Le blog François Fillon

L’affaire du CPE prend une tournure préoccupante.

L’annonce par Dominique de Villepin de l’ouverture d’un dialogue avec les partenaires sociaux  laissait entrevoir une issue favorable.

Plusieurs signes indiquaient que les organisations syndicales souhaitaient sincèrement aboutir à un accord acceptable par tous ou tout au moins à une désescalade dans la surenchère revendicatrice. François Chérèque et Bernard Thibaud sont parfaitement conscients des risques que court le pays si la crise se prolonge. Le plus immédiat est celui de la violence. Les évènements de cette semaine montrent que la crise des banlieues couve et pourrait bien se rallumer à l’occasion des désordres qu’engendrent inévitablement les manifestations à répétition des lycéens et des étudiants. Ces violences vont entacher l’action des organisations syndicales et susciter des réactions politiques que personne ne peut prévoir. La gauche en particulier ferait bien de se méfier. Sa démagogie a déjà conduit à un 21 avril 2002 qui ne demande qu’à se reproduire avec encore plus d’intensité. Que la CGT ait accepté de se rendre à l’invitation tardive du premier ministre sans préalable et sans les autres organisations de l’intersyndicale est un signe de bonne volonté qui traduit son inquiétude devant la montée d’une protestation qui risque de la dépasser. Dans ces conditions il est regrettable que la réunion de vendredi à Matignon ait été une réunion pour rien. Comment a-t-elle été préparée ? Quel était son objectif ? Marque-t-elle le début d’un processus de dialogue ou n’était elle destinée qu’à faire taire les critiques sur la méthode Villepin et l’absence de toute concertation préalable à la présentation devant le parlement du CPE ? Ces questions ne sont pas mineures. La France, comme je ne cesse de le répéter depuis deux ans, traverse une grave crise politique et sociale. Cette crise dont la gauche porte une responsabilité considérable en raison du discours mensonger qu’elle a tenu aux Français sur l’évolution du monde et sur l’état de la France n’a pas été suffisamment corrigée par l’action de notre majorité et des gouvernements qu’elle a soutenu depuis 2002. Le virage exécuté en catastrophe en 2004 a constitué une erreur que j’avais essayé d’éviter en démontrant que le résultat des élections régionales n’était que la première réplique du tremblement de terre du 21 avril 2002.

Il faut maintenant sortir au plus vite de l’impasse en ouvrant une grande négociation sur les évolutions nécessaires du contrat de travail et sur l’amélioration des sécurités professionnelles. Le rapport de la cour des comptes sur les insuffisances du service public de l’emploi peut fournir une bonne occasion de mettre enfin sur la table cette question sur laquelle nos voisins Britanniques et d’Europe du Nord ont conduit des expériences très positives. Les partenaires sociaux sont manifestement prêts a rentrer dans ce débat sinon ils ne se seraient pas rendus à Matignon vendredi sans aucune indication préalable sur le but de cette rencontre !

Sam 25 mar 2006 53 commentaires
Je n'ose imaginer que vous puissiez pêcher par naïveté. Que l'annonce faite par DDV de dialoguer avec les partenaires sociaux , même si là encore la charrue fut quand même mise avant les boeufs, fut porteuse d'espoir et que les centrales syndicales aient effectivement intérêt globalement à aboutir ne changent rien au scénario x fois vu, sous les législatures précédentes de droite comme de gauche.

Ce scénario dont on pourrait écrire par avance les pages jour après jour a immanquablement débouché sur l'affrontement de la position "je négocie maintenant"  du Premier Ministre  et "préalable à la négociation, retire ta loi" des syndicats. Pour la première position, elle est un grand classique des gouvernants qui s'y prennent toujours aussi mal, pour les seconds l'intérêt à négocier passe au second plan par rapport à celui incontournable de ne pas se couper de la rue et des histrions et autres professionnels de la grève estudiantins.

Cette journée du vendredi où le ministre s'arc boute sur sa loi tout en appelant à la négociation à visée apaisante et où les syndicats font montre d'une ouverture tout en fermant le débat par ce préalable du retrait est un "standard" de la négociation sociale en France, en période de manifs de rue.

Tout sentait l'urgence et de préparation il n'y eut point. La rencontre d'hier ne visait pas à mettre en place un "plan de prévention" mais à éteindre l'incendie.

Je ne crois pas et sûrement pas maintenant qu'il ait de place pour une "grande négociation". Parler, de façon étonnante vous concernant, de l'amélioration des sécurités professionnelles comme borne supérieure de la négociation apparaît comme le meilleur moyen de la plomber, car les solutions possibles au chomâge qui relèvent de la flexibilité, enfin c'est partout le cas en Europe, n'ont comme objectif de substituer aux contraintes à de nouvelles contraintes ou à tout nouveau carcan législatif ou réglementaire. Le risque tenant à discuter longtemps pour un jeu à somme nulle.

La gestion de cette loi depuis sa génèse a repoussé encore plus loin (était-ce possible ? force est de constater que oui) le challenge des réforme, et cela vaut pour la droite comme pour la gauche. Le ton est même donné pour que nous "conservions" toutes les dispositions actuelles acquises chères à notre gôche, ou que la négociation se fige dans des surenchères surréalistes mais tellement franco-françaises. Gauche et droite devraient se méfier car si tout le monde s'attend à ce que la gauche reprenne des couleurs à l'occasion du bordel ambiant, et même si personne n'en parle, ce sera plus probablement Le Pen qui tirera les marrons du feu.

On entend que le bruit de la rue et ses antiennes d'extrême gauche, les minorités braillardes, mais personne ne parle de la majorité silencieuse qui pourrait bien comme le 21 avril monter dans ses tours et interjeter notre borgne nationaliste.
matéo - le 25/03/2006 à 13h56
Matéo,

Pour obtenir plus de flexibilité il faut améliorer les sécurités comme l'ont fait les Danois, les Suédois ou même dans une moindre mesure les britanniques. Cela passe par une réforme profonde de l'indemnisation du chômage, du service public de l'emploi et la montée en puissance du droit individuel à la formation tout au long de la vie. Le risque de la situation actuelle n'est pas de continuer à discuter pour un jeu à somme nulle, il est de bloquer le pays et de donner le pouvoir à une gauche qui dépend de plus en plus d'une extrême gauche qui n'a rien à envier à l'extrême droite!
François Fillon

Si je vous comprends bien, Mr Fillon, vous semblez sous-entendre que l'ouverture proposée par le 1er Ministre pour un aménagement du CPE ne serait qu'une farce, et que les Syndicats se seraient faits rouler dans la farine ?


Vous les avez tous "pratiqués" ces dernières années, et plutôt avec succès, tant au Ministère des Affaires Sociales qu'à l'Education les plus durs) : vous savez donc de quoi vous parlez en affirmant que la CGT avait accepté l'invitation sans préalable, ce qui était apparemment un signe de bonne volonté.
Si c'est le cas, il y a du souci à se faire en effet sur la suite des évènements : les banlieues repointent déjà le bout de leur nez !


D'autant que le contexte est chargé : nous nous sommes" farcis" (à la TV et à la radio pour les plus chanceux dont je suis !) en moins de 6 mois : la SNCM et les dockers (percutants) ; les grévistes de la RTM (débilitants mais nuisibles) ; les émeutiers des banlieues (incendiaires) ; et maintenant çà !  C'est du non-stop.


Au secours !


Et quand on voit J. Chirac ne manifester son existence outragée que face à un discours d'E.A.Seillière... On se demande sur quelle planète il vit ! C'est vraiment le coq sur son tas de fumier !


Le 1er Ministre est déjà responsable des 5 ans de Jospin (là non plus, pas de Mr), va-t-il tout faire pour aider la Gauche à revenir alors qu'elle va si mal ?


Contrairement à Matéo, je crains beaucoup plus à une alliance de circonstance des extrèmes-gauche qu'à un danger venant de Le Pen.

Anne - le 25/03/2006 à 15h16
Bien résumé, la gauche française s'extrémise, c'est une évidence.

Entendre "la démocratie doit mourrir" est loin d'être réjouissant !
A cela, c'est à nous, qui la défendons, de montrer que finalement les minorités, même si elles se font voir, ne représentent pas l'opinion de l'ensemble des français.
Elles doivent avoir droit à la parole et être écoutée évidemment.

Mais elles doivent aussi respecter leurs opposants.
Et respecter également leurs libertés.
Mickaël Accou - le 25/03/2006 à 15h40
@François Fillon

Bien d'accord sur les exemples européens et sur la radicalisation de la gauche victime de son surmoi gauchiste, mais la méthode de la réforme ou de la négociation ne peut que consister dans un premier temps à "donner" aux employeurs la flexibilité, et ensuite si cela marche à y faire correspondre des contreparties. "On ne peut distribuer que la richesse que l'on a créé" disait Gerhard Schröder pendant la campagne en Allemagne.

La réforme au sens large, la vraie est dite "réforme en J" comme la forme de la courbe du bien être, puisque les exemples que vous citez se sont traduits les deux premières années par la dégradation des indicateurs du bien être des citoyens (indemnités chomâge, prestations sociales, etc...) avant de repartir à la hausse et de dépasser très nettement le point de départ de la réforme. Méthode, méthode ?!
matéo - le 25/03/2006 à 16h04
1 Gerhard Shroeder a perdu les élections!
2 Mieux organiser l'accompagnement des demandeurs d'emploi est une question d'organisation plus que de moyens supplémentaires.
François Fillon

Monsieur Fillon,


je vous fellicite de votre honneteté lorsque vous avouez que les gouvernements depuis 2002 ne se sont pas attaqués suffisaments aux sources des problèmes. Même s'il faut avouer aussi, que la gauche avait été encore plus inefficace entre 1997 et 2002.


Aussi croire que la crise est due au CPE est une erreur de plus, le problème est plus large. La crise des banlieux n'etait pas due au CPE.


Le vrai problème est qu'en 2002 nous avons élu un president pour une mission simple et claire : "remettre la france au travail".


La securité était un thème de campagne et une fonction régalienne de l'etat. C'est comme toutes les fonctions regaliennes : une evidence et une necessité.C'est bien pour çà que le travail pour retablir la securité n'a pas été si difficile que cela, car attendu par chacun.


Par contre la mission de remettre les francais au travail passait par du courage politique. Il fallait prendre pour premiere ordonnance du quinquenat la suspension immediate des 35 heures et mettre au travail le gouvernement sur un projet de loi revenant aux 39 heures en contrepartie d'avancées sociales et economiques significatives.Nous avions les cartes en main pour montrer aux francais que la droite était capable de favoriser l'economie en faisant aussi du social.


Les entreprises ont assimilé les 35 heures en gagnant en flexibilté, mais le pouvoir d'achat, le problème des retarites, la   


Monsieur Chirac nous a expliqué que l'on pouvait assouplir la reglementation, mais on s'est ainsi passé de l'avantage psychologique d'un message clair et précis.


aussi   


 

Vincent MILLER - le 25/03/2006 à 16h17

Article tiré de "Libération" le 25 Mars 2006  :



La droite continue de régler ses comptes sans entendre le pays


Chirac, Villepin et Sarkozy se surveillent avec une seule obsession : 2007.



Alors que des centaines de milliers de manifestants étaient encore dans les rues jeudi et qu'une grosse journée de mobilisation contre le CPE est attendue mardi, Jacques Chirac, Dominique de Villepin et Nicolas Sarkozy continuent de se marquer à la culotte. Au lieu de parler au pays et à une jeunesse inquiète, le trio infernal de la droite semble prisonnier d'une conversation à trois qui n'intéresse que lui. L'obsession du chef de l'Etat et du Premier ministre est d'empêcher Nicolas Sarkozy de tirer avantage de la crise. Ce que ce dernier ne manque pas de tenter à la moindre occasion. A force de s'épier et d'essayer de pousser l'adversaire à la faute, leurs petites stratégies n'ont eu pour l'instant qu'un résultat : rendre leurs actions incompréhensibles et illisibles pour l'opinion...

xpmb - le 25/03/2006 à 17h35
Bien vu ce blog ! Continue ainsi ! :)



Sonnerie Gratuite
Mimi - le 25/03/2006 à 17h49
@François Fillon

Certes pour Schröder mais n'oubliez pas que s'il a perdu, son programme différait assez peu de celui d'Angela Merkel et que tous deux étaient fondés sur l'économie "de l'offre". A la différence du PS français, le SPD a entamé deux ans avant les élections la réforme de l'indemnisation du chomâge, les lois Hartz, qui ont abouti "sans contrepartie" immédiate à la réduction des indemnisations et de la période d'indemnisation. En revanche, ces indemnités ont été augmentées pour certaines catégories plus exposées que d'autres et notamment les mères célibataires non qualifiées. Ca aura coûté sa réélection au chancelier sortant mais cela n'a pas empêché nos amis allemands d'aller dans le sens d'une solution durable à un déséquilibre de cette caisse de solidarité. Améliorer la sécurité professionnelle ne pourra de mon point de vue pas se faire sans que quelqu'un "paye" d'une manière ou d'une autre et sous une forme ou une autre ces ajouts à la protection sociale (en nature ou en industrie..)

Je ne crois pas de plus que les syndicats français, même si des velléités d'aboutir une négociation sont là, ne souhaitent, tout du moins pour ce qui est de la CGT ou de FO, aboutir. L'entrisme des trotskystes à FO et la présence (millénaire) de communistes "pur jus" à la CGTpour lesquels le capitalisme reste "à abattre" ne permettra pas le pilotage fin d'une négociation sociale toute à la fois protectrice et facteur de dynamisme. On n'a pas l'habitude de ce côté là de servir la soupe à son adversaire, maintenir les facteurs de lutte est déjà plus en phase avec cette idéologie. Accessoirement et vous devez mieux le savoir que nous, la CGT n'a pas signé d'accords majeurs depuis 20 ans.

Parfaitement d'accord pour dire sur le sujet des demandeurs d'emploi comme pour sur d'autres sujets d'ailleurs, que le point tient à l'organisation (méthodes , fonctionnement, déploiement des moyens et resssources) qu'à des moyens supplémentaires dont nous n'avons de toutes façons plus les moyens.
matéo - le 25/03/2006 à 17h59

Le gouvernement donne le sentiment d'avoir démissionné. Comment Villepin peut-il prétendre vouloir rencontrer les étudiants lycéens alors qu'il n'a même pas retiré ou suspendu le CPE ? C'est sur cette base seulement que les négociations pourront débuter. Monsieur Fillon, je sais que vous êtes attachés au dialogue social, alors, sommez Villepin de s'y employer lui aussi. Comment Chirac peut-il intervenir de Bruxelles, sans prendre en compte la dangereuse situation dans laquelle est le pays ? Pourquoi attendre la greve générale de mardi pour enfin céder ? Pourquoi vouloir a tout prix mettre au pas la jeunesse en la privant des droits auxquels elle a droit ? Pourquoi ne pas entendre les propositions de la gauche sur l'emploi ? (car elle en a bien que vous ne les entendiez pas)


Enfin, la France est tenue par des engagements internationaux. L'OIT interdit le licenciement sans motif.


 

Samuel - le 25/03/2006 à 18h42

La rue n'a jamais été admis comme un contre pouvoir dans les institutions; aujourd' hui ,on est arrivé à une situation ubuesque .


La loi est de bloquer les facs ,la loi est de faire en sorte qu'une minorité mette la pagaille et la majorité qui travaille subit,mais elle n'est pas l'attention des hommes politiques.


A 16 ANS : avant de manifester ,il serait bien que ces gamins qui défilent ,commencent déjà à finir leur études et à travailler ,sans vouloir travailler que les jours ouvrables de la semaine et gagner 1500 euros


Vous parlez de précarité ,mais cela fait vingt ans que je travaille dans un centre d'hébergement d'urgence pour les jeunes et personnes en difficulté ,je n'ai jamais vu  personne venir soutenir ces gens ; alors parler de la précarité est facile quand on y est pas confronté.


IL y en a marre de voir la FRANCE


 


 

pierre - le 25/03/2006 à 18h46