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Jeudi 10 juillet 2008


Voici le texte intégral du discours prononcé le 5 juillet par le Premier ministre devant le congrès national de l'UMP.

***

Mes chers amis,

J’ai compris que votre matinée avait été longue. Je vais vous rassurer, la mienne aussi, puisque je descends tout juste de l’avion qui me ramenait de la Belle province du Québec. J’ai participé, je dois le dire, avec beaucoup d’émotion, au 400e anniversaire de la fondation de la ville de Québec. Une ville fondée par un poitevin, qui aurait pu être Jean-Pierre Raffarin, tant il est estimé et respecté sur les bords du Saint-Laurent. Je voudrais lui rendre hommage parce qu’il a présidé pour la France l’organisation de ces fêtes du 400e anniversaire. Il l’a fait avec beaucoup de chaleur et d’efficacité. Il l’a fait pour défendre notre pays, notre culture et notre langue. Merci Jean-Pierre.

Au Québec, comme dans toute l’Amérique du Nord, on regarde la France avec étonnement. La belle endormie serait-elle en train de se réveiller ? Il n’y a rien de tel que le regard des autres pour voir clairement au fond de soi-même. La France, pays conservateur, immobile, pays du « toujours plus », disait-on. Chacun voit à l’extérieur que cette France-là n’est plus la France d’aujourd’hui.
En une année - j’aurais envie d’ajouter : seulement - des pans entiers de la société se sont métamorphosés. Cela, sous le regard médusé de l’opposition, qui aurait tellement voulu gagner par la rue ce qu’elle n’a pas su gagner par les urnes. L’opposition a beau se joindre à tous les cortèges, elle a beau dire non à tout ce que nous disons, à tout ce que nous faisons, vous le voyez bien, cela ne prend pas. Parce que la France change, elle a déjà changé et vous, militants de l’UMP, pouvez dès à présent en tirer quelque orgueil.

Souvenez-vous simplement de la situation qui était la nôtre, il y a encore quelques années.
Hier, la question de l’emploi dans notre pays se résumait au partage du travail et à ce mot de « RTT » que nous avons inventé mais jamais réussi à exporter… Aujourd’hui, de quoi parle-t-on s’agissant d’emploi dans notre pays ? De qui fera des heures supplémentaires.
Hier, la question de la solidarité se résumait en France a un peu plus ou moins d’assistanat. Aujourd’hui, de quoi débattons-nous dans la majorité au Parlement ? Du Revenu de Solidarité Active dont la philosophie nous est chère parce que c’est celle de la dignité par le travail.
Hier, les droits légitimes des chômeurs n’étaient pas équilibrés par des devoirs. Aujourd’hui, nul ne pourra renoncer à deux offres d’emploi raisonnables.
Hier sur la délinquance et la violence, le coupable était une victime malgré elle. Désormais, le sens de la responsabilité sanctionne la culture de l’impunité.
Hier, les usagers des transports publics et ceux de l’école devaient faire avec les grèves. Et d’ailleurs nul n’osait s’en offusquer, si ce n’est les Français eux-mêmes qui en subissaient les conséquences. Maintenant, avec le service minimum, c’est le service public qui doit se mettre au service des usagers et non le contraire.
Hier, sur la question de l’immigration, nous n’avions le choix qu’entre l’immigration zéro du Front national et la fausse générosité d’une gauche qui fermait les yeux sur les drames humains de l’immigration clandestine. Nous y avons mis un terme avec l’immigration choisie qui entre dans les faits. Désormais, la France est en mesure de dire qui elle veut accueillir sur son sol et dans quelles conditions. Et dans quelques semaines, nous allons faire adopter à l’unanimité des 27 pays européens un pacte sur l’immigration et l’intégration, montrant à quel point les critiques de l’opposition et de la gauche sont malvenues, ringardes et déplacées.
Hier, la question des régimes spéciaux de retraite faisait trembler tous les gouvernements. Ils sont désormais réformés et le principe d’équité s’est imposé.
Hier, l’écologie était enfermée dans un ghetto. Voici aujourd’hui la nécessité du développement durable qui imprime notre comportement et nos actes.
Hier enfin, les syndicats ne voyaient pas d’autre méthode, d’autre finalité que de s’opposer et de harceler le pouvoir en place. Les voici à présent poussés à prendre leurs responsabilités.

Mes chers amis,
Si vous faites la somme de toutes ces évolutions, chacune aurait provoqué, il y a quelques années, le refus, le tollé, la mobilisation et, sans doute, finalement, le recul du gouvernement. Que trouve-t-on derrière chacune d’entre elles, que voit-on ? Une transformation de fond.
La France n’a pas seulement changé ses lois. La France a changé de cap, de culture, de valeurs et de politique. C’est une inflexion historique et idéologique qui est à l’œuvre et qui récompense notre stratégie politique.

Cette stratégie est d’abord fondée sur le respect scrupuleux de nos engagements. On peut nous reprocher beaucoup de choses, mais pas de nous écarter de notre projet. Ce que le Président a dit, ce sur quoi il a été élu, nous sommes en train de le faire. Cette fidélité donnée à la parole est le gage de notre crédibilité, c’est la clé du rétablissement de la confiance entre les Français et la politique.
La crise que nous avons connue pendant vingt ans, qui a culminé avec le 1er tour de l’élection présidentielle de 2002, était due au fait qu’il n’y avait plus cette confiance entre la politique et les Français. La seule façon de rétablir cette confiance est d’aller devant les électeurs avec un projet politique et si les électeurs le choisissent, de le mettre en oeuvre imperturbablement, intégralement, sans faiblir et sans jamais reculer devant les résistances, d’où qu’elle viennent.

Cette stratégie repose aussi sur une vertu, celle de l’autorité politique. Au cours des dernières décennies, à force de céder à la première manifestation, à force de remiser ses convictions au premier cri hostile, les Français en ont conclu que les gouvernements n’étaient ni réellement investis d’une mission, ni réellement décidés à l’accomplir.
Il était temps de redresser l’autorité de l’Etat. Quand on croit à ce que l’on fait, on fait ce que l’on croit. Depuis un an, nous avons tracé notre chemin sans fléchir, sans céder. Nous l’avons fait aussi sans arrogance et sans brutalité, mais avec la conviction intime que la modernisation de notre pays n’était plus négociable.

Nous poursuivons trois objectifs centraux, vitaux et rien ne doit nous écarter de notre devoir. Le premier de ces objectifs, c’est le plein emploi. Il est, en réalité, au cœur de tous les enjeux. Au cœur de la compétitivité de notre pays, du pouvoir d’achat, du maintien de notre système social et même de notre unité républicaine.
Après avoir fusionné l’ANPE et l’UNEDIC pour faire un grand service public de l’emploi plus efficace ; après avoir réformé le contrat de travail, pour la première fois depuis les années 60 avec le soutien des organisations syndicales ; après avoir réformé l’assurance chômage ; nous nous apprêtons, en ce moment-même au Parlement, à nous libérer des 35 heures en replaçant la négociation du temps de travail au sein-même des entreprises.

Le second objectif consiste à placer la France dans les premiers Etats européens en matière de croissance. C’est un combat que naturellement la conjoncture économique internationale rend difficile, mais qui, en même temps, le rend plus actuel que jamais.
La croissance ne se décrète pas, il faut aller la chercher avec des réformes. Si notre pays a connu, depuis si longtemps, moins de croissance que les autres pays développés européens, c’est pour une seule raison : parce que nous avions plus de réglementations que les autres.
Alors, nous avons mis le paquet sur l’université en lui donnant l’autonomie, sur la recherche et sur l’innovation. Nous allons le mettre sur la participation et sur l’intéressement afin de mettre le capital au service de la mobilisation du travail. Et, enfin, nous sommes en train de débattre au Parlement d’une Loi de modernisation de l’économie qui met l’accent sur deux leviers incontournables : les PME, qui vont enfin pouvoir se développer, et la concurrence qui, elle aussi, va pouvoir se déployer plus librement.
Mes chers amis, il est inutile de dire notre admiration pour les pays qui ont mieux réussi que nous en Europe en matière de croissance et, en même temps, refuser d’employer les méthodes qui font leur succès. Ces méthodes sont simples, elles ont deux noms : liberté et concurrence.

Le troisième objectif, c’est la maîtrise de nos finances publiques et de nos comptes sociaux. Cela fait tellement longtemps que nos budgets sont votés en déficit : 34 ans. Tous les Français de moins de 34 ans pensent que cela marche ainsi. Et tous les Français qui ont plus de 34 ans se disent que, si cela a duré 34 ans, cela va durer encore quelques années.
Je veux vous dire aujourd’hui, solennellement, que je ne serai pas le Premier ministre qui laissera à nos enfants la facture de nos imprévoyances et de notre lâcheté. Ce n’est pas en multipliant nos déficits et notre endettement que nous créerons les conditions d’une croissance saine et durable.
Le budget de l’Etat sur les trois prochaines années sera donc strictement maintenu en volume, il n’y aura pas d’augmentation des dépenses, la règle de non remplacement d’un départ sur deux de fonctionnaires partant à la retraite sera strictement respectée et la réforme de l’Etat va se poursuivre. Après la réforme de la carte judiciaire, il y aura la réforme de l’organisation de nos armées et celle de notre système de santé.
Quant à nos comptes sociaux, l’objectif d’équilibre du régime général en 2011 nous oblige à des efforts partagés. Une sécurité sociale en déficit, c’est une génération qui s’endette au détriment d’une autre. C’est injuste, c’est même immoral et nous n’avons pas le droit de prendre une telle responsabilité.

Ces trois principaux objectifs s’inscrivent dans un environnement international particulièrement difficile, avec le fléchissement de la croissance et le renchérissement des matières premières, principalement du pétrole. Cette situation n’exige pas de la démagogie et ne nous impose pas d’adopter un langage populiste, elle exige un discours de vérité.
Il faut d’abord dire la vérité sur les efforts que nous allons devoir fournir pour aller chercher chaque point de croissance.
Il faut ensuite dire la vérité sur les efforts que nous devons collectivement entreprendre pour maîtriser la transition énergétique parce que c’est la réalité ; nous sommes en train de passer de l’ère du tout pétrole à une nouvelle ère où il faudra remplacer ce pétrole par d’autres énergies.
Il faut également dire les efforts partagés que nous devons assumer pour redresser nos finances publiques et sécuriser notre modèle social.

Il faut enfin, et vous l’avez fait avec quel éclat ce matin, dire la vérité sur l’avenir de l’Europe qui, à force d’être maltraitée, risque un jour de s’échouer. Il faut avoir le courage de le dire : si l’Europe est mal aimée, c’est parce qu’elle est devenue le bouc émissaire de tous nos maux, dont certains ont d’ailleurs bien peu de choses à voir avec l’Union.
Mais il faut également avoir le courage de le dire, comme l’a fait Nicolas Sarkozy ce matin, si l’Europe est mal comprise, c’est parce que l’Union n’a pas toujours su trouver les mots et les actes pour susciter une adhésion plus puissante que la somme de toutes les contestations.

Avec Nicolas Sarkozy, nous entamons la présidence de l‘Union européenne avec beaucoup de gravité et de responsabilité. L’Europe a besoin de retrouver un dessein politique, elle a besoin d’être portée par des projets concrets et, au-delà des questions institutionnelles, de démontrer à nos concitoyens qu’elle est là pour nous protéger, pour mobiliser et pour nous grandir.

Mes chers amis,
Vous le savez bien, on ne transforme pas un vieux pays comme la France en quelques mois. Nous avons besoin de la durée, de la ténacité et de la continuité. Les réformes que nous conduisons exigent que la réalisation et la concrétisation soient suivies chaque jour par le gouvernement, par la majorité, par l’UMP. Ces réformes exigent aussi une nouvelle pratique de la démocratie et c’est ce que nous sommes en train de faire au Parlement en proposant une réforme de notre constitution.
Cette réforme s’inscrit complètement dans l’esprit de la Ve République. Elle ne remet pas en cause les équilibres de notre République qui nous ont donné cette stabilité que beaucoup nous envient. Elle vise simplement à adapter le rôle du Parlement à celui de la société française.
Nous ne pouvons pas être le pays le moins démocratique de tous les pays européens. Nous ne pouvons pas être le pays où le Parlement a le moins de pouvoir. Parce que lorsque le Parlement n’a pas de pouvoir, d’autres le prennent à sa place : la rue, les populistes, ceux qui commentent l’actualité et non plus ceux élus par les Français pour les représenter.
Si l’opposition refuse cette réforme constitutionnelle, il faudra qu’elle s’explique. Cela fait 20 ans qu’on entend la gauche nous dire, à chaque instant, de donner plus de pouvoir au Parlement. Et voilà que nous le faisons et voilà qu’elle s’apprête, en tout cas c’est ce qu’elle nous dit, à nous le refuser, pour une seule raison : parce que c’est Nicolas Sarkozy qui la lui propose…

Alors, je compte sur l’UMP pour ne pas laisser à la gauche le pouvoir de dire n’importe quoi. Le Parti socialiste prépare son congrès dans la plus grande confusion idéologique et la seule chose qui le rassemble, ce sont les attaques contre le président de la République.
Moi, j’invite l’opposition à se regarder elle-même. Je l’invite à se poser les bonnes questions sur elle-même. Que le Parti socialiste soit encore à se demander s’il faut ou non accepter le libéralisme économique est consternant. Que ce parti s’interroge encore sur les exigences de la mondialisation est effarant.
À force d’esquiver les réalités, de ne pas avoir modernisé le socialisme, une partie des électeurs de gauche en a conclu qu’il valait mieux l’original à la copie. Et l’original, c’est l’extrême gauche, dont la popularité du leader n’est pas un bon signe pour la démocratie. À l’époque, nous avons lutté bec et ongles contre le Front national et ses thèses. Je le dis à l’opposition et au Parti socialiste, il est grand temps que la gauche en fasse de même avec ses extrêmes.

À vrai dire, qu’importe ce qui se dit dans l’opposition. Avec Nicolas Sarkozy, nous avons un cap et nous le suivons avec une seule idée. Nous voulons être jugés par l’Histoire, pas par les procureurs d’un jour. Personnellement, je ne redoute pas le jugement de l’Histoire. Je le redoute d’autant moins que je ressens comme vous une grande fierté devant le retour en force de la France dans le monde.

Il existe un message universel de la France. Ce message est le fruit de notre Histoire et de notre culture véhiculé par notre langue. C’est ainsi, la France a besoin de parler au monde. Ce n’est pas de l’arrogance ou de l’ignorance face aux changements du monde, mais la France porte des valeurs qui lui sont spécifiques. Une mondialisation plus éthique, le respect des droits de l’Homme et surtout, mes chers amis, la passion de la liberté.

C’est cette passion de la liberté que nous avons ressentie en écoutant le discours du président de la République à Jérusalem devant le Parlement israélien, puis le lendemain à Bethléem, devant les responsables de la Palestine.

C’est cette passion de la liberté que nous allons ressentir le 13 juillet prochain, quand nous verrons à Paris, autour de la même table, tous les chefs d’Etat de l’Union européenne et du bassin méditerranéen rassemblés pour porter sur les fonts baptismaux l’Union pour la Méditerranée.
Parce que, mes chers amis, on ne résout pas les crises en empêchant les gens de se parler. On résout les crises en les forçant à dialoguer et la meilleure façon de les y forcer, c’est de leur proposer un projet concret.
Nous-mêmes, Européens, n’avons pas de leçon à donner. Pendant des siècles, nous nous sommes entretués et la violence a certainement atteint son paroxysme au XXe siècle, sur notre continent. Comment sommes-nous sortis de cette situation, à laquelle nous semblions condamnés pour l’éternité ? Avec l’Europe. Parce que nous avons décidé, parce que des hommes courageux et clairvoyants ont décidé de nous rassembler autour de projets communs. C’est exactement la même chose que Nicolas Sarkozy a proposé aux pays du bassin méditerranéen.

Enfin, mes chers amis, cette passion de la liberté nous a transportée lorsque nous avons vu, il y a quelques heures, le visage d’Ingrid Betancourt libre, au Palais de l’Elysée, en compagnie du président de la République.
J’étais au Canada et je peux vous dire que toute l’actualité québécoise et canadienne était envahie par cette image et ce message. J’ai alors ressenti une grande fierté d’avoir sonné, avec le président de la République, depuis un an, la mobilisation générale pour la liberté d’Ingrid Betancourt. J’ai ressenti une grande fierté de l’avoir aidée à éviter de tomber dans l’oubli dans lequel elle menaçait de s’engloutir.

La libération d’Ingrid Betancourt, le discours du président de la République devant la Knesset ou l’Union de la Méditerranée sont le symbole du retour de la France dans le monde.
Ce retour de la France dans le monde, nous le devons à Nicolas Sarkozy, au gouvernement que je suis fier de conduire, à l’UMP, à la majorité présidentielle et nous le devons aux Français qui nous soutiennent. Mais, nous le devons également à cette France éternelle qui ne renoncera jamais à conduire tous les combats pour la liberté.

Jeudi 26 juin 2008
En présence de plusieurs chefs d'Etat et de gouvernement, le Premier ministre François FILLON a conclu le sommet de l'International Democrat Union (IDU) qui se tenait à Paris les 25 et 26 juin 2008.

L'Internation Democrat Union, créée en 1983, rassemble aujourd'hui 70 partis de droite et de centre-droit dans 56 pays.

***

Monsieur le Président,
Mesdames et Messieurs,
Mes chers amis,

Qu’est ce qui nous rassemble aujourd’hui dans l’International Democrat Union (IDU) ?
Près de 20 ans après la chute du Mur de Berlin, qu’est-ce qui pousse 70 partis de droite et de centre-droit de 56 pays à se retrouver dans une union internationale, alors que le mur de Berlin s’est effondré et que la démocratie libérale et l’économie de marché ne cessent de se déployer partout dans le monde ?

Les débats de ces deux jours ont fourni une réponse sans ambiguïté à cette question : les idéaux qui nous ont unis, il y a 25 ans, sont toujours d’actualité.

La liberté, la responsabilité, l’Etat de droit, la libre entreprise, le libre échange : toutes ces valeurs restent les plus justes moralement et les plus efficaces économiquement.


Il suffit d’ailleurs de voir le nombre de gouvernements de gauche les reprendre secrètement à leur compte – à l’exception de la gauche Française ! – pour mesurer la victoire de ces valeurs.
 
Ces valeurs, elles doivent être constamment protégées car l’histoire de l’humanité n’est jamais totalement débarrassée de ses penchants liberticides.
Elles sont adaptées aux nouveaux défis que le monde doit relever aujourd’hui.

Il y a vingt ans, certains on cru, avec Fukuyama, à la thèse de la « fin de l’Histoire ». Aujourd’hui, faut-il croire, avec les nouveaux auteurs à la mode au « retour de l’Histoire » ? Faut-il penser que « la fin de la fin » de l’Histoire signifie « la fin des rêves » ?

Je ne le crois pas.
Mais ce dont je suis persuadé, c’est que le totalitarisme et la négation de la liberté ne sont pas des « accidents » du 20ème siècle : ce sont des basculement récurrents de l’humanité, des tentations dont les formes se transforment au cours des âges, mais qui puisent en permanence dans les mêmes racines intellectuelles.

C’est la grande leçon de Karl Popper, ce penseur qui a inspiré le combat intellectuel contre le communisme.
Que dit-il ?
Que, depuis toujours, certains veulent asservir l’homme pour les motifs les plus louables, faire son bonheur contre son gré, créer par la coercition un « homme nouveau » plus conformes à leurs utopies qui s’avèrent souvent illusoires quant elles ne sont pas folles.

Ces « ennemis » de la « société ouverte », pour reprendre le titre de son ouvrage célèbre, sont fondamentalement hostiles à la démocratie libérale et à l’économie de marché.
Aujourd’hui, bien sûr, ils sont loin de triompher. Mais notre responsabilité est de ne pas les laisser s’emparer des nouveaux sujets du XXIème siècle pour imposer leur vision.

Environnement, organisation de l’économie et de la finance mondialisée, développement des pays pauvres, maîtrise des énergies, flux de migrations internationales : tous ces défis actuels sont sérieux et posent de graves problèmes à notre monde.
Nous devons être capables de leur apporter des réponses communes, cohérentes, fidèles aux principes qui nous réunissent.
Si nous ne le faisons pas, d’autres le ferons, dans un sens qui sera ou caricatural ou régressif.

Aujourd’hui, Mesdames et Messieurs, nous devons résister à une tentation.
Une tentation naturelle quand on voit que ses idées ont triomphé ou bien quand on n’a plus confiance dans l’avenir : la tentation du confort intellectuel, du conservatisme.
Je ne parle pas de la dénomination de tel ou tel parti politique. Certains d’entre nous s’appellent « conservateurs » sans que cela ne fasse d’eux des conservateurs au sens politique.
Je parle de ce système de pensée qui consiste à vouloir conserver les choses par principe, par peur d’essayer, de tenter d’autres solutions. Par peur aussi de remettre en cause nos propres certitudes.

Un exemple : à l’évidence, le capitalisme s’est montré plus efficace, plus prometteur que le communisme. En un mot, nous avons gagné la bataille idéologique.
Pour autant – maintenant que le communisme a disparu – faut il renoncer à s’interroger sur les manquements ou les dérives du capitalisme ?
Je ne le crois pas. Et c’est précisément à nous de réinventer des équilibres nouveaux entre les forces du marché et les forces sociales.
C’est à nous d’empiéter sur les habituels terrains de la gauche pour reformuler et résoudre la question des inégalités sociales.
C’est à nous de définir les équilibres entre le développement économique et le développement durable.

L’Histoire n’est pas finie, elle continue, sous nos yeux, à nous bousculer.  Et je crois que notre atout – nous qui ne sommes pas freinés par des préjugés idéologiques – c’est d’être plus imaginatifs, plus audacieux que nos adversaires politiques.
Nous devons être ceux qui participent au changement pour ne pas le subir.

J’ai en mémoire la grille d’analyse de Friedrich Hayek.
Je ne suis pas d’accord avec toutes ses préconisations économiques, mais sa pensée fut et reste stimulante.

« Pourquoi je ne suis pas un conservateur » : c’était le titre de son texte désormais classique qui offre une typologie utile.
Ce texte distingue trois attitudes philosophiques en politique : le socialisme, le conservatisme et le libéralisme.
Je l’avoue, aucun de ces vieux mots qui finissent en « isme » ne me convient. Il en est un, en revanche, que je vous propose de reprendre à notre compte, c’est celui de réformiste.
Le réformiste, est celui qui se « fiche » de savoir si une bonne idée vient de la droite ou de la gauche, pourvue qu’elle soit utile au bien commun.
Le réformiste est celui qui agit pour l’intérêt général et le long terme plutôt que pour les sondages et les corporatismes dont la somme des réclamations forme un immense statu quo.
Le réformiste est la fois libéral et social.
Le réformiste part de la réalité pour dire la vérité, et utilise la vérité pour moderniser.
 
Mes chers amis,

Depuis un an, sous l’impulsion du Président de la République, la France est en train d’accomplir une mutation culturelle.
On l’avait dit repliée sur elle-même, réticente à s’ouvrir et à se lancer dans le nouveau siècle. C’est du passé !
Aujourd’hui, la France repart à la conquête d’une prospérité nouvelle, en se débarrassant de ses préjugés périmés.

Permettez- moi de vous en convaincre.

Hier, la question de l’emploi se résumait au partage du travail et aux RTT. Aujourd’hui, c’est à qui fera des heures supplémentaires !

Hier, la question de la solidarité, se résumait à plus où moins d’assistanat. Aujourd’hui, nous débattons de l’extension du Revenu de Solidarité Active dont la philosophie nous est chère : c’est celle de la dignité par le travail !

Hier, sur la délinquance et la violence, le coupable était une victime. Désormais l’impunité s’efface devant les principes de fermeté et de responsabilité !

Hier, les usagers des transports publics devaient faire avec les grèves, et nul n’osait s’en offusquer, si ce n’est les Français eux mêmes ! Maintenant, avec le service minimum, c’est le service public qui doit se mettre au service des usagers et non le contraire.

Hier, à l’université, les spécialistes du statu quo nous disaient « ne touchez à rien ! ». Avec la réforme sur l’autonomie des universités nous avons mis un terme à cet immobilisme qui était contraire à l’excellence et à la justice sociale.

Hier, sur la question de l’immigration, les partisans de l’immigration zéro et ceux de l’immigration sans freins, se disputaient le sujet. Nous y avons mis un terme: l’immigration choisie entre dans les faits ! Et désormais, la France est en mesure de choisir qui elle veut accueillir et dans quelles conditions ! Et cette position est en train d’être partagée pas tous les Etats de l’Union européenne.

Hier, la question des régimes spéciaux de retraites faisait trembler tous les  gouvernements. Ils sont désormais réformés et le principe d’équité s’est imposé.

Travail, mérite, autorité, responsabilité, équité sociale : tous ces principes sont derrière ces réformes que nous avons engagé.
En élisant Nicolas Sarkozy, les Français ont choisi d’en finir avec la tyrannie du statu quo, l’absence de réforme et le repli face à la mondialisation.

Nous sommes en train de sortir des 35 heures, cette erreur économique et sociale qui a consterné nos amis européens et réjouis nos concurrents.
Nous réhabilitons le travail, l’entreprenariat, l’effort et la prise de risque comme moteurs de la création de richesse et comme sources d’épanouissement personnel.
Nous concentrons tous nos efforts budgétaires sur la recherche, la science, l’innovation, la formation, les conquêtes de l’intelligence.
Nous réformons l’Etat pour le rendre plus efficace, moins dépensier, plus respectueux des forces créatives de notre société. 
Nous réformons le dialogue social, pour que les syndicats soient plus représentatifs et plus constructifs, et pour que le droit social s’élabore davantage au niveau même des entreprises.
Nous réconcilions l’écologie et l’économie, avec le « Grenelle de l’environnement ».

Quand je parle de mutations culturelles, je n’exagère pas.
Nous sortons du relativisme culturel et moral que la gauche française des années 1980 avait diffusé dans le pays.
Nous réintroduisons dans la culture française des vertus qui avaient été négligées, parfois même ridiculisées : la réussite, le mérite, le respect, le civisme.
Nous avons aussi réhabilité l’idée « d’identité ».
Notre conception du patriotisme n’est pas nationaliste. Le nationalisme, c’est le réflexe des nations faibles, humiliées, celles qui opposent l’identité à l’universalité.   
Je suis, depuis longtemps, favorable à un patriotisme éclairé. Aimer son pays pour mieux s’ouvrir au monde, pour se projeter vers ce monde : c’est, selon moi, une nécessité charnelle.
Quand je parle d’identité, je ne parle pas que de l’identité nationale. L’Europe a, elle aussi, besoin de susciter une passion commune, elle a besoin de se créer une âme autour de laquelle la fierté des peuples se rassemble.

Quant à l’idée même de progrès, elle avait été oubliée chez nous.
Toutes ces décennies de malthusianisme économique, de chômage de masse, ont épuisé les ressorts de la nation, ont désespéré les classes moyennes qui ont toujours été le ferment du progrès.
Il est vrai que la gauche a une certaine responsabilité dans cet étiolement de la croyance dans le progrès.
Pour elle, le progrès ne pouvait, ne peut, que prendre le visage d’un refus.
Refus du libéralisme.
Refus de la compétition.
Refus de la mondialisation.
Quant on refuse la réalité, on est, au bout du compte, renversé par la réalité !

Cette réalité, il faut l’accepter pour la maîtriser et l’utiliser à son profit.
Voilà la différence entre les socialistes et les réformistes que nous sommes.

Mesdames et messieurs,

D’une certaine façon, c’est l’idéal des Lumières que nous sommes en train de retrouver, c’est l’humanisme adapté au monde moderne : la confiance en l’avenir, la lucidité sur la condition humaine, le choix de la raison, de la culture et de l’ambition.

Cette entreprise de renouveau, il nous faut le mener tous ensemble au niveau mondial.
Les enjeux sont globaux. Les réponses à apporter doivent l’être aussi.
Celles de nos adversaires le sont de plus en plus.
La tentation naturelle de ces derniers est de transposer au niveau international les vieilles recettes qui n’ont pas fonctionné au niveau national.

C’est un combat d’idées.
Un beau combat que nous pouvons nourrir de nos différences.
C’est un combat qu’il ne faut pas prendre à la légère car une partie de l’avenir en dépend !
Jeudi 26 juin 2008

Présentation du Livre blanc sur la Défense
Assemblée nationale
Jeudi 26 juin 2007
Discours de François FILLON

***


Monsieur le Président,
Messieurs les Présidents des commissions des affaires étrangères et de la défense,
Mesdames et Messieurs les députés,

Nous avons en partage une responsabilité sacrée : protéger la France et les Français de toute agression.
Nous avons aussi un devoir : contribuer à la sécurité de nos alliés et au respect des règles internationales et des droits de l’homme.
Pour tout cela, la France déploie une diplomatie active, constructive, destinée à apaiser les tensions du monde.
Elle est dotée d’un outil de défense dont les concepts et l’organisation doivent être adaptés en permanence.

En juillet 2007, le Président de la République a confié à une commission réunissant parlementaires, militaires, représentants de l’administration, et personnalités qualifiées la rédaction d’un Livre blanc sur la Défense et la sécurité nationale.
Le 17 juin, il en a dévoilé les conclusions.

Penser les engagements de notre pays pour les quinze prochaines années, dans un contexte international fluctuant, était une tâche délicate. La Commission placée sous la présidence de Jean-Claude MALLET l’a conduite avec discernement.

Pourquoi l’entreprendre ?
Parce que la France doit demeurer une puissance politique et militaire.
Parce que vingt ans après la fin de la guerre froide, la paix demeure un bien fragile et précieux.
Parce que depuis 1994 et le dernier Livre blanc, le monde a changé.
Au rythme de la mondialisation, les données de la sécurité nationale et internationale ont évolué. La hiérarchie des puissances, elle-même, s’est modifiée. La révolution imposée à notre appareil de défense par l’effondrement de la bipolarité n’est pas achevée.



Dans la perspective de la loi de programmation militaire qui vous sera présentée par Hervé Morin, il était nécessaire de retracer les lignes de force du paysage stratégique et de notre sécurité.

Le monde est-il devenu plus dangereux ? Pas nécessairement.
Mais il est devenu moins stable, moins prévisible, plus complexe.


Délitement de certains Etats, affrontements ethniques et culturels, fanatisme religieux, crises sanitaires, catastrophes naturelles, attaques informatiques, internationalisation des mafias, prolifération des armes de destruction massive et de leurs vecteurs, vulnérabilité des approvisionnements énergétiques et alimentaires : tout ceci dessine un  large spectre de menaces, en évolutions constante.

Cet élargissement du « cône des possibles » se traduit par une dissémination accrue des armements. D’ici 2025, le territoire européen sera à portée des missiles stratégiques développés par de nouvelles puissances.
Il s’illustre aussi par la menace terroriste - devenue d’autant plus redoutable qu’elle joue à son profit des nouvelles technologie de l’information, et qu’elle pourrait un jour prochain s’emparer d’armes nucléaires, radiologiques, bactériologiques ou chimiques.
Hier ponctuelle et contingente, cette menace est devenue - le Livre blanc le constate - une « menace structurelle ».

La France est à présent placée devant un large arc de crise : une zone allant de l’Atlantique à l’Océan Indien, où ses intérêts stratégiques se concentrent. 
Comme la plupart des pays européens, elle est aujourd’hui plus vulnérable qu’elle ne l’était dans les années 1990. Elle l’est, car à l’époque, l’équilibre de la terreur couvrait et dissuadait la plupart des scénarios conflictuels.

Dorénavant, le spectre des menaces est élargi ; les conflits à venir se déclencheront de manière moins prévisible qu’autrefois.
Ils prendront des formes imprévues.
Le risque extrême prend aujourd’hui la forme de la « surprise stratégique ».

Une alliance qui se renverse, des comportements diplomatiques qui changent, un mode d’agression qui se réinvente, un groupe de fanatiques qui échappe aux règles de l’affrontement classique, et la surprise stratégique survient, comme la France en a déjà fait la cruelle expérience, dans des périodes d’impréparation, de déni stratégique.

Le 11 septembre 2001, la surprise stratégique plongeait les Etats-Unis dans la stupeur.
La surprise stratégique, c’est le défi que nos sociétés sont le moins capables de prévoir, et c’est justement celui qu’elles doivent dorénavant se préparer à affronter.
Pour cela, il faut intégrer dans notre raisonnement des risques, des attaques, des dangers qui ne relèvent plus exclusivement de l’action militaire traditionnelle.
L’élargissement de notre horizon stratégique et la multiplicité des menaces ont plusieurs conséquences.

La première, c’est que nous devons assurer au pays les garanties les plus larges.
Face aux scénarios extrêmes, la dissuasion doit demeurer la garantie ultime de la sécurité et de l’indépendance de la France.
Elle a pour seule fonction d’empêcher une agression d’origine étatique contre les intérêts vitaux du pays, d’où qu’elle vienne et quelle qu’en soit la forme. Les deux composantes, sous-marine et aérienne, sont maintenues.

Face aux scénarios de conflits extérieurs, notre stratégie de projection doit être musclée. Si nous pouvons être menacé de loin, nous devons être capables de frapper loin.
Le passage à la professionnalisation des forces a été réussi. Il reste maintenant à le compléter et à l’affûter en termes d’organisation et d’équipements.
Avec le Ministre de la Défense, nos objectifs sont clairs : être capable de projeter 30.000 hommes, 70 avions de combats, 1 groupe aéronaval et 2 groupes maritimes.

Face aux scénarios de crise intérieure, dont le terrorisme de masse constitue l’un des points saillants, nous avons décidé d’inscrire nos choix dans le cadre global d’une « stratégie nationale de sécurité », associant étroitement sécurité et défense.
Au regard du 11 septembre 2001, nous avons intégré les enjeux du « front intérieur ».
Dorénavant, dans leurs missions de protection, les forces armées, les forces de police, de gendarmerie, de sécurité civile se verront assigner des objectifs opérationnels conjoints.

Cette stratégie nationale de sécurité exige une réorganisation des pouvoirs publics.
L’ordonnance du 7 janvier 1959 résulte d’un contexte historique et stratégique radicalement différent du nôtre.
Sa révision est  nécessaire.
Un Conseil de Défense et de Sécurité nationale sera créé.

Il sera présidé par le Président de la République. Il dotera l’État, au plus haut niveau, d’une enceinte où des sujets tels que la programmation militaire, la programmation de sécurité intérieure, la politique de dissuasion, la lutte contre le terrorisme ou la planification des réponses aux crises majeures pourront être abordés.
Le Conseil national du renseignement en sera une des formations.
Au Premier ministre, reviendra la charge de diriger l’application de l’ensemble des décisions qui y seront prises.
 
La deuxième conséquence, c’est que nous devons disposer d’un préavis, en prenant la menace en compte le plus en amont possible.
Dans un monde rapide, le temps gagné décide de tout.
La fonction « connaissance – anticipation » nouvellement identifiée par le Livre blanc vise à nous donner le préavis nécessaire à l’action.
Cette fonction repose en grande partie sur le renseignement spatial qui fera l’objet d’un effort conséquent.
Elle repose aussi sur le renseignement humain. Nos services doivent être plus efficaces, mieux coordonnés. Pour cela, nous avons décidé le regroupement des services de renseignement du ministère de l’intérieur au sein de la nouvelle direction centrale du renseignement intérieur.
Nous avons également décidé de créer le poste de coordonnateur du renseignement, placé auprès du Président de la République. Il sera chargé d’animer et de coordonner les travaux des différents services de renseignement.

La troisième conséquence, c’est que nous devons conserver notre aptitude à monter en puissance et à nous réadapter si la situation l’exige.
L’imprévisibilité de la menace nous impose un dispositif de veille technologique poussé.
Elle suppose, dans le domaine industriel, le maintien des bureaux d’études et la réalisation de démonstrateurs précurseurs d’une série de matériels qui pourraient être lancés en fonction des besoins.
Dans tous les domaines – prévention, intervention, protection – nous devons demeurer à un niveau de crédibilité, qui garantisse notre capacité de réaction.

La quatrième conséquence, c’est la notion de résilience.
Elle est au centre de l’analyse du livre blanc.
Elle désigne la capacité du pays à maintenir ou rétablir au plus vite son fonctionnement normal, en cas de crise majeure.
Accroître cette résilience implique de développer nos moyens de surveillance des espaces français ; de renforcer la capacité de réaction des pouvoirs publics ; de mettre les dispositifs de communication et d’alerte massive au centre de la gestion des crises ; d’assurer la protection des populations.


Mesdames et messieurs les députés,

Avec une dissuasion qui garantit la préservation de l’essentiel ; des moyens de renseignement qui nous permettent d’anticiper; des capacités de projection qui nous permettent d’agir plus vite et plus fort ; des outils qui assurent le fonctionnement optimal des pouvoirs publics et la protection des citoyens, notre dispositif peut être considéré comme complet.
Mais il serait insuffisant sans l’adhésion de la nation.
Le Livre blanc suggère plusieurs pistes.

L’une d’entre elle, c’est bien entendu l’intervention du Parlement.
Si le projet de loi constitutionnel est adopté, votre rôle sera renforcé.
Vous serez systématiquement informé de l’envoi de militaires français en opération, et systématiquement consulté par un vote, dès lors que la question de leur maintien dans des opérations extérieures au-delà de quatre mois se posera.
Le Parlement sera par ailleurs informé  des accords liant la France à des partenaires étrangers, dès lors que ceux-ci pourront conduire à engager les moyens de défense du pays au bénéfice d’autres États.

La sécurité, mesdames et messieurs les députés, est une affaire collective.
Nous partageons plus que nos valeurs avec l’Union européenne et avec les pays de l’Alliance Atlantique.

Le renforcement des liens que nous entretenons avec eux est indispensable.

L’Europe est une puissance, mais qu’est ce qu’une puissance sans réels moyens militaires ?
L’Union européenne doit prendre ses responsabilités en matière de sécurité et de défense !
Des progrès ont été réalisés depuis 10 ans, notamment depuis le sommet franco-britannique de Saint Malo. L’Union à des instruments, des procédures, une expérience en commun dans 17 opérations de plus ou moins grande ampleur.

Le Livre blanc énumère des domaines d’intervention prioritaires, qui concernent avant tout la protection des citoyens européens :
renforcement de la coopération contre le terrorisme et le crime organisé ;
mise en place de capacités européennes de protection civile ;
coordination de la défense contre les attaques informatiques ;
sécurisation des approvisionnements en énergie et matières premières stratégiques.

Tout cela est utile, mais reste insuffisant.

Pour être efficace, l’Europe doit prendre l’initiative, et s’employer à prévenir les menaces avant qu’elles ne surviennent, là où elles prennent naissance, c’est-à-dire parfois hors de son territoire.
Je crois que pour être pleinement respectée, l’Europe doit comprendre qu’avec un effort cumulé de recherche six fois inférieur à celui des Américains et inférieur de moitié en matière de défense, elle ne peut être que l’ombre d’elle-même. 
Faire de l’Union européenne un véritable acteur de la sécurité internationale et de la gestion des crises ; susciter la rédaction d’un Livre blanc européen de la Défense et de la sécurité ; multiplier les synergies industrielles : tout ceci fait partie de nos objectifs.

La présidence française de l’Union européenne doit constituer une étape importante pour relancer la défense européenne.
Nous allons proposer à nos partenaires des priorités.

D’abord, nous voulons une actualisation et une concrétisation des missions militaires que les européens se sont assignées : c’est la capacité à déployer 60.000 hommes en 60 jours.
Nous voulons ensuite avancer concrètement avec les pays qui veulent s’engager. Il s’agit de renforcer nos moyens par des coopérations pilotes et des mutualisations entre Etats membres : c’est la projection de force avec les britanniques (hélicoptère, groupe aéronaval ) ; c’est le transport aérien avec, notamment, l’Espagne, l’Allemagne la Belgique ; c’est l’espace avec les Italiens et les Allemands.

Nous voulons enfin que l’Union européenne soit véritablement en mesure de conduire des opérations civiles et militaires.
Fondé sur cinq états-majors nationaux que l’on doit réorganiser à la hâte à chaque opération, le système actuel atteint vite ses limites.
L’Europe doit disposer d’une capacité de planification et de commandement permanente et crédible.

Quant à l’Alliance atlantique, il faut aborder le sujet avec rigueur et pragmatisme.
Le Livre Blanc le rappelle : l’Alliance est aujourd’hui seule en mesure de conduire des opérations militaires de grande envergure et d’assurer la sécurité de l’espace euro-atlantique.
Sur les 27 membres de l’Union Européenne, six seulement ne font pas partie de l’Alliance.
Voilà les faits avec lesquels nous devons faire !
Le Président de la République a eu l’occasion d’exprimer la démarche française.
Au regard des avancées de l’Europe de la défense, la France se montre ouverte, sous certaines conditions, à retrouver sa place dans le dispositif militaire de l’Alliance Atlantique, à l’exclusion des questions nucléaires. Par ailleurs, comme l’a affirmé le Président de la république :
la France garderait en toutes circonstances une liberté d’appréciation totale sur l’envoi de ses troupes en opération ;
elle ne placerait aucun contingent militaire sous commandement de l’OTAN en temps de paix ;
 
Pour nous, une Europe de la défense renforcée va de pair avec une OTAN rénovée, c'est-à-dire plus souple, plus flexible, dont les moyens militaires puissent être mobilisés par l’Union européenne.
Dans cet esprit, nous contribuerons à la rédaction d’un concept stratégique qui sera débattu lors du prochain sommet de l’OTAN, organisé conjointement par la France et l’Allemagne à Strasbourg et à Kehl.
La France insiste aussi, avec son partenaire allemand, sur la nécessité de respecter la Russie.
Cette grande nation européenne, sortie de 70 années de dictature communiste, s’est engagée, pas à pas, sur le chemin de la démocratie et contribue de façon constructive aux équilibres du monde. 


Mesdames et messieurs les députés,

La contrainte budgétaire pèse sur les choix à venir, comme elle a pesé sur la réalisation du modèle d’armée 2015.

Il aura manqué 24 milliards d’euros de crédits d’équipements sur la période 1997-2007 pour réaliser acquisitions et entretien, conformément aux prévisions initiales des programmations.
Dans le même temps, les effectifs du ministère n’évoluaient pas à la baisse, alors même que des efforts financiers d’amélioration de la condition militaire accompagnaient la professionnalisation.
Les conséquences du déséquilibre résultant, nous les connaissons tous : retards dans le renouvellement des matériels, allongement des phases de conception, de développement et de fabrication.
Des matériels anciens, parfois à bout de souffle, restent en service, générant à leur tour un surcoût de maintenance.
Nos avions ravitailleurs accusent leurs 45 ans ; nos blindés légers et nos hélicoptères Puma approchent les 30 ans d’âge.
Leur remplacement simultané dépasse nos possibilités – et pour cause.
 
L’urgence, aujourd’hui, c’est aussi de respecter notre objectif d’équilibre budgétaire à l’horizon 2012.
Celui-ci demande que la progression des dépenses de l’ensemble des administrations publiques soit plafonnée à 1,1% par an.
Compte tenu de l’augmentation tendancielle des pensions et de la dette, cela signifie une stabilisation en valeur de toutes les autres dépenses de l’État, sans compensation de l’inflation.
1,1% par an, c’est un effort considérable que nous nous imposons !

Le ministère de la Défense y contribuera naturellement, par le biais de réductions d’effectifs marquées.
Les réformes à venir – y compris celles qu’induira la RGPP – se traduiront par une baisse de 54 000 hommes.
D’ici 6 à 7 ans, le format global des forces armées, civils et militaires compris, sera de 225 000 hommes. L’armée de Terre en comptera 131 000, l’armée de l’Air 50 000, la Marine 44 000.

Nous ne sacrifierons pas notre outil militaire à des impératifs financiers.

Nous n’hypothéquerons pas notre sécurité de long terme à seule fin de franchir un cap budgétaire.
Le Livre blanc ne consacre pas une politique de renoncement.
Il pose au contraire les bases de la seule politique durable, c’est-à-dire d’une politique de double réalisme, militaire et économique.
Ainsi, la France consacrera à sa Défense un effort financier majeur, et cohérent avec les choix retenus pour ses capacités.

La Loi de programmation militaire 2009-2014 qui vous sera prochainement soumise attestera cette volonté de donner à la France l’outil militaire rénové qui répond à ses besoins.

Les crédits de défense ne baisseront pas.
Dans un premier temps, jusqu’en 2012, ils augmenteront à hauteur de l’inflation.
Dans un second temps, à partir de 2012, le budget de la Défense progressera de 1% en volume par an ; c’est-à-dire 1% au-dessus de l’inflation.
D’ici 2020, l’effort total consenti pour financer la priorité donnée à la Défense atteindra les 377 milliards d’euros.

Cet effort sera rendu possible au premier chef par les marges de manœuvre budgétaires que la réduction des effectifs doit nous assurer.
Aujourd’hui, administration et soutiens accaparent 60% de nos moyens en personnels, contre 40% pour les forces opérationnelles.
Notre objectif est d’inverser le ratio, comme en Grande-Bretagne.
D’autres marges naîtront de la restructuration de nos capacités de soutien.
Aujourd’hui, ces capacités sont éclatées, dispersées.
La nouvelle organisation reposera sur 90 « bases de défense », réparties dans 400 communes, et qui pourront mutualiser leurs moyens de soutien au profit de 2 800 personnes par base en moyenne.
Cette réorganisation se traduira par un certain nombre de fermetures ou de transferts d’unités militaires. Ces mesures seront complétées par un large dispositif d’accompagnement :
- accompagnement social au profit des personnels militaires et civils de la défense impactés par ces transferts ;
- accompagnement territorial ayant pour objectif principal la création de nouveaux emplois. Les communes les plus touchées feront l’objet d’un accompagnement personnalisé. Des contrats de site ou des conventions d’aménagement seront proposés. Un dispositif de soutien au financement des communes dont le budget sera forrtement déséquilibré est également prévu. 320 M€ de subventions d’investissements y seront consacrés.
Les marges ainsi dégagées seront intégralement réinvesties au profit de la condition du personnel, et surtout du budget d’équipement, qui passera de 15,5 milliards d’euros en 2008 à 18 milliards d’euros par an en moyenne pour la période 2009-2020.

La trajectoire financière retenue maintiendra la France dans le peloton de tête des pays européens, avec le Royaume-Uni.


Monsieur le Président,
Mesdames et messieurs les députés,

Il faut peu de temps pour réviser une stratégie.
Il faut une ou deux décennies pour concevoir et fabriquer un armement.
Mais la qualité morale et professionnelle de nos forces armées vient de loin, de très loin.
Il faut des siècles d’Histoire et de traditions pour créer un état d’esprit, une cohésion, une abnégation aussi remarquables que ceux dont nos armées font preuve.
Celles-ci font partie des meilleures au monde.

Je tiens ici, devant vous et avec vous, à rendre hommage au courage de ces hommes et de ces femmes qui frôlent quotidiennement la mort, loin de leurs familles et de leurs foyers.
Leur engagement est porté par des valeurs et des idéaux.
Nous avons des devoirs vis-à-vis d’eux.
La France ne baisse pas sa garde car la paix n’est jamais acquise, elle n’est pas une donnée permanente de l’histoire.
Notre indépendance n’est pas négociable, et la liberté n’est pas dissociable du fil de l’épée.
Notre sécurité exige notre vigilance.
Ce livre blanc éclaire notre responsabilité.




Mercredi 18 juin 2008

Le projet pilote de Soultz-sous-Forêts, en Alsace, est un symbole des efforts français pour aller au devant de la crise de l'énergie.

Sur ce site, de l'eau est injectée à cinq kilomètres de profondeur dans les fractures de la roche où elle se réchauffe brutalement, avant de remonter et de permettre une production d'électricité.

Le Premier ministre a saisi l'occasion de son inauguration pour s'exprimer sur la question de l'énergie, et notamment sur la hausse de prix pétroliers, mais aussi sur les modes de production renouvelables.

***


Monsieur le représentant des autorités allemandes,
Monsieur le ministre d’État,
Madame la secrétaire d’État,
Messieurs les présidents du Conseil régional et du Conseil général,
Messieurs et mesdames les députés, sénateurs, élus locaux
Messieurs les présidents,
Mesdames et messieurs,

C’est très symbolique que Jean-Louis Borloo, Nathalie Kosciusko-Morizet et moi-même, nous soyons aujourd’hui ici, au moment même où le débat énergétique a pris cette importance si grande dans notre pays comme dans le monde entier. Depuis plusieurs mois, notre mobilisation en faveur du développement durable, combinée à la forte hausse du pétrole, a tourné les projecteurs vers les solutions novatrices en matière d’énergie.

A Soultz-sous-Forêts, la France et l’Allemagne font aujourd’hui un nouveau pas vers ce que l’on peut maintenant appeler l’après-pétrole.

A travers l’électricité d’origine géothermique, elles développent ensemble une énergie qui est une énergie sûre, qui est une énergie propre et qui est une énergie durable.

La station de Soultz est la plus avancée au monde dans sa filière. Les suites industrielles seront-elles à la hauteur de ces promesses ? Les professionnels, les ingénieurs et les scientifiques nous le diront. Le projet de Soultz est un projet pilote. C’est un projet qui ouvre sur un programme d’essais de deux ans, qui est destiné à préciser la faisabilité économique du procédé.

Mais l’essentiel à ce jour, c’est que nous entretenons, avec nos partenaires allemands, une même détermination à progresser vers plus d’indépendance, plus d’innovation et vers plus d’énergies renouvelables.

Avec 114 millions d’euros investis, l’installation de Soultz est importante par l’effort local, par l’effort national et par l’effort européen qu’elle concrétise ; elle est surtout très importante par le message qu’elle envoie.

Ce message, c’est justement celui du Grenelle de l’environnement, c’est celui que le prix actuel du pétrole dicte à tous les pays développés. Notre avenir énergétique reste à inventer. Eh bien, je crois qu’on peut dire qu’il se prépare ici, aujourd’hui. Et je suis heureux "d’envoyer" symboliquement, comme nous l’avons fait il y a un instant, le premier KW/h produit par le pilote de Soultz dans le réseau d’Électricité de Strasbourg ; et je le suis d’autant plus que sa production repose sur des bases qui sont très encourageantes.


La première, c’est l’excellence scientifique nationale. La France maîtrise la géothermie de haute et de basse énergie. Elle maîtrise son utilisation pour le chauffage comme pour la production électrique -puisque la centrale de Bouillante, en Guadeloupe, fonctionne depuis 1985. Sur son sol, la production annuelle des réseaux de chaleur géothermique couvre 150.000 logements, et avec Soultz, nous prenons une longueur d’avance au niveau mondial dans la technique qu’on appelle celle des "roches fracturées".

Depuis des années, nous défendons l’importance de lier chaque expérimentation technique à une recherche scientifique et universitaire de haut niveau. A Soultz, c’est le cas puisque 15 laboratoires de recherches ont accompagné les centaines d’entreprises sous-traitantes. 430 publications scientifiques ont paru, dont 34 thèses de doctorat ! Le CNRS, le BRGM et l’ADEME ont apporté un soutien majeur à cette aventure, et je veux saluer leur engagement dans lequel la responsabilité de la puissance publique se trouve confirmée. C’est la deuxième clé de ce succès. La troisième, c’est la qualité du partenariat mis en place avec les équipes allemandes. Une collaboration méthodique a organisé le dialogue de nos entreprises respectives, de nos ministères, de nos agences publiques de recherche. Je sais que le projet, amorcé dès 1987, a paru long à nos amis allemands. Son aboutissement confirme du moins qu’il a été bien mené, dans un souci de rigueur et de fidélité à nos engagements réciproques. Ce projet a été conduit par étapes, et il a été de façon périodique soumis à des évaluations indépendantes. Je veux en saluer tous les acteurs, comme je veux en saluer l’esprit

Je pense qu’il faut tirer de la longueur du projet un enseignement positif. Si vingt ans de recherches ont été nécessaires, cela signifie d’abord que nous avons bien fait de commencer tôt. Cela signifie que les intuitions de 1987 étaient bonnes, et que nous avons eu raison d’engager leur mise à l’épreuve. Cela signifie, plus largement, que l’évolution de la ressource énergétique d’un pays est un phénomène de moyen ou de long terme.

Je sais qu’au regard de la production française, la production électrique de Soultz représente un chiffre minime, mais ses enjeux à long terme n’en sont pas moins immenses.

Et je crois qu’il faut prendre le temps d’apprécier, avec reconnaissance, le petit « phénomène » que les décideurs de 1987 placent aujourd’hui entre nos mains. D’abord, une technologie entièrement indépendante des hydrocarbures et des variations climatiques. Ensuite, une énergie à peu près inépuisable, dont on sait - et on l’a vérifié en Toscane, en Irlande, ou encore en Indonésie - que l’industrialisation diminue considérablement les coûts. Une énergie locale, aisément disponible sur le lieu de sa production. Enfin, une énergie propre, sans impact sur l’environnement. Cette performance ouvre des perspectives considérables. Aujourd’hui, la production de Soultz est certes marginale, mais la hausse des prix des produits pétroliers braque sur elle une loupe énorme !

Si j’ai choisi d’assister, avec Jean-Louis BORLOO et avec Nathalie KOSCIUSKO-MORIZET, à l’inauguration de ce site pilote, c’est parce que le défi énergétique exige des réponses structurelles et que, d’une certaine façon, nous les illustrons en venant ici soutenir les efforts que vous avez entrepris.

La hausse des prix pétroliers, il faut le rappeler à chaque instant, ce n’est pas un phénomène transitoire. Il n’y aura pas, comme les fois précédentes, de contrechoc. Avec un baril passant de 20 à 140 dollars en six ans, nous atteignons aujourd’hui des niveaux supérieurs aux niveaux historiques de 1979. La situation appelle un discours clair de la part de l’État, et c’est la raison pour laquelle je crois nécessaire d’afficher certaines convictions.

La première, c’est que cette hausse du pétrole risque de se poursuivre.
Les raisons en sont simples - j’ai envie de dire quelles sont incontournables - : parmi les pays producteurs, plusieurs sont dans une situation politique incertaine ; d’autres ne disposent pas de marges réelles pour augmenter leur production, souvent à cause d’investissements insuffisants - on le sait, plus les gisements connus s’épuisent, plus les nouveaux sont coûteux et difficiles à exploiter. Tous les producteurs, enfin, sont - et on le comprend bien, c’est naturel - enclins à ménager sur le long terme une ressource qui fonde leur prospérité, et qui constitue leur patrimoine.

Face à cette offre qui restera donc restreinte, la demande des pays émergents, elle ; va continuer d’augmenter. Une forte spéculation financière liée à la faiblesse du dollar s’y ajoute, et en attendant qu’on réduise les excès de cette spéculation, elle accroît l’effet sur les marchés du déséquilibre entre l’offre et la demande.

Les pays développés comme la France n’ont peu ou pas de prise sur le prix du pétrole. Il n’y a, pour eux, qu’une issue durable : elle consiste à devenir moins dépendants de cette énergie.

Mesdames et messieurs,
La hausse drastique du pétrole comme l’augmentation alarmante du réchauffement climatique nous lancent finalement le même défi, celui de gérer la transition énergétique. En Europe, nos économies développées, nos laboratoires, nos sociétés sont en mesure d’opérer cette conversion et la hausse du pétrole doit tous nous mobiliser et tous nous responsabiliser.

Au fond, la hausse du pétrole, c’est un appel à réinventer notre système énergétique, à façonner la société de demain qui ne sera pas semblable à celle d’hier. C’est un appel à réfléchir, dans notre quotidien, aux meilleures manières de faire mieux et de faire autrement.


Ma deuxième conviction, c’est que derrière cette épreuve il y a un nouvel horizon que nous pouvons, ensemble, tracer.

Souvenons-nous des années 1980, et de nos efforts pour économiser l’énergie.
Nous avons alors investi dans ce sens, nous nous sommes mobilisés et nous avons obtenu des résultats rapides.
Et puis les années 1990 sont arrivées, le pétrole a baissé, nos efforts se sont relâchés et nos performances ont déçu...
A cette époque, on a même fermé des installations géothermiques !
Aujourd’hui, un pétrole cher rentabilise à nouveau les investissements alternatifs ; il valorise les conduites responsables et il encourage l’innovation.
Nous devons apprendre à voir ces avantages pour ce qu’ils sont, et à les saisir.

Le tout, c’est d’y parvenir sans fragiliser encore les plus faibles.

Je sais bien les difficultés que rencontrent nos concitoyens, et, notamment, ceux d’entre eux qui ne peuvent absolument pas se passer de leur voiture pour aller travailler ; les professionnels, les transporteurs, les marins, les pêcheurs, les artisans taxi qui ne peuvent pas répercuter, en tout cas pas rapidement, sur leurs clients, l’intégralité de la hausse des carburants.
Il y a en France des budgets que la hausse du pétrole étrangle, et il est du devoir de l’Etat de se porter rapidement au secours de ceux-là.

Mais tous les jours, j’entends les mêmes demandes, j’entends les mêmes questions.
Pourquoi est-ce que vous ne baissez pas les prix de l’essence ?
Pourquoi est-ce que vous ne cherchez pas à rendre l’essence plus accessible ?
Ces questions méritent une réponse franche et nette : encourager la consommation d’hydrocarbures, ce serait commettre un contresens historique.
Ce serait prolonger une illusion, en attendant la hausse suivante et je refuse d’entrer, avec le Gouvernement, dans cette logique de courte vue.
L’État n’est pas là pour donner un faux répit, L’Etat est là pour aider à franchir un cap. Et ce cap, mesdames et messieurs, nous ne pourrons le passer qu’avec une vraie politique de transition.

Qu’est-ce qu’il faut faire pour aborder un monde où le pétrole sera de plus en plus rare ?

  • D’abord, maîtriser sérieusement notre consommation d’hydrocarbures : c’est ce qui est à la fois le plus rapide et le plus rentable. Nous en connaissons les recettes. Nous savons aussi que les marges existantes sont considérables. D’ici 2020, l’amélioration du rendement des moteurs ou l’isolation de l’habitat, peuvent alléger notre facture dans des proportions plus qu’importantes.
  • Mais cela ne nous dispense surtout pas de réviser progressivement nos habitudes de vie, et d’introduire dans nos sociétés de nouveaux modes d’organisation. Je pense naturellement à toute démarche susceptible de minimiser les trajets, de réduire les transports inutiles, de lutter contre les gaspillages d’énergie. La campagne qui a été lancée par l’ADEME et le ministère de l’Ecologie, "Faisons vite, ça chauffe !" est une campagne qui est vouée à s’intensifier. Il faut que, tous ensemble, chacun à notre place, nous relancions une la chasse au gaspillage.

Enfin, il faut donner à l’avenir de nouveaux outils, en créant dès à présent les instruments de capture et de stockage d’énergie, les moteurs hybrides, les véhicules électriques grand public qui nous font encore défaut. Dans dix ans, la voiture du XXIème siècle, celle de l’après pétrole, doit être développée et popularisée. La France et l’Europe, avec leurs grands constructeurs automobiles, avec leurs technologies, avec leurs chercheurs de renom, ont tout le potentiel et j’ai envie de dire, ont le devoir de répondre les premiers à cette exigence !

Je veux le répéter, le Gouvernement n’empêchera pas la crise pétrolière, il n’en a pas les moyens, mais il fait tout le nécessaire pour que la France sorte par le haut de cette crise.

  • Parmi les solutions pour diminuer le coût du transport, plusieurs sont prometteuses : le renforcement du bonus/malus sur les voitures neuves, par exemple ; ou bien encore une expérimentation de grande ampleur sur les véhicules électriques en libre service. Le bonus/malus a déjà fait passer la part des véhicules faiblement polluants de 32 à 42% des achats ; et l’intérêt d’une mesure comme celle-ci, c’est qu’elle aide vraiment à une répartition équitable de la charge. Quand les véhicules qui consomment beaucoup aident à financer les plus économes, chacun supporte la hausse du pétrole à la mesure de ses moyens réels !
  • Les ménages les plus démunis, pour leur part, verront le tarif social de l’électricité maintenu, le tarif social du gaz instauré, et la prime à la cuve augmentée de 150 à 200 euros. J’ai aussi indiqué, hier, que j’entendais donner enfin une réalité au chèque transport, qui jusqu’à maintenant, n’a jamais fonctionné. Je vais solliciter rapidement les partenaires sociaux, pour qu’avec l’aide de l’Etat, la feuille de paye porte ce chèque transport. C’est, de mon point de vue, la seule manière de le faire vraiment, concrètement. L’objectif c’est que les salariés puissent accéder ainsi à une aide pour aller à leur travail, prioritairement en utilisant les transports publics, et subsidiairement, c’est-à-dire lorsqu’il n’y a pas d’autre solution, par la route. Naturellement, un accord des partenaires sociaux doit précéder la mise en œuvre de ce dispositif et doit pouvoir ensuite être décliné entreprise par entreprise.
  • Quant aux professionnels, il est certain qu’il faut permettre une répartition plus équitable des hausses qu’ils subissent sur l’ensemble de la chaîne de valeur. Ce serait, sans doute, le dispositif le plus vertueux.

Mesdames et messieurs,
La France et l’Allemagne disposent d’une recherche avancée, d’un tissu industriel complet, d’une volonté politique. La France et l’Allemagne sont donc en situation de force pour développer toute la panoplie des technologies de demain.

En Alsace, la géothermie s’est imposée, parce que la nature du sous-sol s’y prêtait ; ailleurs, on exploite directement la présence de nappes d’eaux chaudes ; ici, l’eau est injectée dans les fractures de la roche, à 5 kilomètres sous nos pieds, avant d’être récupérée et d’alimenter les turbines.
Je sais que d’autres projets analogues se mettent en place dans le département, je pense à celui de l’usine Roquette à Beinheim, qui a besoin de grandes quantités de vapeur pour transformer des céréales.
Je sais aussi que l’aide de la région, monsieur le président, a été d’un poids déterminant dans ce développement.
La région Alsace a joué de tous les instruments mis à sa disposition en faveur des énergies renouvelables : le Plan Soleil en 2000, le programme Energivie soutenu par l’Union Européenne en 2004, la convention signée dès 2005 avec le Gouvernement pour faire de l’Alsace une région pilote en termes d’efficacité énergétique, et enfin le contrat de projet État-Région pour la période 2007-2013...

Cet effort a été très largement soutenu et accompagné par le Conseil général du Bas-Rhin, qui s’est lui aussi engagé de longue date dans ce mouvement. Eh bien, je veux ici avec Jean-Louis Borloo et Nathalie Kosciusko-Morizet, profiter de l’occasion qui m’est donnée pour rendre hommage aux élus alsaciens qui ont su anticiper au service du développement durable.

A terme, grâce à l’exemple de Soultz, des suites prometteuses semblent ouvertes à la géothermie française. Dans cet esprit, une convention va maintenant être signée entre Madame Jouanno, qui préside l’ADEME, et Monsieur Vesseron, le président du Bureau de recherches géologiques et minières.

Ailleurs, ce sont d’autres solutions techniques qui primeront, je pense à la biomasse, au sujet de laquelle nous avons lancé un appel d’offre qui a remporté un grand succès. La filière est en train de se structurer, et nous allons retenir dans les prochains jours des projets totalisant une puissance électrique de 300 MW, avant de relancer un nouvel appel d’offre pour entretenir cette dynamique. Je pense à l’éolien, et notamment à l’éolien en pleine mer dont nous alors aménager le cadre réglementaire.
Je pense au solaire, j’ai découvert en novembre dernier à l’Institut national de l’énergie solaire, en Savoie, un projet de production de silicium pour les panneaux solaires. Nous allons aider ce projet. Dans la continuité de la réflexion du Grenelle de l’Environnement, nous allons encourager l’intégration des produits nouveaux à l’habitat pour arriver au résultat que nous nous sommes fixé en matière de réduction de consommation d’énergie.
Je pense enfin au bois, et je sais que depuis le début du programme, ce sont 210 chaudières collectives au bois qui ont été installées en Alsace.

Dans ces différents domaines, nous avons d’ores et déjà mis en place au sein de l’ADEME un fonds destiné à financer les démonstrateurs technologiques. Nous mettrons tout en œuvre pour que le pourcentage des énergies renouvelables, dans notre consommation d’énergie finale atteigne les 23 % d’ici 2020.
C’est l’objectif que nous a fixé l’Union européenne, c’est l’objectif que nous voulons atteindre pour devenir, au sein de l’Union européenne, justement, un leader.

Il faut en tenir compte dans nos exercices de programmation énergétique. Je souhaite ainsi que les programmations pluriannuelles des investissements dans le secteur de l’électricité, du gaz, et de la chaleur soient actualisées et soient présentées au Parlement avant la fin de cette année.

Le projet de loi de programme de mise en œuvre du Grenelle de l’Environnement, que Jean-Louis Borloo a présenté cette semaine au Conseil des ministres, prévoit, entre autres, de consacrer 1 milliard d’euros à la recherche en matière de développement durable d’ici 2012. Avec le Grenelle de l’Environnement, que le Gouvernement mettra en œuvre dans sa totalité, c’est un engagement que je renouvelle devant vous, la France veut prendre 10 ans d’avance sur ce terrain. Elle s’engage à ne plus attendre que les circonstances lui forcent la main.

Elle veut prendre les devants partout où l’effort d’adaptation pourra devenir source de croissance, source de compétitivité, source d’emploi. Respecter nos engagements en matière d’énergies renouvelables, cela signifie aussi des conduites plus responsables, plus restrictives, mais cela signifie aussi plus de création d’emplois ; certains les évaluent à plus de 220 000 d’ici 2020.

Aujourd’hui, les efforts que la logique du Grenelle nous demande sont coûteux, mais, à terme, comme nos efforts pour échapper à la dépendance pétrolière, ils profiteront au pouvoir d’achat des Français.

Mesdames et Messieurs,

Dès l’automne, deux projets de loi mettant en œuvre les conclusions du Grenelle seront présentés au Parlement pour le décliner concrètement dans les différents secteurs concernés : le bâtiment, l’urbanisme, les transports, la santé, l’environnement, la biodiversité. Avec ces textes, qui sont portés par Jean-Louis Borloo et par Nathalie Kosciusko-Morizet avec beaucoup de passion et beaucoup d’énergie, je crois que la France du développement durable va réellement entrer dans sa phase opérationnelle.

Je voulais enfin, pour conclure, vous dire que dans quelques jours, la France aura l’honneur et la lourde responsabilité de prendre la présidence de l’Union européenne pour 6 mois. Au cœur de la présidence française, il y a le sujet de la lutte contre le réchauffement climatique et le sujet de la sécurité et de l’indépendance énergétique de l’Europe. Nous allons faire, notamment avec nos amis allemands, tous les efforts nécessaires pour que l’Europe reste en tête des régions du monde dans son engagement contre le réchauffement climatique, et qu’en même temps, l’Europe se dote des outils énergétiques qui assureront son indépendance et qui permettront son développement, sa croissance, et le bien-être de ses populations ; c’est au fond un peu tout ça qu’ici, symboliquement, nous allons voulu illustrer avec cette visite.

Jeudi 12 juin 2008
A l'occasion de la Convention sociale de l'UMP, le 12 juin 2008, le Premier ministre a prononcé le discours suivant.

***

Mon cher Patrick,
Mes chers amis,

En organisant cette convention, l’UMP marque sa volonté d’être toujours un carrefour intellectuel où se dessine l’avenir.
Le but de notre formation politique, n’est pas seulement de soutenir l’action gouvernementale, il est aussi de sentir les vibrations du pays et d’anticiper l’avenir.
En consacrant vos travaux à la justice sociale, vous rejoignez l’une de mes convictions : il n’y a pas d’ambition nationale sans solidarité nationale !
On ne bâtit pas une économie forte sur un pacte social faible. Opposer la concurrence à la justice, l’efficacité à la dignité, c’est le plus sûr moyen de n’avoir ni l’une, ni l’autre.

La question sociale est au cœur du mouvement populaire que nous sommes. Et notre singularité est de l’aborder avec un regard neuf, et surtout de la traiter avec des actes.
Ceux qui depuis 15 ans s’emploient à sauver le régime de retraite par répartition, c’est nous !
Ceux qui créent le RSA, c’est nous !
Ceux qui réforment la santé et réorganisent l’hôpital pour éviter leur naufrage, c’est nous !
Ceux qui luttent fermement contre cette délinquance qui mine la vie de nos concitoyens les plus exposés, c’est nous !
Tout cela, c’est de la justice sociale. 

Vous le savez, la question sociale a longtemps été dominée par des idées et des valeurs fausses, et la gauche y a une large part de responsabilité.
On a longtemps fait croire aux Français que la prospérité et la croissance étaient des données quasi-mécaniques. Alors qu’elles constituent un combat qui réclame plus d’efforts, plus d’innovation, plus d’audace.
On leur a fait croire que la mondialisation était une option, alors qu’elle est une révolution incontournable qui bouscule  les anciennes puissances industrielles et les certitudes de l’«Etat providence».
On leur a fait croire que le partage du temps de travail donnait du travail à tous, quant on ne leur a pas dit qu’en travaillant moins on pouvait gagner tout autant.
On leur a fait croire que le marché et l’entreprise étaient les adversaires «naturels» du salarié… Que les retraites pouvaient être financées en l’état malgré les évolutions démographiques… Que la santé n’avait pas de prix... Que l’éducation était un dû et non une exigence partagée… Que les déficits pouvaient éternellement financer notre relatif confort…

Pour tout dire, on leur a fait croire que l’élargissement des droits sociaux n’exigeait pas en retour un renforcement des devoirs et des réformes.

J’arrête ici la liste des idées fausses qui ont eu pour résultats d’asphyxier la croissance, d’entretenir le chômage de masse, et, à fortiori,  d’essouffler notre modèle social.
Il est bon de remettre les choses en ordre : pour assurer la solidarité il faut d’abord créer des richesses, et pour créer des richesses il n’y a pas d’autres moyens que de produire plus.
Tout autre discours est mensonger !
Ceux qui prétendent qu’on peut sauver notre modèle social sans remise en cause, sans efforts, en augmentant encore les impôts, en taxant encore plus les fortunes, en creusant encore plus les déficits, sont dans la posture, pas dans l’efficacité sociale. 

Il faut dire la vérité, car elle est au cœur de la justice.
Et la vérité, c’est qu’on ne peut avoir la meilleure santé du monde, l’Ecole et l’Université gratuite, des retraites pour tous, des allocations pour ceux qui sont dans le besoin, sans réformer notre système et sans se retrousser ensemble les manches !
Voilà ce que je crois, et j’ai la conviction qu’une large majorité de nos concitoyens le croit aussi.  

Mesdames et messieurs,

Quels sont nos principaux objectifs ?
Figurer parmi les trois premiers Etats européens en matière de croissance.
Réduire la pauvreté d’un tiers.
Remettre nos finances publiques en ordre d’ici 2012.
Et au centre de tous ces objectifs : nous voulons atteindre le plein emploi en cinq ans.

Les résultats commencent à être au rendez-vous.
Taux de chômage : 7,2 %, c’est du jamais vu depuis 1983 !
352 000 emplois créés, cela ne s’est vu que 5 fois depuis 1974 !
Au dernier trimestre, le chiffre atteint 70.000.
Quant au nombre d’allocataires du RMI, il a baissé en une année de près de 7%, et cela est notamment dû aux mesures d’intéressement à la reprise d’activité.

Ces chiffres sont très encourageants, mais il faut être lucides : plus nous avançons vers le plein emploi, plus nous nous approchons du noyau dur du chômage, et plus il faut donc réformer.

Réformer l’éducation car tout se décide dès le plus jeune âge : c’est notamment la réforme du primaire qui doit nous permettre de mettre le paquet sur le soutien scolaire pour les enfants qui décrochent.

Réformer les politiques de la ville en frappant au cœur de l’exclusion culturelle et sociale qui est à la source de l’exclusion professionnelle : c’est là l’un des objectifs du plan Banlieues.

Reformer notre marché du travail : c’est l’assouplissement du contrat de travail – qui vient d’être voté.

Réformer notre dispositif d’accompagnement des chômeurs : c’est la fusion ANPE et UNEDIC qui permettra de concentrer les moyens autour des demandeurs d’emploi.

Réformer notre stratégie d’incitation au travail : c’est le RSA, qui sera généralisé en 2009 et pour lequel nous allons dégager entre 1 et 1,5 milliards d’euros.
Cet effort massif exige, dans le même temps, de renforcer l’efficacité des dépenses actuelles qui sont de l’ordre de 11,5milliards d’euros, en simplifiant les prestations et en les destinant à nos concitoyens qui en ont le plus besoin.

Réformer l’assurance chômage. Dans cet esprit, nous allons proposer au Parlement qu’un demandeur d’emploi ne puisse refuser sans être sanctionné deux offres d’emploi compatibles avec son projet professionnel.

Réformer notre économie pour stimuler la concurrence et booster les PME. La loi est actuellement en débat au Parlement.
Réformer notre stratégie vis à vis des seniors.
Le constat est archiconnu.
En France, près des deux tiers des seniors ne sont déjà plus en emploi au moment où ils liquident leur retraite.
Cette situation, c’est la conséquence d’une approche malthusienne qui nous a malheureusement trop longtemps bernés.
Un groupe de travail a été mis en place avec les partenaires sociaux, sur la base des orientations transmises par le Gouvernement. Nous ferons nos choix très rapidement, afin que le projet de loi de financement de la sécurité sociale pour 2009 soit une étape décisive.

Réformer enfin la formation professionnelle.
Notre système a fait ses preuves, mais il a vieilli.
Son efficacité est incertaine et sa gouvernance contestable.
Les fonds consacrés à la formation – qui représentent plus de 25 milliards d’euros - doivent être utilisés de manière à la fois plus juste et plus efficace.
Nous allons proposer aux partenaires sociaux des pistes pour améliorer ce dispositif afin qu’ils puissent lancer leur négociation rapidement.

Toutes ces réformes, nous avons commencé à les faire.
Nous irons jusqu’au bout des exigences du plein emploi. Car c’est lui – le plein emploi ! - qui est au carrefour de tous nos défis : celui du pouvoir d’achat, celui de la compétitivité, celui de l’intégration, celui du  désendettement, celui de la solidarité, celui de la justice sociale.
 
Pour réformer, nous avons choisi une méthode : celle du dialogue social.

Il est un fait que je crois peu contestable : aucun gouvernement n’est allé, comme le nôtre, aussi loin dans le dialogue social.
Il n’est pas un projet de nature social qui n’ait fait l’objet d’une saisine des partenaires sociaux avant d’être soumis au Parlement.

Pourquoi avons-nous, avec Xavier Bertrand, Christine Lagarde, Eric Woerth, Martin Hirsch, privilégié scrupuleusement cette démarche ?

Parce que nous faisons un pari qui peut changer la France dans ses profondeurs : celui d’une rénovation de notre démocratie sociale.
Hier, tout venait du sommet.
Hier, les idéologies distinguaient les « bons », des « méchants ».

Désormais, le temps est venu de faire émerger une société de confiance; une société capable de dégager des solutions et des compromis sur le terrain, et notamment dans les entreprises, là où entrepreneurs et salariés doivent joindre leurs intérêts.

Alors, c’est vrai : parfois, le dialogue social se crispe un peu…
On le voit ces jours-ci sur le temps de travail.

Nous avons décidé d’introduire dans le projet de loi transposant la position commune sur la représentativité syndicale une adaptation audacieuse de notre droit sur la durée du travail, qui est de nature à desserrer l’étau des 35 heures.
Il ne s’agit pas de renoncer à la durée légale du travail.
Il s’agit de permettre la négociation de l’usage des heures supplémentaires dans l’entreprise sur la base d’accords majoritaires. Le tout en libérant l’entreprise de toutes les contraintes qui pèsent sur elle : contraintes qui ont été décidées dans les accords de branches, à d’autres époques ; contraintes législatives qui font que, dans tel ou tel secteur, on ne peut pas dépasser tant d’heures supplémentaires.

Nous le voyons chaque jour, les heures supplémentaires défiscalisées constituent une réussite.
Mais il y a encore des cas, fréquents, où les entreprises et les salariés voudraient bien travailler plus mais ne le peuvent pas, car ils se heurtent à des verrous hérités des lois Aubry.

Ce sont ces verrous que nous voulons faire sauter avec le projet de loi qui sera présenté la semaine prochaine au Conseil des ministres.

Je le répète, la durée légale est maintenue à 35 h. Toute heure réalisée au-delà sera une heure supplémentaire et donc rémunérée comme telle !
Mais nous ouvrons de nouvelles latitudes aux entreprises pour organiser le temps de travail par des accords : à l’avenir, ce sera dans l’entreprise que seront librement fixés le volume du contingent d’heures supplémentaires et les repos compensateurs, dans le respect des durées maximales du travail prévues par la loi.
Bien entendu, nous sommes prêts à regarder avec les partenaires sociaux quelles pourraient être les évolutions nécessaires dans ce cadre.
La voie du dialogue reste ouverte. Mais chacun doit être conscient de notre détermination à agir.

Les organisations syndicales et patronales nous disent : « mais vous ne reprenez pas intégralement l’accord qu’on vous a proposé !». Je les entends et je les respecte.
Mais il faut parler clairement : le respect de la démocratie sociale ne signifie pas l’effacement de la démocratie politique !
Quand nous demandons aux partenaires sociaux de négocier sur le temps de travail et qu’ils ne le font qu’à la marge, il est naturel que le gouvernement et le Parlement prennent leurs responsabilités.

Nous sommes déterminés, non seulement parce que nous avons la conviction que la rigidité des 35heures est antiéconomique et antisociale, mais aussi et surtout parce que nous pensons que les conditions d’une négociation responsable dans l’entreprise vont progressivement être réunies.

L’évolution des règles de la représentativité portée par la « position commune », du  9 avril, est décisive.
Désormais, la représentativité des organisations syndicales se fondera sur leurs résultats aux élections professionnelles dans l’entreprise.
La légitimité des syndicats reposera sur « la base », et plus sur un arrêté ministériel de 1966 !
Je suis convaincu que nous sommes à l’aube d’une transformation de notre démocratie sociale.
C’est une occasion historique pour les partenaires sociaux de se renforcer, eux qui n’ont cessé de voir leurs effectifs et leur influence fondre au cours des trois dernières décennies. Qui dit renforcement des partenaires sociaux, dit responsabilité accrue. Et cette responsabilité, le gouvernement souhaite la voir s’exercer au plus près du terrain, là où l’organisation du travail intéresse directement et concrètement les salariés et les entrepreneurs.

Mesdames et messieurs,

La réhabilitation du travail n’a de sens que si elle est récompensée - précisément ! - à sa juste valeur.

C’est le sens des heures supplémentaires défiscalisées qui bénéficient déjà à 6 millions de salariés. C’est aussi l’esprit de la loi de février 2008 sur le pouvoir d’achat permettant la monétisation des jours de RTT et des comptes épargne temps.

Mais nous ne voulons pas nous arrêter là.

Il faut redonner toute sa place à la négociation salariale.
Quand certaines branches ou certaines entreprises ne jouent pas le jeu, il est normal que l’Etat en tire les conséquences.
Je veux dire par là que les 20 milliards d’euros allègements de charges consentis par la collectivité aux entreprises doit pouvoir être davantage activée.
Nous allons établir une conditionnalité des allègements généraux de cotisations patronales, par rapport aux efforts de négociation salariale.
Un texte proposera une mise en œuvre selon un principe simple : toutes les entreprises soumises à l’obligation annuelle de négociation sur les salaires qui n’auront pas, une année donnée, satisfait à cette obligation verront leur allégement réduit de 10 %.
Et, si nécessaire, à l’avenir, l’incitation à négocier sera étendue au niveau des branches.

Toutes ces réformes, Mesdames et Messieurs, doivent contribuer à la refondation de notre pacte social.
Mais elles sont indissociables d’une autre réforme, elle aussi incontournable : celle de notre système de protection sociale.

Avec le Président de la République, nous ferons tout pour assurer la pérennité de notre protection sociale, en faisant les économies nécessaires, là où c’est justifié, mais aussi en répondant aux nouveaux besoins de notre société.
Dans quelques mois, nous relèverons ainsi le défi de la dépendance à travers la mise en place du 5ème risque.
Certes, nous le ferons de manière innovante, en faisant reposer ce nouveau risque sur un partenariat public/privé et en faisant appel de manière modérée à une participation sur le patrimoine.
Mais l’évolution des dépenses publiques liées à la dépendance restera nécessairement à la hausse.

En définitive, deux exigences nous guident.
Celle de l’équilibre car une sécurité sociale en déficit, c’est une génération qui s’endette au détriment d’une autre.
En 2011, je souhaite que le régime général soit à l’équilibre, ce qui signifie un rééquilibrage de la branche vieillesse par une hausse des cotisations retraite et un effort de maîtrise des dépenses de santé. Il faudra des mesures fortes et réparties sur l’ensemble des acteurs du système.

La seconde exigence, c’est celle du financement du vieillissement.
La protection sociale ne peut plus être analysée de manière totalement séparée, entre ses différentes branches.
Nous avons dès maintenant deux branches structurellement excédentaires, dont les recettes progressent de manière plus rapide que les dépenses : la branche famille et l’assurance chômage.
Devons-nous pour autant ajuster continuellement leurs dépenses à hauteur de leurs recettes ?
A l’évidence, non.
Pour relever le défi du vieillissement, il faut décloisonner nos approches. Dépenser l’argent là où nos concitoyens en ont le plus besoin, ce n’est ni un recul de la politique familiale, ni un recul de l’indemnisation du chômage !
Nous l’avons dit aux partenaires sociaux, et je sais que les représentants du MEDEF contestent cette vision des choses.
Mais nous devons quand même avoir le courage d’ouvrir ce débat.
Sans quoi nous courrons le plus grand risque : celui d’avoir finalement et des dépenses nouvelles et des prélèvements supplémentaires.

Mesdames et Messieurs,  Mes chers amis,

Depuis un an, nous modernisons la France. Et je vois qu’elle se transforme, qu’elle s’adapte, qu’elle se bât dans l’adversité.
Je suis fier de mon pays.
Et je veux vous dire que je suis également fier de servir le Président de la République.
Chacune de nos réformes, répond à chacun de nos engagements. Cette fidélité à notre projet, c’est notre force intime.

Je milite depuis tant d’années pour cette rénovation urgente de notre nation, que rien ne me détourne de cet objectif et de mon devoir.
Aujourd’hui, nous avons le pouvoir d’agir avec courage.
Le courage de ne pas perdre le fil de l’intérêt national malgré la pression des intérêts catégoriels.
Le courage de ne pas osciller en fonction des sondages et de ne pas vaciller en fonction des résistances.
Le courage de construire pour l’avenir.
L’avenir des jeunes générations qui ont grandi avec le chômage de masse et qui rêvent d’une société du plein emploi.
L’avenir de nos enfants qui ne doivent pas être contraints de payer nos dettes.
L’avenir de nos petits-enfants qui ne doivent pas être condamnés à voir leur environnement devenir irrespirable et invivable.

Je vois bien les hésitations, les crispations, les doutes, mais on ne construit pas l’avenir avec le regard rivé dans les sondages.
On ne transforme pas un grand et vieux pays comme la France en quelques mois.
Avec Nicolas Sarkozy, nous avons un cap, et nous le suivons avec la volonté d’être jugé par l’Histoire plutôt que par le microcosme.

Dans cette tâche, nous avons besoin de votre imagination, de votre capacité à faire surgir des idées en rassemblant des personnalités de tous horizons.
Nous avons ensemble le mandat de transformer la France. 
J’ai la conviction que nous sommes sur le bon chemin.
Et j’ai la certitude que nous pouvons réussir.





Mardi 27 mai 2008
Après six mois de travaux et de réflexion, le Grenelle de l'insertion se conclut aujourd'hui.
Le Premier ministre a ouvert cette journée par le discours suivant.


Messieurs les ministres,
Mesdames et messieurs les présidents,
Mesdames et messieurs,

Pour redresser notre pays, pour aller à la conquête de la croissance, pour tendre vers le plein emploi, pour garantir la pérennité de notre pacte social, pour rehausser les valeurs de la République, nous croyons au courage, à la responsabilité et à la dignité qui existent en chaque citoyen.
Nous croyons qu’en chacun d’entre eux, il y a une force et un talent qui ne demandent qu’à s’exprimer. Et tout notre enjeu est de créer les conditions pour libérer ce potentiel et lui permettre de s’épanouir.

Mesdames et messieurs,

Avec Martin Hirsch, nous voulons gagner cette bataille de la dignité et de la responsabilité.
Et pour la gagner, il nous est apparu nécessaire de dépasser les clivages droite / gauche dans lesquels les plus fragiles se trouvaient pris en étau.

Trop longtemps, trop souvent, l’alternative offerte, c’était le capitalisme ou le socialisme.
Le mépris par l’exploitation ou le mépris par la compassion.
L’exclusion par l’argent ou l’exclusion par l’assistanat.
D’un côté, on faisait craindre un système cynique, qui écarterait sans pitié les moins productifs.
De l’autre, on jouait la vieille rengaine du partage des ressources, qui appauvrissait tout le monde sans remettre personne en selle : partage du temps de travail, partage des aides, des allocations, des subsides, sans la moindre notion d’efficacité réelle.
Comme si diviser, c’était créer !

Avec le Gouvernement, avec Martin Hirsch, nous tentons de sortir par le haut de ces faux débats.
D’abord parce que l’accord se fait sur les grands principes d’une économie de marché qui n’est pas idéale en soi, ni immorale en soi, mais tout simplement la moins mauvaise possible pour créer des richesses, des emplois, des possibilités et des libertés nouvelles pour l’homme.