Le blog François Fillon

A l'occasion de la Convention sociale de l'UMP, le 12 juin 2008, le Premier ministre a prononcé le discours suivant.

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Mon cher Patrick,
Mes chers amis,

En organisant cette convention, l’UMP marque sa volonté d’être toujours un carrefour intellectuel où se dessine l’avenir.
Le but de notre formation politique, n’est pas seulement de soutenir l’action gouvernementale, il est aussi de sentir les vibrations du pays et d’anticiper l’avenir.
En consacrant vos travaux à la justice sociale, vous rejoignez l’une de mes convictions : il n’y a pas d’ambition nationale sans solidarité nationale !
On ne bâtit pas une économie forte sur un pacte social faible. Opposer la concurrence à la justice, l’efficacité à la dignité, c’est le plus sûr moyen de n’avoir ni l’une, ni l’autre.

La question sociale est au cœur du mouvement populaire que nous sommes. Et notre singularité est de l’aborder avec un regard neuf, et surtout de la traiter avec des actes.
Ceux qui depuis 15 ans s’emploient à sauver le régime de retraite par répartition, c’est nous !
Ceux qui créent le RSA, c’est nous !
Ceux qui réforment la santé et réorganisent l’hôpital pour éviter leur naufrage, c’est nous !
Ceux qui luttent fermement contre cette délinquance qui mine la vie de nos concitoyens les plus exposés, c’est nous !
Tout cela, c’est de la justice sociale. 

Vous le savez, la question sociale a longtemps été dominée par des idées et des valeurs fausses, et la gauche y a une large part de responsabilité.
On a longtemps fait croire aux Français que la prospérité et la croissance étaient des données quasi-mécaniques. Alors qu’elles constituent un combat qui réclame plus d’efforts, plus d’innovation, plus d’audace.
On leur a fait croire que la mondialisation était une option, alors qu’elle est une révolution incontournable qui bouscule  les anciennes puissances industrielles et les certitudes de l’«Etat providence».
On leur a fait croire que le partage du temps de travail donnait du travail à tous, quant on ne leur a pas dit qu’en travaillant moins on pouvait gagner tout autant.
On leur a fait croire que le marché et l’entreprise étaient les adversaires «naturels» du salarié… Que les retraites pouvaient être financées en l’état malgré les évolutions démographiques… Que la santé n’avait pas de prix... Que l’éducation était un dû et non une exigence partagée… Que les déficits pouvaient éternellement financer notre relatif confort…

Pour tout dire, on leur a fait croire que l’élargissement des droits sociaux n’exigeait pas en retour un renforcement des devoirs et des réformes.

J’arrête ici la liste des idées fausses qui ont eu pour résultats d’asphyxier la croissance, d’entretenir le chômage de masse, et, à fortiori,  d’essouffler notre modèle social.
Il est bon de remettre les choses en ordre : pour assurer la solidarité il faut d’abord créer des richesses, et pour créer des richesses il n’y a pas d’autres moyens que de produire plus.
Tout autre discours est mensonger !
Ceux qui prétendent qu’on peut sauver notre modèle social sans remise en cause, sans efforts, en augmentant encore les impôts, en taxant encore plus les fortunes, en creusant encore plus les déficits, sont dans la posture, pas dans l’efficacité sociale. 

Il faut dire la vérité, car elle est au cœur de la justice.
Et la vérité, c’est qu’on ne peut avoir la meilleure santé du monde, l’Ecole et l’Université gratuite, des retraites pour tous, des allocations pour ceux qui sont dans le besoin, sans réformer notre système et sans se retrousser ensemble les manches !
Voilà ce que je crois, et j’ai la conviction qu’une large majorité de nos concitoyens le croit aussi.  

Mesdames et messieurs,

Quels sont nos principaux objectifs ?
Figurer parmi les trois premiers Etats européens en matière de croissance.
Réduire la pauvreté d’un tiers.
Remettre nos finances publiques en ordre d’ici 2012.
Et au centre de tous ces objectifs : nous voulons atteindre le plein emploi en cinq ans.

Les résultats commencent à être au rendez-vous.
Taux de chômage : 7,2 %, c’est du jamais vu depuis 1983 !
352 000 emplois créés, cela ne s’est vu que 5 fois depuis 1974 !
Au dernier trimestre, le chiffre atteint 70.000.
Quant au nombre d’allocataires du RMI, il a baissé en une année de près de 7%, et cela est notamment dû aux mesures d’intéressement à la reprise d’activité.

Ces chiffres sont très encourageants, mais il faut être lucides : plus nous avançons vers le plein emploi, plus nous nous approchons du noyau dur du chômage, et plus il faut donc réformer.

Réformer l’éducation car tout se décide dès le plus jeune âge : c’est notamment la réforme du primaire qui doit nous permettre de mettre le paquet sur le soutien scolaire pour les enfants qui décrochent.

Réformer les politiques de la ville en frappant au cœur de l’exclusion culturelle et sociale qui est à la source de l’exclusion professionnelle : c’est là l’un des objectifs du plan Banlieues.

Reformer notre marché du travail : c’est l’assouplissement du contrat de travail – qui vient d’être voté.

Réformer notre dispositif d’accompagnement des chômeurs : c’est la fusion ANPE et UNEDIC qui permettra de concentrer les moyens autour des demandeurs d’emploi.

Réformer notre stratégie d’incitation au travail : c’est le RSA, qui sera généralisé en 2009 et pour lequel nous allons dégager entre 1 et 1,5 milliards d’euros.
Cet effort massif exige, dans le même temps, de renforcer l’efficacité des dépenses actuelles qui sont de l’ordre de 11,5milliards d’euros, en simplifiant les prestations et en les destinant à nos concitoyens qui en ont le plus besoin.

Réformer l’assurance chômage. Dans cet esprit, nous allons proposer au Parlement qu’un demandeur d’emploi ne puisse refuser sans être sanctionné deux offres d’emploi compatibles avec son projet professionnel.

Réformer notre économie pour stimuler la concurrence et booster les PME. La loi est actuellement en débat au Parlement.
Réformer notre stratégie vis à vis des seniors.
Le constat est archiconnu.
En France, près des deux tiers des seniors ne sont déjà plus en emploi au moment où ils liquident leur retraite.
Cette situation, c’est la conséquence d’une approche malthusienne qui nous a malheureusement trop longtemps bernés.
Un groupe de travail a été mis en place avec les partenaires sociaux, sur la base des orientations transmises par le Gouvernement. Nous ferons nos choix très rapidement, afin que le projet de loi de financement de la sécurité sociale pour 2009 soit une étape décisive.

Réformer enfin la formation professionnelle.
Notre système a fait ses preuves, mais il a vieilli.
Son efficacité est incertaine et sa gouvernance contestable.
Les fonds consacrés à la formation – qui représentent plus de 25 milliards d’euros - doivent être utilisés de manière à la fois plus juste et plus efficace.
Nous allons proposer aux partenaires sociaux des pistes pour améliorer ce dispositif afin qu’ils puissent lancer leur négociation rapidement.

Toutes ces réformes, nous avons commencé à les faire.
Nous irons jusqu’au bout des exigences du plein emploi. Car c’est lui – le plein emploi ! - qui est au carrefour de tous nos défis : celui du pouvoir d’achat, celui de la compétitivité, celui de l’intégration, celui du  désendettement, celui de la solidarité, celui de la justice sociale.
 
Pour réformer, nous avons choisi une méthode : celle du dialogue social.

Il est un fait que je crois peu contestable : aucun gouvernement n’est allé, comme le nôtre, aussi loin dans le dialogue social.
Il n’est pas un projet de nature social qui n’ait fait l’objet d’une saisine des partenaires sociaux avant d’être soumis au Parlement.

Pourquoi avons-nous, avec Xavier Bertrand, Christine Lagarde, Eric Woerth, Martin Hirsch, privilégié scrupuleusement cette démarche ?

Parce que nous faisons un pari qui peut changer la France dans ses profondeurs : celui d’une rénovation de notre démocratie sociale.
Hier, tout venait du sommet.
Hier, les idéologies distinguaient les « bons », des « méchants ».

Désormais, le temps est venu de faire émerger une société de confiance; une société capable de dégager des solutions et des compromis sur le terrain, et notamment dans les entreprises, là où entrepreneurs et salariés doivent joindre leurs intérêts.

Alors, c’est vrai : parfois, le dialogue social se crispe un peu…
On le voit ces jours-ci sur le temps de travail.

Nous avons décidé d’introduire dans le projet de loi transposant la position commune sur la représentativité syndicale une adaptation audacieuse de notre droit sur la durée du travail, qui est de nature à desserrer l’étau des 35 heures.
Il ne s’agit pas de renoncer à la durée légale du travail.
Il s’agit de permettre la négociation de l’usage des heures supplémentaires dans l’entreprise sur la base d’accords majoritaires. Le tout en libérant l’entreprise de toutes les contraintes qui pèsent sur elle : contraintes qui ont été décidées dans les accords de branches, à d’autres époques ; contraintes législatives qui font que, dans tel ou tel secteur, on ne peut pas dépasser tant d’heures supplémentaires.

Nous le voyons chaque jour, les heures supplémentaires défiscalisées constituent une réussite.
Mais il y a encore des cas, fréquents, où les entreprises et les salariés voudraient bien travailler plus mais ne le peuvent pas, car ils se heurtent à des verrous hérités des lois Aubry.

Ce sont ces verrous que nous voulons faire sauter avec le projet de loi qui sera présenté la semaine prochaine au Conseil des ministres.

Je le répète, la durée légale est maintenue à 35 h. Toute heure réalisée au-delà sera une heure supplémentaire et donc rémunérée comme telle !
Mais nous ouvrons de nouvelles latitudes aux entreprises pour organiser le temps de travail par des accords : à l’avenir, ce sera dans l’entreprise que seront librement fixés le volume du contingent d’heures supplémentaires et les repos compensateurs, dans le respect des durées maximales du travail prévues par la loi.
Bien entendu, nous sommes prêts à regarder avec les partenaires sociaux quelles pourraient être les évolutions nécessaires dans ce cadre.
La voie du dialogue reste ouverte. Mais chacun doit être conscient de notre détermination à agir.

Les organisations syndicales et patronales nous disent : « mais vous ne reprenez pas intégralement l’accord qu’on vous a proposé !». Je les entends et je les respecte.
Mais il faut parler clairement : le respect de la démocratie sociale ne signifie pas l’effacement de la démocratie politique !
Quand nous demandons aux partenaires sociaux de négocier sur le temps de travail et qu’ils ne le font qu’à la marge, il est naturel que le gouvernement et le Parlement prennent leurs responsabilités.

Nous sommes déterminés, non seulement parce que nous avons la conviction que la rigidité des 35heures est antiéconomique et antisociale, mais aussi et surtout parce que nous pensons que les conditions d’une négociation responsable dans l’entreprise vont progressivement être réunies.

L’évolution des règles de la représentativité portée par la « position commune », du  9 avril, est décisive.
Désormais, la représentativité des organisations syndicales se fondera sur leurs résultats aux élections professionnelles dans l’entreprise.
La légitimité des syndicats reposera sur « la base », et plus sur un arrêté ministériel de 1966 !
Je suis convaincu que nous sommes à l’aube d’une transformation de notre démocratie sociale.
C’est une occasion historique pour les partenaires sociaux de se renforcer, eux qui n’ont cessé de voir leurs effectifs et leur influence fondre au cours des trois dernières décennies. Qui dit renforcement des partenaires sociaux, dit responsabilité accrue. Et cette responsabilité, le gouvernement souhaite la voir s’exercer au plus près du terrain, là où l’organisation du travail intéresse directement et concrètement les salariés et les entrepreneurs.

Mesdames et messieurs,

La réhabilitation du travail n’a de sens que si elle est récompensée - précisément ! - à sa juste valeur.

C’est le sens des heures supplémentaires défiscalisées qui bénéficient déjà à 6 millions de salariés. C’est aussi l’esprit de la loi de février 2008 sur le pouvoir d’achat permettant la monétisation des jours de RTT et des comptes épargne temps.

Mais nous ne voulons pas nous arrêter là.

Il faut redonner toute sa place à la négociation salariale.
Quand certaines branches ou certaines entreprises ne jouent pas le jeu, il est normal que l’Etat en tire les conséquences.
Je veux dire par là que les 20 milliards d’euros allègements de charges consentis par la collectivité aux entreprises doit pouvoir être davantage activée.
Nous allons établir une conditionnalité des allègements généraux de cotisations patronales, par rapport aux efforts de négociation salariale.
Un texte proposera une mise en œuvre selon un principe simple : toutes les entreprises soumises à l’obligation annuelle de négociation sur les salaires qui n’auront pas, une année donnée, satisfait à cette obligation verront leur allégement réduit de 10 %.
Et, si nécessaire, à l’avenir, l’incitation à négocier sera étendue au niveau des branches.

Toutes ces réformes, Mesdames et Messieurs, doivent contribuer à la refondation de notre pacte social.
Mais elles sont indissociables d’une autre réforme, elle aussi incontournable : celle de notre système de protection sociale.

Avec le Président de la République, nous ferons tout pour assurer la pérennité de notre protection sociale, en faisant les économies nécessaires, là où c’est justifié, mais aussi en répondant aux nouveaux besoins de notre société.
Dans quelques mois, nous relèverons ainsi le défi de la dépendance à travers la mise en place du 5ème risque.
Certes, nous le ferons de manière innovante, en faisant reposer ce nouveau risque sur un partenariat public/privé et en faisant appel de manière modérée à une participation sur le patrimoine.
Mais l’évolution des dépenses publiques liées à la dépendance restera nécessairement à la hausse.

En définitive, deux exigences nous guident.
Celle de l’équilibre car une sécurité sociale en déficit, c’est une génération qui s’endette au détriment d’une autre.
En 2011, je souhaite que le régime général soit à l’équilibre, ce qui signifie un rééquilibrage de la branche vieillesse par une hausse des cotisations retraite et un effort de maîtrise des dépenses de santé. Il faudra des mesures fortes et réparties sur l’ensemble des acteurs du système.

La seconde exigence, c’est celle du financement du vieillissement.
La protection sociale ne peut plus être analysée de manière totalement séparée, entre ses différentes branches.
Nous avons dès maintenant deux branches structurellement excédentaires, dont les recettes progressent de manière plus rapide que les dépenses : la branche famille et l’assurance chômage.
Devons-nous pour autant ajuster continuellement leurs dépenses à hauteur de leurs recettes ?
A l’évidence, non.
Pour relever le défi du vieillissement, il faut décloisonner nos approches. Dépenser l’argent là où nos concitoyens en ont le plus besoin, ce n’est ni un recul de la politique familiale, ni un recul de l’indemnisation du chômage !
Nous l’avons dit aux partenaires sociaux, et je sais que les représentants du MEDEF contestent cette vision des choses.
Mais nous devons quand même avoir le courage d’ouvrir ce débat.
Sans quoi nous courrons le plus grand risque : celui d’avoir finalement et des dépenses nouvelles et des prélèvements supplémentaires.

Mesdames et Messieurs,  Mes chers amis,

Depuis un an, nous modernisons la France. Et je vois qu’elle se transforme, qu’elle s’adapte, qu’elle se bât dans l’adversité.
Je suis fier de mon pays.
Et je veux vous dire que je suis également fier de servir le Président de la République.
Chacune de nos réformes, répond à chacun de nos engagements. Cette fidélité à notre projet, c’est notre force intime.

Je milite depuis tant d’années pour cette rénovation urgente de notre nation, que rien ne me détourne de cet objectif et de mon devoir.
Aujourd’hui, nous avons le pouvoir d’agir avec courage.
Le courage de ne pas perdre le fil de l’intérêt national malgré la pression des intérêts catégoriels.
Le courage de ne pas osciller en fonction des sondages et de ne pas vaciller en fonction des résistances.
Le courage de construire pour l’avenir.
L’avenir des jeunes générations qui ont grandi avec le chômage de masse et qui rêvent d’une société du plein emploi.
L’avenir de nos enfants qui ne doivent pas être contraints de payer nos dettes.
L’avenir de nos petits-enfants qui ne doivent pas être condamnés à voir leur environnement devenir irrespirable et invivable.

Je vois bien les hésitations, les crispations, les doutes, mais on ne construit pas l’avenir avec le regard rivé dans les sondages.
On ne transforme pas un grand et vieux pays comme la France en quelques mois.
Avec Nicolas Sarkozy, nous avons un cap, et nous le suivons avec la volonté d’être jugé par l’Histoire plutôt que par le microcosme.

Dans cette tâche, nous avons besoin de votre imagination, de votre capacité à faire surgir des idées en rassemblant des personnalités de tous horizons.
Nous avons ensemble le mandat de transformer la France. 
J’ai la conviction que nous sommes sur le bon chemin.
Et j’ai la certitude que nous pouvons réussir.





Jeu 12 jun 2008 4 commentaires
Bravo Monsieur Le Premier Ministre, ça c'est de la vision et de l'enthousiasme ! Bon courage et conservez svp votre regard et votre conviction dans cette direction. Je suis d'accord avec vous, c'est la seule possible. Bien repectueusement. Michèle Sully
michele sully - le 12/06/2008 à 14h58
Bonne chance pour ce soir M. Le Premier Ministre !
Rappelons-nous du débat dans cette même émission il y a un an environ. Le meilleur débat que j' ai jamais vu ! Vous étiez vif, clair, emporté, vrai !
Espérons qu' il en ressortira un dialogue plus constructif de la part de M. Hollande.
Je vais rater au moins 45 minutes à cause de mon boulot ! Zut ! Flûte ! Trut !
Marie Z - le 12/06/2008 à 16h11
L’exception française faite de rejet de la mondialisation, de défiance vis-à-vis de l’économie de marché, de résistance au changement d’un modèle social dépassé qui se maintient encore avec des expédients au détriment des générations futures. nous distingue par son ridicule. Dans les autres grands pays occidentaux, les mêmes évolutions sont considérées comme une source de bienfaits et de développement, au même titre que la démocratie. Or, une moitié de français s’en méfie terriblement et une minorité rêve encore d’un socialisme qui conduirait au bonheur d’une société aussi égalitaire que totalitaire.
Notre arrogance est à la fois à la hauteur de notre déclin relatif par rapport à nos voisins, qui travaillent tout simplement plus.

Le président Jacques Chirac n’avait pas eu le courage de remettre en cause les 35 heures considérées comme une « avancée sociale », alors que le recul économique était déjà patent. Le nouveau gouvernement a entrepris d’en sortir par le haut en incitant les français à travailler plus. Il était paradoxal de réduire la durée hebdomadaire et annuel du travail et d’augmenter, ensuite le nombre d’années de cotisations pour la retraite à taux plein ! Il faudra bien un jour calculer le temps de travail globalisé tout au long de la vie avec le maximum de souplesse pour l’individualisation des horaires en fonction des capacités et des contraintes de chaque salarié et de chaque entreprise.
Est-ce qu’un jour enfin, les responsables de gauche reconnaîtront tout haut ce qu’une majorité d’entre eux pensent tout bas : l’erreur collective des 35 heures. La bonne foi arithmétique de ses promoteurs n’est pas en cause, ni même la tendance historique à la baisse du temps de travail dans la durée de vie des citoyens qui s’allonge. L’erreur est de nature malthusienne ; ils pensaient à contre sens que la quantité de travail était limitée et qu’il fallait donc la partager. La facture des 35 h s’élèverait déjà à presque 20 milliards d’euros par an pour au mieux 400 000 emplois créés par le partage malthusien. Une simple division montre quand même plus de 50 000 euros par emploi créé ! Avec la même somme, on aurait pu générer trois fois plus d’emplois payés au SMIC et augmenter d’autant la richesse à se partager…

La même incohérence au nom de l’égalité des chances se retrouve dans les politiques de gestions du SMIC. Confondant politique économique et politique sociale, les gouvernements successifs ont été immanquablement tentés de donner un « coup de pouce » au SMIC en l’augmentant. L’intention est généreuse et honorable : il s’agit de penser à ceux qui sont en bas de l’échelle des revenus et tenir les promesses électorales. Quand l’efficacité et l’égalité sont réunies sous une même bannière, il est difficile de ne pas être séduit. Ainsi pendant des décennies ce choix a prévalu. Or la finalité des entreprises n’est pas de créer des emplois mais de la richesse. La compétitivité internationale impose de rémunérer les facteurs de production à leur valeur internationale. Ce n’est pas aux entreprises d’assurer la redistribution sociale, c’est à la collectivité de corriger la répartition des richesses ; par des transferts négatifs et positifs, et de permettre à chacun, sous condition, d’obtenir un revenu minimum décent.
La solidarité collective ne doit pas détruire la responsabilité individuelle. Il ne devrait pas y avoir de revenu, ou d’indemnisation sans contrepartie d’activité ou d’insertion. C’est une question de dignité pour les individus et d’efficacité pour la société. Il faut cesser d’assister de manière passive et encourager l’initiative. Le meilleur remède contre l’exclusion sociale, c’est la dynamique de projet et de responsabilisation. La responsabilisation solidaire doit prendre pas sur l’assistanat passif et addictif.
Pour retrouver le cercle vertueux d’une croissance fortement créatrice d’emploi et d’un faible taux de chômage vous avez initié la méthode la plus pragmatique : réduire les dépenses publiques pour baisser les charges et transformer les dépenses passives du chômage en dépenses actives pour l’emploi.

Jusqu’à présent ce n’était pas le courage de réformer qui a caractérisé les majorités successives du pays. Il y avait toujours une échéance électorale à l’horizon et une bonne raison de sacrifier le long terme et de justifier sa frilosité par la peur de mécontenter telle ou telle catégorie de la population. Dans ces conditions la réforme devient impossible puisque les décision prioritaires pour l’intérêt général ne sont généralement pas consensuelles et il se trouvera toujours un groupe de pression mécontent du changement. Ainsi, Le changement a un potentiel « électoralement sucidaire » non négligeable. Il a y a toujours d’autres urgences à court terme sur le pont des échéances électorales pour changer de cap et risquer la collision. C’est ainsi que pendant vingt ans, la France a été condamné par la cohabitation à l’impuissance à « l’accord momentané dans le désordre respecté » selon la formule de Pierre Massé. Ni la gauche, ni la droite se succédant au pouvoir n’ont eu le courage d’imposer la modernisation de l’Etat et les réformes structurelles qui ont si bien réussi aux Pays-Bas, en Espagne et surtout en Angleterre. A force de moins travailler et de différer les réformes, les français se sont appauvris par rapport à leurs voisins européens.
Le temps n’est plus à celui où ce qui était obtenu par les uns finissait pas être accordés aux autres. En période de croissance faible l’effet d’entraînement disparaît. Les avantages acquis se transforment en privilèges abusifs. Cessons de nous chamailler sur la nature des contrats de travail : la meilleure des sécurités c’est la compétence, et celle-ci passe par l’insertion professionnelle réussie. Le marché du travail n’est pas assez ouvert au profit de ceux qui veulent travailler, alors que d’autres sont intouchables, quelle que soit leur performance. Il y a toujours plus pour ceux qui peuvent prendre les autres en otages. Jusqu’en 2007, les pouvoirs publics ont quasi systématiquement cédé au chantage de la pression des corporatismes. Chaque corporation de l’oligopole social prenant tour à tour en otage une partie de la population pour améliorer sa position relative. Il suffisait de quelques taxis, routiers ou fonctionnaires pour bloquer la circulation, ralentir le pays et faire céder le pouvoir. En ces circonstances, il est plus confortable donner des avantages supplémentaires à la majorité qui s’agite et bloque l’économie.
Pour que les seuls rapports de forcent ne commandent plus les relations sociales, il faudrait que cesse la culture très française de le grève. Elle ne devrait intervenir qu’en dernier recours, après négociation et comme signe d’échec du dialogue social et non en préalable, comme une prise de la nation en otage, visant à peser dans le marchandage pour maintenir des acquis obsolètes. La fréquente lâcheté du pouvoir politique a ainsi contribué à accentuer le retard dans la modernisation du management et des relations sociales dans notre pays. Pour ne rien arranger le syndicalisme en France est moribond avec moins de 10 % des salariés syndiqués, soit trois à quatre fois moins que chez nos voisins européens. Espérons que la construction de l’Union va contraindre les services publics à la française à s’adapter dans un sens plus responsable, concurrentiel et libéral, au service, d’abord, des intérêts du citoyen consommateur et contribuable. La concurrence sauvage est certes condamnable, mais tout monopole est facteur de sclérose : un juste milieu est possible avec une flexibilité à visage humain.

Enfin aujourd’hui le courage de réformer l’emporte sur les démagogies électorales et l’exclusivisme des groupes de pression. Depuis la campagne présidentielle vous avez osé dire aux français la vérité sur les finances publiques, l’indispensables reforme de l’Etat et oser confronter toutes les illusions, poser toutes les questions. Vous n’avez jamais craint la confrontation avec ceux qui pensent que la solidarité consiste à faire payer toujours plus à des jeunes de moins en moins nombreux et qui réclament les partage des fruits de la croissance au lieu de s ‘activer pour l’augmenter. On ne peut plus laisser les rapports de force l’emporter sur l’intérêt général. Face aux crises que nous vivons, il faut réhabiliter l’espoir et la confiance. Dans un monde qui change pour la même manière pour tous, ce qui fait la différence c’est la capacité des hommes et des organisation à défier leurs certitudes et à se remettre en cause pour construire l’avenir autrement. Le déterminisme ne résiste pas à la détermination.
Pour rétablir une France qui avance, il faut la force et l’union des hommes rassemblés autours d’une vision collective mobilisatrice et orchestré par des hommes d’états audacieux portés par l’altruisme national et le seul intérêt général. Vous en êtes le plus loyal, le plus inébranlable et le plus capable des mandataires ...
Caroline Morard - le 12/06/2008 à 19h46
Attendez vous à une période très dure. 
Jean Pierre Chevrier - le 16/06/2008 à 11h28