Le blog François Fillon
« Chers élèves,
La cérémonie qui nous rassemble aujourd'hui est d'importance. Non pas parce que quelques "autorités" viennent vous souhaiter bonne chance à l'aube d'une année scolaire dont chacun de vous mesure qu'elle sera difficile, mais aussi stimulante. Elle est d'importance parce que, premiers élèves sarthois d'une section de khâgne, vous ouvrez une trace, celle d'une nouvelle formation ; une formation d'excellence à laquelle on n'accède que par le travail, le mérite et le talent. Cette section manquait en Sarthe. Sa création couronne les efforts déployés par votre proviseur et son équipe pour permettre aux élèves de notre département de mener, sans rupture, le cycle d'études qui prépare aux Ecoles Normales Supérieures. Qu'ils en soient remerciés. Leur volonté tenace dans un dossier que notre département attendait depuis plus de 20 ans a été déterminante. L'ouverture de cette section permet à notre département d'enrichir son offre de formations en classes préparatoires mais elle couronne, aussi, le haut niveau qu'il a atteint dans ce domaine. Les créations de telles sections sont en effet subordonnées à des critères exigeants et rigoureux. Exigence et rigueur, deux valeurs qui reflètent précisément ce que sont les écoles que vous préparez à intégrer. Leur organigramme n’a pas toujours été simple. Les réformes successives ont brouillé certains repères qu’on croyait fiables : on a connu certaines années des garçons qui choisissaient Fontenay, des filles qui entraient à Saint-Cloud, des "modernes" qui faisaient du latin, des "Lyonnais" qui accomplissaient leur scolarité à Cachan, et j’en passe… A l’intérieur de chaque école, la même liberté a régné, elle y règne encore, et il n’est pas rare que des élèves entrés avec une option histoire en ressortent titulaires d’une agrégation de langue - ou l’inverse. Est-ce à dire que vous entrez dans le royaume de la plus grande confusion ? Non, je m’empresse de le dire : d’abord, parce les attributions de l’ENS – Lettres et Sciences Humaines de Lyon que vous préparez sont parfaitement définies, mais surtout parce que cette souplesse même fait partie du jeu : elle est le privilège attaché au caractère exceptionnellement généraliste de votre formation et au recul qu’il confère. Langues, lettres, histoire, philo, le bagage que vous accumulez confirme au gré des options son ampleur remarquable – peut-être unique en Europe. Cette compétence n’est pas un talent de société. Ce n’est pas la polyvalence superficielle du touche-à-tout. C’est la condition d’un certain humanisme de pensée que le pays vous appelle à représenter : celui qui consiste à comparer, à rapprocher, à peser les idées au vu d’une connaissance large ; à penser en spécialistes, certes, mais aussi en vrais critiques, en intellectuels, en gens de culture et d’esprit. Faut-il recourir aux exemples célèbres de Jaurès, de Blum, de Sartre, d’Aron ou de Pompidou pour rappeler qu’au-delà du domaine universitaire, nous espérons des anciens élèves des khâgnes une présence particulière au sein de la cité ? Vous comprendrez qu’un tel rôle ne puisse être dévolu à des étudiants sans ambition, sans talent, sans exigences. Je sais que le mot d’élite fâche, et c’est pourtant le premier qui me vient à l’esprit, quand je veux définir la logique au nom de laquelle vous avez été sélectionnés. Elite, donc : prenons le mot en bonne part, sans y associer ni discrimination, ni esprit de caste. Elite, puisque c’est sur les preuves d’aptitudes remarquables, annoncées durant votre scolarité, démontrées lors du baccalauréat, confirmées en hypokhâgne, que vous parvenez ici. Elite, puisque dans un siècle où l’éducation de masse est notre préoccupation essentielle, c’est en très petit nombre – une vingtaine cette année – que vous préparerez les concours. Elite, puisque c’est justement la concentration d’étudiants brillants dans les khâgnes qui en fait l’esprit et que, l’émulation aidant, vous serez à vous-mêmes vos propres formateurs. Elite, enfin, qui justifie l’effort particulier consenti par l’Education nationale au service de votre avenir, et qui vous impose en retour un véritable devoir d’excellence. Les exigences qui vous sont désormais exprimées ne sont plus celles de vos parents, de vos amis, de vos professeurs, de tous ceux qui pouvaient prendre leur part de plaisir à vos succès ; ce sont celles d’un pays qui attend de vous l’innovation, la recherche, la vérification et la transmission des savoirs au plus haut niveau. C’est de votre excellence que la France, ses établissements d’enseignement, ses administrations centrales, ses entreprises ont besoin pour demain. L’objectif est élevé. Il est inaccessible sans une mobilisation longue, prolongée, étendue de vos efforts. La durée même de cette préparation – durée considérable pour ce qui n’est, officiellement, qu’une étape transitoire de votre cursus – dit assez que la patience, la ténacité, un souffle long font partie des qualités attendues. Pourquoi ? Parce que le concours de l’ENS n’est pas une simple porte à franchir, dont on pourrait vous lancer les clés à la volée, en quelques semaines ! Parce que les classes préparatoires vous offrent les seules clés qui vaillent pour ce genre de formation, c’est-à-dire une véritable refondation de vos méthodes de travail et de réflexion. Comment ? Par une imprégnation progressive, avec ses exercices réitérés, sur des mois, sur des trimestres. Avec son attention à la nuance, au détail. Avec – il faut les accepter – ses régressions, ses redites. Par cette lente maturation de vous-mêmes qui vous révélera, au bout de deux ans, capables et transformés. Deux ans pour perfectionner une culture, mais aussi une méthode du questionnement, une technique autonome de la recherche, un art d’organiser et d’exposer : dans un monde où l’exigence de résultat prime parfois sur l’approfondissement, nos khâgnes sont un refuge de la durée, un des rares endroits où l’on apprécie encore l’effet du temps long dans la formation de l’esprit. Vous comprendrez qu’un tel itinéraire s’accommode mal des ruptures. L’absence de khâgne au lycée Montesquieu en créait une. Elle rompait un travail dans lequel la continuité et la cohésion du groupe apparaissent déterminantes. Elle laissait au dispositif un goût d’inabouti. J’ai le plus grand plaisir à voir ouvrir avec vous cette classe qui l’achève : formation large, excellence de niveau, aptitude exceptionnelle à soutenir de mois en mois une concentration et une pugnacité sans trêve, elle en confirmera les atouts. »
en tant qu\\\'ancien khâgneux (depuis 6 ans maintenant), j\\\'adhère complètement à votre discours. La khâgne reste une filière d\\\'excellence qui permet à chacun de donner le meilleur de lui-même. Même si je ne suis pas rentré à l\\\'ens, je garde de ces années de formation un formidable souvenir, car l\\\'ambiance en prépa est meilleure qu\\\'on le dit (notre ancienne classe de khâgne se réunit encore régulièrement !) et aussi beaucoup de gratitude : a posteriori je peux dire que c\\\'est vraiment une formation sinon irremplaçable (on peut faire aussi de belles choses en entrant directement à l\\\'université) du moins extraordinairement enrichissante. Je la conseille à tous ceux qui hésiteraient ; on en repart plus mûr, plus autonome, plus homme ou plus femme, que l\\\'on ait d\\\'ailleurs ou non réussi le concours. Dans ma khâgne, nous étions une quinzaine : une seule est entrée à l\\\'ENS, mais aujourd\\\'hui quasiment tout le monde a trouvé sa voie et plus de la moitié d\\\'entre nous, dont votre serviteur, sont agrégés. Avis aux futurs enseignants !
En tant que Sarthois d'origine ayant été contraint à quitter sa terre natale pour réaliser Math Sup et Math Spé au Lycéee Descartes de Tours et à partir ensuite pour d'autres horizons, je me félicite de cette nouvelle prépa qui élève le niveau de l'enseignement général dans ce département...
Mais attention à ne pas tomber dans l'éxcès inverse qui consiste à maintenir les étudiants à proximité de leur région d'origine et ainsi à limiter leur vision du monde, leur champ d'investigation et de découvertes. Car la MOBILITE est nécessaire ensuite pour leur avenir professionnel et elle est un atout essentiel dans une économie mondialisée !
S. BROSSARD
Directeur Général de Construction Métalliques Océan Indien
Monsieur Fillon, je partage votre admiration pour le système français et l'excellence de la filière préparatoire. Mais comment pouvez-vous tenir ce discours et dans le même temps soutenir un candidat qui souhaite l'adaptation totale et absolue de notre pays à la mondialisation libérale, par l'Europe (cf son voyage en ce moment à Bruxelles et ses discours devant les "think tanks" les plus fédéralistes et libéraux qui soient) ?
Cordialement
Pierre
Ne vous laissez pas impréssioner par la désinformation et les caricatures que véhicule une gauche qui n'a plus rien inventé depuis 50 ans. Lisez le discours de NS plutôt que de vous offusquez des lieux où il le prononce.
à propos d'éducation et de transmission des savoirs, pourriez-vous nous donner votre sentiment sur la demande émise par le Conseil Représentatif des Associations Noires de retirer les 170.000 exemplaires de l'édition 2007 du Petit Robert en raison des définitions qu'il donne aux termes "coloniser" et "colonisation" (voir par ailleurs l'article du Figaro à ce sujet)?
Merci par avance.
Christophe Azaïs