Construite au milieu du XVIe siècle sur les hauteurs du Pincio, la villa Médicis abrite depuis 1803 l'Académie de France à Rome, actuellement dirigée
par M. Frédéric Mitterrand.
De jeunes artistes et chercheurs français, reçus sur dossier, y séjournent durant six à dix-huit mois. Perpétuant une tradition vieille de près de 350 ans, ils y cultivent leur savoir-faire, dans des conditions à la fois protégées et stimulantes.
Le vendredi 19 septembre, François FILLON y a prononcé le discours suivant.
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Monsieur le secrétaire d’Etat, Monsieur le Directeur général,
Cher Frédéric Mitterrand, dont la voix nous est tellement, à nous, Français, familière, qu’en l’entendant on se prendrait à rêver d’être un de ces personnages historiques qu’il a rendus à la fois si proches et si sympathiques,
Chers pensionnaires, Mesdames et Messieurs,
C’est un grand plaisir pour moi, accompagné de Michel Barnier, d’être parmi vous aujourd’hui, parce que j’ai pensé que la Villa Médicis c’était l’endroit idéal pour lancer ce grand rendez-vous culturel que sont les 25ème Journées du patrimoine.
Je veux y voir un double symbole.
D’abord, c’est un peu au nom de la Présidence française de l’Union européenne que je m’exprime - puisqu’il s’agit de Journées européennes. Depuis plusieurs années, cette très belle idée française a séduit le Continent. Et au-delà des 15 000 sites français, 40 000 sites européens ouvrent leurs portes demain et après-demain. Or la Villa, par son histoire, son architecture, ses jardins, compte parmi les joyaux de notre patrimoine à l’étranger. Un patrimoine dont nos concitoyens ne soupçonnent pas toujours la richesse. Hors de ses frontières, la France est dépositaire d’un patrimoine remarquable : je pense au Palais Buquoy de Prague, au Domaine National de Jérusalem, à Saint-Louis-des-Français de Lisbonne. Chez nous, ces monuments seraient classés et protégés au titre des monuments historiques. Même s’ils sont soumis aux réglementations des pays dans lesquels ils se trouvent, nous avons une responsabilité particulière à leur égard.
Ce patrimoine, la France se fait un devoir de le donner à admirer, et elle espère entraîner un grand mouvement de réciprocité de la part de nos partenaires. Au fond, le patrimoine n’est-il pas la plus belle manière de forger l’identité européenne ? Et c’est la raison pour laquelle, forts du succès des Journées du Patrimoine partout en Europe, nous avons donc proposé à nos 26 partenaires une grande initiative visant à créer un « Label du patrimoine européen ». Nous voulons ainsi incarner, dans des lieux exceptionnels, cet héritage commun qui s’est inscrit dans la pierre au cours des siècles.
Le deuxième symbole de ma venue à la Villa, c’est le thème même des Journées du Patrimoine : « Patrimoine et Création » ; on pourrait dire que c’est un sujet conçu sur-mesure pour l’Académie de France, ici, à Rome.
Ici, rayonne toujours la richesse des travaux qui y ont vu le jour. On imagine Fragonard, dont les œuvres décorent le bureau du Premier ministre français... On dit souvent, j’ai vu qu’il y avait un livre qui venait de sortir qui s’intitulait "Matignon, cet enfer". Franchement, "un enfer" au milieu des Fragonard... ! Il y a pire ! Ici, je pense à Berlioz achevant la "Symphonie fantastique" ...
Il serait évidemment bien trop long de lister les artistes français, francophones et italiens qui sont venus ici puiser leur inspiration, qui sont venus parfaire leur talent, allumer l’étincelle parfois de leur carrière. Peintres, compositeurs, graveurs, sculpteurs, architectes, et - plus récemment - écrivains, cinéastes, plasticiens, designers, photographes, scénographes, restaurateurs d’œuvres d’art et historiens de l’art : tous ont ici, conformément à l’idéal de la Renaissance, goûté à cet air de liberté et à cette effervescence qui est propre à la ville de Rome, et à son Académie française.
Vous avez, cher Frédéric Mitterrand, la noble charge d’en consolider les fondements et de tracer pour elle de nouvelles perspectives.
Les fondements, ce sont ceux qu’André Malraux avait inspirés à Balthus : participer aux échanges culturels et artistiques, accueillir de jeunes artistes ou de jeunes chercheurs pour leur permettre de poursuivre leurs travaux. Vous avez donc pour mission d’être, non seulement un centre culturel, mais aussi un véritable laboratoire de l’Europe de la culture.
Aujourd’hui, d’autres horizons peuvent se dessiner pour la Villa Médicis, sous l’impulsion de votre nouveau Directeur général. Je sais que vous souhaitez ouvrir davantage cette institution sur de nouvelles formes de création, comme l’audiovisuel, ou sur la Méditerranée.
Cette démarche s’inscrit parfaitement dans la perspective tracée par le Président de la République dans le cadre de l’Union pour la Méditerranée. Ce sont des démarches de ce type - je pense aussi au Musée des civilisations de la Méditerranée qui va voir le jour à Marseille ; Marseille qui vient d’être désignée comme capitale européenne de la culture 2013 - qui charpenteront nos relations avec les cultures du Sud.
Jean Monnet disait au sujet de la construction européenne : « Si c’était à refaire, je commencerais par la culture ». Après tout, pourquoi ne pas essayer de s’en inspirer pour le rapprochement des rives de la Méditerranée ? C’est en tous cas un rôle qui est à la dimension de la Villa Médicis.
Ce rôle, votre Maison ne peut le remplir que parce qu’elle accueille le meilleur de notre propre création.
C’est par votre volonté, c’est par votre talent, chers pensionnaires, que la Villa pourra rester le symbole du rayonnement de la culture française à l’extérieur de nos frontières.
J’entends bien les critiques, d’ailleurs aussi récurrentes qu’injustes, sur le prétendu « déclin de la culture française » dans le monde. Mais Jean Nouvel a reçu le prix Priztker ! Mais Paul Andreu a construit l’Opéra de Pékin ! Mais Annette Messager s’est vue décerner le Lion d’or à Venise ! Mais Marion Cotillard a remporté un Oscar ! Mais Pascal Dusapin a joué dans le monde entier !
Voilà, je pourrais prolonger la liste des contre-exemples qui sont la meilleure réponse à des polémiques lancées par des pessimistes. Pour autant, on peut faire
mieux et il faut faire mieux. Il faut mieux soutenir et mieux montrer nos artistes. Il faut mieux aider ceux qui ont choisi la France comme lieu de création. La scène française est
passionnante, elle est bouillonnante. Nous devons en faire le coeur de notre politique culturelle et la faire mieux partager.
Je ne prendrai que quatre exemples :
pour les arts plastiques, nous avons décidé de nouvelles
mesures pour dynamiser le marché de l’art en France et nous réfléchissons, avec le ministre de la Culture, à l’aménagement d’un site d’exposition des artistes confirmés.
sur le patrimoine, nous savons que son entretien est
vital, non seulement pour le patrimoine lui-même, mais aussi pour les métiers d’art - et la restauration de la Villa en témoigne. C’est la raison pour laquelle nous avons décidé, au moment où
le Parlement va plafonner les niches fiscales, qu’une seule de ces niches échapperait au plafonnement, celle qui concerne les monuments historiques.
Parce qu’il est crucial pour les auteurs et l’ensemble
de la filière de l’édition de disposer sur tout le territoire d’un réseau de distribution qui contribue à la diversité littéraire et à la préservation de l’expression francophone, nous mettons
en place un Label qui permettra aux communes qui le souhaiteront d’exonérer certaines librairies indépendantes de la fiscalité, et en particulier de la taxe professionnelle.
Et puis enfin, parce que les créateurs qui vivent grâce
aux industries culturelles sont parfois lourdement lésés par le développement des échanges entre internautes, nous allons présenter au Parlement cet automne un projet de loi emblématique,
précisément baptisé « Création et Internet », qui permettra de trouver, je l’espère, un point d’équilibre plus satisfaisant entre les droits des artistes et ceux des
internautes.
Mesdames et Messieurs, Monsieur le Directeur,
Patrimoine, Création, Europe, voilà le message d’ambition que je voulais délivrer à la Villa et en particulier à tous nos amis italiens qui nous font l’honneur d’être avec nous aujourd’hui.
J’espère qu’ils seront toujours plus nombreux à venir à votre rencontre. Et je veux souhaiter à vos pensionnaires le plus bel épanouissement artistique dans ces murs où la République s’honore de les accueillir.

Les familles inscrivent librement et gratuitement leur enfant - élève de CM1 ou de CM2 - à ces stages dont l’encadrement est assuré par des professeurs des écoles.
Destinés à réviser les connaissances fondamentales dans les disciplines opératoire - français et mathématique, notamment , les stages permettent à l’élève de se mettre en confiance avant la rentrée.
A Avrillé, 8 élèves, répartis en 2 groupes, révisent ainsi sous la conduite de deux institutrices.
Le député-maire de la commune, Marc LAFINEUR a mis à disposition de cette opération les locaux d’une des quatre écoles de la commune.
Après avoir assisté à une courte séquence de remise à niveau, François FILLON a pu s’entretenir avec les institutrices et la directrice de l’école. Celles-ci ont souligné l’intérêt pédagogique que représente cette aide individualisée.

Au total près de 200 000 élèves auront bénéficié cette année de stages de remise à niveau, assurés par près de 38 000 professeurs.
Au terme de sa visite, le Premier ministre a prononcé un discours dont voici les principaux passages :
(...) la prospérité de la France, sa cohésion nationale et le sens de la fraternité se décident au sein de l’institution scolaire.
Dans la concurrence internationale, notre pays doit miser à fond sur l’intelligence et la formation.
Et dans le monde chahuté et parfois violent qui est le nôtre, la République doit plus que jamais affirmer son dessein.
La République, c’est une façon d’apprendre à vivre ensemble; c’est une façon de respecter nos différences, de juger sur les seuls mérites, de se reconnaître dans des valeurs communes.
Tout cela se forge dès le plus jeune âge, à l’école.
Ces valeurs qui nous sont chères - elles ont pour noms l’égalité, la tolérance, la justice, la liberté – ces valeurs ont une résonance universelle. Mais voilà: elles ont aussi leurs adversaires.
Il y a quelques jours, la Nation a honoré avec gravité et tristesse ses jeunes soldats morts en Afghanistan. Leur combat était et est juste.
Depuis 2001, en Afghanistan, le nombre d’enfants scolarisés est passé de 900.000 à près de 7 millions.
Je crois que les lumières du savoir sont une façon de combattre la haine.
Je crois que les enfants, où qu’ils naissent, ont droit à l’éducation.
Je crois qu’ils doivent pouvoir grandir avec le goût des livres plutôt que celui des armes.

(...)
En 2008, 59 milliards d’euros seront consacrés au budget de l’enseignement scolaire.
A la rentrée, 12 millions d’élèves seront pris en main par 870 000 enseignants.
Nulle part l’avenir du pays ne se joue de manière plus décidée, plus collective, plus solidaire.
Cet engagement massif ne peut – je l’ai dit – aller sans lucidité et exigence.
Malgré les moyens engagés depuis des décennies, malgré le dévouement de la communauté éducative, nous connaissons des déceptions, nous enregistrons des reculs et des échecs. Plusieurs enquêtes, notamment internationales, l’attestent.
Cette situation n’est nullement irrémédiable.
Nous devons et nous pouvons améliorer la performance du système éducatif français en réorganisant ses structures, ses méthodes de travail, ses contenus pédagogiques.
La réussite de nos enfants commence dans les écoles primaires; et c’est donc ici que le renouveau éducatif doit être engagé.
(...)
Dans le stage de remise à niveau, il y a trois logiques simples, dont la réforme du primaire va étendre le bénéfice à tous les élèves.
La première de ces logiques, c’est celle de l’allégement horaire.
Un enseignement trop chargé n’est pas un enseignement fécond. L’élève doit avoir le temps d’intégrer ses connaissances nouvelles, et le temps de les compléter par une vie personnelle ou familiale plus riche, plus construite.
Avec la réforme du primaire, c’est toute l’année scolaire qui retrouvera cette respiration, en passant de 26 à 24 heures par semaine, réparties sur quatre jours ou quatre jours et demi.
Cet allégement des horaires, nous en parlions depuis des années !
De multiples rapports dénonçant leur lourdeur par rapport à la plupart de nos voisins européens se sont accumulés… Chacun connaissait le diagnostic. Mais personne n’osait agir.
Voilà qui est fait !
La deuxième logique, c’est celle du ciblage des programmes.
Là encore, c’est un vieux sujet sur lequel nous avons beaucoup disserté et peu avancé.
A l’évidence, il y a un juste milieu à trouver entre la richesse des contenus et leur éclatement, leur éparpillement.
Le stage de remise à niveau se centre sur les bases fonctionnelles, dans les matières importantes, français ou mathématiques. Ce n’est pas de l’utilitarisme, c’est du bon sens ! Il faut maîtriser les fondamentaux afin de pouvoir, ensuite, élargir ses connaissances et ses compétences.
La refonte des programmes du primaire répond à cette saine et évidente préoccupation.
Son objectif est clair : il faut s’assurer qu’aucun élève ne quitte un niveau sans disposer des outils nécessaires pour affronter le suivant. Cet objectif s’inscrit dans le droit-fil de la loi d’avril 2005 sur la maîtrise du socle commun des connaissances.
La troisième logique, c’est celle de la personnalisation.
Le gouvernement est décidé à répondre à un double défi: assurer un enseignement pour tous, tout en garantissant un soutien individuel pour chacun, et notamment ceux qui décrochent.
Tous les élèves méritent le même cours, mais tous n’ont pas besoin du même temps ou des mêmes approches. Au nom de l’égalité, il faut savoir appréhender la diversité !
Cela demande naturellement de l’attention, du dévouement et du professionnalisme.
Mais cela demande aussi une organisation différente; et c’est pourquoi la réforme du primaire prévoit que 2 heures hebdomadaires seront désormais consacrées entièrement au soutien individuel.
Les évaluations nationales seront refondues pour que les enseignants et les familles disposent d’un diagnostic précis sur les progrès de l’élève.
Ne laisser aucun enfant sur le bord du chemin : voilà l’esprit de notre politique.
C’est une politique résolue et concrète. Une politique qui répond aux engagements pris par le Président de la République devant les Français.
Depuis Pâques, près de 200.000 élèves de CM1 et CM2 se sont inscrits dans les stages de remise à niveau, assurés par 38 000 enseignants volontaires, rémunérés en heures supplémentaires défiscalisées.
A titre expérimental, 200 lycées ont déjà ouvert des stages de remise à niveau à 6 000 lycéens, durant la seconde quinzaine d’août.

En réalité, notre éducation nationale est en train de se lancer dans une formidable mutation centrée sur l’accompagnement éducatif.
Dès la rentrée, les opérations d’accompagnement éducatif après la classe vont être étendues à tous les collèges et écoles de l’éducation prioritaire.
Dans le cadre du plan Espoir-Banlieues, 30 sites d’excellence vont être créés autour de lycées pratiquant l’accompagnement individualisé.
70 000 places seront offertes à des élèves, pour une expérimentation du bac professionnel en 3 ans.
250 Unités Pédagogiques d’Intégration nouvelles seront ouvertes aux élèves handicapés.
1 000 écoles seront équipées en visioconférence pour l’apprentissage des langues étrangères. 5 000 classes du primaire et du collège seront jumelées avec des établissements européens, grâce à la plateforme « e-Twinning".
Enfin, l’assouplissement de la carte scolaire sera poursuivi.
A l’heure actuelle, plus de 86 000 dérogations ont été accordées, avec un taux de satisfaction de 88%.
Voilà l’ambition éducative qui est la nôtre et que je voulais illustrer à Avrillé.
C’est une ambition qui mérite d’être partagée par tous ceux qui servent et aiment l’Ecole de la République.
C’est une ambition qui doit être portée par tous ceux qui ont conscience que l’avenir de nos enfants dépend étroitement d’une institution qui doit être modernisée et respectée.

La clairvoyance des analyses du Fil de l’épée (1932), de Vers l’armée de métier (1934) et de La France et son armée (1938) est toujours frappante. Comme le colonel de Gaulle dans les années 1930, nous sommes appelés à cet effort de lucidité et d’adaptation permanente qu’imposent la complexité du monde et les mouvements du paysage stratégique. D’où l’utilité de lire et de relire des textes désormais classiques, comme l’extrait suivant. Il ouvre le chapitre "Emploi" de Vers l’armée de métier.
"Devant l’inconnu de l’avenir, l’esprit humain cherche un recours et croit le trouver, d’ordinaire, dans ce qui s’est déjà passé. Comme le politique consulte les précédents ou le juriste la coutume, ainsi le soldat s’efforce de tirer des faits naguère accomplis les règles propres à se guider dans les actes du lendemain. Si l’occasion ne lui fut pas donnée de se battre lui-même, il interroge l’Histoire. S’il a fait la guerre, il se reporte à ses souvenirs. On a vu l’élite militaire des premières années de ce siècle bâtir sa philosophie sur l’étude des campagnes de la Révolution et de l’Empire. On voit l’armée d’aujourd’hui construire ses doctrines, thèmes et règlements d’après les errements du dernier conflit.

Un tel souci de s’appuyer sur le passé pour imaginer l’avenir présente assurément des avantages. Outre qu’il est naturel et conforme à l’instinct, il répond au sentiment, par ailleurs fort justifié, de la continuité des affaires humaines et de leur perpétuel retour. Au surplus, les diverses sortes d’artistes, et notamment les militaires, trouvent grand profit pour leur formation à étudier les maîtres et chefs-d’œuvre, car il y a dans la grandeur quelque chose de contagieux. Encore faut-il que ce conformisme ne devienne pas exclusif, ni cette imitation servile. Nul ne peut croire qu’un futur conflit doive ressembler, même de loin, à celui que nous avons vu.
Aussi, quand on raisonne de l’emploi d’une armée d’élite, rapide, puissante et protégée, doit-on, par principe, et quoi qu’il en puisse coûter aux commodités de l’esprit, renoncer à se servir des conceptions qui furent, lors de la lutte récente, appliquée aux efforts de masse".
- Les manifestations ne sont pas une façon de régler les sujets, relativise le Premier ministre, en pénétrant dans l’établissement où il doit tenir, avec Xavier DARCOS, ministre de l’Education nationale, et Rachida DATI, ministre de la Justice, une réunion de travail sur la politique de prévention contre les drogues en milieu scolaire.
Dans la salle polyvalente, la réunion rassemble une vingtaine de personnes représentant l’ensemble de la communauté scolaire.
- La première chose à rappeler, commence François FILLON, c’est qu’il n’y a pas de drogues douces ou dures : il n’y a qu’un phénomène, la toxicomanie, et
les ravages qui lui sont associés. Un phénomène qui, en France, touche de plus en plus d’adolescents, et de plus en plus jeunes !- Il faudrait utiliser des mots concrets comme « joint » ou « gober », si on veut que la prévention leur parle, conseille Fabien.
Ce lycéen trouve par ailleurs que les mises en garde répétées ressemblent à un « bourrage de crâne ». Samira n’est pas d’accord :
- Toutes les interventions au sujet de la drogue sont bénéfiques, quand bien même elles ne toucheraient qu’un ou deux élèves à chaque fois. Le vrai problème, c’est que les établissements n’ont aucun pouvoir réel pour réprimer la consommation de drogue parmi les élèves. Et la police ne peut pas intervenir dans les lycées matin, midi et soir.
Le docteur NUSS signale l’utilité d’une solidarité entre camarades. Une mère d’élève rappelle :
- Vous, les ados, vous êtes éternels : le danger, c’est toujours pour plus tard !
Or les données médicales sont sans équivoque : le danger des drogues est immédiat. Y compris celui du cannabis, dont le commerce s’est banalisé aux abords des lycées.
- Pour mettre les plus jeunes à l’abri, constate Thomas, il faudrait d’abord lutter contre la présence de ceux qui en tirent profit, des petits dealers.
Madame AYRAULT, conseillère d’éducation principale, rappelle la difficulté d’agir :
- Que faire contre ceux qui introduisent quelques barrettes de hasch dans l’établissement et « pourrissent » les gamins ? Les dénoncer ? Bien souvent, les parents eux-mêmes ne veulent rien savoir des habitudes de leur enfant.
La réponse du Premier ministre est claire : - La responsabilité des parents, des éducateurs exige de ne pas fermer les yeux.
- Interdire la drogue, ce n’est pas faire la morale, rappelle avec force Mme KHAYAT, le proviseur du lycée. C’est empêcher un délit que la loi réprime ! Il va bien falloir l’expliquer à un moment où à un autre à de futurs citoyens.
Xavier DARCOS comprend le besoin, exprimé par certains, d’un discours fort :
- En 2002, l’opération Lycées sans tabac semblait impossible. Elle a réussi parce que nous sommes allés chercher les images choc, les cancéreux, les malades que la cigarette avait détruits. Si nos outils actuels ne suffisent pas pour les élèves, il faudra peut-être aller chercher, comme dans d’autres pays, des outils plus forts : oser faire venir d’anciens drogués, ceux qui ont tout perdu…
Rachida DATI rebondit sur la déclaration de Mme KHAYAT :
- Interdire, ce n’est pas faire la morale : c’est éloigner un danger, c’est sauver des vies – comme nous sommes parvenus à le faire avec la violence routière. La lutte pour la sécurité routière, c’est la preuve que la loi peut changer les comportements.
Le ministre de la Justice évoque ses rencontres avec de jeunes adolescents placés en centre de rétention surveillée pour des délits liés à la drogue.
- Quand la répression pénale arrive, déplore une mère d’élève, c’est trop tard : il faudrait pouvoir intervenir en amont.
Les annonces du Premier ministre se concentrent effectivement sur la prévention :
- Le plan de lutte 2008-2011 visera d’abord à décourager les premières consommations de drogue. Le dialogue qui existe ici sera le point de départ d’un effort de communication très large. Votre lycée a tenu récemment deux colloques très utile sur la drogue : nous appuierons notre campagne nationale sur des exemples comme le vôtre.
A cette séance de pédagogie gouvernementale succède une visite au Palais de Justice de Paris. La section P12 du Parquet est une section de permanence, qui traite en temps réel les crimes et délits liés à la drogue. La qualité de son action repose sur un large éventail de réponses pénales et sur une excellente connaissance des réalités de la toxicomanie. Dans un petit bureau du rez-de-chaussée, un fonctionnaire explique au Premier ministre :
- Nous fonctionnons en flux tendu, avec des psychiatres de permanence. Notre plus gros problème, c’est le crack. L’addiction est immédiate, et les dégâts physiques terribles. Le drame, c’est qu’on le trouve facilement dans le 18e pour 10 ou 20 euros la dose.
- Combien s’en sortent ? demande François FILLON
- 60 à 70% arrivent à décrocher – mais pas toujours du premier coup. Forcément, dans leur quartier, les tentations sont trop proches... Il faudrait peut-être faciliter les mesures d’éloignement.
La Justice ne ménage pas ses efforts pour apporter à chaque cas une réponse adaptée.
Dans une salle tendue de bleue, François FILLON écoute le procureur de la
République, M. Jean-Claude MARIN, décrire la mise en place d’une nouvelle mesure : des stages de sensibilisation aux dangers de la toxicomanie. Médecins et associatifs dressent le bilan de leur
collaboration avec le parquet. - La prison, insiste Rachida DATI, ce n’est pas seulement la répression : c’est aussi un cadre de prise en charge pour des gens avalés par la spirale de la drogue.
François FILLON conclut cette table ronde en soulignant la cohérence des différentes actions engagées :
- Lutter contre la drogue
va devenir une priorité nationale ; une priorité aussi forte que de lutter contre le tabac ou la violence routière. Une action globale va mettre fin au sentiment d’isolement de certains acteurs :
l’objectif, c’est que le soutien du Gouvernement entraîne toute l’opinion publique derrière le travail que vous faites.

Ancien ministre des Technologies de l’information, le chef du Gouvernement n’a jamais caché son goût de l’informatique. C’est en passionné qu’il parcourt d’abord les locaux de l’éditeur de jeux Darkworks. François FILLON saisit même une manette pour tester le gameplay d’un projet en cours de développement.
Mais cette visite est surtout l’occasion d’annoncer la signature des textes instituant le crédit impôt « Jeu vidéo ». Ce dispositif devrait réduire les dépenses de création et renforcer la compétitivité de la France dans cette industrie au développement intense.
Une table ronde réunit ensuite les principaux acteurs du secteur à la Cantine numérique, un espace de création et de diffusion récemment inauguré dans le 2e arrondissement. Le Premier ministre, visiblement à son aise, définit le dividende numérique, et évoque son expérience personnelle d’utilisateur de la plate-forme Viadéo, dont le créateur est présent.

- Le développement des TIC, des Technologies de l’Information et de la Communication est un enjeu majeur pour le Gouvernement. Eric BESSON doit d’ailleurs présenter avant fin juillet un plan de développement de l’économie numérique à l’horizon 2012. Les Assises du numérique organisées à partir du 29 mai sont destinées à dégager dès maintenant des idées, des procédés nouveaux.
Le Premier ministre égrène les objectifs : haut débit fixe pour tous les Français d’ici 2012 ; très haut débit pour plus de 4 millions de Français à la même date, passage à la télévision tout numérique d’ici fin 2011…
- L’Internet mobile haut débit doit devenir dans ces mêmes délais une réalité pour tous les Français. La mobilité, c’est la nouvelle révolution numérique !
Au Gouvernement, s’amuse François FILLON en se tournant vers Eric BESSON, nous ne sommes pas nombreux à nous servir sérieusement d’un ordinateur ; mais tous les ministres
s’envoient des SMS à longueur de journée !L’objectif est d’étendre ce développement du numérique à de très nombreux secteurs et services : enseignement, médecine, administration… Le public partage l’enthousiasme de François FILLON, mais exprime certaines inquiétudes concernant ce nouveau modèle économique :
- Le développement de l’offre légale, la lutte contre le piratage et la cybercriminalité doivent dessiner un « cadre de confiance » dans l’économie numérique, répond François FILLON. L’Etat doit trouver un point d’équilibre entre son rôle d’encouragement et son rôle de protecteur. Eric BESSON le sait. Je suis naturellement porté plutôt vers le camp de l’encouragement !

Il a rendu hommage au parcours lumineux et courageux de cette femme qui n'avait jamais renoncé à aucune de ses valeurs.
Germaine TILLION était l'une des cinq femmes françaises élevées au rang de Grand-Croix de la Légion d'honneur. Le 21 janvier 2005, François FILLON, alors ministre de l'Education nationale, avait eu le privilège de s'adresser à Germaine TILLION, en inaugurant à Saint-Mandé l'école maternelle qui porte désormais son nom et celui de sa mère, Emilie :
"Votre personnalité comme votre trajectoire personnifient le sens de l'indépendance intellectuelle et le pouvoir libérateur du savoir et de l'étude. (...) L'histoire, il y a soixante ans, accumulait contre toute raison les cruautés les plus atroces. Grâce à vous, Madame TILLION, grâce à celles et ceux qui, à votre image, se dressèrent pour l'honneur de la France et des hommes, des enfants libres peuvent aujourd'hui, à Saint-Mandé, comme partout sur notre territoire, vivre, apprendre, grandir en paix."
Tout aussi encourageante est la coopération européano-japonaise autour du projet ITER. François FILLON visite rapidement le site d'un futur centre scientifique, qui accompagnera le développement du réacteur installé en France.
Il est déjà 15h30 quand le chef du gouvernement retrouve Tokyo. Une voiture le conduit au quai de Wakasu, où se trouve un bâtiment de projection français, le Mistral.

Sitôt installé dans l'immense entrepont, derrière le pupitre qui lui est destiné, le Premier ministre a la joie de pouvoir féliciter la marine française pour les excellentes nouvelles qu'il vient de recevoir : les otages du voilier Le Ponant, retenus par des pirates au large de la Somalie, ont été libérés. L'intervention de la marine a permis l'arrestation de plusieurs des coupables. Le Premier ministre peut désormais s'adresser à la communauté française avec l'esprit plus libre. Dans son discours, François FILLON salue avec chaleur les officiers du bord et tous les Français présents. Il souligne notamment le talent de la communauté française pour investir et pénétrer le marché japonais, très fermé.

Il est 17h30 quand François FILLON quitte le Mistral en traversant le pont porte-hélicoptère. L'A340 qui doit le ramener à Paris attend sur la piste de Toky-Haneda. Réaffirmation du partenariat franco-japonais, renforcement de sa dimension stratégique, les buts du voyage sont atteints.
Accueilli à l'aéroport d'Haneda par l'ambassadeur de France, M. Philippe FAURE, et par l'ambassadeur du Japon à Paris, S.E. M. Yutaka IIMURA, François FILLON rejoint dans la soirée du jeudi son hôtel situé dans le quartier de Roppongi.
La première visite du vendredi sera consacrée à l'audience de Sa Majesté l'empereur Akihito. Le Premier ministre gagne ensuite le Kantei, l'Hôtel Matignon japonais. Un entretien est prévu avec son homologue, M. Yasuo FUKUDA (face au Premier ministre sur l'image)


"Le Japon et la France sont deux grandes puissances industrielles qui souhaitent se donner les moyens de rester compétitives dans une économie globalisée"Le Premier ministre répond aux questions de la salle, puis à une interview de la chaîne de télévision nationale NHK. Il est 16h15. L'heure est venue de partir pour l'immeuble d'AXA Japon, le principal investisseur français dans l'archipel. 300 employés attendent le Premier ministre au pied de la tour.
L'accueil d'Henri de Castries, président d'AXA, se fait au son des tambours traditionnels japonais !
En présence de M. Philippe FAURE (à dr.), François FILLON échange quelques mots avec le prince Hitachi, frère cadet de l'Empereur.

Il remet ensuite les insignes de commandeur dans l'Ordre national de la Légion d'honneur à M. Yohei KONO, longtemps ministre des Affaires étrangères du Japon, et aujourd'hui président de la Chambre des députés.


Les relations entre la France et le Japon ont une grande valeur aux yeux du Premier ministre, qui s'est déjà rendu à de nombreuses reprises dans le pays.
Il assiste avec intérêt à l'ouverture solennelle de la cérémonie d'anniversaire.
M. Ichikawa DANJURO, acteur légendaire du théâtre kabuki, purifie symboliquement l'assemblée des influences mauvaises.

L'aéronautique reste à l'honneur, avec la signature d'un contrat entre Arianespace, représenté par son président, M. LE GALL (à côté de Mme Valérie PECRESSE) et le groupe japonais de télédiffusion B.SAT.
« La ruralité, c’est cette société où se rencontrent l’exploitant agricole, le vétérinaire, l’élu local, mais aussi des artistes, des retraités, des résidents étrangers, des patrons de PME… Je ne crois pas que ceux que je croise ce matin répondent aux stéréotypes usés du passé ! »
François FILLON commence sa visite par la fromagerie d’Armance, à Auxon. Dans cette PME dynamique, Madame Anne SALHI-FOL et ses 22 employés produisent un fromage AOC, le chaource. La propriétaire tient à ses visiteurs un discours courageux et optimiste : même les petites PME peuvent exporter, affirme-t-elle. C’est même une des conditions de leur développement. Ici, 25% de la production part à travers le monde, jusqu’au Japon. Le petit cortège se glisse entre les étagères où les fromages s’affinent, puis sort de la chaîne de production. Dans la cour souffle un petit vent froid. C’est l’heure de partager un café.
« Quand je pense au développement agricole, commente François FILLON, je pense d’abord à une politique d’excellence qui fasse reconnaître ce que l’agriculture française a d’irremplaçable par sa variété, par son expérience, par son exigence. Nos labels vont dans ce sens. Moi j’ai toujours pensé que l’affinage d’un fromage comme le chaource relevait d’un art de vivre : le bon produit, c’est celui qui apporte autant de bonheur à produire qu’à consommer. »
Les vallons de l’Aube conduisent ensuite le Premier ministre au GAEC de la chapelle Saint-Joseph, sur la commune de Villeneuve-au-Chemin. François FILLON écoute successivement le maire, le président de la FDSEA et les producteurs. Un thème revient régulièrement, celui de la sécurité sanitaire. La fièvre catarrhale occasionne un préjudice important aux éleveurs de moutons, et bloque les exportations de jeunes bovins vers l’Italie. François FILLON annonce que des aides complémentaires de 6 millions d’euros vont accompagner la campagne de vaccination entreprise. M. Yvon FAILLOT et M. Christian CLERIN précèdent avec fierté le Premier ministre dans leur bergerie. Dans les parcs à moutons, des jeunes isolent les animaux pour les présenter un par un au vétérinaire. Celui-ci procède à l’injection du vaccin, tandis que les visiteurs reçoivent les explications de docteur GUILLAUME, directrice des services vétérinaires de l’Aube.
« Nos exportations vers l’Italie doivent pouvoir reprendre, insiste François FILLON. L’agriculture nous apporte 9 milliards d’euros d’excédent commercial par an. Nous sommes les seconds exportateurs mondiaux de produits alimentaires. Cette place est jalousée, et c’est normal ; mais nous nous battons pour elle ! »
Fin de la visite à Ervy-le-Châtel, petite commune dont la population tout entière semble s’être rassemblée pour accueillir le chef du Gouvernement. François FILLON est rejoint par Monsieur Michel BARNIER, ministre de l’Agriculture, et par Monsieur François BAROIN, maire de Troyes. Tous traversent à grands pas le marché, dans une ambiance vivante, pour un tour rapide des points de vue du village. Le Premier ministre salue le maire de la ville, Monsieur Roger BATAILLE, qui est parvenu à doter Ervy-le-Châtel d’une médiathèque moderne.
« Le financement d’un tel projet n’est pas simple pour une commune de la taille d’Ervy ; mais la visite du bâtiment montre bien qu’en combinant intelligemment les concours des collectivités rurales avec ceux de l’Etat – et le bénévolat ! rien ne serait possible sans le bénévolat – une commune de taille modeste peut présenter une offre culturelle solide ».
La question, très attendue, de la proximité des services publics est une de celles sur lesquelles François FILLON est le plus clair :
« Je veux un redéploiement des services publics en milieu rural, mais ce redéploiement ne doit pas accabler les zones les plus fragiles, les plus éprouvées ! Les services de l’Etat devront prendre les plus grandes précautions pour ne pas imposer à ces zones un cumul d’épreuves injuste ».
Le discours que le Premier ministre prononce à l’étage de la médiathèque, dans la petite salle bondée, confirme les espoirs que le XXIe siècle ouvre aux campagnes françaises. Zones diversifiées où s’installent à nouveau les habitants, mais aussi des activités de production modernes, elles sont redevenues des secteurs attrayants de l’espace français :
« Les zones rurales sont en train de mettre au point un nouveau contrat national. Elles répondent à la question de savoir ce que les Français se doivent les uns aux autres. Qu’est-ce que les agriculteurs doivent au reste de la population, en termes d’alimentation, de sécurité, de responsabilité écologique ? Que devons-nous aux agriculteurs, pour les services collectifs qu’ils nous rendent ? »
Le défi, observe François FILLON, c’est d’offrir des paysages préservés, de défendre les traditions, d’accueillir le tourisme vert, mais de garantir aussi les services et les commodités des villes : Internet haut débit, logement plus disponible et plus confortable, dispositifs énergétiques économes… Bel appel à l’imagination des maires de petites communes, auxquels le Premier ministre rend pour finir un hommage signalé :
« Ce qui permet au monde rural d’encaisser la force des changements et la rapidité des mutations de notre société, c’est d’abord la qualité exceptionnelle de sa vie démocratique. Une mairie rurale, à petite échelle, c’est un véritable concentré de démocratie agissante. Ce sont des hommes et des femmes qui s’impliquent passionnément dans la vie de leur commune, sans en attendre d’autre profit personnel que la reconnaissance de leurs concitoyens. C’est à cette démocratie rurale que nous devons le visage neuf de la France : une France qui a cours des dernières années s’est rééquipée, réaménagée, rénovée ! »
- La professionnalisation des armées ? Je me souviens de l’avoir préconisée il y a vingt ans de ça, rappelle-t-il. Notre monde est instable et violent. Les menaces sont diffuses. Nous devons être à tout moment en mesure d’aller là où les événements appellent la France.
Au quartier Fayolle, en plein cœur de la ville, il est l’hôte du 1er RIMA, un régiment d’infanterie de marine. Les « marsouins » ont participé à l’opération Licorne en Côte-d’Ivoire en 2006. Pour leur visiteur, ils scénarisent quelques situations de terrain, représentant leurs missions et leurs capacités : assistance aux populations civiles ; franchissement et établissement de postes de contrôle ; combat de haute intensité. La façade d’un des bâtiments devient celle d’une gare, devant laquelle un colis suspect a été repéré. Un peu plus loin, de jeunes militaires adoptent pour l'occasion l’armement hétéroclites et le comportement erratique des troupes irrégulières affrontées dans les situations de guérilla. A chaque atelier, un sous-officier expose la problématique au Premier ministre,attentif. Pour terminer les démonstrations, un escadron en alerte « Guépard » à 72 heures et plusieurs équipements représentant une partie de l’avenir stratégique français lui sont présentés : en 2008, le Véhicule Blindé de Combat d’Infanterie, doté de 8 roues et d'une tourelle, succèdera à l’AMX10P à chenilles, vieux de 30 ans :

- Votre
formation poussée et votre équipement sophistiqués font de vous des spécialistes, rappelle le Premier ministre. Il vous faut pouvoir compter sur les meilleures technologies.Mais pour l’instant, c’est dans un AMX10RC, à canon de 105mm qu’on lui propose de monter. François Fillon, accompagné du ministre de la Défense, Hervé Morin, revêt la tenue camouflée et le casque réglementaire : assis au poste de pilotage, il devra rester en contact radio avec la tourelle. L’instruction est rapide :
- C’est un très bon pilote auto, et puis un char, c’est très simple à conduire, plaisante le général Cuche, chef d’État-major de l’armée de terre.
François Fillon exécute quelques manœuvres. A sa sortie, les photographes se précipitent pour saisir cette image insolite : le Premier ministre, casqué, reste concentré, mais son plaisir est visible. C’est l’heure d’un repas froid pris à « l’ordinaire », la cantine du marsouin, en compagnie de soldats de tous grades et des personnels civils qui composent le régiment. Debout, les soldats entonnent l’Hymne des troupes de marine, puis un chant nostalgique qui appartient à la tradition du 1er RIMA, « Marie Dominique », sur des paroles du romancier et marin Pierre MacOrlan.
C’est avec les épouses de militaires envoyés en opérations extérieures que le Premier ministre partage le café. François Fillon a été touché par les obsèques de deux jeunes sous-officiers tués en juillet. Il se dit très soucieux du soutien apporté aux familles :
- Votre métier n’est pas comme les autres. Il reste un métier de chair et de sang. Parfois, la mort est au bout de la mission.
Détail révélateur de la proximité qui lie à cet instant le Premier ministre aux hommes du 1er RIMA : pour écouter son allocution, les hommes du régiment quittent l’ordre serré et se massent au pied du mat des couleurs, autour de la tribune :
- Vous êtes allés au bout de vous-mêmes, au bout de la passion de servir et d’agir.
Le Premier ministre reprend à son compte une phrase de l’Hymne des troupes de marines :
- Pour faire un soldat de marine, il faut avoir dans la poitrine le cœur d’un matelot et celui d’un soldat. Je garde cette formule en tête. Elle peut m’être utile pour guider la France.
L’attention des hommes est entière. Leur émotion est forte. Conformément à la tradition militaire, il n’y a pas d’applaudissements.


