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Mercredi 11 juillet 2007
Après avoir parlé jusqu'à présent en chef du gouvernement, en chef de campagne et chef de majorité, François Fillon s'est exprimé pour la première fois en chef de l'administration. Il a rencontré hier matin une centaine de grands commis de l'Etat (préfets de région, directeurs de ministères, secrétaires généraux, chefs de corps d'inspection) pour lancer la révision générale de nos politiques publiques.

L'intervention audio de François Fillon
Le texte du discours

François Fillon a voulu, à travers son blog, revenir sur deux points.

*

D'abord, les médias n'ont pas toujours rendu compte de l'importance de cette révision générale. Il est vrai que le thème de la réforme de l'Etat revient de façon permanente. C'est pourtant, aux yeux de François Fillon, l'un des plus grands chantiers du quinquennat. La révision générale des politiques publiques, c'est tout simplement, comme l'a dit le Premier Ministre, une "révolution dans la réforme de l'Etat".

Pendant vingt ans, on a construit dans ce pays un "mille-feuilles administratif". Autrement dit, on a empilé des politiques, des dépenses et des structures publiques sans chercher à savoir si on ne pouvait pas faire avec l'existant. Le résultat est qu'on finit par ne plus savoir "qui fait quoi", "à quel coût" et surtout "pour quoi faire".Ce phénomène compte pour beaucoup dans l'augmentation inexorables des dépenses publiques. En même temps, on a vu le mal-être des fonctionnaires croître et l'insatisfaction des usagers grandir.

Pour faire face à ces tendances, il y a eu de nombreuses tentatives de réforme de l'Etat, en particulier la fameuse "LOLF" (loi organique relative aux lois de finances) de 2001, qui a permis de moderniser le budget de l'Etat. Mais ces tentatives n'étaient pas appuyées sur une volonté POLITIQUE farouche, seule à même de faire aboutir la réforme de l'Etat. Or il s'agit bien d'une question politique : derrière le fonctionnement de l'Etat, il y la cohésion sociale, la fierté nationale, le bien-être collectif, l'autorité et l'exemplarité. Autant de thèmes essentiels du projet présidentiel.

La France ne pouvait plus continuer comme cela. Elle était en train de perdre les marges de manœuvre budgétaires qui permettent d'agir sur le cours des choses. Il fallait faire une révolution copernicienne.

Désormais, esprit et méthode ont changé.

Le nouvel esprit, c'est de faire le grand nettoyage de printemps du budget de l'Etat, en passant au crible chaque dépense et en imaginant comment faire mieux avec moins. Pour la première fois, on va regarder d'abord la raison d'être de chaque dépense avant de se poser la question des moyens ou des structures… Par exemple, pour les politiques d’aide à l’emploi, on va se demander : "combien de chômeurs accompagnés et à quel coût ?". Mais aussi : "quel impact économique global de l’action en termes de baisse du chômage ?"
Le Canada, la Grande-Bretagne, les Etats-Unis et d'autres encore l'ont fait. Alors pourquoi pas nous ?

La nouvelle méthode, ensuite. François Fillon l'a dit : jamais la réforme de l'Etat n'a été portée à un aussi haut niveau politique. C'est le Président de la République lui-même va présider un conseil de modernisation devant lequel les ministres viendront en somme passer un "grand oral" pour défendre la raison d'être de leurs politiques publiques. Le mot d'ordre est simple : pas de tabou, mais des résultats ! Après des audits dans chaque ministère, des scénarios d'évolution devront être adoptés au plus tard en mai 2008. Le Premier ministre l'a dit très clairement : il attend des patrons de l'administration que sont les ministres qu'ils soient avant tout des hommes politiques et des réformateurs, qu'ils s'engagent et rendent des comptes sur la gestion de leurs compétences. N'oublions pas que "dans l'expression mot politique publique, il y a le mot politique"... C'est cela aussi, la rupture !

*

François Fillon a aussi souhaité inister auprès de vous sur la partie de son discours dans laquelle il a donné sa vision de l'Etat et loué la noblesse de ceux qui le servent.

En tant que chef de l'administration, il a voulu adresser un message fort aux millions de gens qui vivent leur métier comme un véritable engagement de service public. Il sait à quel point certains d'entre eux souffrent des pesanteurs de l'administration, mais aussi combien leur rôle est essentiel au service de la cohésion nationale. Il a voulu les rassurer sur la volonté de son gouvernement de placer les fonctionnaires au cœur de la réforme de l'Etat.

Ce passage du discours est riche de sens :

"(…) j’ai la conviction que la révision
générale échouera immanquablement si elle se fait sans les fonctionnaires.
On ne le dira jamais assez : il n’est plus possible de décréter la réforme. Il nous faut, pour la
réussir, un mouvement d’adhésion et de confiance. Au service de l’Etat, peut-être plus que
partout ailleurs, cette adhésion doit être recherchée et stimulée, même si l’autorité politique
doit assumer ses choix stratégiques.
Pour moi, l’Etat n’est pas le plus froid de tous les monstres froids décrit par Nietzsche. Je le
vois au contraire comme l’ouvrage collectif que des hommes et des femmes passionnés
remettent chaque jour sur le métier et qu’une tradition séculaire vient conforter.
La réforme de l’État ne se résume donc pas à une série de dispositions techniques. Elle ne
peut s’accomplir que si les fonctionnaires trouvent dans le processus de changement une
nouvelle source de fierté professionnelle et de motivation.
Nous avons une belle et grande fonction publique, compétente et efficace. Beaucoup de
fonctionnaires aiment passionnément leur travail et vivent leur carrière comme un authentique
engagement de service public. Mais d’autres souffrent des pesanteurs et des insuffisances de
notre gestion, ou d’un manque de reconnaissance par la société.
Cela n’est pas acceptable.
Je souhaite que la fierté d’être fonctionnaire gagne chacun d’entre eux. Que chacun d’entre
eux ressente l’honneur et la noblesse qu’il y a à servir l’Etat. Que chacun d’entre eux puisse
faire sienne cette belle phrase de Montaigne : « la plus noble vocation est servir au public et
être utile beaucoup ».
Car il faut le dire aux Français : les fonctionnaires ont une mission essentielle dans notre pays.
Celle de créer du lien social et de l’équité. Celle de donner le meilleur d’eux-mêmes pour
aider notre pays et l’ensemble de nos concitoyens à répondre aux défis de la mondialisation.
C’est la raison pour laquelle j’ai souhaité que s’ouvre à l’automne avec les fonctionnaires,
leurs représentants, leurs employeurs et les usagers, une conférence sur les valeurs et les
attentes du service public. Au-delà, le débat sur les valeurs sera conduit aux différents niveaux
de l’administration, tant sur le plan interministériel que ministériel, à l’occasion de l’examen
des projets de réforme.

Vous l’aurez compris : j’attache beaucoup de prix à la considération accordée aux
fonctionnaires. Mais elle est indissociable d’une juste reconnaissance matérielle. Ils faut que
nos agents le sachent : mon gouvernement leur assurera un partage équitable des gains de
productivité. Ils seront gagnants en termes financiers au travers du retour à leur profit de 50%
des économies d’emplois qui seront réalisées.
Une nouvelle politique salariale sera mise en oeuvre pour reconnaître les mérites et les
résultats atteints dans les mécanismes de rémunérations et de gestion des carrières, pour tenir
compte de l’amélioration des compétences et des qualifications et pour répondre à des besoins
essentiels en matière sociale.
Les modalités de cette politique seront discutées à l’automne dans le cadre d’une conférence
sur le pouvoir d’achat, à laquelle le ministre en charge de la fonction publique a invité les
partenaires sociaux.
Ma conviction, c’est que si cette idée a beaucoup été mise en avant, elle ne s’est pas
pleinement traduite dans les actes. Nous ne sommes pas allés assez loin dans la
professionnalisation et la personnalisation de la gestion des ressources humaines dans
l’administration.
Nous n’avons pas pris les mesures, pourtant bien connues, permettant de répondre à la fois
aux besoins de l’administration et aux aspirations des fonctionnaires.
Voilà pourquoi je veux que le mouvement engagé de fusion des corps de fonctionnaires soit
amplifié et conduise à une simplification décisive de l’architecture des statuts particuliers.
Il faudra déterminer, de manière pluriannuelle, les besoins en compétences des
administrations, et les satisfaire par des politiques de recrutement, de mobilité et de formation
professionnelle adaptées.
Une rénovation et une professionnalisation des modes de recrutement, en particulier les
modalités d’organisation et le contenu des concours et la reconnaissance des acquis de
l’expérience professionnelle, sont indispensables pour mieux tenir compte des compétences et
de la diversité des futurs fonctionnaires."

François Fillon lira avec attention vos réactions sur ce projet.

A bientôt !

H.C.

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