Le blog François Fillon
Monsieur le Président,
Mesdames et messieurs les Députés,
Aimé Césaire, mort le 17 avril, ne séparait pas son engagement militant du corps à corps qu’il menait avec les images et les mots.
« Pour comprendre ma politique, disait-il, lisez ma poésie ».
Césaire n’avait qu’un discours.
L’élu parlait le langage de l’artiste.
Ce langage, c’était d’abord celui de la conviction.
Si les poèmes de Césaire, comme ses prises de position politiques, pouvaient saisir, c’est qu’on y rencontrait la force, la pugnacité, parfois la défiance et le cri.
Sa rage servait sa vérité.
« Je suis, disait Césaire, du côté de l’espérance; mais d’une espérance conquise, lucide, hors de toute naïveté. »
Césaire combattait parce qu’il voulait le meilleur de deux mondes.
Pour son oeuvre, se mêlaient les images de l’Afrique originelle à la langue de Ronsard, de Molière, de Hugo.
Pour tous les Martiniquais, il aspirait au développement et à la double fidélité. Fidélité à l’histoire de cette terre qui était pour lui un « symbole de la vieille France ». Et fidélité au passé douloureux et enchaîné des peuples noirs.
Césaire voulait depuis les années 30 ce que nous avons appris si tardivement à concevoir : des identités fortes, mais ouvertes; affirmées, mais tolérantes; intimes et plurielles à la fois.
Aimé Césaire parlait le langage de la fierté.
Luttant pour les humiliés, il refusait la posture des victimes.
Son indépendance était constante, inflexible. Elle ravivait l’orgueil des siens.
Nous avons besoin de ceux dont la parole et les rêves portent loin.
Aimé Césaire a été pendant des décennies maire de Fort de France et député de la Martinique.
Il a été un grand élu.
Il a été un grand responsable.
Le responsable est celui qui se lève au nom des siens; qui prend la parole quand l’histoire questionne la société; c’est celui qui assume les combats qu’exige la justice.
Quand j’ai eu le privilège de rencontrer Aimé Césaire, en janvier de cette année, j’ai rencontré un homme qui n’avait pas abdiqué ce rôle.
J’ai vu un être raffiné, souriant, âgé sans doute, mais chez qui brûlait toujours une flamme.
Quand il s’agissait de plaider pour son île, cinq mois après de la crise du cyclone Dean, la force de ses textes revenait en lui et donnait des racines à ses colères.
Mesdames et messieurs les députés,
Je voudrais que l’éclairage qu’il a projeté sur notre XXe siècle porte aussi en avant.
Vers les pays d’Afrique, auprès desquels Césaire avait une audience immense : ils ont un avenir de liberté et de progrès à construire en mémoire de lui.
Vers les jeunes qui découvrent les textes de Césaire, pour que le rejet des injustices et des servitudes se grave en eux à travers la fulgurance de ses mots.
Et enfin, vers tous les peuples en quête de dignité afin que leurs revendications s’en trouvent guidées.
En 1934, avec Léopold Sedar SENGHOR et Léon-Gontran DAMAS, Césaire donnait la négritude aux descendants d’esclaves, comme un mot d’ordre, comme un nouveau baptême.
La négritude de Césaire était douloureuse, rebelle, frontale, mais elle était sans haine, sans sectarisme.
Césaire fouillait son identité pour toucher à l’universel.
Il voyait aussi que les identités, de plus en plus, se recouvrent sans s’exclure.
Avec toute la France, la Martinique lui a rendu pour ses obsèques un hommage d’une grandeur et d’une sincérité filiale.
En se rendant sur place, le Président de la République s’est associé à cette ferveur. Par sa présence, c’est toute notre nation qui marquait ainsi sa gratitude à l’égard d’Aimé Césaire.
Aujourd’hui, le sol de l’île renferme sa dépouille, mais le cœur de Césaire continue de battre.
Il bat pour la Martinique.
Il bat pour la France.
Il bat pour les femmes et les hommes du monde qui cherchent les mots de la dignité.
Par ses chants et ses appels, la voix d’Aimé Césaire est ainsi vivante.
Mer 14 mai 2008
4 commentaires
Monsieur le Premier Ministre,
Si les mots de votre discours sonnent bien comme un hommage, cet hommage serait plus beau encore si les idées exprimées dans l'oeuvre d'Aimé Césaire étaient présentes lorsqu'une décision concernant les ressortissants des anciennes colonnies françaises est sur le point d"être prise.
Je n'ignore pas que toute liberté est laissée aux préfets pour gérer l'expulsion des étrangers présents sur le sol français. mais la loi est la même pour tous, donc il ne faudrait pas justement que le concept de négritude, révélé par Aimé Césaire, soit le dénominateur commun de ces expulsions faites à la hâte et trop souvent médiatisées parce qu'injustes dans leur méthodes à défaut de l'être sur le fond.
Je profite de ce commentaire pour vous renouveller mes encouragements dans la politique de réformes de fond que vous avez entreprise. Il vous reste encore 4 ans pour tenir ce terrible enjeu, redonner de l'espoir aux Français.
Si les mots de votre discours sonnent bien comme un hommage, cet hommage serait plus beau encore si les idées exprimées dans l'oeuvre d'Aimé Césaire étaient présentes lorsqu'une décision concernant les ressortissants des anciennes colonnies françaises est sur le point d"être prise.
Je n'ignore pas que toute liberté est laissée aux préfets pour gérer l'expulsion des étrangers présents sur le sol français. mais la loi est la même pour tous, donc il ne faudrait pas justement que le concept de négritude, révélé par Aimé Césaire, soit le dénominateur commun de ces expulsions faites à la hâte et trop souvent médiatisées parce qu'injustes dans leur méthodes à défaut de l'être sur le fond.
Je profite de ce commentaire pour vous renouveller mes encouragements dans la politique de réformes de fond que vous avez entreprise. Il vous reste encore 4 ans pour tenir ce terrible enjeu, redonner de l'espoir aux Français.
Corrine Maille - le 15/05/2008 à 10h41
vous avez raison
gege - le 15/05/2008 à 10h43
Bonjour M. FILLLON
La gauche n'a pas non plus le monopole de la négritude et du métissage en général !
Césaire à ouvert la voie et rendu sa fierté à une grande partie de notre nation en métropole et surtout dans l'outre-mer qui au-delà des clichés qu'ellu subit est souvent monter en exemple pour son modèle d'intégration et de son vivre ensemble pour de nombreuses communautés
L 'outre-mer français est un vrai laboratoire du monde !
Un réunnionais d'adoption
La gauche n'a pas non plus le monopole de la négritude et du métissage en général !
Césaire à ouvert la voie et rendu sa fierté à une grande partie de notre nation en métropole et surtout dans l'outre-mer qui au-delà des clichés qu'ellu subit est souvent monter en exemple pour son modèle d'intégration et de son vivre ensemble pour de nombreuses communautés
L 'outre-mer français est un vrai laboratoire du monde !
Un réunnionais d'adoption
S. BROSSARD - le 17/05/2008 à 14h01
Dans cet hommage vous associez Léopold Sedar SENGHOR et Léon-Gontran DAMAS, mais il est dommage que vous n'ayez pas ajouté le nom de René Maran, dont Léopold-Sédar Senghor disait qu'il avait été le véritable précurseur du concept de la Négritude.
René Maran, qui en parlant de lui même disait :
- "Je suis un écrivain qui a réussi, chose rare, à demeurer, toute sa vie, et en toute occasion, un homme. Et il se fait que, par-dessus le marché, cet homme est de couleur, et qu’il a servi, sa vie durant, et de son mieux, par ses écrits, malgré certaines apparences, la belle cause de la fraternisation raciale et celle des rapprochements sociaux."
Cela dit, Monsieur le Premier Ministre, par vos quelques mots auxquels vous associez la Président de la République Nicolas Sarkozy, vous servez, sans le citer, la même cause que René Maran : la belle cause de la fraternisation raciale et celle des rapprochements sociaux.
Merci