Le blog François Fillon
Pour une République moderne.
Y-a-t-il un lien entre le divorce des citoyens vis à vis de la politique et le fonctionnement de nos institutions ? Existe-t-il une relation entre la difficulté de réformer notre pays et l'organisation des pouvoirs en France ? Je le pense depuis plusieurs années. J'estime que la perte de légitimité, d'efficacité et de transparence qui caractérise l'action politique trouve, pour partie, sa source dans la question institutionnelle.
Alors que la France cherche des repères pour construire son avenir, nos institutions sont dépourvues de deux qualités majeures en période de doute et de mutation : la clarté pour gouverner et la représentativité pour délibérer. Je crois nécessaire de moderniser la république en donnant tout son sens à un principe cardinal dans toute démocratie : celui de la responsabilité. Responsabiliser l'autorité du Président de la république et responsabiliser la légitimité du Parlement, ces deux objectifs me conduisent, à titre personnel, à militer en faveur d'un régime présidentiel à la française au sein duquel les pouvoirs de l'exécutif et du législatif sont à la fois renforcés et mieux équilibrés.
Depuis 25 ans, le zapping électoral et les changements gouvernementaux répétés signent l'absence de lisibilité et de continuité du pouvoir exécutif.
Qui, au sommet de l'Etat, est comptable de la politique de la France ? Qui fait quoi ? Qui décide ? Qui assume ? Du temps du Général de Gaulle, ces questions ne se posaient pas... Et par ailleurs, le septennat sacralisait la fonction présidentielle en la plaçant au dessus des contingences. Mais dans le cadre d'un quinquennat qui accélère notre vie démocratique et là rend plus exigeante en terme de responsabilité politique, cette fonction souveraine et arbitrale perd de son sens.
Devant ce constat, nombreux sont ceux qui estiment que ce ne sont pas nos institutions qui sont en cause, mais leur usage… "Rien n'interdit au Président – disent-ils – de s'impliquer davantage dans les affaires du pays !". Certes, mais il me semblerait plus sain et plus utile à la France que nos institutions le poussent clairement à s'y impliquer !
Si, depuis plus de vingt ans, le Chef de l'Etat est tenté de n'intervenir que de façon épistolaire sur les questions intérieures, c'est bien que nos institutions ne le portent pas à s'engager directement sur les sujets sensibles. Cette conception parcimonieuse du pouvoir suprême ne me paraît ni conforme à la force symbolique de l'élection présidentielle ( qui est l'élection reine, et plus encore depuis qu'elle anticipe les élections législatives ! ), ni surtout conforme à la nécessaire pédagogie politique dont notre pays a impérativement besoin pour se moderniser et se rassembler.
Cette pédagogie vis à vis des Français doit être permanente, et elle ne peut être véritablement efficace que si elle est développée par celui que la nation a personnellement élu. Pour moi, le Chef de l'Etat doit être un acteur engagé. Il doit non seulement décider mais aussi s'expliquer de façon constante sur ses choix. Il doit être dans l'arène. Bref, il doit gouverner ! Dans cette perspective, je trouve, par exemple, anormal et frustrant, que le Président de la république ne puisse se rendre au Parlement pour défendre de vive voix sa politique. Je trouve également trompeuse – nous sommes là au cœur du problème ! - la distinction des rôles établie par notre constitution, entre un Président qui " veille au respect de la constitution et assure le fonctionnement régulier des pouvoirs publics ainsi que la continuité de l'Etat" ( art.5), et un Premier Ministre " qui dirige l'action du gouvernement ( art.21 ) ; "gouvernement – qui comble de l'ambiguïté ! - détermine et conduit la politique de la nation ( art 20 )".
Ces articles nous renvoient au coeur de l'organisation et donc du fonctionnement du pouvoir exécutif, dont le caractère "monarchique" et bicéphale mérite d'être repensé.
J'estime que cette organisation bancale n'est pas pour rien dans l'absence de continuité gouvernementale dans notre pays. Au fil du temps, le Premier Ministre n'est plus seulement considéré comme un ultime "fusible", il est devenu une sorte de personnage défouloir derrière lequel s'abrite le véritable décideur. Depuis 1980, 26 gouvernements se sont succédés en France. En Allemagne le chiffre est de 9, en Espagne de 8 et en Grande Bretagne de 7. Chez nous, à la première élection locale perdue, au premier blocage social sérieux, au premier sondage décevant, on change les équipes, on redécoupe les ministères et les administrations, on redéfinit le cap. Toutes les politiques économiques et sociales qui ont réussi en Europe résultent d'une action réformiste s'inscrivant dans le temps. Chez nous, les conservatismes durent parce que les gouvernements ne durent pas !
Cette fébrilité bien française n'est pas exclusivement culturelle… Elle est aussi portée par la nature de nos pouvoirs. L'absence de continuité politique serait bien moindre si la responsabilité du Chef de l'Etat était clairement engagée sur le plan constitutionnel et si l'organisation gouvernementale était mieux rationalisée, notamment par le resserrement des équipes dirigeantes et l'inscription de la liste et des attributions des ministères dans une loi organique.
Un Président qui conduit la politique de la Nation et qui se doit de l'expliquer à ses concitoyens les yeux dans les yeux, un gouvernement resserré et assuré de la durée : voilà ce que doit être un exécutif moderne et efficace.
Cet exécutif rénové doit être équilibré par le parlement ; un parlement qui doit être plus actif, plus créatif et surtout mieux respecté. Celui-ci est aujourd'hui l'ombre de ce qu'il devrait être. Si l'Etat est si mal géré, c'est que le contrôle du législateur n'est pas assez serré ! Si les tensions qui traversent notre société s'expriment de façon chronique dans la rue, c'est que notre démocratie parlementaire ne joue pas pleinement son rôle d'interprète et de régulateur social.
Pour renforcer le Parlement, bien des solutions existent : étendre son pouvoir de contrôle sur le gouvernement et ses administrations, étoffer ses capacités d'expertise par le transfert de certains organismes publics, élargir ses compétences dans le domaine des nominations qui sont aujourd'hui concentrées dans les mains de l'exécutif… A l'évidence, on ne peut élargir la responsabilité de l'Assemblée nationale sans s'interroger sur l'épée de Damoclès qui pèse au dessus de sa tête : je veux parler de l'article 12 de notre constitution. Certes, le quinquennat a limité les risques d'un divorce entre le chef de l'Etat et sa majorité, mais le droit de dissolution n'en reste pas moins un outil d'intimidation qui ne laisse pas beaucoup de place à l'audace politique de la chambre. Il serait inconsidéré d'abroger ce droit de dissolution. Je suggère plutôt – conformément d'ailleurs à l'esprit de Charles de Gaulle – de faire en sorte que la dissolution puisse être utilisée, mais son usage entraînerait alors la remise en jeu du mandat présidentiel.
Ce renforcement du Parlement devrait conduire l'Etat à une meilleure gestion, car celle ci sera mieux contrôlée et évaluée. Il devrait permettre aussi de canaliser les débats et les frustrations qui traversent notre société. Il devrait enfin favoriser une relance de la démocratie sociale par le biais d'une procédure législative mieux ciblée, et, dès lors, plus respectueuse des champs dévolus aux partenaires sociaux.
A l'approche de son cinquantième anniversaire, la Vème république présente des signes de grippage et d'essoufflement qu'il nous faut traiter sans nostalgie excessive. L'heure est venue d'ouvrir largement le débat.
J'ai un désaccord avec Arnaud Montebourg. Il veut renforcer les pouvoirs du Premier Ministre comme dans un régime parlementaire classique mais sans remettre en cause l'élection du Président de la République au suffrage universel. Je ne crois pas à cette approche. La légitimité que donne au Président son élection ne permet pas d'en réduire le rôle. C'est la raison pour laquelle je suis favorable à une évolution raisonnable vers un régime présidentiel.
Un autre point semble incontournable : le statut de l'élu pour permettre l'émergence de la société civile au parlement actuellement squatté à 70 % par des agents de la Fonction Publique, tablant sur un travail législatif plus pragmatique, mieux adapté aux besoins de la société.
Pour ce qui relève d'une actualité plus immédiate, et comme le préconise et le demande Christian Blanc, une démission de Jacques Chirac permettrait d'accélérer et surtout d'éclaircir une situation passablement nuageuse, obscure, et bel et bien bloquée.
Il est évident qu'il faut moderniser, "dépoussierer " nos institutions ! L'élection du Président pour cinq ans aurait dû en être l'occasion, mais les traditions monarchiques ont la vie dure, et c'est une chose que les Français semblent de moins en moins supporter. Le Roi en son Palais, qui consent à s'adresser au peuple le 14 juillet et pour les voeux est totalement obsolète, quand on sait parfaitement qu'il est en fait le chef de l'Exécutif.
A ce titre il doit assumer les responsabilités de la politique engagée et en expliquer régulièrement les tenants et aboutissants au Parlement et à la Nation qui l'a élu, sans pour autant tomber dans des interventions quasi-hebdomadaires comme aux USA !
A revoir aussi le fameux "train de vie de l'Etat" ! Sans la jouer "Cosette", prenons un peu exemple sur certains de nos voisins qui ne semblent pas être gouvernés par des "misérables" !
Ces élections quinquénnales exigeront aussi des résultats tangibles plus rapides et plus lisibles.
Quant au Parlement, outre son pouvoir accru, il semble incontournable pour qu'il remplisse son rôle de représentation des électeurs, que le statut des députés soit revu : seuls les fonctionnaires ou assimilés, et quelques trés rares privilégiés peuvent se permettre de siéger...sans garantie de réelection ! Or que connaissent ces députés actuels des problèmes au quotidien de la Société Civile ? Ils l'apprennent "sur le tas", lors de leurs week-ends de permanence ? Il n'est pas normal qu'ils soient si représentés en tout cas, car non représentatifs de la majorité.
Vous parlez de régime présidentiel sans aborder le rôle du 1er Ministre, Mr Fillon : que devient-il ? Se contente-t-il de coordonner l'action des différents ministères oeuvrant dans le sens fixé par le Chef de l'Etat ? Ne risque-t-il pas de rester le fusible qui saute dès qu'un mouvement de mécontentement s'amorce ? Ou alors disparaît-il à terme ?
Prosaïquement, je suis à 100% d'accord avec vous. Un régime présidentiel serait bien mieux que notre régime confus actuel. Et j'ajouterais qu'il serait bon que la moitié de l'Assemblée Nationale soit élue à la proportionnelle (ce qui concilierait l'impératif de possibilité raisonnable de stabilité et d'action parlementaire avec l'impératif de représentativité).
Moins prosaïquement, par contre, je sortirait du cadre institutionnel historiquement présent. Je pense que la démocratie libérale est facteur de décadance. Les élus accèdent à leur postes largement de par une prime à l'hypocrisie et au louvoyement. Les fonctionnaires sont souvent plus puissants que les élus. L'égalitarisme et l'abandon du Grand et du Beau ne cesse de progresser, soutenu par l'essence même de nos régimes (et j'inclue les pays de démocratie libérale qui se portent économiquement et géopolitiquement bien mieux que le nôtre).
Nos sociétés sont ostensiblement décadantes, je l'affirme ! Notre poid démographique s'effondre relativement au reste du monde (par ex : la proportion de musulmans dans le monde à doublée ces 150 dernières années, alors que pendant la même pèriode, celles des européens c'est divisée par 2, et elle risque fort de chuter encore bien plus !), l'analphétisme remonte (!), le déclassement social est partout, la violence urbaine est normalisée, la confiance dans la totalité des institutions existantes (politique, médiatique, culturelle, etc.) s'effondre (et je trouve ça largement légitime, d'ailleurs), etc. Ce ne sont pas des attributs d'une société, ou d'un ordre humain, viable et vertueuse ! On appelle ça la décadance !
Ce que je propose : unification et assertion civilisationnelle de l'Europe, abolition du fonctionnariat et de l'assistanat (fusion de l'Etat et de la société : uniforme et martialité à l'école, service civil, civique et paramilitaire de 6 mois ou d'un an obligatoire pour tous, déployement des effectifs de ce dit service pour assurer la civilité urbaine interne, etc.), instauration du tripartisme plus un traditionnel indo-européen (ordres (respectivement méta-démocratisés) de sages, de guerriers, d'ouvriers, plus de serviteurs stigmatisés (de façon surtout symbolique)) !
Effectuer puis sublimer la réconciliation de l'essence et de l'existence en l'être, abreuver le présent ponctuel à la source du présent éternel (la Tradition), voici de quoi tendre vers le Grand Style et le Bien stoïcien. :D
Monsieur FILLON,
Oui,notre Vème République est bien malade ,à la limite de la paralysie.
Pourtant,aussi longtemps que l'alternance démocratique ne sera pas passée dans les esprits,toutes nos institutions resteront impuissantes devant les manoeuvres de la Gauche qui a compris l'immense pouvoir de la rue, des syndicats en particulier,et surtout de la jeunesse,mot devenu magique,dans son approche démagogique.
Cette jeunesse est manipulable à souhait, et la Gauche en use et en abuse.
Quel texte de loi dans notre République empêche cette jeunesse de moins de 18 ans,non responsable et non éligible,de manifester "démocratiquement" ?
Et c'est pourtant celle-ci qui va poser des problèmes dans les mois à venir.
Quel décret dans notre Constitution pourrait réglementer cette inadmissible prise de pouvoir sur le législatif par des syndicats, au détriment des élus au Parlement ?
Le général de GAULLE avait voulu casser "le régime des partis" afin d'éviter cette constante lutte pour le pouvoir.
La Vème République a institué un nouveau "machin":l'omnipuissance de syndicats non représentatifs.
La Gauche a rajouté une nouvelle courroie de transmission pour accèder au pouvoir:la jeunesse,"l'avenir de notre pays"
Tout ceci est très habile,et si aucun consensus entre les différents partis représentés à l'Assemblée n'est obtenu concernant sa légitimité,toute tentavive de changement de nos institutions sera vaine.
Cordialement
Mr Fillon, ne pensez-vous pas qu'il faudrait revenir à un véritable régime parlementaire où le Parlement remplirait son rôle, le gouvernement conduirait véritablement la politique de la nation ( Art 20 de la constitution) et le Président serait la clé de voûte des institutions pour reprendre une expression fort connue, plutôt que d'en arriver à un régime présidentiel comme aux Etats-Unis?
Pourquoi a votre avis serions nous amenés à créer un régime présidentiel ? Je ne pense pas que ce soit une solution et je ne suis pas non plus pour une VI eme République que prônent plusieurs politiques. Je suis pour revenir à un véritable régime parlementaire où la rue ne gouvernerait plus.....
Monsieur Fillon,
Jusqu'à quand peut-on s'inscrire pour participer à cette journée de convention UMP?
L'inscription donne-t-elle droit à une poignée de mains amicale avec vous, entre deux discours?
Bien à vous.
Monsieur le Ministre,
Concernant les conventions UMP, l'une d'elles a, je crois, donné naissance à une proposition concernant le marché de l'emploi.
Si le CPE me semble être un bon outil pour changer les mentalités sur le marché français de l'emploi des jeunes, il est une proposition de l'UMP qui me chiffone et serait de nature à m'abstenir de voter pour ma propre famille politique aux prochaines présidentielles : le contrat de travail unique.
Selon mes informations, ce contrat se renforcerait avec le temps dans des proportions beaucoup plus considérables qu'actuellement pour le CDI, mais exposerait d'avantage l'employé pendant les premières années (une dizaine) avant d'obtenir les mêmes droits qu'aujourd'hui.
Cette mesure est de nature à rigidifier le marché et à détèriorer gravement les rapports entre employeurs et employés. Comment pouvoir jouer la loi du marché pour construire sa carrière lorsque votre ancienneté vous fait gagner des droits considérables que vous risquez de perdre lorsque que vous changez d'employeur ? Comment me sentir bien dans ma vie lorsque je reste dans une entreprise parce que je risque de perdre des droits, plutot que parce que je m'y épanouis ? Comment un employeur peut manager une entreprise lorsqu'elle se compose d'employés, au bout d'un temps plus une moins long, crispés sur le compteur de l'ancienneté ?
De plus, une telle mesure enlèverait de facto la capacité de mener une politique de l'emploi dirigée vers les publics otages de la mentalité française : aujourd'hui les jeunes et les seniors.
Il existe en France 37 contrats de travail différents. Pourquoi vouloir considérer que c'est un problème ? Cet état de fait offre une palette de possibilités aux entreprises et participe à la flexibilité, à la productivité et à la compétitivité de nos entreprises. Un raffraichissement est peut-être nécessaire pour supprimer quelques contrats devenus obsolètes dans le monde du travail aujourd'hui, mais surtout pas un scalp !
Monsieur le Ministre, rassurez moi sur nos prochaines orientations en la matière.
Très cordialement
Le cumul des mandats
Que penser du cumul des mandats ?
Peut-on materiellement gerer une collectivite locale efficacement et exercer serieusement son role de depute ?
A un depute a qui je posais la question la reponse fut:
Officiellement oui, officieusement non.
Non car actuellement 1% des lois sont d'initiative parlementaire. Non car on survit plus qu'on agit (pourtant son mandat local est dans la region parisienne, imaginez quand il est dans une region eloignee non desservie par un TGV).
Mais alors pourquoi garder plusieurs mandats demandais-je ?
Pour garantir mon independance (d'ou la reponse officielle). Ils (le comite central) ne peuvent rien contre moi tant et aussi longtemps que je reste maitre de ma commune. Meme en independant, je gagnerais mon siege.
Je me rappelle de cet autre commentaire a la radio il y a quelques annees d'un autre parlementaire: nous devons garder un mandat executif local pour rester en contact avec le terrain.
S'il faut un mandat local pour garder le contact avec ses concitoyens, nous avons toutes les raisons du monde de nous inquieter.
Le contre pouvoir
Vous connaissez bien l'Angleterre.
J'ai ete frappe au moment de l'affaire Kelly (ce scientifique qui s'est suicide apres avoir communique de l'information a la BBC sur les "Weapons of Mass Destruction" Irakiennes) de voir la confrontation de Mr Blair devant la commission des Lords. Nous avions la une veritable demonstration, il me semble, d'un contre pouvoir. Une reflexion dans ce sens, et remise dans le contexte francais, me semblerait souhaitable. Comment peut-on parler de legimite alors que planne des doutes sur la plus haute fonction executive de la nation qui benificie, au nom d'un principe inoui, d'une impunite.
Que l'on mette des gardes fous pour proteger c'est une chose. Que l'on construise une forteresse s'en est une autre.