenne" , il coulera encore beaucoup d\\\'eau sous les ponts de Londres avant qu\\\'ils se libèrent de leur cousinage d\\\'outre-atlantique ! ...à moins d\\\'un miracle ! . Il est vrai qu\\\'en politique, il ne faut jurer de rien !

Commentaire n° 2 posté par Poulain Paul le 02/08/2006 à 16h00
Tout a fait d'accord avec vous monsieur Fillon, mis à part que la France me semble surtout chercher à retarder au maximum la création de cette force multinationale. Mais il est vrai que je n'y crois pas trop : comme l'a fait remarqué Poulain Paul, il est plus qu'improbable que les opinions publiques occidentales acceptent d'envoyer leurs soldats mourir pour Israël ou le Liban.
Commentaire n° 3 posté par Gabriel Bendayan le 04/08/2006 à 12h56

Monsieur le Sénateur,

 




 



Je partage votre désolation devant les horreurs de la ‘guerre propre’ et votre tristesse de voir une nouvelle fois le Liban pris en otage pour des questions géopolitiques qui le dépassent largement.

 



Vous semblez également souhaiter dénoncer à l’occasion de cette guerre l’impuissance diplomatique et militaire des Européens en général et de l’Union Européenne en particulier. Vous n’avez sans doute pas tord. Mais l’impuissance qui vous afflige le plus n’est-elle pas au fond celle de
la France
 ?

 



Vous suggérez que
la France
n’a pas les moyens, seule, de s’opposer à cette guerre qui met en péril l’unité nationale du Liban et la stabilité politique de cette région hautement sensible ou plus exactement qu’–en l’état actuel des choses– celle-ci n’en a pas les moyens.

 



N’est-ce pas là le premier problème à résoudre en la matière : la dispersion de nos forces ?

 



Ensuite pourquoi devrions-nous nécessairement agir seuls ?
La France
n’a-t-elle donc plus d’alliés ? N’est-elle pas membre à part entière d’une organisation de Défense et d’assistance stratégique: l’Otan ? A quoi cela servait-il de réintégrer le commandement intégré de l’Organisation au début du premier mandat de notre actuel Président de
la République
si nous devions par la suite nous opposer presque systématiquement à l’envoi de troupe sous la bannière de cette organisation ? N’y a-t-il pas là une profonde incohérence et une raison légitime d’agacement et de défiance de la part de nos alliés américains et britanniques?

 



Ne payons-nous pas aujourd’hui aussi le prix diplomatique de l’excès nos bravades dans l’enceinte Onusienne quand par le verbe vibrant et flamboyant de notre Ministre des affaires étrangères de l’époque, nous tentions non seulement de dénoncer le déclenchement d’une guerre en Irak, inutile et dangereuse pour l’équilibre de toute cette région, mais aussi et peut-être alors surtout de démontrer au Monde entier que
la France
pouvait si elle le souhaitait bloquer les initiatives militaires américaines ?

 



En vain, car la guerre en Irak a eu lieu. Et nos brillants discours n’ont eu pour effet, au final, que de souligner notre impuissance la plus éclatante face à la détermination américaine. Evitons de reproduire les mêmes erreurs ! Nous ne sauverons pas le Liban sans l’appui des Américains.

 



Alors comment jouer notre rôle dans cette tragédie et parvenir à accélérer le processus de pacification ? Peut-être en nous intéressant un peu plus à nos alliés et à leurs points sensibles. Chez les américains, en dehors du porte-feuilles, il y a sans aucun doute la question religieuse. Les américains sont pour l’essentiel Chrétiens. Aujourd’hui Israël semble avoir changé de stratégie militaire, à supposer qu’elle en eût jamais une en cette guerre, en s’attaquant au Liban tous azimuts. Par conséquent des Chrétiens meurent sous des bombes israéliennes made in USA. Je ne suis pas certains que la population américaine voie d’un bon œil que du matériel fabriqué au Etats-Unis serve à tuer des Chrétiens. Voilà peut-être un argument à mettre en avant par nos diplomates avisés dans nos discussions fréquentes avec le Secrétaire d’Etat américain ou la représentation diplomatique de ce pays.

 



Quant à l’Europe, l’Union Européenne, je partage votre sentiment, elle doit continuer à avancer mais je ne sais si une approche intégrée des questions de défense et de projections militaires européennes est d’ores et déjà d’actualité. Avant de parler de projeter des troupes pour défendre la conception européenne de l’ordre international, ne conviendrait-il pas de s’accorder sur ce qu’est cette conception européenne ?

 



Avant de demander aux citoyens européens d’approuver l’envoi de troupes de par le monde pour défendre une telle conception, tâchons de les réconcilier avec la construction européenne en leur permettant d’y participer activement. Pourquoi continuer de craindre que les Européens soient anti-européens ? Plaçons
la Démocratie
au centre de l’édifice Européen et vous verrez que le plus naturellement du monde les Européens se passionnerons pour l’Europe et pour l’Union.

 



En vous remerciant d’avoir ouvert ce débat et plus largement les portes de votre site afin de faciliter le partage de points de vues et l’enrichissement mutuel, je vous prie d’agréer, Monsieur le Sénateur, l’expression de mes sentiments les plus chaleureux.

 




 



Médéric Laitier

 




 




 



Articles liés aux questions de Relations Internationales à l’adresse suivante :

 



http://international.hidepark21.org

 




 


Commentaire n° 4 posté par Médéric Laitier le 05/08/2006 à 03h57
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