Le blog François Fillon


François Fillon rencontre le Premier ministre Vietnamien à Hanoï le jeudi 12 novembre 09 lors de sa visite officielle au Vietnam. (version écrite et vidéo intégrale)
 

Monsieur le Premier ministre,

 

Je voudrais d'abord vous remercier de la chaleur de votre accueil, et vous redire combien la relation entre la France et le Vietnam est une relation spéciale. Une relation qui est liée à notre histoire, qui est liée à tout ce que nous avons en partage, et notamment la langue française. Et d'ailleurs, la visite que vous avez effectuée en octobre 2007 en France, vous a montré à quel point les Français étaient attentifs à tout ce qui passe au Vietnam et à la qualité de notre relation.

 

C'est la première visite d'un chef du gouvernement français au Vietnam. J'y suis venu accompagné de plusieurs ministres importants de mon gouvernement et de beaucoup de représentants d'entreprises, à la fois, pour relancer la coopération économique entre la France et le Vietnam, cette coopération économique qui est déjà à un très haut niveau mais qui peut progresser.

 

Les accords que nous avons signés vont permettre de donner un nouvel élan à cette coopération. Je pense en particulier à la décision que nous avons prise de coopérer dans le domaine du nucléaire civil ; à la création de l'Université de sciences et de technologie d'Hanoi à laquelle la France va apporter un soutien décisif ; ou encore, à la relance du Haut Conseil de la coopération économique, dont j'ai souhaité qu'il soit placé du côté français sous la présidence d'un membre du Gouvernement, Anne-Marie Idrac.

 

Nous avons souhaité que notre coopération culturelle et dans le domaine de l'éducation soit renforcée, soit approfondie, par le maintien, le développement, la consolidation des institutions qui permettent de faire fonctionner cette coopération en France et au Vietnam par la mise en œuvre d'une Année du Vietnam en France, et d'une Année de la France au Vietnam. Par la multiplication des échanges, et en particulier des échanges d'étudiants. Nous nous sommes engagés à accueillir encore plus d'étudiants vietnamiens, et j'ai en particulier mentionné les efforts considérables que fait la France depuis deux ans pour améliorer son système d'enseignement supérieur, et améliorer les conditions d'accueil des étudiants étrangers.

 

Nous avons également décidé d'approfondir notre coopération en matière de défense, en matière de sécurité intérieure. Et puis nous avons constaté que sur la plupart des questions internationales, la France et le Vietnam partageaient beaucoup de valeurs communes et avaient au fond une vision de la modernisation des institutions internationales qui était assez proche.

 

Nous allons donc nous employer, le Vietnam, présidant l'ASEAN en 2010, et la France présidant le G20 en 2011, à faire avancer la question de la moralisation de notre système financier international, la question d'un meilleur équilibre de la gouvernance mondiale faisant plus de place aux pays émergents, et la question des parités monétaires, dont on sait qu'il s'agit d'un sujet générateur de beaucoup de troubles sur le plan du commerce international.

 

Enfin nous avons constaté une grande identité de vue sur les enjeux de la conférence de Copenhague. Le Vietnam est d’ailleurs un des pays les plus menacés par les changements climatiques Nous voulons ensemble proposer une position commune à l’approche de cette conférence de Copenhague et nous allons travailler ensemble à la mise en œuvre au fond de principes politiques qui devraient permettre de faire en sorte que Copenhague soit un succès et ne reproduise pas les erreurs qui ont été commises à l’occasion de la conférence de Kyoto.

 

Je me réjouis que cette visite qui me donnera l’occasion de me rendre demain à Hô-Chi-Minh-Ville puis samedi à Hué soit l’occasion de manifester de la façon la plus forte possible l’excellence des relations entre la France et le Vietnam. Et je voudrais une nouvelle fois remercier le Gouvernement vietnamien et particulièrement vous-même, Monsieur le Premier ministre, pour la qualité de votre accueil et pour la qualité de la réunion de travail que nous venons d’avoir.

 



François Fillon en visite au Vietnam s'adresse à la communauté française à Hanoï le jeudi 12 novembre 09. (version écrite et vidéo intégrale)

  Mesdames et Messieurs les Ministres,

Mesdames et Messieurs les parlementaires

Monsieur l’Ambassadeur,

Mes chers compatriotes,

 

Je voudrais vous dire la grande joie qui est la mienne d'avoir presque, dès mon arrivée au Vietnam, l'occasion de rencontrer la communauté française, ici à Hanoi, et je veux remercier monsieur l’ambassadeur et son épouse pour leur accueil qui, naturellement, - et personne n'aurait compris qu'il en soit autrement - marie à merveille la tradition française à laquelle nous sommes attachés et le raffinement vietnamien.

 

Ma visite, c'est la première d’un chef de Gouvernement français au Vietnam. Ce n'est pas la première que j'effectue moi-même ; je m'y étais rendu il y a une quinzaine d'années en tant que ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche, dans le cadre de cette coopération si nourrie qui existe entre la France et le Vietnam dans le domaine de la culture, dans le domaine de l'enseignement et dans le domaine de la recherche. Mais aujourd'hui je suis venu dire au Gouvernement vietnamien que, pour la France, le Vietnam, compte tenu de sa croissance, de son développement et des liens qui nous unissent à lui, est un partenaire privilégié de la France. Et nous avons, il y a quelques instants, signé toute une série d'accords qui illustrent la force de ce partenariat. Des accords dans le domaine de la coopération en matière de nucléaire civil, des accords pour la mise en œuvre d'une université scientifique et technologique à Hanoi, pour laquelle la France va assurer une très grande partie de la mise en œuvre, et en particulier de la formation des enseignants ; des accords en matière de défense, en matière de sécurité intérieure, des accords aussi pour poursuivre et amplifier l'aide au développement de la France au Vietnam, avec le soutien au métro de Hanoi, avec le soutien à la construction d'une centrale électrique ou encore avec ce fameux projet, envisagé depuis si longtemps, de la reconstruction du pont de Long-Bien.

 

Nous avons beaucoup d'intérêts ici, et en particulier, la France qui milite notamment depuis l'élection du président de la République pour un changement profond de l'organisation du monde, de sa gouvernance, des règles du jeu international, la France veut donner au Vietnam toute sa place. Nous nous battons, vous le savez, pour que les règles financières internationales soient moralisées. Nous nous battons pour que la gouvernance internationale fasse la place qui lui est due aux grands pays émergents. Comment ne pas comprendre que le monde ne peut plus être gouverné comme au lendemain de la Seconde guerre mondiale ? Et pourtant, c'est bien, aujourd'hui, la situation de beaucoup des institutions internationales qui sont censées apporter des réponses aux problèmes du monde. Nous nous battons pour que le monde – et la France est en tête de ce combat – s'engage résolument pour la lutte contre les changements climatiques. Et ici, au Vietnam, cette lutte prend une résonance toute particulière puisque le Vietnam est un des pays les plus menacés par les changements climatiques. Et j'ai indiqué tout à l'heure au Premier ministre vietnamien que nous souhaitions, ensemble, faire en sorte que la conférence de Copenhague, qui va se dérouler dans quelques semaines, ne soit pas un échec, à l'image de ce qu'a été finalement la conférence de Kyoto, mais soit le début d'un vrai travail de la communauté internationale, réaliste et en même temps ambitieux, pour lutter contre les changements climatiques. Et en particulier, nous allons, avec le Vietnam, comme avec d'autres grands pays émergents – je pense au Brésil – proposer ensemble une position commune qui évite un face-à-face entre la Chine et les Etats-Unis qui pourrait bien se terminer par un accord qui aurait à la fois l'inconvénient d'être à notre détriment, et en même temps de ne pas être très ambitieux, s'agissant des objectifs de lutte contre les changements climatiques.

Voilà ! Nous avons beaucoup à faire entre la France et le Vietnam et ma visite va avoir pour objectif de donner un coup de booster à une coopération, notamment dans le domaine économique, qui en avait besoin. Et en particulier le Haut Conseil qui rassemble les représentants des entreprises françaises et vietnamiennes va être redynamisé et j'ai souhaité qu'il soit placé directement sous la présidence d'un membre du Gouvernement, Anne-Marie Idrac, pour lui donner toute la force nécessaire.

 

Mais ce que je voulais faire surtout en venant ici vous rencontrer, c'est vous remercier, vous dire la gratitude qui est celle du Gouvernement, et à travers moi, de l'ensemble des habitants de notre pays, de l'ensemble des Français pour le travail que vous accomplissez, ici, aux avant-postes, ici en représentants de la France, de l'ensemble de ses facettes, de l'ensemble de ses talents, de l'ensemble de ses génies. Je sais le rôle qui est le vôtre ; je sais que sans vous, tous les accords que nous avons signés, toutes les déclarations politiques que nous allons répéter tout au long de ce séjour, n'auraient pas de réalité. Et je voudrais vous dire combien je suis attaché à ce que, avec l'ambassadeur, nous améliorions l'environnement qui est le vôtre. D'abord l'environnement des affaires. Et nous allons y procéder en recentrant la Maison du droit franco vietnamienne sur le droit des affaires. Nous voulons aussi travailler à l'augmentation des cabinets d’avocats et des sociétés de services. Nous voulons faire en sorte que la présence de l’Hôpital français soit une vraie garantie pour chacun d'entre vous ou encore nous nous battons pour la nouvelle implantation du Lycée Alexandre Yersin, dont je sais à quel point elle est importante pour chacun d'entre vous.

 

Le pays que vous représentez, celui avec lequel vos liens sont plus ou moins étroits suivant la durée de votre séjour ici, est un pays qui est en train de changer, qui est en train de changer à grande vitesse, parce que nous avons décidé avec la Président de la République de mettre en œuvre un train de réformes sans précédent. Simplement parce que notre pays s'était endormi, et que sur beaucoup de sujets, il avait perdu de vue la dureté, l'âpreté de la compétition internationale. Nous avons perdu bien des parts de marché dans le passé, au regard naturellement des pays émergents d'Asie, mais aussi au regard de nos concurrents européens – je pense en particulier à nos amis allemands. Et donc, nous avons engagé un train de réformes qui vise pour l'essentiel à moderniser la France, qui vise pour l'essentiel à donner à nos universités et à notre recherche, la place qu'elles doivent avoir dans le monde. Et la réforme qui a été conduite par Valérie Pécresse, qui m'accompagne ici, pour donner aux universités françaises leur autonomie, comme toutes les grandes universités du monde, et faire en sorte qu'elles aient enfin les moyens et la liberté de s'organiser, de passer des partenariats avec des établissements de recherche, avec des universités étrangères, avec des entreprises, de créer des fondations pour aller chercher les moyens de leur développement, cette réforme est une des réformes fondamentales que nous avons voulue pour la compétitivité de l'économie française

 

De la même façon, nous avons engagé un effort considérable pour réduire les charges qui pèsent sur les entreprises françaises, et en particulier qui pèsent sur leurs investissements, pour qu'elles retrouvent cette compétitivité qui est si nécessaire si l'on veut tenir notre place dans le monde, gagner des marchés dans tous les pays émergents et créer chez nous les emplois et la richesse dont nous avons besoin pour maintenir notre modèle social.

 

Nous allons continuer cet effort. Nous allons le continuer en particulier en investissant dans les mois qui viennent sur quelques grands secteurs stratégiques pour faire en sorte que l'économie française, l'industrie française conservent les locomotives qui lui ont donné, dans les années 60 et les années 70, la place qui est la sienne dans le monde. Nous nous réjouissons aujourd'hui d'avoir signé des accords avec le Vietnam, par exemple sur l'achat d'Airbus A380, mais s'il y a des Airbus A380, c'est parce qu'il y a Airbus Industries, et s'il y a Airbus Industries c'est parce que dans les années 60, le Gouvernement français notamment, le Gouvernement allemand, ont décidé d'investir dans une industrie aéronautique qui ne serait pas née toute seule, qui ne serait pas née simplement du fonctionnement normal du marché.

 

De la même façon si nous avons signé avec le Vietnam un accord sur la coopération en matière de nucléaire civil, c'est parce que la France est au premier rang du nucléaire civil dans le monde. Et si nous sommes au premier rang du nucléaire civil dans le monde, c'est parce que, dans les années 60, le général de Gaulle, Georges Pompidou ont décidé d'investir de l'argent public dans l'énergie nucléaire et nous ont placé au niveau où nous sommes aujourd'hui. Si nous avons signé tout à l'heure un accord pour permettre au Vietnam de se doter d'un satellite d'observation destiné notamment à mieux connaître les phénomènes climatiques, qui sont en train de bouleverser l'écologie du Vietnam, c'est bien parce que la France et l'Europe sont au premier rang de l'industrie spatiale. Et là encore, si nous sommes au premier rang de l'industrie spatiale c'est parce qu'il y a eu une volonté politique et à un moment donné, des investissements publics qui nous ont donné le premier rang s'agissant des lancements de satellites dans le monde aujourd'hui. Et donc, avec l'emprunt que nous avons décidé de lancer, c'est ce que nous allons faire, investir dans les secteurs technologiques qui permettront à la France de rester au premier rang dans l'économie mondiale.

 

Voilà mesdames et messieurs et mes chers amis, les quelques messages que je voulais vous adresser à l'occasion de mon passage à Hanoi. Je voudrais vous redire l'admiration qui est la mienne, et la gratitude qui est celle du peuple français pour votre rôle ici. Je vous demande de continuer à porter haut et fort les couleurs de votre pays, et je fais, avec mon Gouvernement, tout ce qui est en mon possible pour faire en sorte que vous n'ayez jamais à rougir de la France.

 

 


François Fillon clôture le forum franco-vietnamien des entrepreneurs à Hanoï le vendredi 13 novembre 09 (version écrite et vidéo intégrale)

  Monsieur le vice-Premier ministre, mesdames et messieurs, quand l’axe de la terre vacille, notre devoir collectif, c’est de reconstruire un monde stable. La crise économique, le bouleversement du climat, nous sommes confrontés ensemble à des défis qui sont des défis historiques. Nous devons construire une mondialisation plus juste, nous devons préserver notre planète commune, nous devons regarder au loin, nous devons être conscients du jugement que l’avenir portera sur nous. La France prend ses responsabilités, elle les a prises lorsqu’elle avait l’honneur de présider l’Union européenne, elle les prend dans le cadre du G20, elle les prendra bientôt au sommet de Copenhague. Je sais que le Vietnam les prend aussi, au niveau national comme au niveau international. Je sais que le développement remarquable du Vietnam le conduira à peser de plus en plus dans la gouvernance mondiale et je crois que le Vietnam et la France, ensemble, peuvent faire beaucoup dans ce monde bouleversé qui exige de nous à la fois une action urgente et une réflexion pour l’avenir. Je le crois, parce que nos deux pays ont des relations marquées par une grande richesse et par une très grande profondeur. Ces relations trouvent leurs racines dans une histoire ancienne, encore plus ancienne que l’époque coloniale qui nous a rapprochés et séparés. Depuis, nous avons donné au monde un exemple de paix et de réconciliation. Nous pouvons maintenant donner au monde un exemple de partenariat stratégique entre l’Orient et l’Occident. Nous pouvons être pionniers dans le développement des liens entre l’Asie et l’Europe. Nous avons des relations historiques, culturelles, économiques, elles proviennent de notre héritage commun, mais ce sont aussi des relations d’avenir. Cette longue visite au Vietnam a pour moi une très grande importance, d’abord parce qu’elle me permet de prendre toute la mesure de nos relations, parce qu’elle est l’occasion d’y inscrire une nouvelle étape, c’est en effet la première fois qu’un chef du gouvernement est reçu ici en visite officielle. Mais c’est à titre personnel mon 2ème séjour et je sais d’expérience que le Vietnam ne cesse de changer. C’est d’ailleurs à peine si j’ai reconnu les rues d’Hanoï où il y a 15 ans, l’on ne circulait guère qu’à vélo. Le dynamisme du Vietnam est impressionnant, il est en train de devenir l’un des grands pays émergents, il va compter de plus en plus sur la scène mondiale. Depuis quelques années, son économie connaît un essor remarquable, cet essor est largement dû à la politique que vous avez appelée la politique de « la voie du renouveau » dans laquelle le Vietnam s’est engagé en 1986. Elle a donné d’excellents résultats, elle a aussi abouti, en 2007, à l’entrée du Vietnam dans l’Organisation Mondiale du Commerce à laquelle la France était favorable depuis longtemps. Toutes nos relations doivent désormais prendre acte de cette montée en puissance de l’économie vietnamienne. Par cette visite, je veux dire à quel point la France est attentive à ce « nouveau Vietnam », à ce « nouveau Vietnam » qui est en train de devenir pour nous, pour l’Asie, pour les pays du monde entier, un partenaire capital. C’est d’abord notre politique de coopération que nous sommes en train de réorienter. Cette politique est ancienne, elle doit rester vivante et pour cela, elle doit accepter de se moderniser. L’éducation, l’innovation technologique, le développement durable : il faut faire du Vietnam et de la France des partenaires de haut niveau dans tous les secteurs d’avenir. Nous avons signé hier deux accords intergouvernementaux qui concrétisent particulièrement bien ces orientations, le premier est un accord sur les utilisations pacifiques de l’énergie nucléaire ; l’autre apporte le soutien de la France à la création d’une université des Sciences et Technologies à Hanoi. Ces accords, avec les autres que nous avons signés, sont le fruit des démarches que nous avions entreprises à l’occasion de la visite en 2007 du Premier ministre vietnamien à Paris. Mais il faut aussi dire la vérité, comme vous l’avez fait je crois ce matin à plusieurs reprises, nos échanges économiques ne sont pas à la hauteur de nos politiques de coopération et ils le sont encore moins si l’on se réfère à nos liens culturels et à nos liens historiques. Nos exportations stagnent et nos parts de marché s’érodent depuis les années quatre-vingt-dix. La France ne profite pas assez des opportunités offertes par la croissance vietnamienne. Je sais que le Vietnam a des relations économiques très importantes avec les partenaires de sa région, c’est un facteur de stabilité autonome qu’il est hors de question naturellement pour nous de contester. Mais je crois aussi que nos entreprises ont une offre et une expertise qui peuvent répondre aux besoins que le Vietnam rencontre au fur et à mesure de son développement. Je pense aux atouts dont disposent les entreprises françaises dans le domaine de l’énergie, de l’environnement, des transports, des infrastructures et des services financiers. Je crois qu’il serait regrettable que nous laissions passer la chance de multiplier et d’intensifier des liens qui sont des liens utiles pour la France comme pour le Vietnam. Toutes les pistes qui peuvent être améliorées, qui peuvent améliorer nos partenariats doivent être explorées, c’est le principal objectif de ma visite. Je crois en particulier qu’il nous faut une plus grande visibilité, il est nécessaire que les entreprises vietnamiennes et les entreprises françaises se connaissent mieux. Leur mise en relation doit être facilitée. Nous avions créé, Il y a quelques années, un Haut Conseil de la coopération économique, ce Haut Conseil a joué un rôle utile mais il n’a pas été à la hauteur des espérances que nous avions mises dans sa création. Eh bien ! Nous sommes en train de le rénover, nous voulons qu’il associe plus étroitement les entreprises et nous avons décidé du côté français d’en confier la présidence à un membre du gouvernement, Anne-Marie IDRAC. Je crois aussi que nous devons favoriser ensemble la sécurité juridique, instaurer un environnement plus favorable aux affaires, écarter les obstacles qui peuvent entraver le commerce bilatéral. Nous avons tous les moyens de produire ensemble une réflexion exemplaire dans ce domaine, par exemple avec la Maison du Droit franco-vietnamienne que j’avais eu l’occasion de porter sur les fonts baptismaux en 1993, et qui va organiser la semaine prochaine la première conférence francophone régionale sur le droit des technologies de l’information et de la communication. Je crois enfin que nous pouvons nous appuyer sur les réussites que je suis heureux de saluer aujourd’hui devant vous : l’aéronautique d’abord, VIETNAM AIRLINES est devenu un très important client d’AIRBUS. Et avec les contrats qui ont été conclus hier, cette relation reposera désormais sur plusieurs piliers : la formation des pilotes, la création d’un centre de maintenance et un véritable partenariat industriel. Je pense au domaine spatial, nous avons signé une convention de financement pour un microsatellite EADS-ASTRIUM, dont nous espérons qu’il pourra être lancé par ARIANESPACE, dont je veux souligner devant vous que cette entreprise européenne a bien plus de la moitié du marché des lancements de satellites civils dans le monde. Je pense aux transports et en particulier au projet de métro de Hanoi et de tramways à Hô-Chi-Minh-Ville, et je veux saluer les progrès décisifs qui ont été accomplis sur ces deux projets. Parce qu’ils nous indiquent au fond la direction à suivre pour demain, cette direction c’est la multiplication des partenariats dans le domaine de l’économie verte. Ces projets de tramways et de métros vont accompagner la croissance du Vietnam, tout en réduisant les émissions de gaz à effet de serre. Avec ces projets, plus d’un million de tonnes de CO² par an pourraient être économisées, c’est-à-dire l’équivalent des émissions de 400.000 véhicules individuels neufs.

 

Avec le développement rapide de l’urbanisation, le Vietnam est confronté à de nouveaux défis, j’ai évidemment d’abord évoqué les transports, mais il y a aussi l’eau, l’assainissement. Je connais la mobilisation des autorités vietnamiennes sur ces enjeux qui sont des enjeux environnementaux et sanitaires absolument essentiels. La France dispose de compétences reconnues dans ce domaine, elle a les entreprises les mieux placées dans le monde. Elle a aussi inventé des modes de gestion innovants qui associent le public et le privé, eh bien ! Je suis convaincu que ces modes innovants peuvent répondre tout particulièrement aux besoins d’un pays comme le Vietnam, qui souhaite faire toute sa place au secteur privé tout en affirmant très clairement le rôle de la collectivité publique comme garante d’un progrès partagé. Et naturellement dans ce domaine, je vous invite à faire appel à des experts français qui seront plus à même de vous proposer le cadre juridique nécessaire à ces partenariats, que des experts américains ou japonais qui n’en ont jamais pratiqués. Dans tous les secteurs du développement durable, nos entreprises ont des savoir-faire déjà anciens et nous travaillons sans relâche à en développer de nouveaux. Nous sommes en pleine mutation de notre modèle de développement, nous ne renonçons pas à la croissance mais nous voulons une croissance qui soit plus respectueuse de l’environnement. Protéger l’environnement et relancer la croissance, aujourd’hui au fond c’est la même chose, c’est le même combat. C’est un enjeu économique pour nos entreprises qui ont de ce fait de nouveaux marchés à conquérir, c’est un défi pour notre recherche, pour notre formation et enfin, c’est une chance pour l’emploi, nous pensons que grâce à ces activités nouvelles c’est près de 600.000 emplois nouveaux qui seront créés en France d’ici 2020. Nous avons de nouveaux partenariats industriels à inventer mais nous avons aussi des décisions politiques à prendre. Je crois que le Vietnam et la France peuvent se saisir ensemble des occasions de renouveau que la crise économique et les bouleversements climatiques nous imposent. Cette crise et ces bouleversements nous obligent à prendre conscience de ce qui n’allait pas dans le monde tel qu’il était. Ils nous forcent à travailler tous ensemble avec la plus grande efficacité possible. Ils exigent de nous de l’inventivité et de la solidarité que nous avions peut-être perdues en pensant que les marchés allaient d’eux-mêmes nous livrer clés en mains un monde meilleur, comme si les Etats n’avaient plus de décisions à prendre, plus de chemins à tracer, plus de responsabilités à assumer. La vérité c’est que la France n’a jamais vraiment cru à un tel désengagement, la vérité c’est que la France a plusieurs fois mis en garde ses partenaires au cours des dernières années, aussi bien sur le climat que sur la dérégulation financière. Eh bien ! Les événements nous ont montré que nous n’avions pas tout à fait tort. A Copenhague, la France entend bien se tenir une nouvelle fois aux avant-postes des pays responsables. L’enjeu des négociations est simple, il est en même temps très ambitieux et il est très difficile à atteindre mais il est absolument nécessaire. Cet enjeu, c’est limiter l’augmentation de la température à 2°C au-dessus des niveaux préindustriels. Toutes les régions sont concernées et nous n’avons de chance d’aboutir à ce résultat que si nous engageons un effort planétaire sans précédent. Cet effort, bien entendu les Etats industrialisés sont les premiers à devoir le faire, et je veux vous dire que nous en sommes parfaitement conscients. Au moment de la présidence française, l’Union européenne s’est engagée sur une réduction de 20 % de ses émissions de gaz à effet de serre en 2020 par rapport à 1990. Ça n’est pas simplement un engagement politique, c’est un engagement juridique que les 27 Etats membres de l’Union européenne ont souscrit. Cette réduction pourrait d’ailleurs être portée à 30 %, si l’accord que nous allons obtenir à Copenhague est suffisamment ambitieux et si nos partenaires industrialisés – je pense naturellement aux Américains, aux Japonais, aux Chinois, aux Indiens – prennent des engagements de réduction comparables aux nôtres. Mais cet effort, il faut aussi que les pays en développement y apportent leur contribution. Et cette contribution, elle doit être adaptée à leurs capacités. Contre l’urgence climatique, je veux vous dire qu’aucun pays n’a le droit de se dérober à ses responsabilités. Evidemment, tout cela aura un coût et l’Europe est prête à assurer sa juste part du financement international, à condition que tous ses partenaires fassent de même. La France défendra dans cette négociation l’équité, elle soutiendra le principe d’une contribution universelle qui bénéficierait en priorité aux pays les plus pauvres, mais qui inciterait à lancer des politiques respectueuses de l’environnement. Il nous faudra des financements qui soient à la hauteur de ces défis considérables, il faudra que nous innovions  en utilisant par exemple une partie du revenu des enchères de quotas carbone, mais nous savons que cela ne suffira pas. Outils de prévision, ressources, adaptation des montants, nous avons beaucoup d’éléments à créer et à développer. Mais il faudra surtout que ces financements servent à promouvoir les technologies d’une croissance verte, partout dans le monde. Il est en effet impératif que le développement global n’entraîne pas la destruction des ressources naturelles de la planète, je pense en particulier à la forêt. Ce sera l’un des sujets de Copenhague, l’objectif c’est de réduire de moitié la déforestation en 2020 et de l’arrêter en 2030. La communauté internationale devra apporter une aide technique et financière aux pays qui sont concernés et dont les ressources ne permettent pas aujourd’hui d’assumer pleinement cette responsabilité. Je crois aussi que Copenhague ne pourra être un succès que si nous sommes capables de mettre en place une véritable gouvernance mondiale. Une gouvernance qui devra associer sur un pied d’égalité tous les pays concernés, qui devra rationaliser les efforts internationaux, qui devra veiller au respect des engagements pris. Je suis convaincu que seule la création d’une Organisation Mondiale de l’Environnement permettra d’atteindre pleinement ces objectifs et de faire en sorte que Copenhague ne soit pas la répétition des erreurs et des échecs qui ont suivis Kyoto. Mais cette coopération mondiale, elle a également besoin d’être devancée, d’être soutenue, d’être encouragée par des coopérations bilatérales entre les pays des différentes régions du monde. Beaucoup d’éléments sont réunis aujourd’hui pour que le Vietnam et la France donnent l’image d’une relation exemplaire en faveur de l’avenir de la planète. Le développement économique du Vietnam lui impose des besoins énergétiques de plus en plus grands, avant dix ans le Vietnam sera importateur d’énergies fossiles. De son côté, la France a été confrontée à une situation finalement assez similaire, nous n’avons plus de charbon depuis longtemps, nous avons peu de ressources fossiles et nous avons dû développer des solutions techniques particulières qui nous garantissent une croissance relativement économe en carbone. Dans les secteurs qui contribuent à réduire les émissions de gaz à effet de serre : l’efficacité énergétique d’abord, les énergies renouvelables, l’énergie nucléaire, l’agriculture durable, le reboisement ; dans tous ces secteurs-là, les entreprises françaises ont un savoir-faire reconnu. Ces compétences, nous sommes prêts à les partager avec vous, nous sommes prêts à transférer des technologies au Vietnam. Ça concerne l’atténuation des émissions et l’adaptation de nos modes de vie, mais ça concerne aussi la captation du carbone sur laquelle nous continuons à travailler d’arrache-pied. Ce sont des thèmes auxquels je sais, Monsieur le vice-Premier ministre, combien le Vietnam est sensible. Je veux saluer le courage et la responsabilité de votre pays qui, avec l’Indonésie, se place aux avant-postes de l’ASEAN et (j’ai envie de dire même) aux avant-postes des pays du Sud dans leur ensemble, par les initiatives qu’il a prises dans la lutte contre le changement climatique. Il faut dire que le Vietnam a conscience des enjeux, parce que le Vietnam est l’un des pays les plus directement confrontés aux effets du réchauffement. Je sais qu’une augmentation du niveau de la mer aurait des conséquences dramatiques dans la région des Delta, et les typhons Ketsana et Miranae (qui ont tout récemment frappé le Vietnam) nous rappellent que nous devons engager toutes nos forces dans la lutte contre les dérèglements climatiques. Face à cette menace, vous avez lancé un plan d’une exceptionnelle ampleur, je souhaite que l’Agence Française de Développement soutienne fortement cette initiative, je souhaite aussi que ce soit l’occasion d’étudier de nouvelles formes de financement. Le prêt direct de l’Agence Française de Développement au groupe Electricité du Vietnam, pour la construction du barrage hydroélectrique de Huoi Quang, représentera une première innovation financière. Dans quelques jours, le Forum économique et financier franco-vietnamien se tiendra à Ha Long. Il a pour thème « énergie et développement durable » et il aura précisément pour mission de réfléchir aux nouvelles formes d’investissement que nous impose la lutte contre le changement climatique. Le défi climatique exigera des investissements considérables, nous ne pourrons pas lancer les grands programmes nécessaires à la réduction des émissions de carbone sans concevoir des mécanismes financiers qui incitent à les engager. Et je me réjouis que nos deux pays travaillent ensemble sur ces sujets essentiels, comme je me réjouis qu’ils puissent donner l’exemple des partenariats économiques de demain. Les relations entre la France et le Vietnam, d’une certaine façon, expérimentent déjà un certain nombre de solutions que nous allons proposer à Copenhague. Mesdames et Messieurs, vous nous avez proposé ce matin de réfléchir sur deux thèmes : les défis d’une croissance durable ; et les outils d’un nouveau partenariat entre la France et le Vietnam, évidemment ces deux thèmes sont liés. Notre partenariat est nouveau parce que nos défis sont nouveaux, et notre partenariat est nouveau parce que le Vietnam change, parce que le Vietnam devient un grand pays émergent, parce que le Vietnam est un pays qui a des responsabilités et qui les assume dans le monde. C’est une grande satisfaction pour moi de sentir aujourd’hui que des relations historiques très anciennes entre deux pays peuvent s‘amplifier en regardant vers l’avenir. Eh bien ! Je veux qu’entre le Vietnam et la France, aucune chance d’amitié et de travail commun ne soit laissée de côté. Et c’est à vous, Mesdames et Messieurs, entrepreneurs vietnamiens et entrepreneurs français, c’est à vous qui me faites l’honneur de me recevoir que revient, en grande partie, le soin d’entraîner nos deux pays dans le sens de l’histoire en donnant de nouvelles impulsions à notre communauté de destins. Vive le Vietnam ! Vive la France.

 




François Fillon rencontre la communauté française d'Hô-Chi-Minh-Ville à l'occasion de son déplacement au Vietnam le vendredi 13 novembre 09.(version écrite et vidéo intégrale)

Mes chers compatriotes,

 

Je ne voulais pas venir en visite officielle au Vietnam sans venir à Hô-Chi-Minh-Ville, et je ne voulais surtout pas venir à Hô-Chi-Minh-Ville sans venir vous rencontrer. Et je voudrais d'abord remercier en votre nom à tous nos hôtes qui, si gentiment, ont organisé cette manifestation qui me permet de prendre contact avec vous et de vous dire que la visite que je viens d'effectuer au Vietnam est une étape importante dans la relation entre la France et le Vietnam. Il y a eu ici, et vous vous en souvenez peut-être, des visites mémorables, celle de François Mitterrand en 1993, celle de Jacques Chirac en 2004, mais c'est la première fois qu'un chef du Gouvernement français se rend en visite officielle au Vietnam, et je pense que cette nouveauté, qui pourrait paraître anecdotique, ne l'est pas tant que cela.

 

Dans l'histoire de nos relations avec le Vietnam, je pense que cette visite a une signification : celle d'un pragmatisme plus fort. Je suis évidemment, comme vous, très sensible à la profondeur des liens historiques qui unissent la France et le Vietnam, et je suis venu naturellement renouveler auprès du peuple vietnamien notre message d'amitié. Cette amitié entre la France et le Vietnam, c'est d'ailleurs une marque de stabilité dans un monde qui change si vite et parfois si brutalement, comme on vient de le constater avec la crise financière. Mais je veux aussi, et c'est la signification de mon voyage, que nos relations se tournent vraiment vers l'avenir, qu'elles s'adaptent à la réalité du monde et de nos pays, et le Vietnam d'aujourd'hui a peu de choses à voir avec celui d'il y a vingt ans, et la France d'aujourd'hui a bien changé par rapport à celle d'il y a quelques années.

 

Le Vietnam est en train de devenir un grand pays émergent. Il pèse et il pèsera de plus en plus en Asie et sur la scène internationale. Et je veux que notre politique de coopération soit ambitieuse. Je veux qu'elle soit à la hauteur du dynamisme et des succès du Vietnam. L'éducation et la recherche, l'innovation technologique, le développement durable, c'est dans ces directions d'avenir, où la France excelle et où le Vietnam a des besoins considérables que nous devons travailler ensemble. C'est ce que nous avons fait hier, en signant des accords intergouvernementaux qui concrétisent ces directions. Je pense à la coopération dans le secteur du nucléaire civil, qui est lancée. Et avec quel autre pays, le Vietnam pouvait-il lancer avec succès une coopération durable dans le domaine du nucléaire civil ! Je pense au soutien massif que la France va apporter à l'université des sciences et des technologies de Hanoi ; c'est un projet qui va contribuer aussi au développement de la francophonie dans l'enseignement vietnamien puisque plus de 400 enseignants vietnamiens seront formés pour ouvrir cette université dans les universités françaises. À Hô-Chi-Minh-Ville, vous avez l'institut d'échanges culturels avec la France, que j'ai visité il y a quelques instants, et qui joue un rôle considérable dans la promotion de notre langue et dans celle de notre culture au Vietnam.

 

Mais naturellement, si je suis venu au Vietnam, c'est d'abord et avant tout pour promouvoir nos relations économiques. Et la vérité, c'est qu'elles pourraient être tellement meilleures. La vérité, c'est que nous n'avons pas su tirer les bénéfices de la croissance vietnamienne. Les chiffres de nos exportations ont stagné, nos parts de marché ont diminué depuis une vingtaine d'années. Eh bien, je veux que nous changions ensemble cela. Je veux que les relations entre les entreprises vietnamiennes et les entreprises françaises s'amplifient, et c'est d'ailleurs la raison pour nous avons décidé de rénover complètement le Haut conseil de la coopération économique France-Vietnam qui s'était un peu assoupi.

 

C'est aussi dans cette perspective que nous voulons instaurer un environnement juridique plus favorable aux affaires, en particulier grâce à la Maison du droit franco-vietnamienne, dont je me souviens que je l'ai portée sur ses fonts baptismaux en 1993. Et c'est enfin pour encourager l'installation des PME françaises au Vietnam que nous allons ouvrir en janvier 2010 un bureau Ubifrance. À l'occasion de cette visite nous avons signé des contrats importants, et ces contrats montrent tout l'intérêt que le Vietnam porte aux entreprises françaises lorsqu'elles disposent d'une avancée technologique significative. Je pense naturellement à l'aéronautique, ou encore au développement durable. Je l'ai dit ce matin au Forum économique de Hanoi, je crois que nous pouvons beaucoup attendre de notre expertise en matière d'économie durable, et nous pouvons beaucoup apporter au Vietnam qui est par ailleurs, l'un des pays en développement les plus engagés dans la lutte contre le réchauffement climatique, et pour cause, puisque il est aussi l'un des premiers menacés.

 

La relation entre la France et le Vietnam est forte. Elle est forte grâce à vous. Elle est forte grâce à ses acteurs. Elle pourrait l'être encore plus et je pense que le moment présent nous donne des opportunités que nous devons saisir pour construire un véritable partenariat exemplaire entre l'Orient et l'Occident, entre l'Asie et l'Europe. Mes chers compatriotes, la force et l'excellence des relations franco-vietnamiennes, c'est d'abord vous qui les incarnez, et, c'est largement sur vous que repose le développement de leur potentialité. La communauté française au Vietnam, c'est la plus importante de l'Union européenne, et c'est à Hô-Chi-Minh-Ville qu'elle est la plus représentée. Je veux vous dire que la France est fière de ce que vous accomplissez ; la France est fière de la manière dont vous contribuez à son rayonnement ; la France est fière du renouveau que vous apportez à la relation franco-vietnamienne. Et ma visite est naturellement pour moi d'abord l'occasion de vous exprimer mon soutien.

 

Alors je sais bien que vous avez, comme toutes les communautés françaises à l'étranger, des préoccupations. Je pense en particulier à la relocalisation du lycée français, l'école Colette, qui suscite beaucoup d'inquiétude chez les parents d'élèves. Je veux vous dire que j'ai moi-même fait part de ces préoccupations, et à Hanoi et auprès des autorités locales au début de cet après-midi. Je crois vraiment pouvoir vous dire que nous sommes sur la voie d'une résolution de ces soucis, très légitimes, et que l'ensemble des objections qui ont été émises vont trouver, grâce à l'engagement des autorités locales, les solutions que vous attendez.

 

Je veux aussi mes compatriotes vous dire que le dynamisme dont vous faites preuve ici au Vietnam est aujourd'hui aussi à l'œuvre dans votre pays. Dans un pays comme le Vietnam, dans un pays ou la population est jeune, dans un pays qui connaît un développement économique rapide, on comprend facilement que l'inertie, le statu quo, l'absence de réformes, étaient en train de mettre la France en grand danger. Eh bien, depuis plus de deux ans, sous l'autorité du président de la République, nous avons engagé une modernisation sans précédent. Nous sommes à mi-chemin du quinquennat. Il ne s'agit pas, aujourd'hui, ni maintenant, de faire un bilan qui sera fait dans cinq ans. Il ne s'agit pas de se décerner des satisfecits qui seraient déplacés. Il s'agit tout simplement de ressourcer, dans le travail accompli, notre courage de poursuivre l'action.

 

Est-ce que nous avons le sentiment d'avoir agi de façon responsable pour le bien de notre pays ? Eh bien, je le crois. Et d'abord, je le crois parce qu'il y a une chose simple : nous tenons les engagements que nous avons pris. 80 % des réformes qui ont été annoncées par le président de la République, et qui ont été soutenues par la majorité à l'occasion des élections législatives, sont en cours de réalisation.

 

J'ai l'habitude de dire depuis longtemps que la crise politique qui a fragilisé les institutions de la République française pendant des années, et qui a abouti au résultat inattendu et tellement désastreux du premier tour de l'élection présidentiel de 2002, cette situation était liée à une chose : au fait que les Français n'avaient plus confiance dans leur système politique, parce qu'ils avaient l'impression que les majorités se succédaient, sans jamais respecter leurs engagements.

 

J'ai vu que, disant cela il y a quelques jours, j'avais heurté la sensibilité de l'ancien Premier ministre, Lionel Jospin. Mais il n'a pas tout à fait compris que je ne m'adressais pas qu'à lui, je m'adressais à l'ensemble des majorités, dont celles dont j'ai fait partie. La vérité, c'est qu'en 1997, la majorité de gauche a été élue sur un programme de gauche, et c'est elle qui a fait le plus de privatisations dans l'histoire de notre pays. Et en 2002, la majorité de droite a été élue sur un programme de droite, et en particulier elle a été élue sur le respect du travail, et elle n'a quasiment rien fait pour remettre en cause les 35 heures et faire en sorte que la valeur du travail soit de nouveau au cœur de nos projets. Ce n'est pas donc contre la gauche qu'était tournée ma critique, elle était tournée contre l'ensemble des majorités et, aujourd'hui, ce que nous voulons, c'est rompre avec cette situation et montrer que les engagements sont tenus.

 

Alors, on peut être d'accord avec les réformes qui sont faites, ou pas d'accord, ce n'est pas le sujet. La question c'est que, quand on choisit une équipe, quand on choisit un projet, dans une démocratie, on veut que cette équipe et que ce projet soient mis en œuvre, et ensuite, on juge des résultats à l'occasion des élections législatives et des élections présidentielles.

 

Nous avons engagé des réformes qui étaient des réformes jugées impossibles et qui sont pourtant des réformes indispensables à l'avenir de notre pays. Je pense à la réforme des régimes spéciaux de retraite. Etait-il encore possible dans un grand pays moderne comme la France d'avoir autant de régimes de retraite différents et autant d'inégalités s'agissant des retraites des Français ?

 

Nous avons engagé la réforme de l'autonomie des universités. Depuis trente ans, on voyait les universités françaises plonger année après année dans les classements internationaux. Tout le monde savait pourquoi les universités françaises étaient tellement en difficulté. Parce qu'elles n'avaient pas d'autonomie, parce qu'elles étaient totalement dépendantes de l'Etat pour l'ensemble des décisions qu'elles devaient prendre, parce qu'elles n'avaient pas la possibilité de nouer des partenariats avec des laboratoires, avec des universités étrangères, avec des entreprises privées, sans avoir l'autorisation des autorités du gouvernement central. Cette situation était une situation connue de tous, mais personne n'osait la remettre en cause, par peut des réactions de la communauté universitaire. Nous l'avons fait, ça n'a pas été facile, mais au 1er janvier, sur la base du volontariat, 51 universités françaises auront choisi l'autonomie.

 

Nous avons mis fin aux droits de succession pour la quasi-totalité des ménages français ; nous avons défiscalisé les heures supplémentaires pour lutter contre les effets délétères des 35 heures ; nous avons gelé les dépenses de l'Etat depuis trois ans, et nous avons engagé un programme douloureux, difficile, qui peut susciter des critiques, mais qui est absolument indispensable de réduction du nombre des emplois publics, parce que aucun pays au monde ne peut vivre éternellement sur la base d'un déficit aussi élevé que celui que connaît notre pays.

 

Voilà ! Ce que beaucoup d'autres avaient préféré remettre au lendemain, nous l'avons fait, et nous l'avons fait sans attendre. Et je veux vous dire que cette modernisation de la France, elle va se poursuivre. Demain, nous allons supprimer un impôt qui pesait sur les entreprises françaises, et seulement sur les entreprises françaises, et qui a contribué à réduire de façon considérable leur compétitivité. Au début des années 80, l'industrie automobile française, c'était 10 % du marché mondial ; l'industrie automobile allemande, c’était 10 % du marché mondial. Aujourd'hui, l'industrie automobile française, c'est 5 % du marché mondial, alors que l'industrie allemande est toujours, grosso modo, à 10 % du marché mondial.

 

Et donc la compétition, elle n'est pas seulement avec l'Asie, avec des pays qui ont des systèmes sociaux et des niveaux de salaires bien différents des nôtres, elle est d'abord avec notre voisin allemand, elle est d'abord avec nos concurrents européens. Nous avons le devoir de donner à nos entreprises la compétitivité nécessaire pour qu'elles soient ensuite capables de se battre sur tous les marchés, y compris sur les marchés internationaux.

 

Nous allons réformer les collectivités territoriales, en simplifiant l'organisation du territoire dans notre pays. C'est une nécessité, tout le monde le reconnaît, même s'ils sont encore très nombreux ceux qui préfèreraient remettre à demain cette décision-là.

 

Mesdames et Messieurs, la réforme, c'est un état d'esprit. C'est un état d'esprit qui est fait de volonté, de décision et d'action. C'est cet état d'esprit qui nous a permis de tenir le choc face à la crise financière qui s'est abattue sur le monde, et d'une certaine façon plus sévèrement sur les pays européens. En 2009, la France est le pays européen qui aura le mieux résisté à la récession. Elle aura une récession qui sera deux fois moins élevée que celle de l'Allemagne, de la Grande-Bretagne ou de l'Italie, et nous espérons, en 2010, avoir l'un des meilleurs taux de croissance de la zone euro.

 

La reprise en Europe se dessine, elle reste fragile, et nous avons le devoir de tout faire pour la consolider. C'est la raison pour laquelle nous allons poursuivre notre remise en ordre des comptes publics, parce que, s'il est naturel de s'endetter pour résoudre la crise, pour répondre à la crise, il est absolument nécessaire de se désendetter si l'on veut créer les conditions d'une croissance stable et forte. Et puis nous allons investir dans les secteurs les plus prometteurs pour l'économie française de demain, comme nos prédécesseurs avaient investi dans l'aéronautique, dans le spatial, dans le train à grande Vitesse, ou dans le nucléaire, il y a 30 ou 40 ans, nous donnant aujourd'hui des succès dont nous sommes extrêmement fiers, mais qui sont d'abord dus à des décisions politiques qui ont été prises par le général de Gaulle, par Georges Pompidou, et qui ont marqué le démarrage d'une industrie française moderne dans ses secteurs de pointe.

 

Et puis enfin, et je voudrais en terminer par là, nous allons continuer notre effort pour refonder les organisations internationales, pour refonder la gouvernance mondiale.

 

Je pense que vous pouvez être fiers de constater tous les jours que c'est la France qui est en pointe dans le combat pour la moralisation du système financier. Si la France ne s'était pas battue pour qu'il y ait un sommet du G20 à Londres, puis un sommet du G20 à Pittsburgh, qui initient un processus qui va permettre de mettre un petit peu plus de sécurité, un petit peu plus d'éthique dans le système financier international, jamais ces réunions ne se seraient tenues.

 

C'est la France qui se bat aujourd'hui pour la disparition des paradis fiscaux ; c'est la France qui se bat aujourd'hui pour qu'il y ait un véritable accord à Copenhague qui soit un accord réel, un accord qui permette, non pas comme celui de Kyoto de prendre de grandes décisions sans effets, mais d'engager ensemble, de façon réaliste, juste, pragmatique, la réduction des émissions de gaz à effet de serre dans tous les pays, qu’ils soient développés ou qu’ils ne le soient pas, et naturellement en aidant ceux qui ont besoin de l’être. C'est la France qui se bat aujourd’hui pour créer une organisation mondiale de l’environnement ; c'est la France qui se bat aujourd’hui pour que les pays émergents soient mieux représentés dans les instances internationales, que les pays émergents aient leur voix au Fonds monétaire international, que les pays émergents soient mieux représentés au Conseil de sécurité des Nations Unies, que le G8 soit remplacé par le G20. Enfin qu’on rentre dans le XXI siècle et que l’on sorte d’une organisation mondiale qui était totalement inspirée des évènements qui ont marqué la fin de la Seconde guerre mondiale et qui n’ont plus grand-chose à voir avec la réalité du monde d’aujourd’hui.

 

Voilà, vous le voyez, mes chers compatriotes, la France est en plein effort ; elle est en plein renouveau. Naturellement, il y a encore beaucoup de difficulté à surmonter. La crise financière qui s’est abattue sur nous n’est pas encore terminée. Nous avons une bataille à engager contre le chômage dans notre pays qui est extrêmement difficile. Mais je veux vous dire, pour terminer, que je crois que nous pouvons avoir confiance. Nous pouvons avons confiance dans notre pays parce qu’il a montré qu’il était finalement capable, comme les autres, d’accepter les réformes ; confiance dans les réformes qui nous permettrons de mieux anticiper les enjeux à venir, et puis enfin confiance dans la manière dont nos concitoyens, au Vietnam comme partout dans le monde, contribuent à notre rayonnement et font de la France un pays dont la voix est entendue. Vive la communauté française au Vietnam, vive la France.

 

 

 

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Mar 17 nov 2009 Aucun commentaire